dimanche 27 septembre 2026

Everybody Knows

I have to write a short text in English for my readers who practice Shakespeare’s language better than that of Molière. Why? Because more people are coming to Everybody Knows than my compatriots and to thank them. Don’t hesitate to leave comments. It’s stimulating! See you soon on Everybody Knows!

La beauté est une promesse de bonheur

« Le climat et l’histoire. Les bons conseils du passé », c’était le thème, le 3 septembre dernier, du « Cours de l’histoire », une émission de France Culture animée par Laurent Mauduit, avec comme invité, l’architecte et chercheur Philippe Rahm, dont le travail sur la thermique des espaces de vie a fait l’objet d’une exposition au Pavillon de l’Arsenal, en septembre 2021, intitulée : « Histoire naturelle de l’architecture ». Dans cette émission, Philippe Rahm évoque les différentes stratégies mises en place par l’architecture vernaculaire, dans des pays méditerranéens ou d’Europe centrale. Il rappelle les grands principes de base de la conception environnementale : connaître effectivement les ressources et les contraintes de son environnement, composer les orientations du bâti, le dimensionnement des pièces et le positionnement des ouvertures en fonctions des caractéristiques climatiques du lieu, faire le bon choix des matériaux afin qu’ils participent à la qualité de l’ambiance thermique, etc. Ainsi, du marbre au sol qui procure une sensation de fraîcheur, des tentures aux murs qui isolent du froid, des dispositifs de ventilation naturelle capable de créer des courants d’air rafraîchissants ou extraire la chaleur, etc. Bon nombre de ces dispositions ont été mises en œuvre dans le passé. Mais la société d’abondance sur le plan énergétique dans laquelle nous avons vécu depuis les années 50 nous a autorisé à nous en abstraire. Peu importait de concevoir des bâtiments entièrement vitrés : nous avions la climatisation et une énergie « infinie » et relativement bon marché. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une hausse spectaculaire des températures, à la sécheresse (qui nous empêche de trop compter sur la végétation pour nous protéger de la chaleur), et à la finitude de nos ressources conventionnelles d’énergie (et pour les énergies fossiles - pétrole, charbon -, à leur impact catastrophique sur l’environnement). Tout ça, nous le savons, mais nous tentons de l’ignorer. L’insouciant peut toujours dire : « il faut pourtant vivre ! » Ce qui est très intéressant dans le propos de Philippe Rahm, c’est sa conviction que les critères qui prévalaient à la création architecturale ont totalement changé. Aujourd’hui, l’esthétique ou l’image ne sont plus ce qui dicte la qualité architecturale ; l’adaptation aux nouvelles contraintes climatiques représente désormais le critère No1. Il ne faudrait pas cependant que, sous prétexte d’un retour à la raison, nous sacrifions ce qui constitue la qualité de notre rapport au bâti : la beauté d’une façade, l’élégance d’une modénature, l’émotion d’une perspective. « La beauté est une promesse de bonheur », comme le disait Stendhal.

samedi 26 septembre 2026

Au Saint-Georges

Le Saint-Georges est un café-restaurant doté d’une terrasse ouvrant sur le quai du port de La Flotte sur l’Ile de Ré. Cet établissement sans prétention a le bon goût d’ouvrir très tôt à une population qui se compose, aux heures les plus matinales, des travailleurs autochtones, et plus tardivement, des cyclistes, touristes et retraités de toutes sortes. A l’intérieur, se distille avec bonheur une musique des années 70 ou 80 qui ravit mes oreilles sélectives. Je n’ai jamais pris de repas dans ce havre marin. La carte offre aux regards un aperçu de ce qui se pratique régionalement : huîtres, fricassée de moules ou autre cabillaud rôti. La félicité de ma halte quasi quotidienne - à l’exception des journées venteuses ou pluvieuses - tient dans la consommation, en matinée, d’un expresso au ton juste, agrémenté d’un spéculos auquel je fais pratiquer un bain en deux séquences qui sublime, et le café et le biscuit. Magnifique !

