mardi 19 mars 2019

Le Grand Debat

J’ai fait l’exercice du questionnaire du « Grand débat » (c’est étrange comme dans ce petit pays il faut tout qualifier de « grand » : le TGV, la Grande Bibliothèque, le Grand Paris, le Grand Débat, etc...). Je l’ai fait sans illusion, et surtout pas celle de la manipulation (il suffit de voir comment sont posées les questions et d’écouter Mr Macron proclamer les résultats (on ne change pas de cap !). Je l’ai fait comme je mets mon bulletin dans l’urne, sans grand espoir mais avec la conscience d’un certain devoir démocratique accompli. Les cyniques riront, et c’est normal : ils ont renoncé à toute utopie. Peut-être ont-ils raison dans leur désespérance. Dans ce questionnaire, il y avait une illusion de liberté représentée par une case à la fin de chaque question « Autre ». Pour ma part, je considère cette case comme la plus importante mais je doute que les algorithmes susceptibles de nous dépouiller (belle formule ?) soient en mesure de parfaitement comprendre ce que j’ai voulu y mettre. Alors, et bien que vous soyez plus forts que ces algorithmes, je vais vous dire ce que j’y ai mis : l’éducation publique est la clé de tout, « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », solidarité-tolérance-responsabilité pourraient donner le change à Liberté-Egalité-Fraternité, culture populaire (pour le peuple et non pas vulgaire), réduction des écarts salariaux indus, service public même s’il faut que nous (les privilégiés) payons davantage d’impôts, accueil des migrants, tolérance, poésie au quotidien, ...
Vous croyez que les algorithmes vont s’emparer de tout ça ? 

"Venise à double tour" de Jean-Paul Kauffmann

Résultat de recherche d'images pour "venise à double tour"Amoureux de Venise, ne pas s'abstenir ... de lire le dernier livre de l'auteur de "Remonter la Marne" ! L'entreprise dans laquelle Jean-Paul Kauffmann s'est aventurée - visiter des églises fermées de Venise - peut paraître dérisoire (à quoi cela peut-il servir, il y a déjà tant d'églises ouvertes qui recèlent des trésors qu'une vie entière ne parviendrait pas à découvrir ?) ou prétentieuse (se ranger dans la catégorie des élites détentrices de la connaissance de lieux secrets quand le gros du troupeau n'accède qu'au tout-venant que les guides touristiques lui livrent en pâture).
Je ne connais pas personnellement ce Monsieur autrement que par les deux récits que j'ai lus et les informations que j'avais suivies durant les deux années de sa prise d'otage au Liban, mais je suis persuadé que sa quête n'est ni dérisoire ni emprunte de vanité. Jean-Paul Kauffmann cherche, et cette curiosité qui semble insatiable tout en étant loin d'une frénésie quelconque, constitue sa manière à lui de goûter chaque jour à la vie avec cette connaissance particulière (cet appétit ?) que doivent avoir ceux qui ont éprouvé un jour, dans leur corps et dans leur esprit, l'absence de liberté.
Les découvertes qu'il fera dans cette traversée de Venise un peu particulière sont d'abord humaines au travers de plusieurs personnages qui seront des appuis précieux (des complices ?), des passionnés, voire même des sorte de satrapes ou gardien d'un temple bien décati. Il nous fait partager ces rencontres avec un regard sensible. Il convoque également la mémoire d'autres observateurs de Venise comme Sartre ou Lacan qu'il trouve plus pertinent que Morand, souvent considéré comme la référence auprès des amoureux de Venise.
Résultat de recherche d'images pour "venise à double tour"Mais ce que Kauffmann trouve au terme de ses quêtes - le plus souvent infructueuses - ce n'est pas un espace incroyable chargé de mystères enfouis depuis parfois des décennies qui se révèlent enfin à lui, visiteur privilégié ; c'est l'absence, le vide, une sorte de désolation ; peut-être quelque chose qui pourrait faire penser à ce qu'expriment les "vanités" en peinture : à la fois le dérisoire de la vie et son importance suprême.
C'est à une leçon de philosophie que nous invite l'auteur quand, lecteur, nous lui emboîtons le pas. Il nous donne accès, par la grâce de ses mots, la beauté simple de ses descriptions, ses citations, son érudition, à une félicité rare ; celle que, seule, une grande oeuvre peut nous offrir ... pour seulement 22 Euros. 

mercredi 20 février 2019

Le chat

Je l’appelle, il me nargue à distance.
Je m’installe, et quelques temps plus tard
Il se blottit contre moi,
Recherchant de mes doigts les caresses,
Me léchant les phalanges avec délectation.
Puis il se couche sur le flanc,
S’étire d’une langueur de courtisane,
Se retourne avec volupté sur le dos
S’offrant sans crainte,
Les yeux fermés par l’extase,
Le ronronnement bourgeois,
Pour subitement disparaître
Vers quelques desseins
Dont seul il connaît le mystère.

dimanche 17 février 2019

Merci Bruno !



