dimanche 30 septembre 2012

And now, ladies and gentlemen, Monsieur Léonard Cohen !


Olympia, samedi 29 septembre 2012. 19H00. Léonard Cohen en majuscules rouges sur la façade de la mythique salle de spectacle. La dernière fois, c'était il y a déjà quatre ans. Le "jeune homme" n'avait que 74 ans. Je dois retirer mes deux places au guichet. Une amie m'accompagne. Elle est déjà dans la petite foule qui attend, calme, derrière les barrières métalliques. Autour, sur le trottoir, au carrefour, il y a des revendeurs aux mines patibulaires. Des affichettes en carton "Places to sell" ou "Search  places". Comme je cherche deux places supplémentaires, je navigue entre les revendeurs. Tous les billets proposés sont aux alentours de 200€. Un type m'accoste en prétendant qu'il en vend au prix coutant. Il n'a pas franchement le look du fan de Léonard Cohen. Ses places sont à 200€. Trop chères, je cherche plutôt dans les 150 maxi. Tout en ayant bien conscience que ces tarifs ne sont a priori pas raisonnables (mais combien pour un match de foot ?). Quelques instants plus tard,  je vois mon honnête vendeur en compagnie de trois ou quatre autres individus qui s'agitent pas mal. L'un d'entre eux a la main gauche pleine de coupures de 50€ - dix ? quinze ? - qu'il compte à une vitesse stupéfiante avec les doigts de sa main droite. Un autre a son mobile à l'oreille : "Viens pas, c'est pas la peine, c'est d'la merde ici !". Je suis de moins en moins certain de parvenir à acquérir, à un prix à peu près raisonnable, deux places supplémentaires pour un couple d'amis qui sont sur le chemin et qui attendent mon appel. 19H15. Cette fois, il est possible d'entrer dans le hall. Les vigiles laissent passer la petite foule très calme entre deux barrières métalliques. Je rejoins mon amie qui a pris un peu d'avance. La moyenne d'âge dans la file d'attente n'est pas franchement lycéenne ou étudiante. Quand même, il n'y a pas que des retraités ! Une fois récupérée ma place, je retente un tour à l'extérieur en quête des fameuses deux places supplémentaires. Je me retrouve près d'une femme qui a des billets dans la main et semble ne pas savoir quoi en faire. Je tente un "vous vendez des places ?" Elle me répond d'un air désolé qu'elle vient d'acheter quatre places à 200€ pièce, mais que c'est des fausses. Elle me les montre. Pas facile de se rendre compte. Le dos du billet a cette impression irisée qui ne me semble pas évidente à imiter ; quant au recto il est exactement comme le mien. "Faites attention, avant d'acheter à un revendeur, passez un doigt mouillé sur la surface du billet. Si c'est un faux, l'encre a tendance à s'en aller !", me dit-elle. Cet avertissement très sympathique me convint de mettre un terme à mes recherches. Je préviens mes amis, et j'entre à nouveau dans le hall de l'Olympia. Sur la droite, il y a la boutique à gadgets. T-Shirts, programmes, CD, livres, mais aussi épingles à cravate (!), bagues (!!), faux Stetson à 60€ (!!!), etc. J'avise quand même un T-Shirt "I'm your man" qui pourrait être un cadeau sympa pour mon fils ainé qui a failli m'accompagner. Juste devant moi, un homme aux cheveux longs, la bouche charnue, une sorte de Borsalino sur la tête, et muni d'une étrange voix de fausset aphone, se commande toute la panoplie. Il enfile la bague immédiatement et tapotera son code de Carte Bleue tout en gardant un œil ému sur sa nouvelle acquisition. Le vendeur, sensible, l'informe qu'à l'intérieur de la bague, c'est "écrit". Quoi ? Je n'en saurai jamais rien, mais l'homme qui a troqué son Borsalino contre le Stetson n'est pas pressé de découvrir ces écrits masqués et repart comblé, portant un grand sac en plastique rempli de ses trésors, en contemplant avec gourmandise son auriculaire.
A 20h10, le concert commence avec un "Dance me to the end of love" qui ne peut faire que l'unanimité. Avant d'entamer la seconde chanson, Cohen dit quelques mots en anglais puis en français : "Je ne sais pas si nous nous reverrons un jour, mais en tout cas, ce soir, on va donner tout ce qu'on a !" Etrange phrase que prolonge un tonnerre d'applaudissements (le premier d'une longue série, devrai-je dire). Enchainement avec "The Future", aux paroles prémonitoires ("I've seen the future, brother /It is murder /Things are going to slide/Slide in all directions"). Puis un "Like a bird" très long, magnifique, dans lequel les musiciens, tour à tour, nous régalent de leur virtuosité et de leur sensibilité. Ce serait un peu long de passer en revue toutes les chansons interprétées ce soir-là (pas moins de trente) par un Cohen en pleine forme, sautillant en pas chassés à chaque entrée ou sortie de scène, rythmant de tout son corps la musique avec cette curieuse démarche comme s'il pataugeait dans la gadoue (tel un albatros ?), et très souvent à genoux aux pieds de ses musiciens, ou au centre de la scène. Une chose est certaines : les intemporelles, les sublimes, les pépites ont bien été chantées : Suzanne, Gipsy Wife, Famous Blue Raincot, I'm your man, Everybody Knows, et autres  So long Marianne ou Hallelujah dont  les refrains furent repris par une salle totalement sous le charme de cet homme d'une élégance totale : voix d'une profondeur et d'une chaleur incomparable, respect - pour ses musiciens, le public -, silhouette frêle et immense à la fois.
Il laisse à Sharon Robinson et aux Webb Sisters qui l'accompagnent le soin d'interpréter deux superbes mélodies. Deux instants supplémentaires de pur bonheur. Cohen, en retrait, dans le noir, Stetson à la main.
Près de quatre heures plus tard - 23H50 -  tout le public est debout. Trois rappels et il faut se résoudre à laisser partir l'immense poète sur l'air de  " I tried to leave you, I don't deny I closed the book on us, at least a hundred times". Petit pincement au coeur. Est-ce la dernière fois ? Ça fait quand même 42 ans qu'on se connait !...
Respect Mister Cohen, Prince des Asturies et de la poésie.
Merci à AR, d'avoir partagé ce moment d'anthologie, et qui se reconnaîtra, si elle vient jusqu'ici !...