jeudi 24 septembre 2026

Les Rencontres d’Arles 2026

Chaque année, Arles accueille les Rencontres photographiques, l’un des événements majeurs sur le plan culturel de la cité plus de deux fois millénaire.
Des expositions en nombre investissent différents lieux de la ville, du centre jusqu’en périphérie (les ateliers de la fondation Luma), voire au-delà avec l’abbaye de Montmajour.
C’est l’occasion de parcourir cette ville au patrimoine architectural riche, depuis les arènes romaines (1er siècle après. J.-C.), l’église basilicale Saint-Trophime (vers 1.100) et son extraordinaire façade et le tout dernier édifice, œuvre de Frank Gehry, pour l’esthétique duquel les avis sont partagés…
Le cru 2026 est placé sous les thèmes principaux des populations noires (africaines et afro-amérindiennes) et de la Nature (chère à Mme Hoffmann, mécène d’Arles).
L’expo-phare est sans doute celle de Martine Barrat (93 ans) à l’Espace Van Gogh. Une autre, logée au Palais de l’évêché, « Ghana ! Rêver l’indépendance 1957-1976 », conjugue l’art de la photo et de celui du récit historique. Enfin, un « blockbuster » dans les ateliers de Luma : « Modèle animal. 200 ans de photographie ».
Moins courues, mes trois préférées : Harry Gruyaert, Olivier Metzger et Ming Smith.
Photo illustration : Harry Gruyaert.

samedi 19 septembre 2026

L’IA m’a tuer…

Questionnaire : Des récentes annonces sur l’IA, quelle est celle qui vous fait le plus flipper ? a) détruire l’humanité, b) inventer des virus dangereux c) mettre au point des armes biologiques Si vous avez choisis a, b ou c, vous avez tout faux, car elles sont toutes équivalentes. On va me dire : « oui, mais on n’a que 10% de chance de tous mourir ! » Encore une fake news ! Je peux vous affirmer que nous avons 100% de chance de mourir ; après, ce n’est qu’une question de timing. Un dénommé Jacob Coxon, ingénieur d’Anthropic de son état (avant sa démission fracassante) a déclaré que les trucs qu’il bidouillait depuis plusieurs années étaient susceptibles de nous péter à la g… Le gusse a 27 ans et on le croirait davantage qu’un président de 80 balais qui pense (je me trompe : qui vocifère) le contraire ? « On ne peut plus se passer de l’IA ! » J’entends ça à longueur de discussions sur le sujet. Est-ce pour autant indispensable de s’en servir pour composer le menu de la semaine ? Au tout début de la micro-informatique, Reiser avait produit un dessin dans lequel on voyait le Gros Dégueulasse (en marcel crado, slip kangourou et testicules à l’air), consultant son écran pour savoir ce qu’il devait faire : « Changer de slip », s’affichait sur l’écran. 30 ou 40 ans après, on va interroger l’IA pour ne pas se retrouver dans la situation d’Anna Karina dans Pierrot le Fou : « Qu’est-ce que j’peux faire ? J’sais pas quoi faire ! » Le même Reiser proclamait qu’on vivait une « époque formidable ». Et la nôtre : elle est pas formidable ? Plus sérieusement : lisez la declaration de Bernie Sanders sur le sujet.

lundi 14 septembre 2026

Quelques réflexions d’ordre apocalyptique (tout simplement)

Quand on s’emploie à lister les catastrophes actuelles ou futures probables, un déclencheur majeur s’impose : le dérèglement climatique de nature anthropique. La plupart de nos activités, quand elles sont liées à l’énergie, contribuent au déséquilibre de l’écosystème que la planète a mis 3 ou 4 milliards d’années à élaborer. L’accélération du phénomène, depuis une trentaine d’années, est liée à un degré de saturation de la capacité d’absorption de cet écosystème, mais aussi à une amplification qui se nourrit de ses propres dysfonctionnements ; un peu comme ces pyrocumulus qui se génèrent par leur propre système météorologique. Nous sommes engagés dans un « effet boule de neige » mondial, à l’intérieur d’un espace-temps régi par des lois systémiques. Les conséquences dramatiques sur le plan financier, social ou environnemental de notre inaction seront bien supérieures au coût des actions qu’il faudrait engager dès aujourd’hui. Tout ceci est parfaitement documenté et par des gens sérieux. Il y a une imposture morale à ne pas agir pour limiter les conséquences de ce que nous avons commis depuis la révolution industrielle. Elle tient dans notre déni quotidien dont la cause à 2 origines principales : la force réactionnaire des plus nantis pour lesquels l’argent s’apparente à une drogue et l’indifférence des autres quant aux interactions qui équilibrent le vivant. Dans un cas, il s’agit du capitalisme, dans l’autre de l’égocentrisme ; les 2 pouvant s’additionner. Dans l’état actuel de notre civilisation, la seule issue positive serait de trouver et d’adopter une autre formulation du bonheur que l’accumulation de richesses, ou que le consumérisme aveugle. Cependant, je ne vois pas comment cette adoption pourrait se réaliser sans un « choc opératoire » radical. 2 options : la contrainte mise en place par un gouvernement autoritaire, une prise de conscience issue d’un drame gigantesque qui n’offrira aucune autre alternative que de changer de cap pour les survivants. Dans ce dernier cas, il est alors probable qu’advienne le règne des gourous et des manipulateurs de toute sorte, proposant une spiritualité prête à consommer. Comme l´écrivait Raoul Vaneigem, mort le 28 juillet dernier :  "Nous n’avons d’autre alternative que d’oser l’impossible ou de ramper comme des larves sous le talon de fer qui nous écrase. » On va vivre un futur formidable !

