lundi 2 novembre 2026

« Saint Luigi » de Nicolas Framont

Luigi Mangione est ce jeune ingénieur à la gueule d’ange soupçonné d’avoir assassiné de 3 balles de revolver, le 4 décembre 2024, le PDG de la première assurance santé des Etats-Unis (UHC). Bien qu’il n’ait pas reconnu le meurtre, le mobile est très probablement lié au fait que cette compagnie est connue pour mettre tout en œuvre pour retarder les délais des remboursements, jusqu’à trouver tous les arguments pour refuser de les effectuer. 

Le jeune homme est devenu, pour une partie des américains, une icône ; une sorte de martyr du capitalisme le plus sauvage. 

Nicolas Framont est sociologue et co-rédacteur en chef de la revue Frustrations. Il ne cache pas son appartenance à l’extrême-gauche et à l’anti-fascisme.

Il part de ce geste a priori insensé (Luigi est un jeune homme appartenant à la classe aisée de la société, il a un très bon niveau scolaire et de culture, et il risque aujourd’hui la peine de mort), qu’il dénonce sur le plan moral, mais qu’il comprend pour plusieurs raisons. La principale - et qui constitue la thèse du livre - est que le changement de politique impose le rapport de forces et, au final, la violence. 

Toujours sans excuser le geste supposé de Luigi, il met en lumière les crimes du capitalisme en commençant par ceux de la firme de M. Brian Thompson : 29% des demandes de remboursement de soins sont refusées pour 29 millions d’américains qui en dépendent. On estime à 45000 les personnes décédés faute d’accès aux soins et 500000 qui tombent en faillite personnelle à cause du prix des soins aux Etats-Unis. McKinsey qui a couvert la stratégie mortifère de la famille Sackler, propriétaire de la firme Purdue Pharma qui fabrique l’Oxycontin, un médicament responsable de l’addiction et de la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes. UHC comme Purdue Pharma ont vu leurs bénéfices considérablement augmentés pendant la période de développement de ces stratégies. 

L’auteur multiplie les exemples des nuisances dévastatrices du capitalisme et n’oublie pas les géants de la Tech lesquels, avec leurs gigantesques projets de data-center, épuisent les ressources naturelles.

Parallèlement, il dresse le constat que les actions telles que les manifestations pacifiques n’ont plus aucun impact sur la modification des choses en cours. 

Le seul levier d’action est de « faire peur aux gouvernants ». 

Pour ma part, j’aimerais que cette peur ne se matérialise pas en un déchaînement de violence - pillages, incendies, démolitions -, mais par une révolution douce. Est-ce trop tard ?

dimanche 1 novembre 2026

« Avant la catastrophe - La naissance de la dictature nazie » est un documentaire à voir sur LCP. Il est à voir parce qu’il (dé)montre qu’entre 1933 et 1936 la mise en place du  nazisme s’est effectuée en Allemagne avec la complicité d’une grande partie des médias occidentaux et le soutien - passif ou enthousiaste - d’une large majorité d’allemands. 
Si l’on peut accuser les premiers d’avoir certainement minimisé la vraie nature du régime (par manque de lucidité ou par adhésion à ses valeurs), pour les seconds, c’est plus complexe. La plupart des allemands (ceux qui n’étaient ni juifs, ni communistes, ni même sociaux-démocrates engagés, et je mets à part les fanatiques), ont vu dans Hitler l’homme providentiel capable de leur apporter une sérénité sociale, du travail, des loisirs et leur redonner une fierté (nationaliste). Le carburant des peuples : l’homme providentiel et la sécurité. 
La liberté ? Eux en disposaient, ou tout du moins, se contentaient de celle qu’on leur accordait. Qu’importe que ceux qui s’opposaient à cette dictature fussent arrêtés, torturés. enfermés dans des camps.  Fallait-il croire ce que l’opposition dénonçait ? Était-ce vraiment leur problème si on remettait les brebis galeuses dans le droit chemin ? Celui de l’ordre, de la tradition, de la conformité. Il y avait bien quelques bavures, mais c’était inévitable. Et puis, il y avait ce formidable élan de solidarité : la Winterhilfswerk (la collecte d’argent pour les plus démunis) ; les premières vacances pour les classes populaires sur la Baltique, les activités pour les enfants, du travail pour tous - tout du moins pour les « bons allemands ». 
Goebbels affirmait haut et fort que le régime n’avait aucune intention de faire la guerre à ses voisins. Ce serait d’ailleurs une folie : le prix à payer serait terrible pour les vaincus, mais aussi pour les vainqueurs. 
Ces années « avant la catastrophe » se concluaient par les jeux olympiques de 1936, où les affiches stigmatisant les juifs furent remplacées, le temps de la fameuse « trêve », par les banderoles ornées des cinq anneaux, et la débauche de drapeaux avec la croix gammée par les drapeaux des nations. Le sport, la compétition, sont des leurres efficaces.
Il est difficile de ne pas faire le parallèle avec notre époque. Et si les années que nous vivons étaient à nouveau celles « d’avant la catastrophe » ?