vendredi 3 décembre 2021

Le monde sans fin

Voilà une BD qui devrait faire un carton (mais qui le fait sans doute déjà aux dires de mon libraire qui n'a pu en commander qu'un seul exemplaire et qui me l'a réservé : C'est ça le vrai statut de privilégier !).
Si vous êtes à cours d'idées pour Noël, je me permets ce conseil : offrez cette BD à ceux qui vous sont chers, mais aussi à ceux que vous n'aimez ; bref à tout le monde. Vous pouvez aussi jumeler ce cadeau avec un roman car il est indispensable (vital ?) de cultiver notre imaginaire : par exemple "Abuelo" https://www.editions-harmattan.fr/livre-abuelo_claude... (sans exclusivité).
Alors pourquoi cette "pub" pour un nucléariste forcené (Jean-Marc Jancovici), auteur, avec l'illustrateur Christophe Blain, de "Le monde sans fin", moi qui suis franchement rétif au "tout nucléaire" ? Parce que le propos est intelligent, clair, sérieux - sans se "prendre au sérieux" - et ludique par la grâce des dessins pleins d'humour.
On pourra toujours regretter de ne pas avoir développé un mix énergétique moins déséquilibré en faveur de l'atome il y a 30 ans, mais voilà, on ne refait pas l'histoire et aujourd'hui, il y a urgence : il faut penser une société décarbonée ou bien on va tous carboniser (facile) !
On peut tourner le problème dans tous les sens (et Jankovici le fait très bien), on ne peut plus se passer du nucléaire. Ca ne veut pas dire que c'est la panacée (remède qui guérirait de tous les maux), car nous (les humains) devront faire un effort significatif pour nous échapper de la doxa consumériste alimentée par notre "striatum". Je ne vous en dit pas plus : lisez ! LISEZ ! LISEZ ! (d'ailleurs, je vais m'en reprendre une petite ... lecture !).





mercredi 1 décembre 2021


Poème N°36
 : "Matin", du poète croate Vladimir Vidric (1875-1909).
Publié sur FB le 6 février 2021

Très engagé dans des cercles politiques progressistes (il fut l'un des chefs des manifestants qui ont brûlé le drapeau hongrois à l'occasion de la visite de l'empereur François-Joseph), ce docteur en droit devenu avocat et mort prématurément à l'âge de 34 ans, n'a écrit qu'une quarantaine de poèmes, dont la plupart auto-publiés dans son recueil de 1907 avec le simple titre Pjesme (Poèmes).
Vidrić était connu pour sa vie aventureuse, sa grande intelligence et sa mémoire prodigieuse. Elève exceptionnel, il passait des soirées entières à réciter de la poésie mémorisée à ses amis émerveillés.
Il est décédé dans des circonstances obscures à l'hôpital psychiatrique de la banlieue de Zagreb. (extrait de Wikipédia).

L'aube pointait. C'était encore l'obscurité dans la forêt
Pan apparut avec une outre, la plus grande,
Il s'installa dans la clairière, sous un tremble
Et puis, d'un rire, il fit savoir qu'il était là.
Timidement, des ombres sortirent des ténèbres
Et commencèrent à danser sur l'herbe verte.
Blondes Nymphes effarouchées
Qui s'étaient couronnées de blanc ...
Et l'aurore naissait. Puis la rosée tomba
Larges gouttes étincelantes,
L'étoile du matin scintilla et le tremble
Frémissait et vibrait de ses feuilles offertes.
Les flûtes doucement murmuraient sous les branches
La ronde autour de Pan tournait
Et la forêt se mit à bruire et vint le vent
Qui naît au premier point du jour.

Poème N° 37
, « Quand tu reviendras » (Cuando volvás), du poète guatémaltèque Luis de Lión (1939-1984).
Publié sur FB le 7 février 2021.
 
