samedi 2 janvier 2016

La nuit du bûcher de Sandor Maraï

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Sandor Maraï (1900-1989)

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Un homme d’origine espagnole, ancien moine-inquisiteur, écrit depuis Genève une longue lettre à son frère qui vit à Avila en Espagne. Nous sommes en 1600. Cette lettre est le récit de son expérience des seize mois qu’il vient de passer à Rome auprès de la Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine. Il y a reçu un enseignement précis et rigoureux des méthodes déployées par les exécutants de l’Inquisition, dans les rangs desquels chacun à un rôle particulier à tenir, pour traquer l’hérésie partout où elle est susceptible d’exister. Il a partagé à plusieurs reprises les heures d’attente des confortatori – les confortateurs -, moines ou simples bourgeois, qui sont volontaires pour intervenir ultimement, juste avant que le supplicié soit conduit au bûcher, pour tenter de lui faire abjurer son hérésie. Mais jamais il n’a pu pénétrer dans le Château Saint Ange, où sont reclus les prisonniers les plus célèbres,  pour assister à ces derniers instants avant l’exécution finale. A la veille de son départ de Rome, on l’autorise à accompagner cette troupe sinistre qui doit tenter de sauver un « hérétique d’une engeance incomparablement plus tenace que n’importe qui » : Giordano Bruno. Cette expérience constitue une révélation pour l’inquisiteur novice.
Sandor Marai nous plonge au cœur de cette organisation criminelle qui institutionnalisa la terreur durant plusieurs siècles sur une grande partie du continent européen et jusqu’aux colonies. Mais le très grand écrivain hongrois qui s’est suicidé en 1989, prend le prétexte de ce récit historique pour dénoncer les régimes totalitaires comme le nazisme ou le stalinisme qu’il a subit et qui l’on contraint à l’exil. Il met en évidence le mécanisme terrible des dictatures idéologiques qui se fondent sur une vérité unique dictée par une minorité de psychopathes et l’adhésion massive d’individus guidés par la peur, l’intérêt personnel ou cette déchéance du statut humain dénoncée par Hannah Arendt : la banalisation du mal.

Au terme de ce sombre tableau à l'écriture somptueuse, un espoir subsiste : « Il restera toujours quelque part un hérétique qu’ils ne réussiront pas à brûler à temps. Et un seul homme est capable de contaminer tous les hommes sains, tel le lépreux qui ne porte pas de clochette à son cou. »

samedi 26 décembre 2015

Impliquons nous

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Dans ce petit ouvrage paru aux éditions Acte Sud et que le Père Noël a gentiment déposé dans ma chaussure, Edgar Morin dialogue avec l'artiste plasticien Michelangelo Pistoletto à propos du monde tel qu'il est et tel qu'il devrait être, à grand renfort d'une espérance dont les ressorts sont l'éducation, la solidarité, la responsabilité, le réveil des consciences, l'universalité de nos valeurs humanistes, le pluriculturalisme, etc. Pistoletto met en avant sa praxis de sa Cittadellarte, lieu de création de ce monde nouveau que les deux protagonistes appellent de leurs vœux. Le sociologue, chantre d'une nouvelle Renaissance, reste sur ses positions païennes quand le plasticien bricole avec le symbolisme du paradis et de la pomme, pour des raisons qui frisent le marketing.
Il y a plein de bonnes intentions dans ce petit ouvrage, mais ne pavent-elles pas, si ce n'est l'enfer - ce serait injuste - du moins une bonne conscience qui aura du mal à susciter la dynamique de l'engagement qu'elle voudrait mettre en marche. Le propos balaye tout un tas de sujets qui mériteraient davantage de matière que cette impression de "Yakafaucon" qui s'en dégage trop souvent.
L'échange évoque la perte de repère de nos contemporains à qui les médias font un jour l'éloge de l'artichaut, le lendemain celui de la carotte, et le surlendemain celui de la betteraves ... mais en passant du coq à l'âne, ne risque-t-il pas de laisser le lecteur en proie à une certaine confusion ?
Sans doute aurais-je pu être plus sympathique à l'égard de ce témoignage. Mais voilà, j'ai ressenti souvent le risque (encore !) d'amener le lecteur vers la piste du complot plus que vers une éthique de conviction ! 

lundi 14 décembre 2015

Elections

Lendemain de "régionales". Le navire France a failli sombrer. L'équipage hétéroclite s'emploie à écoper. Les venues d'eau furent monstrueuses. La coque est fragile et pour longtemps. Les pirates, cette fois, ont été repoussés. Mais ils reviendront car ils savent à présent leur proie à portée de mains ; les mêmes mains qui portent des petits bulletins de vote dans l'urne d'une démocratie fêlée. La France est d'extrême droite, ou presque ! Qui l'eut cru il y a encore 10 ans, à une époque - pas si lointaine - où se revendiquer raciste était une honte ? Nous pensions alors qu'il était impossible d'espérer dans l'avenir sans lutter contre l'exclusion. Nous pensions qu'il était impensable de haïr au prétexte de la religion ou des origines. Nous pensions notre pays fier de se voir comparer à une terre d'accueil. Nous pensions que l'immigré contribuait à notre richesse. Nous pensions qu'il était possible de vivre en paix par la tolérance. Nous pensions qu'il était possible d'être généreux sans être moqué. Nous pensions, mais en réalité nous rêvions.

