jeudi 9 septembre 2010

Fin de la crise, crise des fins


Un article de Marc Augé dans le supplément "M" du Monde du 9 septembre qui me plait bien (énormément). Coincé entre une pub pour Dior, un énoncé des "tendances" et un reportage sur le Kimchi coréen (choux fermenté, épicé et macéré dans une mixture à base de saumure de poisson, piment rouge, sel, gingembre et ail !). Savez-vous que ce Kimchi à une odeur tellement âcre et persistante (une odeur dégueulasse donc) que les fabricants de réfrigérateurs coréens ont du élaborer un compartiment réservé à son usage ?... Vous vous en foutez ? Revenons aux propos de l'ethnologue, directeur d'études à l'EHESS.
L'être humain a trois dimensions : individuelle, culturelle et générique. La relation, le dosage entre ces trois dimensions est au cœur de la problématique de la situation de l'homme dans la société. Chacune peut-être "faussée, manipulée ou subvertie" par la société. Aujourd'hui, le consommateur ne s'est-il pas substitué à l'individu, le local au culturel et le global au générique ? La crise actuelle est révélatrice du déplacement de ces dimensions. Crise, à la fois de conscience planétaire, de relation et crise des fins.
Conscience planétaire : place de l'homme sur une planète que l'on découvre maltraitée, et, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, dotée d'une fin perceptible que peut précipiter l'écart menaçant et toujours croissant entre les plus riches et les plus pauvres.
Crise de la relation : une société qui, par les technologies de la communication, nourrit l'illusion de l'évidence et de la transparence, fausse la connaissance de l'autre et donc la relation ; la dissipation de l'illusion peut être dramatique et violente.
Crise des fins : fondée sur un 1er paradoxe, celui d'une progression toujours plus accélérée de la science et l'écart qui se creuse vertigineusement entre les acteurs de cette science et ceux qui devront la subir ; un 2nd paradoxe est la concomitance entre le développement de cette science, source d'une nouvelle interrogation sur les rapports entre la matière et la vie, et le fondamentalisme religieux. La "fin de l'histoire" imaginée par Fukuyama, avec l'avènement d'un accord unanime fondée sur la combinaison de la démocratie représentative et du marché libéral est une idée fausse. C'est une aristocratie ou une oligarchie planétaire qui risque de régner, issue des 3 "classes", politique, économique et scientifique qui gouvernent le monde et qui se concentrent d'avantage chaque jour, nourries des consommateurs qui s'obligent à consommer et subies par les exclus ; et non la démocratie.
"Nous vivons à l'envers, nous marchons sur la tête. Il n'est en effet pas déraisonnable de penser que, si nous décidons de tout sacrifier à l'éducation, à la recherche, à la science, en faisant des investissements massifs dans le secteur de l'enseignement à tous les niveaux, nous aurions les emplois et la prospérité en plus. L'idéal de connaissance n'a pas besoin d'inégalités sociales ou économiques. Bien au contraire, au regard de cet idéal, ces inégalités sont des facteurs de stagnation, des obstacles, une considérable perte d'énergie, une atteinte au potentiel de l'humanité.(...) On peut faire l'hypothèse que le refus de penser ensemble le problèmes de l'économie et de l'éducation est la cause profonde de nos échecs dans les deux domaines.(...) ...la crise apparait comme un révélateur de ce qu'est la vraie richesse, de ce que sont les vraies négligences écologiques, la véritable différence sociale ou encore les vraies finalités de communication/consommation qui monopolise les écrans de nos télévisions."
"L'utopie noire de l'aristocratie planétaire" s'accomplira-t-elle ou bien est-il encore possible d'imaginer un "renversement historique imprévu" par lequel "des convergences nouvelles s'esquisseront entre pensée de l'universel, conscience politique et révolution éducative" ?

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