samedi 10 décembre 2011

Christian Hauvette Hommage

Hier en soirée à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine s'est tenue une manifestation en hommage à Christian Hauvette, architecte disparu en avril dernier.
J'avais écrit un petit texte au lendemain de sa mort aussi soudaine qu'inattendue car, bien que n'étant pas un proche de Christian, il m'était arrivé à plusieurs reprises de le croiser, d'échanger quelques mots avec lui. En particulier, il m'avait été donné de connaître un très beau moment que j'évoque un peu plus loin (écrit déjà paru dans Everybody Knows en avril 2011).
Pour entrer dans l'intimité de Christian Hauvette, il eut fallu se rencontrer ailleurs ; peut-être sur l'eau, peut-être dans son atelier ou sur l'un de ses chantiers. En tout cas, pas seulement à l'occasion de manifestations au Pavillon ou à la Cité. Il n'était pas utile d'être architecte, même si la communion des vécus reste un facilitateur de relations.
J'ai retenu de cet hommage une réflexion de Myrto Vitart : "Le silence est une dimension de son travail." Francis Soler, complice de tant de ses pairs, dit de lui : "Il se méfiait de tout ce qui pouvait le séduire." Lui, Christian Hauvette, considérait que "l'architecture est une culture de la lutte". Il pouvait aussi confier avant un rendez-vous : "quelle bande de crétins allons-nous être encore obligés de contourner aujourd'hui ?". Je me méfie de cette "culture de la lutte" et de l'a priori sur "la bande de crétins", érigées en dogmes ; ils peuvent conduire au pire si ils sont contaminés par le mépris. Je n'imagine pas que c'était le cas pour Christian Hauvette ; l'anecdote du texte suivant en témoigne.

Christian Hauvette tire sa révérence


Christian Hauvette, Grand Prix National d'architecture, dont les œuvres conjuguaient élégance et rigueur, est parti vers le paradis des créateurs ce week-end.
Nous nous croisions parfois - trop rarement - à l'occasion de ces manifestations qui réunissent les architectes et les amateurs d'architecture, au Pavillon de l'Arsenal ou à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine. Je le saluais, quand il m'était possible de le saluer ; c'est à dire quand je jugeais que je n'allais pas le déranger. Non que Christian Hauvette fasse partie de ces architectes qui se drapent dans leur notoriété afin de s'entretenir qu'exclusivement avec leurs pairs ou des personnes influentes (on en connait !) ; mais il y avait chez cet homme que j'aurais aimé connaître d'avantage, une certaine réserve, et, quand j'étais en sa présence, je ressentais une impression de justesse, de précision, de culture qui n'invitait pas aux propos superficiels.
Je me souviens tout particulièrement d'une petite discussion en présence (rarissime) d'un professeur agrégé de mathématiques. Contrairement à nous tous qui ne nous intéressons trop souvent qu'à notre "champ de manoeuvre", il s'était longuement entretenu avec cette personne, l'interrogeant sur ce métier qui fait souvent débat (souvent "pauvre débat"), de l'importance des mathématiques - matière de la précision, du concept et, in fine, de l'élégance (encore). Cette discussion nous avait amenés sur les terrains de la musique et de l'art. Le tout en quelques minutes, par une grâce indicible.
J'ai écrit sur le vaisseau très pur qu'il a posé près de la gare d'Austerlitz, presque (on peut regretter ce "presque !) sur les berges de la Seine. Je ne manque jamais de regarder son grand bâtiment de logements en bordure du périphérique près de la Porte de la Chapelle, dans lequel il a introduit, avec beaucoup de délicatesse, quelques touches de bleu profond.
Le marin qu'il était a pris un cap vers l'horizon.
Nous sommes nombreux à être tristes.
Publié par Pergame à l'adresse 09:11
mercredi 27 avril 2011

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