Hommage à Pierre Drachline

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Il se trouve que j'ignorais, il y a encore quelques minutes, qui pouvait être ce Monsieur Drachline, dont le nom raisonne comme un nom de code. Cette ignorance constitue une occasion formidable de lui rendre un vibrant hommage. Pierre Drachline - je veux dire sa photo - repose à présent juste à côté de moi, et je dois avouer que son regard un peu triste cerclé de lunettes banales à montures métalliques, ses longs cheveux raides autant qu' anachroniques, sa gorge molle, son pif protubérant armé d'une verrue exhibitionniste, tout cet assemblage qui constitue un visage unique m'est assez sympathique. On peut dire que Pierre Drachline a raté pas mal de choses dans sa vie ; tout du moins si l'on considère que la réussite matérielle constitue une référence digne d'intérêt. Mais on peut aussi penser qu'il a merveilleusement réussi l’essentiel :le pari de l'authenticité, c'est à dire cette disposition rare consistant à vivre, sinon en paix, du moins en cohérence avec ses idées ; lesquelles sont souvent des emmerdeuses qui nous conduisent dans des situations impossibles loin de la quiétude des postures dociles et asservies. On peut imaginer à la lecture de son parcours que le terme compromis - et encore moins compromission - était exclu de son langage. En revanche c'était un amoureux de la littérature ; ce qui en fait un Juste, forcément Juste. Il l'avait sans doute un peu amer la Littérature, car cette mère (!) dont il cherchait l'amour avec une désespérance qu'on imagine suicidaire, lui a préféré d'autres amants, plus dociles, moins radicaux, moins passionnés. Pierre Drachline est sans doute mort de trop de passions tristes. Lui qui écrivait : "J'ai transmué mes échecs en certitudes. Si j'ai souvent perdu, ce n'est pas d'avoir trop joue, mais au contraire, d'être resté en retrait de l'excès. Entre la canicule et le gel, il n'y a que la médiocrité d'être. Le tempèré. Le flasque." Mais aussi, magnifique : "La littérature n'est plus aujourd'hui à l'ordre du jour ou de la nuit. Elle a été effacé du visible. Les écrivains subissent le joug de l'ignorance. Ils ne sont même pas vilipendés, car les stigmatiser serait leur accorder une importance, voire une existence. Leur absence de valeurs marchandes en fait des transparences."
Vous aurez compris que la page "Disparitions & Carnet" du Monde s'étale à mes côtés avec un nouvel et bref ami dont j'ai l'immense plaisir respectueux de tenter d'amplifier la mémoire.

jeudi 8 octobre 2015

Longtemps je me suis couché tard. Nous étions alors deux. Je suis à présent seul. La vie s'enfuit comme un filet d'eau qui s'épuise sur le sable. Bientôt mes amis ne seront plus là ou je ne serai plus auprès d'eux. Un souvenir subsistera-t-il de nos instants de vie délicieux ? Sous le ciel de la nuit et le champagne des étoiles, quand une musique fidèle nous enivrait. Nous éclairions l'obscurité de quelques flammes courageuses dont la danse prudente se reflétait sur le galbe luisant de nos verres. Qu' importaient la fortune ou la reconnaissance ? Nous nous considérions en héros. L'herbe fraîche sous nos pieds nus. Le vol désordonné d'un papillon portera à jamais le souvenir de nos vies oubliées.

samedi 3 octobre 2015

Au fil du numéro daté du samedi 3 octobre 2015 du journal "Le Monde"

Avant-propos : ci-dessous exercice consistant à extraire de courts morceaux choisis d'un journal afin de tenter de révéler un aspect de notre quotidien