Professeur de littérature à l’Université de San Carlos de Guatemala il est dirigeant du Parti communiste des travailleurs guatémaltèques. Il fonde une petite bibliothèque dans laquelle il enseigne l'alphabétisation à ses anciens voisins.
Le 15 mai 1984, alors qu'il se rend au travail, un groupe d'hommes armés en civil le force à monter dans une voiture banalisée. Il rejoint les rangs de plus de 30 000 citoyens «disparus» par les dirigeants militaires du Guatemala dans les années 80 dans le cadre de la guerre civile guatémaltèque. Ce n’est qu’en 1999 qu’on a appris qu'il avait été tué le 6 juin 1984, environ trois semaines après son enlèvement.

Quand tu reviendras,
Je t’attendrai avec un panier pour recevoir ta joie.
Avec ces crayons de couleur je peindrai tes paysages.
Mon amour,
si c’est l’hiver,
mes mains auront gardé la chaleur de l’été.
Mais si cela n’arrive pas,
tu sais quel sont mes devoirs.
Sûrement je serai sorti, ponctuel, pour accomplir l’un d’eux,
un devoir long de jours, de mois.
Il se peut aussi qu’on doive mourir et cela peut durer des années.
Et s’il ne suffit pas d’être mort,
il faudra se convertir en poussière et cela peut durer des siècles.
Et tu sais que l’on ne peut revenir,
que cela fait partie de la plus ancienne discipline.
Autrement
nous ne pourrons accomplir correctement notre fonction d’accoucheurs.
Ainsi donc,
pas de larmes.
Tu sais qu’ici la pluie est abondante, alors pourquoi
gonfler davantage la terre ?
Profite plutôt de son humidité, laboure-là en profondeur,
sèmes-y toutes les graines que tu portes et attends, concentrée.
Il se peut que tu perçoives ma respiration dans une de leurs germinations.

Poème N°38
, « Je voudrais », du poète indonésien Sapardi Djoko Damono (1940-2020).
Publié sur FB le 8 février 2021
  
Docteur es Lettres et Professeur de Littérature à L’Université d’Indonésie, sa poésie a été couronnée de plusieurs prix et a inspiré de nombreux artistes indonésiens. Il est considéré comme le pionnier de la poésie lyrique indonésienne. Ses thèmes de prédilection sont davantage la condition humaine que les idées révolutionnaires et sociales comme d’autres de ses compatriotes. Le récital de poésie qui avait été organisé pour ses 70 ans a attiré un public très large et très nombreux.

Je voudrais t’aimer simplement avec des mots non prononcés :
Petits bois que la flamme transforme en cendre
Je voudrais t’aimer simplement avec des signes non exprimés :
Nuage que la pluie rend évanescent.

(Traduction libre depuis la version anglaise de John H. Mc Glynn.)

Poème N°39
du poète de la République du Congo, Sony Labou Tansi (1947-1995).
Publié sur FB le 9 février 2021
  
Il a tout d’abord écrit des poèmes mais ils ne seront pas publiés avant qu’il connaisse le succès avec un roman « La vie et demie », lequel, pour l’écrivain franco-congolais, Alain Mabankou, est l’un des trois romans les plus importants de la littérature d’Afrique noire.
Enseignant le français et l’anglais, il s’engage en politique ; il est même élu député. Mais ses prises de position contre le régime en place lui vaut d’être radié de la fonction publique.
Il meurt du sida à l’âge de 48 ans faute d’avoir pu obtenir un passeport afin de bénéficier du traitement adéquat.

Vous savez
Dans ce pays
Où tout est maigre
Jusqu’à l’essentiel
Dans ce pays
Sous le ciel le plus ciel
Du monde
Ce n’est pas la balle ni la bombe
Ni la faim ni la mort
Qui nous tuent
Sous le ciel le plus ciel du monde
Ce n’est pas la peste ni le palu
Ni le sort qui nous tuent
Ce sont les foudres d’espoir
Tout ce qui dans le blond sucre de canne
On mange d’espoir.