9 commentaires:

  1. j'y étais aussi et c'était magnifique ! Beau témoignage !

    Juste un bémol sur le public. Des gens qui arrivent jusqu'avec trois quarts d'heure de retard ! juste incroyable, non ?
    Et les IPad et IPhone allumés en continu pour des captures de concert et des commentaires, transmis immédiatement sur You tube et Tweeter. Bref, autour de moi intense activité électronique. Le conseil de Cohen pour écouter sa musique, c'est pourtant : "asseyez-vous au fond de votre fauteuil et laissez-vous aller."

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  2. J'ai aussi été dérangé par des retardataires. Un peu moins par les IPad et IPhone. Les Tweet et toute cette marmelade de communication instantanée ne m'intéressent pas, et c'est certainement aux antipodes de la poésie. Oui, "asseyez-vous au fond e votre fauteuil et laissez-vous aller", c'est bien... bon, à la fin d'un tel concert, difficile de ne pas vouloir se lever et s'approcher de la scène, non ?
    Par curiosité, "Anonyme", comment êtes-vous venu(e) jusqu'ici (je veux dire, sur ce blog) ?

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  3. Bonjour Pergame,
    Comment je suis arrivée chez vous ? mais, j'ai vu de la lumière, j'ai poussé la porte et c'était ouvert ! Je me suis sentie comme chez moi alors je me suis installée un moment… Plus sérieusement, j'ai tapé dans le moteur de recherche Olympia + 2012 + Cohen. Aucun mystère.
    Mon irritation quant aux activités électroniques de quelques spectateurs a disparu. Après tout, les malheureux qui n'ont pas pu assister à ces concerts sont heureux d'en apercevoir quelques traces.
    Pour échanger plus, venez-me rejoindre un instant sur le forum français. Je m'appelle Lesperluette. Plusieurs amis seraient très intéressés par vos efforts de traduction.
    http://www.leonardcohensite.com/forum/index.php?topic=1402.msg8785;topicseen#new
    Je peux aussi leur donner l'adresse d'ici !!
    à bientôt
    Lesperluette

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  5. Bon, et dire que j'ai loupé cela. Mais les meilleures initiations ne sont-elles pas les plus tardives, celles où le cheminement est mû par un vrai désir.
    La prochaine fois, je serai là !

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  6. Bonsoir,
    Je suis sur le point d'acheter des places pour Bercy en juin et je venais jeter une bouteille à la mer par chez vous. Quelqu'un souhaiterait-il y aller également? J'aimerais partager ce moment unique avec d'autres 'amoureux' de Monsieur Cohen. Merci et qui sait, ma bouteille arrivera peut-être à bon port

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  7. Ada, je ne sais pas si vous avez eu mon message. Je ne sais pas si j'irais à Bercy car ces dernieres annees, j'ai vu 4 ou 5 fois Cohen en pensant que ce serait à chaque fois le dernière ! :-) d'expérience, vs pouvez en prendre pludieurs, vs n'aurez aucun pb à les revendre, meme a Bercy. Il vaut mieux prendre des places en bas. Il n'y a que des grds moments ds les concerts de Cohen, mais le plus grd reste le final où on peut aller jusqu'à la scéne. Et promis, s'il vs en reste une, je la prendrais !
    Amicalement

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  8. Bonsoir Pergame,
    Seriez-vous tenté par une énième 'dernière fois' avec moi à Bercy?
    Merci pour vos conseils. Bien amicalement

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  9. Sans doute; encore faudrait-il que nous soyons certains que notre compagnie soit agréable l'un à l'autre ? Bien sûr il y a cet attachement à Cohen, mais cela peut-il suffire ? Vous me trouverez probablement peu aventurier. Il est très probable que j'y aille. 2 de mes amis y vont. Je peux également vous mettre en relation avec "Anonyme" (F) qui m'a laissé son mail et dont vous pouvez prendre connaissance de ses commentaires. À suivre. Bien amicalement

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