Expositions : la tentation du blockbuster : "Dans les années 70, les salles de cinéma d'art et d'essai, en province notamment, n'avaient qu'une solution pour survivre à la désaffection des spectateurs : projeter une oeuvre difficile en alternance, une semaine sur deux, avec un film pornographique. Le second finançait les pertes du premier. En sommes nous là avec les grandes expositions ?"
Les énigmes de la croissance : "Si on observe la façon dont l'innovation d'un côté (...) et l'inégalité extrême de l'autre (...) ont évolué aux Etats-Unis depuis 1960, ont est frappé par la similarité des courbes (...). (...) L'inégalité générée par l'innovation est de nature temporaire. (...) Le lien entre innovation et destruction créatrice génère de la mobilité sociale : elle permet à de nouveaux talents d'entrer sur le marché et d'évincer les firmes en places (...). Philippe Aghion. Nouveau titulaire de la chaire "Economie des institutions, de l'innovation et de la croissance" au Collège de France.
Tente-deux usines perdues en six mois : Mois après mois la désinsdustrialisation de la France se poursuit, en dépit des efforts des pouvoirs publics. (...) Depuis le début de la crise en 2009, la france compte désormais 630 usines de moins.
Au Bengladesh, H&M en panne de portes coupe-feu : Deux ans et demi après la catastrophe du rana Plaza (NDR : 138 morts et 2000 blessés) le principal groupe mondiale de prêt-à-porter, le suédois H&M, se fait sérieusement épingler. Un rapport de l'ONG Clean Clothes Campaign (CCC) et de plusieurs organisations internationales, rendu public jeudi 1er octobre, fait état d'un "retard inacceptable" dans son obligation de garantir la mise en oeuvre des actions detinées à corriger les problèmes de sécurité des travailleurs. (...) Le groupe suédois (...) travaille avec 300 usines de confection. H&M ne nie pas que les délais sont parfois plus longs que prévu. Dans un communiqué (...) il pousse le bouchon jusqu'à évoquer "certains défis techniques ou structurels (qui) demande plus de temps" et affirme même que "parfois, la technologie n'est pas disponible au Bengladesh". Pour une porte coupe-feu ?
Colère de Barack Obama après la fusillade de Roseburg : Après la tuerie de Charleston (Caroline du Sud), en juin, lorsqu'un jeune suprémaciste blanc avait tué neufs Noirs dans une église, M. Obama avait déjà affirmé que le pays devrait finir " par prendre en compte le fait que ce type de violence de masse n'intervient dans aucun autre pays développé, qu'il n'intervient dans aucun autre pays avec cette fréquence". (...) D'une certaine manière, cela est devenu de une routine. la couverture médiatique est devenue une routine? Ma réponse ici, à ce podium, a fini par devenir une routine. Comme les débats qui s'ensuivent. (...) Et la réponse de ceux qui s'opposent à toute loi de bon sens sur les armes est, elle aussi, devenue une routine."
5ème extinction : Au cours des 400 millions d'années précédentes (NDR : la 5ème extinction, il y a 66 millions d'années), la Terre avait déjà connu quatre extinctions massives (...). mais l’événement qui, il y a 66 millions d'années, a marqué le passage du crétacé au tertiaire (...) a vu périr près des trois quarts des espèces animales, marines comme terrestres, à commencer par les dinosaures. (...) Il semble qu'aucun animal d'une masse supérieure à 20-25 kg n'ait survécu, à l'exceptions des crocodiliens. Les insectes et les petits mammifères ont mieux résisté, de même que toutes les epèces qui se nourrissaient de vers ou de matière morte. Les niches écologiques libérées ont permis la diversification des mammifères.
Climat : l'effort des pays est réel mais insuffisant : Le Canada et la Russie ne cachent pas de privilégier leurs intérêts économiques. (...) Le Costa Rica vise une neutralité de carbone, grâce aux forêts dès 2021. (...) La Turquie (...) rend une contribution aux ambitions décevantes, prévoyant de plus que doubler ses émissions totales d'ici 2030.
Uramin-Areva : enquête sur un délit d'initié : (...) Plusieurs sociétés domicilées dans des paradis fiscaux ont acquis des titres UraMin à la Bourse de Toronto entre le 18 mai et le 12 juin 2007 avant de les revendre à la société Amlon Limited peu après. le 20 juin, cinq jours après l'annonce officielle de l'OPA d'Areva sur la société canadienne, ces actions étaient toutes revendues. La plus-value, 300 000 Euros environ, aurait ensuite atteri sur un compte bancaire au Crédit Suisse avant de rebondir au Liechtenstein puis à nouveau en Suisse sur des comptes liés à Olivier Fric (NDR : le marie d'Anne Lauvergeon, présidente d'Areva au moment des faits) ainsi qu'à la société International Trade and Finance dont il est l'un des associés.
Le FN reprend pied à Sciences Po Paris : "Les temps changent. Notre but est de faire de la pédagogie, montrer que nous ne sommes pas les skinheads que l'UNEF décrit." Aymeric merlaud

samedi 15 août 2015

Lettre à France Cavalié suite à la lecture de son roman "Baïnes"


Chère Madame,
Je viens de refermer "Baïnes" que j'avais acquis un peu par hasard au salon du livre du Bois Plage, il y a quelques jours. J'avais été attiré par le titre de votre ouvrage. Il existe des baïnes ailleurs qu'à Biarritz, mais en le feuilletant, je suis tombé sur la page 162 : "Le ciel immense de la Côte des Basques n'est pas assez grand pour me donner de l'air, j'étouffe devant la plus belle vue du monde ..." ; il n'y avait plus de doute : fréquentant Biarritz depuis plus de 30 ans et amoureux de la Côte des Basques, je devais repartir du salon avec ce livre. L'autre raison qui m'avait fait m'arrêter devant le petit espace qui vous était attribué (terrible un peu cette disposition, mais vous m'avez dit que cette promiscuité vous permettait de faire des rencontres et de bavarder avec vos voisins auteurs), c'est qu'il était libre (Foekinos faisait un tabac à quelques mètres de vous) et que votre visage m'était sympathique. Les rencontres, c'est assez simple, en définitive.
En échangeant quelques mots sur Biarritz, vous m'avez dit : " Vous verrez, vous retrouverez bien tous ces coins si vous les connaissez". Effectivement, je m'y suis bien retrouvé. Mais, au-delà, de cet "intérêt géographique et personnel", l'histoire que vous écrivez à la 1ère personne (vous m'avez dit que vous aviez hésité sur ce "je" ou bien le "elle") traduit parfaitement l'émotion douloureuse de la situation que vous décrivez, bien que vous renonciez aux effets de sensationnel dans l'évocation des scènes de violence, et que cette discrétion est une forme d'élégance (comme d'une certaine façon, un secret).
J'ai beaucoup aimé en particulier certaines phrases d'une poésie que l'on sent spontanée (à l'opposé d'artificielle, ce qui ne signifie pas sans travail).
Merci pour ce beau moment de lecture que j'évoquerai lors de la prochaine soirée du "cercle littéraire" d'amis amateurs, auquel je participe depuis 4 ans maintenant sur Paris.
Je vous souhaite de très belles écritures et le meilleur pour vous et vos proches.
Tres cordialement
Claude L.