dimanche 6 septembre 2026

Besoin de faire entendre la pensée et l’engagement des belles personnes

Une chose m’impressionne avec les statistiques de mon blog. Depuis que j’ai repris un certain rythme de publication, les lecteurs (ou plutôt les « cliqueurs », restons prudent) les plus actifs, et de loin, sont les américains. Sont-ils MAGA ou anti-trumpistes ? Il est vrai qu’avec une population de près de 350 millions d’individus et un taux d’usagers des médias actuels élevé, les US partent avec un bonus. Vient ensuite le Brésil. Là aussi, il y a du peuple : 231 millions. Sur la 3eme marche du podium : Singapour où je n’ai jamais mis les pieds et où, probablement, je ne foutrais jamais les pieds. La France ne pointe même pas dans les 10 premiers ! On n’est jamais prophète en son pays. Un petit bilan à aujourd’hui :
- presque 18 ans d’existence
- 1 340 articles
- 542 371 vues (rien par rapport à un influenceur de 7eme catégorie, mais je ne vends pas de savonnettes amincissantes !)
- Sur la durée, c’est quand même la France avec 162 000 vues qui a la palme et le post sur mon ami Claudie Laks avec 180 vues
- Mais, hélas, trop peu de commentaires !
Peut-être faudrait-il que je demande conseil pour toucher plus de monde. Ce n’est pas ce que je peux penser qui est important, mais ce que je peux relayer. Et, par les temps à venir, on a besoin de faire entendre la pensée et l’engagement des belles personnes.

vendredi 4 septembre 2026

Edgar Morin, il y a 16 ans : des vertus (et de la nécessité) d'une métamorphose


Je republie ici un texte datant de janvier 2010 qui n'a rien perdu de sa pertinence. Et maintenant : Aux abris ou sur le front ?
Faisant le constat que le monde va à sa perte, sa désintégration, s'il ne change pas radicalement, Edgar Morin, dans un grand article du Monde daté de ce WE, appelle à la métamorphose, cette transformation effectivement radicale qui permet, à partir d'un processus d'autodestruction, de renaître sous une forme différente, tout en conservant certains liens fondamentaux de l'état antérieur (cf l'exemple de la chenille et du papillon).
Pessimiste notre sociologue national, inventeur de la "politique de civilisation" ? Pas vraiment, bien qu'il nous foute les pétoches : "le probable est la désintégration". Faisant deux autres constats, un historique "l'histoire humaine a souvent changé de voie" grâce à "une innovation, un nouveau message déviant, marginal ...", l'autre contemporain "il existe sur tous les continents un bouillonnement créatif", Edgar Morin énonce les voies possibles du "salut" :
1) le surgissement de l'improbable (comment l'invraisemblable, l'inimaginable, peut sauver le monde ; cf Athènes face aux Perses, cf Joukov qui parvient à mettre en déroute les armées nazies)
2) les vertus génératrices/créatrices inhérentes à l'humanité
(espère !)
3) les vertus de la crise
(espère encore, et fume même !)
4) Ce à quoi se combinent les vertus du péril
"Là où croit le péril, croit aussi ce qui sauve"
5) L'aspiration multimillénaire de l'humanité à l'harmonie
(j'en reprendrai bien une petite taffe !)
M. Morin, votre texte est magnifique, mais la chenille ne va pas se transformer en papillon, car elle est d'une race qui a perdu le code génétique de la métamorphose ; c'est une chenille processionnaire hyper-urticante dont la seule raison d'exister est de tout bouffer devant elle sans réfléchir. Maintenant qu'elle a inventé un système qui la dépasse et qu'elle a perdu la clé de contact, et bien ça va être "sauve qui peut" ; sauf surgissement de l'improbable (bien entendu) !

