dimanche 11 octobre 2026

De la vieillesse et autres turpitudes


 A partir d'un certain âge, la vie ressemble à une course à pieds 

sur un tapis roulant dont la vitesse ne cesse d'augmenter.

« Chacun » de Jean-Paul Dubois

« Chacun », le dernier opus de Jean-Paul Dubois, ravira les affreux gauchistes (dont je suis) et se fera détester par leurs adversaires. Dubois y va au bazooka contre l’ « Homme à la peau de cartable » (comprendre l’Ubu américain), les technofascistes, Sarko et les sarkozistes, les adeptes d’un jeunisme-transformisme chirurgical, les « contorsionnistes du porte-monnaie (comprendre les financiers de la gestion d’actifs ou de la fusion-acquisition chez lesquels sa sœur Chloé gâche son intelligence) et les « facilitateurs » de tout poil (comprendre magouilleurs, entremetteurs, obligés comme son frère jumeau Lothard-Achille). 
Mais il pose souvent son arme de destruction massive des cons, en livrant un récit bourré de tendresse, d'humour et d’amour (sa femme, ses parents - dont les portraits sont magnifiques), de nostalgie (de l’enfance), de savantes digression sur les maladies cardiaques (le narrateur est cardiologue) et la météorologie (Rose, sa femme est une éminente météorologue) et de folie (ses virées en Royal Enfield sur la Côte basque). 
Et c’est pas tout, puisqu’il y a un mystère : sa femme disparaît après l’une de ses descentes en kayak, en solitaire, dans un torrent de l’Ariège. L’embarcation est retrouvée brisée en deux, mais il n´y a aucune trace de Rose. La gendarmerie est bien entendu sur la piste de cette mystérieuse disparition dont Paul Weiss-Melville, le narrateur, détient quelques indices qu’il garde secrètement pour lui, jusqu’à les livrer, un jour de déprime à deux femmes : Chloé et sa belle-sœur. 
Avec un style tout à fait « duboisien » (comprendre : fluide, tendre, incisif, ironique, engagé, « wokiste » en un mot), Jean-Paul Dubois nous entraîne dans une petite aventure domestique qui se déguste comme une délicieuse friandise acidulée et sucrée, croquante et moelleuse a la fois. Si bien qu’on prendrait volontiers la place du passager sur la Royal Enfield pour un road-trip déjanté, juste histoire d’oublier le temps du voyage « l’Homme à la peau de cartable » et autres sinistres clowns.