jeudi 4 juin 2015

Je n'ai donc rien publié depuis le 14 février dernier ; presque 4 mois !
Brazzaville plage refermé, j'ai bien envie d'écrire quelques lignes sur ce roman qui m'a passionné. Je ne vais pas raconter l'histoire (car ça ne se fait pas, tout du moins ici) mais juste indiquer au lecteur potentiel que c'est un livre qui parle de chimpanzés, de mathématiques, de mercenaires, d'une guerre d'indépendance en Afrique avec ses factions rivales, d'hommes engagés et bornés, d'éthologie, etc., tout ça dans des paysages africains et écossais (aux antipodes), et dans un style remarquable.
Le récit est ponctué de flash-backs qui rythme parfaitement la narration. Hope, l'heroïne, interroge sa vie sous l'égide de Socrate qui entame le livre et le conclut avec cette très belle phrase : "La vie qu'on ne soumet pas à l'examen ne mérite pas d'être vécue."
Morceaux choisis :
"Je m'arrêtais pour sentir l'Afrique à pleins poumons - sentir la poussière, la fumée des feux de bois, un parfum de fleur, une odeur de moisi, un relent de pourriture." Pour qui est allé en Afrique noire, cette description est d'un réalisme absolu.
"Mais son défaut majeur (au calcul), il me semble, c'est de ne pas pouvoir faire face au changement brusque, cet autre trait commun à nos vies et a l'univers. Tout ne se déplace pas par degrés, tout ne monte pas ni ne descend comme des lignes sur un diagramme. Le calcul exige la continuité. Le terme mathematique pour changement abrupt est "discontinuité". Et là, le calcul n'est d'aucune utilité. Il nous faudrait quelque chose pour nous aider à nous en sortir dans ce domaine."

samedi 14 février 2015

Collaboration architecte-ingenieur

Paroles de Peter Zumthor :
A propos de la chapelle Sainte Bénédicte : "D'abord dessinée à main levée, la forme fut finalement ramenée par notre ingénieur Jurg Conzett à la forme géométriquement définie d'une lemniscate, celle d'un huit couché."
A propos du Pavillon de la Suisse pour l'expo de Hanovre : "L'ingénieur Jurg Conzett m'a aidé à développer un système de précontrainte permettant de plaquer la construction en madriers empiles contre le sol. Les pièces humides en bois fraîchement coupé ont ainsi pu sécher et perdre de la hauteur sans que la construction ne bouge."
Sur la salle de spectacle à Isny im Allgau en Allemagne : "Avec l'ingénieur Schwartz, nous avons développé le concept statique d'une tour formée par trois pieds qui se rejoignent vers le haut dans une grande coque en verre contenant un espace sphérique.(...) L'ingénieur Matthias Schuler nous a indiqué des solutions très innovantes pour refroidir et chauffer des structures en verre sans gaspillage énergétique."

lundi 5 janvier 2015

"Pas pleurer" de Lydie Salvayre


Je crois me souvenir qu'un des jurés du Goncourt, questionné sur la "short-list" du dernier tour, avait fait au journaliste une réponse assez proche de celle-ci  : "Maintenant que mon livre favori n'a pas été retenu, il faut penser à la responsabilité que nous avons car le Goncourt est un prix populaire et il sera lu par un grand nombre de personnes qui ne lisent qu'un livre dans l'année ..."
Outre "Pas pleurer", je n'ai lu de cette ultime liste que "Meursault contre enquête" (cf article dans le blog). "Pas pleurer" est déroutant dans ses premières pages ; il est difficile de comprendre le décalage entre le langage parlé par Montse, une vieille dame nonagénaire (qui se trouve être la mère de la narratrice) qui s'exprime dans un français très approximatif sur la base de mots et de raisonnements plutôt sophistiqués. On ne comprendra que plus tard la raison de cette étrangeté. 
Au fil des pages, on se laisse prendre à l'histoire tragique de cette femme issue d'une famille dans laquelle la "pauvreté (est) transmise intacte depuis des siècles", et qui n'aura connu du bonheur que cette parenthèse des quelques jours d'euphorie d'août 36 à Barcelone, où "les passants (...) s'embrassent sans se connaître, comme s'ils avaient compris que rien de beau ne pouvait advenir sans que tous y eussent leur part", où elle "a le sentiment de découvrir à quinze ans la vie qu'on lui avait cachée". 
Les personnages qui gravitent autour de Montse ont tous des caractères bien trempés (à l'exception de son beau-père - don Jaime - qui incarne finalement (paradoxalement ?) une certaine force tranquille parvenant à concilier le statut d'aristocrate de province et des aspirations plutôt libérales inspirées par ses lectures). Son père a l'esprit borné, lui "qui n'est jamais sorti de son trou, qui ne sait ni lire ni écrire, et qui a gardé (...) une mentalité d'arriéré" comme le dit José. Lui, c'est le frère aîné de Montse, exalté par la cause anarchiste, qui "incarnait la poésie du cœur", en rivalité absolue (est-il capable d'un autre degré dans ses sentiments ?) avec Diego, le mari de Montse, qui "incarnait la prose du réel".
José est rétif à toute forme de hiérarchie et d'ordre établi ; il préfère "mille fois le chaos et la fragilité qui nait". Diego se glisse progressivement et naturellement dans les habits de l'apparatchik maniaque, soumis à l'idéologie stalinienne jusqu'à la caricature.
Les rapports entre les deux hommes incarnent l'affrontement terrible entre les factions rivales qui connaîtra son dénouement sanglant de mai à août 37 avec la liquidation du POUM par les sbires de Staline.