jeudi 3 septembre 2026

Portrait d'une philosophe de l'espoir : Marina Garces

« Quand les imaginaires de la fin du monde saturent notre capacité à désirer et à imaginer, quand l’effondrement est notre seule certitude, nous ne pouvons faire confiance qu’aux gestes qui désobéissent à l’apocalypse. » Ces gestes dont parle la philosophe barcelonaise, Marina Garces, dans le remarquable article du Monde que le journaliste Nicolas Truong lui consacre, sont ceux qui « interrompent l’irréversible » et qui sont aujourd’hui les « visages de l’espoir ». Marina Garces a fait de sa vie un engagement pour le commun, le collectif, un certain « optimisme de la volonté » comme s’obligeait à penser l’avenir un autre philosophe de l’espoir, Gramsci. Elle veut croire à l’action à contre-courant du « main stream ». Pour elle, « il y a toujours quelque chose à faire », et ce quelque chose passe par des lieux comme les librairies de Barcelone qu’elle fait visiter au journaliste dans lesquelles le mot d’ordre pourrait être « Résister c’est insister, c’est persister. » https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2026/08/28/avec-la-promesse-l-avenir-se-fait-present-a-barcelone-l-espoir-s-incarne-au-c-ur-des-places-publiques_6759006_3451060.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=ios&lmd_source=default

Il faut que tout change pour que rien ne change

Il n’existe plus que des abrutis, des enragés de la consommation ou des indifférents volontaires (quels sont les plus redoutables ?) pour nier les causes anthropiques du dérèglement climatique. Les autres se lamentent en s’exerçant au tri sélectif et en accompagnant les images des désastres quotidiens infligés à notre environnement d’un « putain » ou d’un « my god » de dépit, selon le pays d’origine du regardeur. Les mêmes vont y aller de commentaires aux accents messianiques suggérant qu’il « faudrait arrêter, c’est plus possible », prenant à partie les politiques (« ils ne foutent rien »), voire élaborant des promesses jamais tenues. Bon, une fois les incantations effectuées comme des ablutions virginales, on va s’interroger sur « où c’est qu’on va en vacances » (de préférence en avion), commander le dernier bouquin sur Amazon, faire ses courses dans la grande distribution, et peut-être même se faire livrer par un Uber une pizza. « Il faut que tout change pour que rien ne change » écrivait Giuseppe Tomasi di Lampedusa, dans Le Guépard.

C’est la rentrée, « La récréation est finie »…

Voilà un livre qui sera apprécié par les fans de David Lodge, mais pas seulement. Si la première partie de La récréation est finie de Dario Ferrari nous plonge dans l´univers lodgien du milieu universitaire, avec ses allégences aux mandarins et ses petites coucheries, il s'en libère rapidement pour nous entrainer dans les erratiques "annees de plomb" de l´Italie des annees 70, à la recherche d´un mystérieux intellectuel de gauche, mort en prison et auteur d´un ouvrage soi-disant remarquable, mais disparu. La récréation est finie renouvelle le genre "campus novel" en lui ajoutant le sel d´un tres bon polar avec une fin formidable.

mercredi 2 septembre 2026

Puissent nos cadets…

"Et pourtant paresseusement, lâchement, nous avons laissé faire. Nous avons préféré nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers. Puissent nos cadets nous pardonner le sang qui est sur nos mains."
Cet extrait de L´étrange défaite de l´historien Marc Bloch, appliqué à la montée du nazisme, trouve un écho tres contemporain dans notre attitude vis-à-vis du dérèglement climatique. Nous nous sommes confinés dans un espace clos, sécuritaire, une sorte de "gated community" qui nous persuade que le danger est une illusion, que jamais il nous atteindra et que le temps resolvera les problemes eventuels que nous ne voulons pas voir ni affronter. Peut-être que notre génération s'en tirera à moindre mal (encore que l'évolution récente du rechauffement climatique...), mais "puissent nos cadets..."