Un texte très court que l'un de mes amis m'a transmis pour mon petit-déjeuner ... Il est de Philippe Val, ex Charlie-Hebdo, ex France-Inter.

"Popaul entrait comme une bombe dans la vie des gens. La plupart du temps , la rencontre était sans lendemain.
Il séduisait trop pour être fidèle. Il ne gardait dans ses filets que ce qu’il jugeait le meilleur . C’est-à-dire , pour résumer les artistes.
Pas forcément ceux qui faisaient profession d’être artistes- il était revenu de beaucoup de ceux-ci -, mais ceux qui avaient une relation d’artiste avec la réalité. C’est à dire ceux qui, par leur comportement , leur conversation, leurs idées et leurs actes ajoutaient à la réalité quelque chose qui en changeait la nature et la perception. Ceux qui, plutôt que noter ce qu’il faut penser des choses , préfèrent noter la nature des choses. L’étonné, plutôt que le juge. Le curieux, plutôt que l’ordonnateur. Celui qui face à la forme singulière de la réalité, avait une réaction personnelle , ni morale, ni idéologique , mais sensible."

samedi 16 février 2019

Hommage à Antonio Lobo Antunes

Lire la désespérance des phrases d’Antonio Lobo Antunes dans le Tram T2 longeant les méandres de la Seine comme un serpent insidieux dont l’estomac serait repu d’une foule de travailleurs dociles, le pif collé à l’écran multicolore de leur smartphone élevé au rang de directeur de consciences, les embouchures des oreilles équipées de dispositifs en plastique dénommés écouteurs aptes à handicaper leurs trompes d’Eustache d’une manière irréversible tout en garnissant de profits juteux les comptes en banque cupides des actionnaires béats des multinationales fabricant ces instruments de destruction massive des organes auditifs de l’humanité, se régaler, dans une promiscuité chahutée par les hoquets de la rame, baignant dans les effluves contradictoires des parfums bon marché et des sécrétions animales qu’une promiscuité digne d’une migration de gnous s’emploie à diffuser avec une générosité philanthropique, se régaler donc de la méchanceté avec laquelle l’auteur portugais torture les mots comme un inquisiteur la chair de ses suppliciés afin de leur faire rendre, par la seule force de son talent d’écriture, la douloureuse vérité du monde, comme si le lecteur parcourait un tableau de Jérôme Bosh ou les maquettes cauchemardesques des frères Chapman.

mardi 12 février 2019

"Sarkhozi Kadhafi, des billets et des bombes"

C'est une BD dont les auteurs sont 5 journalistes et un illustrateur ; B comme bombe et D comme Désespérant ?
Résultat de recherche d'images pour "sarkozy kadhafi des billets et des bombes"Tout y est - corruption, barbouzes, argent sale, réseaux, etc. - dans ce roman-feuilleton dont on pourrait rire s'il s'agissait seulement d'une histoire "abracadabrantesque" et si les conséquences d'agissements cyniques au plus haut sommet d'une démocratie comme la France n’entraînaient pas un cortège de morts et une autre bombe - celle-ci à retardement - la généralisation du populisme.
Car le D de BD pourrait effectivement, ici, signifier "Désespérance". Comment en effet ne pas céder à la tentation, après avoir fini la lecture de cet ouvrage, de conclure au "Tous pourris" dont on sait qu'il est le slogan du renoncement à l'idée de démocratie ?
Et comment ne pas imaginer que le vide abyssal que les 30 ou 40 dernières années ont creusé avec acharnement dans la vie politique ne soit brusquement rempli par les forces de la haine ?
A lire impérativement pour se ressaisir ?