En toile de fond, Lydie Salvayre, rappelle les positions de plusieurs écrivains célèbres, dont Bernanos, Gide et Claudel, face au drame de la guerre civile espagnole. Elle ponctue le récit de Montse et les interventions de la narratrices par des scènes de la vie de Bernanos, alors qu'il s'est retiré avec sa famille à Palma de Majorque, et que l'écrivain, profondément catholique et conservateur (ex maurassien), ne peut supporter le spectacle des atrocités perpétrées par les phalangistes et surtout la lâcheté et la complicité du clergé. "Il y a quelque chose de mille fois pire que la férocité des brutes, c'est la férocité des lâches", dit-il. Elle emprunte également à l'auteur du livre "Les grands cimetières sous la lune", plusieurs phrases phrases admirables et en particulier une qui peut s'appliquer à d'autres terreurs : "La raison, l'honneur les désavouaient ; la sensibilité restait engourdie, frappée de stupeur. Un égal fatalisme réconciliait dans le même hébètement les victimes et les bourreaux." (à propos des exactions des "nationaux").
Et cette autre phrase transposable dans notre monde contemporain :  "Je crois que le suprême service que je puisse rendre à ces derniers (les honnêtes gens) serait précisément de les mettre en garde contre les imbéciles ou les canailles qui exploitent aujourd'hui, avec cynisme, leur grande peur."
Ces interruptions du récit de Montse apportent du rythme à l'écriture autant qu'une perspective historique.  
"Pas pleurer" (titre curieux : pourquoi pas plutôt "No es una vida" ?), traite de thèmes à la fois intemporels et d'actualité :
- la soif d'idéal ou d'utopie attachée à la jeunesse ; le message est plutôt pessimiste ici puisque c'est les forces réactionnaires qui triompheront (encore ?)
- la barbarie qui n'a pas de camp
- la manipulation des masses (cf citation de Bernanos)
- le nationalisme qui dresse les hommes contre d'autres hommes
- l'exploitation des pauvres par les riches et la lutte des classes avec les compromissions des institutions
- la soumission,
- la lutte pour le pouvoir,
- etc.
En final, "Pas pleurer" est un roman fort, riche, émouvant, avec le récit du destin de cette femme prise dans les bouleversements de l'Histoire ; la fin d'une époque séculaire où l'ordre des choses semblait figé pour l'éternité, et l'entrée dans le monde "moderne" par l'épreuve d'une guerre civile particulièrement atroce, annonciatrice d'une apocalypse plus terrifiante encore.



samedi 3 janvier 2015

Passerelles de Jurg Conzett : quand ouvrage rime avec art

Jurg Conzett, né en 1956, est un Ingénieur suisse. Un très grand ingénieur. 
Désirant travailler avec des architectes, il a voulu comprendre "de l'intérieur" ce que représentait un projet architectural. Après ses études à l'EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne), il est entré dans l'agence de Peter Zumthor* pour une année qui s'est prolongée ... 7 ans ! Au terme de cette expérience, Jurg Conzett a fondé son bureau d'études techniques qui s'est illustré - principalement mais non exclusivement - dans la conception d'ouvrages d'art d'exception. Le terme "exception" n'est pas pris au sens grand, démonstratif, record ou performance. Si, peut-être, performance : celle de l'intelligence constructive. Le travail de Jurg Conzett s'inscrit dans la tradition d'ingénieurs (ou s'agissait-il d'architectes ?) tels que Brunelleschi (1377-1446) ou Bramante (1444-1514). 
Les deux ouvrages présentés ici sont situés dans les gorges de Via Mala un peu après la petite ville de Zillis dans les Grisons ; il s'agit de la passerelle dénommée Punt da Suransuns réalisée en 1999 et de la Passerelle de Traversina II réalisée en 2005. 
La particularité de l'ouvrage réalisée en 1999 est qu'il est constitué de plaques de gneiss post-contraintes. Sa portée est de 40 m. 
La seconde passerelle est un pond suspendu à haubans. Sa portée est de 56m. 
En réalité, la particularité commune à ces deux passerelles est leur extrême finesse et leur beauté plastique. 
* L'un des plus grands architectes actuels

Pour en savoir plus, article d'Yves Pages d'Exploration Architecte :
http://www.pierre-contrainte.net/interactif/article.php3?id_article=43
Punt da Suransuns (Copyrignt CL)

Punt da Suransuns (Copyright CL)

Punt da Suransuns (Copyright CL)


Traversina II
Traversina II (Copyright CL)

samedi 27 décembre 2014

"Cien años de soledad" de Gabriel Garcia Marquez



Quel livre ! Une débauche luxueuse de littérature ! Cent ans de la vie de la famille Buendia et du village de Macondo que José Arcadio Buendia devait fonder "bien des années auparavant" ou "ce matin déjà lointain..."
C'est le livre de mille choses ; celui de la solitude bien sûr qui revient comme une rengaine inexorablement liée à la destinée humaine : les 17 fils d'Auréliano Buendia qui arborent "cet air de solitude qui aurait suffi à les faire identifier en n'importe quel endroit du globe." Rémédios la Belle qui "continua d'errer dans le désert de la solitude",  Auréliano Buendia qui "songeait à tous ces changements et, pour la première fois dans le cours silencieux de ces années de solitude...", "la solitude de Rébecca que l'on croyait morte et qui s'était emmurée dans sa maison avec sa servante...", et enfin cette citation : "le secret d'une bonne vieillesse n'était rien d'autre que la conclusion d'un pacte honorable avec la solitude."
La question de l'engagement, l'engagement total, le révolutionnaire, qui dépasse l'homme et le rend inhumain; ce colonel Auréliano Buendia, le héros, qui devient, par la folie de la conquête du pouvoir, "un inconnu d'un autre monde" qui laisse condamner à mort son ami, le général Moncada.
Le va et vient entre les époques rythmé par ces expressions si caractéristiques de "Cent ans de solitude" : "depuis ce jour lointain", "bien des années auparavant", "le jour où il le vit pour la première fois, (...) ce matin déjà lointain", "bien des années plus tard", "et elle continuerait d'y penser chaque jour de sa vie jusqu'à cette aube d'un automne encore éloigné...".
Les odeurs qui envahissent presque chaque phrase, qu'il s'agisse de celles des vivants ou celles des morts. Les prostituées, "des femmes à l'odeur de fleurs mortes", ou une présence identifiée par "l'odeur de sang séché sur les pansement des blessés", ou encore Auréliano José qui présente "une femme exubérante, toute parfumée de jasmin", et puis encore, "l'odeur de Remedios-la-belle qui continue à torturer les hommes au-delà de la mort."
Le livre de la nostalgie également, terme qui revient très souvent : "Confusément, enfin pris au piège de la nostalgie, il pensa que, marié avec celle-là, il serait peut-être devenu un homme qui n'aurait connu ni la guerre ni la gloire, un artisan anonyme, un animal heureux.", et ailleurs : "Car il était parvenu au terme de tout espoir, bien au-delà de la gloire et de la nostalgie de la gloire."
Et puis quelle 1ère phrase ! "Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Auréliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'emmena faire connaissance avec la glace."
Attention : chef d'oeuvre ! A lire et relire sans modération !