mardi 11 août 2026

2 livres pour boomers un tantinet intellos

Bien que n’appartenant pas à cette catégorie de la population, car plutôt « post-boomer et moyennement intello, je ne peux neanmoins que recommander la lecture de ces 2 ouvrages, lus pratiquement en parallèle : « Ghost stories » de Siri Husdvedt ayant été commencé puis interrompu pour lire l’excellent « Zem » de Laurent Godé (pour un public plus large), et repris ultimement après avoir achevé « Au fond des années passées » de Jens Christian Grondhal. Les 2 auteurs ont respectivement 71 ans (pour Siri) et 67 ans (pour Jens Christian). Bien qu’il s’agisse de 2 récits différents - l’évocation de la mort de son mari, Paul Auster en avril 2024 et sa vie d’après, pour la 1ere ; la rencontre, 40 années après leur séparation d’un amour de jeunesse, pour le second -, il s’agit bien d’histoires d’amour entre 2 êtres que le temps a uni ; dans une vie de couple fusionnel pour Siri et Paul Auster, dans une mémoire jamais effacée pour Jens Christian et Anna. Mais, quand l’absence ne sera comblée que par le fantôme de l’être aimé dans un cas, l’apparition, après une séparation de 40 ans pour l’autre, donnera lieu à une nouvelle vie à deux, bien que la maladie incurable du narrateur fait planer sur cette résurrection la perspective d’une nouvelle séparation, celle-ci définitive. Il ne s’agit toutefois pas de livres comparables, même si les personnages et les thèmes centraux peuvent présenter des analogies.
Les styles sont très différents. « Ghost stories » se présente comme une succession de chapitres eux-mêmes comprenant des paragraphes qui peuvent évoquer des souvenirs, souvent intimes, mais aussi des considérations sur l’actualité, en particulier les attentats du 11 septembre ou la présidence de Trump. Dans « Au fond des années passées », le lecteur amoureux de l’œuvre de Grondhal retrouvera cette ambiance envoûtante que l’auteur danois parvient à composer sur la base d’éléments a priori sans importance ; un style d’une force remarquable que j’ai tendance à comparer à celui d’Haaron Appenfeld. Le temps qui passe, l’amour, le hasard, le tout dans un parfum de nostalgie.

vendredi 24 juillet 2026

Bivouac TikTok

Je découvre ce matin un article évoquant l’engouement pour le bivouac. Il est probable que je me serais abstenu de sa lecture si, quelques jours plus tôt, des jeunes personnes ne m’avaient pas relaté leur passion toute neuve pour le camping néo-sauvage. J’apprends qu’il s’agit d’une quasi frénésie. Et que je me bouscule à présent sur les chemins de rando et que je m’entasse sur les aires de bivouac ! D’où provient cette fièvre juvénile pour les nuits à la belle étoile ? La recherche d’un tutoiement avec les mystères de l’espace sidéral ? Un besoin quasi mystique de retrouver un lien avec la nature ? La déconnexion des artefacts de la société de consommation (pour mieux s’y livrer au retour) ? Pas certain qu’il faille chercher des raisons d’ordre philosophique. Quelques lignes plus loin, l’article me révèle que les réseaux sociaux - TikTok et autres Insta - ne seraient pas étrangers à cet appétit de sensations bivouaquiennes. « J’ai fait » un bivouac vient ainsi après le « j’ai fait » Compostelle, « fait » un marathon, « fait » les Seychelles, etc. Comme si, dans les temps présents, chacun avait une « to do list » (la même pour tous) et qu’il fallait cocher toutes les cases en prenant bien soin de poster des selfies attestant de l’authenticité de l’exploit. le Loto revisité, en quelque sorte. Je me dis que les sociologues d’aujourd’hui sont des chanceux : ils disposent d’un champ d’exploration infini de la psychologie humaine. J’attends le retour de spectacles dignes de « On achève bien les chevaux » qui cartonneraient et feraient des « millions de vues » sur TikTok ou Insta. On vit une époque formidable !