lundi 11 février 2019

"La Transparence du temps" de Léonardo PADURA

Résultat de recherche d'images pour "la transparence du temps"Dans "La transparence du temps", son dernier roman, l'auteur cubain, Leonardo Padura, reprend avec bonheur le procédé déjà utilisé dans un de ses précédents livres, "Hérétiques", du parcours dans le temps et l'espace d'un objet mystérieux à partir duquel il développe le récit sous la forme d'allers et retours entre les événements historiques et l'enquête menée par l'ex-policier Mario Condé dans le Cuba d'aujourd'hui.
Dans "Hérétiques", il s'agissait d'un tableau de Rembrandt représentant le portrait d'un jeune juif et le lecteur voyageait de l'atelier du maître dans l'Amsterdam du 17ème siècle, jusqu'à la Havane d'aujourd'hui, en passant par la fin des années 30 et le tragique périple du Saint-Louis.
Résultat de recherche d'images pour "padura"Dans "La transparence du temps", c'est une statuette en bois d'une vierge noire à l'enfant, à l'origine mystérieuse, qui nous porte depuis la chute de Saint-Jean-d'Acre et les Templiers, jusqu'aux eaux troubles du milieu actuel des marchands d'art cubains, en passant par la Guerre d'Espagne, la Catalogne et le Roussillon.
Ce petit pavé de plus de 400 pages se lit avec une vraie jubilation tant Padura parvient à concilier avec brio le polar et le roman introspectif (sur Condé/Padura et sur le monde en général) dans une sorte de roman picaresque, servi par un style remarquable.

dimanche 27 janvier 2019

Sérotonine ... bof

Résultat de recherche d'images pour "houellebecq"
"Nous habitions un grand trois pièces au 29ème étage de la tour Totem, une espèce de structure alvéolée de béton et de verre posée sur quatre énormes piliers de béton brut, qui évoquait des champignons d'aspect répugnant mais parait-il délicieux que l'on appelle des morilles. La tour Totem était située au cœur du quartier Beaugrenelle, juste en face de l'Ile aux Cygnes. Je détestais cette tour et je détestais le quartier Beaugrenelle, mais Yzu adorait cette gigantesque morille de béton (…)."

Non seulement Houellebecq semble ignorer le goût des morilles ce qui, compte tenu de son pedigree, est un défaut évident de curiosité, mais il emploie l'adjectif "alvéolée" pour caractériser la structure de la tour Totem, ce qui signifierait qu'elle est constituée de creux ou de cavités - le mot « alvéole » vient du latin alveolus, diminutif d'alveus (« cavité, baquet ») - et donc se met le doigt dans l'alvéole car il aurait du davantage parler de structure modulaire ou cellulaire ; il déteste cette tour alors qu'il s'agit d'une des plus remarquables (sinon la plus remarquable) que Paris possède (faute de goût supplémentaire) ; et enfin la comparaison me semble pauvre et inadéquate avec la morille, comme peuvent en témoigner les photos ci-jointes.


















Je lirai jusqu'au bout "Sérotonine", je ne l'achèterai pas, mais ça commence assez mal !

lundi 14 janvier 2019

"Et l'amour aussi a besoin de repos" de Drago Jancar


Résultat de recherche d'images pour "et l'amour aussi a besoin de repos"

Résultat de recherche d'images pour "et l'amour aussi a besoin de repos"Roman magnifique de l'auteur de "Cette nuit je l'ai vue" qui est l'un des romans que je recommande à toute personne à la recherche d'un livre "splendide" comme je l'avais écrit dans une chronique datant de mars 2017 à lire (ou à relire) ICI
On retrouve dans "Et l'amour aussi a besoin de repos" (traduction plus "poétique" du titre original "Et l'amour aussi", reprenant un vers d'un poème de Byron :
Car l'épée use le fourreau
Et l'âme épuis le coeur
Et le coeur doit faire halte pour souffler
Et l'amour aussi a besoin de repos.)

cette ambiance singulière qui restitue l'atmosphère de la 2nde guerre mondiale dans cette région de l'Europe centrale, avec les partisans, les nazis et leur suppôts, un monde dirigée par la peur, qu'il s'agisse de la trouille ou de la terreur, un monde désenchanté où certains héros et victimes d'hier peuvent devenir les apparatchiks de demain, où les lâches parviennent à s'en tirer ; un monde désenchanté sauvé par certaines figures presque anonymes. "S'il n'en reste qu'un" ?
Des destins terribles se croisent dans ce livre où l'Homme parait n'être qu'un fétu de paille pris dans les remous du torrent sombre de l'histoire.