"Ce que j'ai voulu taire" de Sandor Marai




L'auteur des "Braises", l'un des plus grands écrivains hongrois du XXième siècle, fut aussi journaliste et témoin de son époque, et en particulier de ces dix années qui prennent leur origine le jour de l'entrée d'Hitler à Vienne et de l'annexion de l'Autriche par les nazis - l'Anschluss - le 12 mars 1938, et qui s'achèvent le 31 août 1948 quand Sandor Marai décide de s'exiler avec sa famille, et de fuir le régime communiste instauré en Hongrie.
"Ce que j'ai voulu taire" ausculte ces années terribles pour la Hongrie et pour les idéaux d'humanisme de Sandor Marai. L'écrivain observe et analyse la montée en puissance des idées d'extrême droite qui puisent leur énergie dans le ressentiment et la haine de l'autre, les mythes historico-nationalistes revanchards, des thèmes religieux exacerbés, face auxquelles la bourgeoisie humaniste de l'époque (et à laquelle Sandor Marai s'assimile) est incapable de proposer une alternative.
Ce témoignage, retrouvé récemment dans les archives de l'écrivain à Budapest, trouve un écho sinistre dans notre actualité politique et sociale caractérisée par la tentation du populisme et de l'extrême droite, et la perte de crédit de la valeur "Démocratie".
Entre essai et roman, servi par une très belle écriture, ce livre n'est pas sans rappeler "Le monde d'hier" de Stefan Zweig, compatriote de Marai et de près de 20 ans son aîné, tous deux contraints à l'exil, le premier en 1933, le second quinze ans plus tard, et tous deux ayant fait le choix du suicide ; Zweig, en 1942 au Mexique, par désespérance par rapport aux évènements engendrés par la folie nazie, et Marai, en 1989 aux Etats-Unis, de douleur après les décès presque simultanés de sa femme et de son fils adoptif, après 41 années d'exil. 

vendredi 12 décembre 2014

INSIDE

Le Palais de Tokyo, ruine moderne bricolée et colmatée avec deux francs-six sous par des architectes spécialistes d'une certaine forme d'Arte Povera, accueille actuellement une exposition dans laquelle cohabitent le remarquable et le moins remarquable. Les œuvres se déploient dans le dédale piranésien de ce vestige de l'exposition universellle de 1900.
Ignorons le pire pour se concentrer sur ce que notre œil mal éduqué et notre cerveau mal cultivé ont pu retenir.
La cabane (forcément au Canada, bien que le cartel évoque un chalet de randonneurs) à l'intérieur de laquelle il pleut des cordes (d'alpinistes) sur du mobilier traditionnel en bois, une suspension lumineuse et une carafe dont le contenu ne cesse de déborder (logique), nous a impressionnés, mon œil, mon cerveau et moi-même.
Une salle entière accueille les dessins animés dégueulasses d'un artiste qui ne manque ni d'humour ni d'imagination. Il nous inflige la vision de corps difformes et boursouflés s'exposant dans des scènettes affreuses. Ce n'est pas de mauvais goût ; c'est LE mauvais goût, sublimé, forcément sublimé.
Un espace saturé de blanc présente quelques sculptures, blanches également, que mon œil et mon cerveau et moi-même avons  délaissées au profit de l'œuvre majeure de cette pièce : le gardien noir, bien vivant, performer malgré lui, qui nous a accordé une photo.
Pour le reste il y a un mec pas brillant, assis par terre dans un réduit glauque, qui dégueule en boucle un mélange jaunâtre marbré de glaires rougeâtres, tant est si bien qu'il en est totalement recouvert, ainsi que l'espace misérable dans lequel il produit ses éructations. Peut-être aussi une place sur le podium du mauvais gout. En tout cas, parfaitement efficace pour écoeurer le bourgeois !
Dans une de ces immenses pièces que le Palais de Tokyo recèle en secret, une décharge plutôt spécialisée dans la récupération de matériaux de démolition de chantier a du céder quelques m3 de son gagne-pain sans prendre la précaution de le ranger un minimum.
Un ours gigantesque et taxidermisé dévoile (si le curieux pousse le vice jusqu'à contourner la bête) un flanc gauche découpé d'une entrée pour accéder dans le ventre de l'animal. Lequel a accueilli une performeuse qui s'y est enfermée pendant 13 jours. Pour les incrédules qui auraient du temps à perdre, ils peuvent rester 13 jours dans la pièce à contempler la vidéo de la performance.

J'allais oublier ce film montrant une vingtaine d'anciens mineurs, le visage armé d'une beauté de souffrance, fiers, les deux pieds incrustés dans un sol de pestiférés sous la croûte informe duquel leurs âmes errent encore, la voix tordue produisant des sons mécaniques en écho à l'univers sonore des entrailles de la terre, quand ils bradaient hier leurs existences pour une survie de misère (ouf !).