jeudi 23 juillet 2026

Je fonde, je défiscalise

On dit que l’état n’a plus d’argent et, en particulier pour la culture et vive les mécènes ! Mais 2 lois, une de 2003 (loi Aillagon sur le mécénat et les fondations) et une autre de 2002 (l’acquisition par l’Etat de biens classés « trésor national »), permettent aux généreux donateurs de faire croire qu’ils ont donné 100 quand, pour la première ils n’ont donné que 40 et que, pour la seconde, ce n’est plus que 10. Vous me direz : vaut mieux qu’ils donnent, même que 40 et même que 10 plutôt que de planquer tout leur fric aux Îles caïmans. Certes. Mais encore. Imaginons que ces gusses soient parfaitement honnêtes et soucieux de solidarité (rêvons !). Ils n’investissent pas dans des œuvres d’art ou des mécénats, mais ils paient légalement leurs impôts comme des pioupious de base (vous, moi). Lesdits prélèvements fiscaux (un gros mot) devraient (sauf détournement) arriver dans les caisses de l’état qui s’en montrerait moins fort dépourvu et pourrait (sauf gabegie et médiocrité) investir dans l’art et la culture. CQFD ?

Le poulet dans tous ses états

Peaufiner sa musculature, courir un marathon, semblent aujourd’hui à la portée de tout instagrameur compulsif ou non ; la condition sine qua non pour avoir la « condition » : se gaver de protéines. Et quel produit présente, semble-t-il, le meilleur RSI (Retour Sur Investissement) ? Le poulet ! Entendu à la radio dans une émission sur le thème de la malbouffe évoquant, entre autres, les poulets élevés en batterie dans des fermes concentrationnaires abritant des millions de volatiles dont l’espérance de vie (peut-on parler de vie ?) n’est que de quelques jours, un adepte des salles de musculation qui vantait les mérites du gavage de poulet (son gavage à lui) sans lequel il ne pourrait pas, à un coût modéré, perfectionner le galbe de ses biceps. Cette question d’acquisition de masse musculaire était à l’évidence une priorité pour lui ; quelles que soient les conditions d’exploitation de sa matière première, le type paraissait capable de lancer une pétition pour dénoncer les « khmers verts » susceptibles de le priver de son carburant vital. Autre anecdote. Échangé à l’occasion d’un repas familial avec une jeune personne qui s’est donnée comme « challenge » de faire un marathon, cette question des protéines et la nécessité pour elle de consommer de la viande rouge. Moi, naïvement, je me permets d’évoquer les nuisances dues à la surconsommation de viande et la contribution des émanations flatulesques des bovins au dérèglement climatique, et de terminer par un « courir ou la planète, il faut choisir » qui clôt (évidemment) la conversation. Je suis loin d’être exemplaire sur le plan écologique et il est probable que mon empreinte carbone soit aux environs (sinon légèrement supérieure) aux 9 tonnes annuelles de CO2 du citoyen français moyen. Je rappelle qu’il faudrait (tout du moins si on en croit des scientifiques sérieux) parvenir à une empreinte carbone voisine de 2 tonnes par individu pour éviter de se retrouver dans quelques années dans un environnement totalement détraqué. La question que je me pose, alors que des milliers d’hectares de forêts sont déjà partis en fumée dans l’hexagone et que sur le continent américain qui voit toujours plus en grand, les ordres de grandeur sont plutôt des millions, alors que les ressources en eau imposent un peu partout des restrictions d’usage, alors que les effets de la canicule ont été éprouvants sinon terribles pour un grand nombre d’européens, la question que je me pose : quand aura lieu cette « bascule » qui fera qu’une majorité s’engagera en faveur de mesures visant à protéger le vivant ? Si je suis optimiste, je me dis qu’une succession de catastrophes touchant au portefeuilles des nantis engagera cette bascule. Si je suis pessimiste, je me dis que, même si nous (privilégiés) faisons des efforts, la masse de ceux qui vivent depuis des siècles dans la domination et la pauvreté et dont l’un des objectifs majeurs est d’atteindre à une certaine aisance, que tous ces gens vont doubler, tripler (ou davantage) leur consommation et vont contribuer, avec une certaine légitimité, au naufrage général. On a parlé du poulet aujourd’hui, mais je ne vous parle pas de l’IA et des data-centers…

jeudi 16 juillet 2026

Hommage à plusieurs femmes engagées dans la Guerre d’Espagne aux destins tragiques