J'oubliais encore :
- de nombreux couloirs et escaliers livrés au Street Art avec quelques œuvres prodigieuses.
- un mur de la lapidation au revêtement de carrelage maculé de touffes de cheveux et de traces de sang, que des boules de pierre, projetées périodiquement par une machine à lancer des boules de pierre (ça existe !), fracturent sans pitié.
- un groupe d'humains à poils - des jeunes, des vieux, des athlétiques, des difformes, des hommes, des femmes - se poursuivent dans une pièce carrée en jouant à se toucher en poussant des cris hystériques à chaque contact.
- un homme seul, à poil encore, en noir et blanc, filmé en train de mimer des figures de boxe et se ramasser régulièrement des coups de poing imaginaires qui le projettent au tapis, duquel il se relève pour mimer des figures de boxe et se ramasser régulièrement des coups de poing imaginaires qui le projettent au tapis, duquel il se relève pour mimer...
- des sculptures en marbre reproduisant les cabanes improvisées d'un enfant dans un jardin à la façon des gisants de Joana Vasconcelos à la Punta de la Dogana (mais ici de Ryan Gander).

Conclusion : les voies de l'art contemporain sont impénétrables, mais méritent d'être empruntées.








samedi 29 novembre 2014

Quoi de neuf ? La Tour Triangle


Les pétitions font flores et les papiers enflammés aussi.

http://blogs.mediapart.fr/blog/graindeville/251114/la-tour-triangle-en-proie-au-manicheisme

Un crime de lèse modernité à l'encontre des opposants à sa construction qui dénoncent une aberration architecturale, historique, urbaine et énergétique ?
Le volet financier n'est pas en reste : un ballon d'oxygène économique pour les uns, une juteuse opération immobilière privée pour les autres.
Un atout pour "Paris - Ville-monde" ou une verrue pour le "Paris - so charming" ?
Une nouvelle icône de l'architecture contemporaine ou un monument supplémentaire à la gloire de la starchitecture ?
Une occasion unique d'éviter la museification de la capitale ou une incongruité dans une "ville horizontale" ?
La nouvelle Tour Eiffel du 21ème siècle ou un nouvelle Tour Montparnasse ?
Une tour de gauche ou une tour de droite ?
Et vous, vous êtes pour ou contre la Tour Triangle ?


Veinard(e)s : on a (presque) tout changé à droite !

mercredi 12 novembre 2014

Ukraine

Je ne suis jamais allé en Ukraine. On nous parle ici du bruit métallique des chenilles de chars russes qui violent en ce moment-même la frontière. On suit des reportages sur des populations terrorisées par la guerre qui se terrent dans des abris de fortune d'une ville fantôme dont le nom est Donesk. J'ai aperçu la photo d'un milicien pro-russe avec un petit chat sur l'épaule et un drôle de regard brutal et amusé sur le visage. On menace le tsar tout en tremblant comme un enfant qui joue le bravache en sachant que s'il doit se battre, il se fera rosser par son adversaire plus fort et qui n'a peur de rien.
7 ukrainiens sont venus rendre visite à Everybody Knows cette semaine. Rien n'indiquait dans les statistiques leur appartenance à l'une ou l'autre des factions en lutte. Ils ont trouvé un espace de paix. Bienvenu.

dimanche 9 novembre 2014

Humeur

Photo en couverture du "Monde" daté du dimanche 9 et lundi 10 novembre : la coupole en acier du Louvre d'Abu Dhabi. Une structure en étoile, magnifique de légèreté et pour la conception de laquelle on imagine que quelques savants calculs ont été nécessaires. Mais pas seulement : un travail de conception et de modélisation remarquable qui permettra à l'architecture d'exister. Accompagnant cette photo, un très long article où l'on évoque l'architecte Jean Nouvel (normal, le bâtiment est spectaculaire et on l'espère beau), les commanditaires (Le Louvre et les sponsors locaux), les édiles gouvernementaux, Ministre en tête, et... rien, pas un mot des concepteurs techniques (Buro Happold, une ingénierie anglaise), ni des bâtisseurs ! Ne serait-il pas légitime, a fortiori quand l'ouvrage met en avant sa très grande technicité (ce qui est précisément le cas de la photo), que soient mentionnés ses concepteurs techniques ?
Pense-t-on qu'en passant sous silence systématiquement le travail de l'ingénieur on parviendra à intéresser des jeunes à ce métier ? Mais pourquoi est-ce important d'intéresser des jeunes à ce métier bien moins valorisant que le trading, le marketing ou la fusion-acquisition ?
Saviez-vous que l'industrie française ne cesse de "décrocher", que "hier l'une des plus puissantes du Vieux Continent, (elle) est aujourd'hui menacée de marginalisation" ? En 6 ans "la production tricolore a chuté de près de 16%". Alors, continuons à ignorer les ingénieurs et ne nous plaignons pas de notre déficit commercial dramatique, de notre croissance en berne, des taxes qui augmentent, etc.

en italique : extraits du "Monde"


samedi 8 novembre 2014

Meursault, contre-enquete


"The party is over" chante Léonard Cohen dans "The street" ; la fête est terminée ... des prix littéraires, et Kamel Daoud n'aura pas été sacré "Goncourt" par le jury de chez Drouant pour son roman en forme de soliloque qui, 72 ans après la publication de "L'Etranger", prend le prétexte de l'absence d'identité de la victime dans le livre de Camus - désigné comme "l'arabe" -, pour lui en attribuer une, celle de Moussa, le frère du narrateur, et dérouler un récit d'une très grande richesse avec une rage poétique d'où le lecteur ne s'extrait pas indemne.
Un livre trop difficile pour le lectorat "populaire" visé par le Goncourt, a-t-on dit ; insuffisamment "politiquement correct" par ces temps de susceptibilités religieuses ? "Trop de notes" on du penser les Goncourt-Salieri...
PS : Merci à ML qui a découvert ce livre à l'occasion de sa sortie en mai dernier, qui s'est démenée pour le commander alors qu'il était absent des librairies, et qui se reconnaîtra si elle parvient jusqu'ici...



samedi 1 novembre 2014

Bizarre ? Vous avez dit bizarre ? Comme c'est bizarre ...







Veinard(e)s, on a (presque) tout changer à droite !

The street


J’ai été ton compagnon de boisson favori
Toujours prêt pour une dernière rigolade
Et puis notre bonne fortune à tous les deux s’est épuisée
Elle était tout ce que nous possédions
Tu as enfilé un uniforme
Pour t’engager dans la Guerre Civile
Tu semblais si confiant que je ne me suis pas inquiété
De savoir pour quel bord tu voulais combattre


Ce n’était pas si simple
Quand tu t’es levé et que tu es parti à pieds
Mais je garderai précieusement cette histoire
Pour une autre journée pluvieuse
Je sais le poids du fardeau
Et comment tu le traînes dans la nuit
Certains disent qu’il est creux
Mais ça ne veut pas dire qu’il est léger

Tu m’as quitté me laissant la vaisselle
Le bébé et la baignoire
Tu t’es acoquiné avec la milice
Jusqu’à adopter son camouflage
Tu as toujours dit que nous étions égaux
Aussi laisse-moi marcher avec toi
Fais juste une exception dans ta bande
Pour le vieux rouge blanc et bleu

Mon ami ne m’ignore pas
Nous fumions ensemble nous étions amis
Oubli cette histoire épuisante
De trahison et de revanche
Je vois le Fantôme de la Culture
Avec ses chiffres tatoués sur le poignet
Proclamer une nouvelle fin à cette histoire
Que nous avons tous manquée

J’ai pleuré à ton sujet ce matin
Et je pleurerai pour toi encore
Mais je suis ne suis pas dépositaire du pardon
S’il te plait ne me demande pas quand
Il sera possible d’avoir du vin et des roses
Et des magnums de champagne
Car jamais plus, non jamais plus
Nous ne boirons comme nous avons bu.

Refrain (X2)
La fête est terminée
Mais je suis toujours sur mes deux jambes
Je vais rester à l’angle de cette rue
Là où nous avions l’habitude de passer.

Allez buvons maintenant que c’est fini
Et buvons pour quand nous nous retrouverons
Je vais rester à l’angle de cette rue
Là où nous avions l’habitude de passer.


Léonard Cohen (libre traduction de J.N Spuarte)

samedi 25 octobre 2014

Almost like the blues


J'ai vu des gens affames
Il y avait des meurtres, il y avait des viols
Leurs villages étaient incendiés
Ils essayaient de s'enfuir

Je ne pouvaient pas soutenir leur regards
Alors je regardais mes chaussures
C'était affreux, c'était tragique
C'était un peu comme le blues

Je dois mourir doucement
Entre chaque pensée de meurtre
Et quand j'aurai fini de penser
Je devrai mourir enfin
Il y a de la torture et il y a des tueries
Il y a toutes mes critiques pitoyables
La guerre, les enfants perdus
Mon Dieu, c'est un peu comme le blues

J'ai laissé mon cœur se glacer
Pour lui éviter de trop pourrir
Mon père a dit que je l'avais choisi
Ma mère n'a jamais voulu le reconnaître
Oh les Gitans et les Juifs
J'ai écouté avec attention votre histoire
C'était bien, je n'étais pas fatigué de l'entendre
C'était un peu comme le blues

Il n'y a pas de Dieu au Paradis
Et il n'y a pas de Diable en Enfer
Comme le prétend l'illustre professeur
Qui sait tout mieux que nous
Mais j'ai reçu une invitation
Qu'un pécheur ne peut refuser
Et c'est presque comme une rédemption
C'est un peu comme le blues

Léonard Cohen (traduction libre de JN Spuarte)






"Autour du monde" de Laurent Mauvignier

De la Thaïlande où un voyage entre amis est révélateur d'une névrose suicidaire, à Moscou où un homme marié a une relation homosexuelle le jour de la naissance de son enfant ; du pont glacial d'un paquebot de croisière où un homme sauve un vieillard avec le secret espoir de coucher avec la fille de la victime, au road trip d'un jeune homme à travers les US à la recherche de son frère aîné en rupture de banc familial ; d'une plongée quasi thérapeutique au milieu des dauphins des Bahamas, aux fantasmes de deux vieillards italiens pour une illusion de paradis slovène à portée de ticket de Totocalcio ; d'une attaque de pirates dans le Golfe d'Aden qui tourne mal, aux jalousies mal digérées d'un jeune couple en voyage de noces vers le Canada ; du safari à l'épate de jeunes business men en Tanzanie, à la vie au service de touristes friqués d'un émigré indonésien à Dubaï ; de l'escapade romaine de deux amants qui ont trente ans de différence,au voyage en Israël d'une jeune femme chilienne à la recherche du passé trouble de sa famille pendant la seconde guerre mondiale ; de l'aventure tragique d'un étudiant mexicain au Japon avec une jeune japonaise tatouée qui survivra miraculeusement au tsunami  de 2011 à ce séjour touristique à Paris d'une famille japonaise qui assiste, impuissante, par médias interposés, au drame qui emporte ses plus proches parents, Laurent Mauvignier nous invite à parcourir la planète au gré de 14 nouvelles qui s'interpénètrent pour ne former qu'un seul roman dont le fil d'Ariane est le tsunami du 11 mars 2011, porté par une langue qui nous permet, grâce à sa beauté, de vivre véritablement - plutôt que d'assister - à ces "choses de la vie", souvent dramatiques, parfois dérisoires.