Tina MODOTTI est née en Italie, dans la région du Frioul-Vénétie Julienne, en 1896. Elle fut mannequin, actrice, photographe avant d’être une militante révolutionnaire, s’engageant contre le fascisme en travaillant pour le Secours Rouge International (SRI). En 1928, alors qu’elle vit au Mexique avec Julio Antonio Mella, un réfugié cubain, celui-ci est abattu, à ses côtés, en pleine rue. Dès 1936, elle est à Madrid pour soutenir la lutte des républicains et s’occuper de l’évacuation des orphelins vers le Mexique ou l’URSS. En 1939, alors que les troupes franquistes victorieuses entrent dans Madrid, elle parvient à fuir à Paris. Elle part aux États-Unis avec un faux passeport espagnol. Elle est refoulée au Mexique où elle retrouve un groupe d’intellectuels comme Pablo Neruda ou l’architecte du Bauhaus Hannes Meyer. Elle meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 45 ans après un dîner chez Meyer.
Matilde LANDA est née dans la province de Badajoz (Espagne) en 1904. Elle entre au Parti communiste et se met au service du SRI durant la guerre d’Espagne. Arrêtée par les franquistes en 1939, elle est emprisonnée dans des conditions terribles. Condamnée à mort, elle se suicide par defenestration en septembre 42.
Les TREIZE ROSES. C’est le nom donné à un groupe de 13 jeunes femmes espagnoles résistantes, âgées de 18 à 29 ans, fusillées le 5 août 1939 par les troupes franquistes après un procès sommaire et inique.

samedi 4 juillet 2026

Le Prytanée national militaire fait parler de lui

Ce matin, un article dans « Le Monde » dénonçant le fait qu’au Prytanée, on n’admettait pas en classes préparatoires des élèves issus d’établissements hors contrat, ce qui constituerait un fait de « discrimination ». Mais ce qui m’a davantage intéressé, c’est un passage d’un rapport récent de la Cour des comptes citant des « comportements et propos sexistes, racistes ou discriminatoires », ou encore la « participation à un chahut particulièrement violent à l’égard du personnel encadrant ». De mon expérience personnelle au « Bahut » (6 années, de la 4eme à la Maths sup), je confirme qu’à mon époque il existait déjà des « comportements et propos sexistes », mais en revanche, pas racistes ni discriminatoires. Ce qui existait en revanche, c’est bien des chahuts particulièrement violents à l’égard du personnel encadrant - les enseignants et les appelés qui nous encadraient. Il nous est arrivé de « juger » des profs. Je me souviens d’un prof de philo (un jeune qui faisait son service militaire) qu’on avait séquestré dans une classe transformée en tribunal. Alors que nous étions en 4eme ou en 3eme, notre professeur d’histoire, surnommé « Le Baveux », était pratiquement aveugle. Il faisait son cours à haute voix en se promenant dans les rangs. Les élèves déchargeaient l’encre de leurs stylos sur son pantalon de costume, à chacun de ses passages, ou lançaient des boules de papier juste devant lui, à hauteur de ses yeux, si bien que le pauvre homme percevant que quelque chose venait de lui passer sous le nez, agitait la tête dans tous les sens ; inutile de dire que ces agissements nous faisaient rire comme des tordus. Une autre fois, c’était un pétard qu’on faisait exploser en classe de français, qui provoquait la frayeur du prof affublé, du fait de sa maigreur, du surnom de « L’Os » ; d’ailleurs un os était souvent dessiné à la craie sur le tableau juste avant son cours. Un appelé du contingent avait eu le malheur d’arriver pour nous garder à l’étude du soir avec la joue enflée. A partir de cette date, dès que nous l’apercevions, nous entamions en chœur le refrain « voilà la Chique, voilà la Chique, … ». Nous étions en somme de sales petits cons, mais pas racistes ni discriminants.

mercredi 1 juillet 2026

Encore des chiffres !

Pioché dans le livre d´Audrey Millet, docteure en histoire économique et sociale, sciences et techniques, "Bernard Arnault, son univers impitoyable", l´Etat aurait financé 65% de la construction de la Fondation Louis Vuitton du Bois de Boulogne, soit un peu plus de 500 M€. L´Etat, c'est à dire l'ensemble des contribuables ; en d'autres termes : vous et moi.

lundi 29 juin 2026

Clim ou pas clim ?

Apres cet épisode canuculaire qui a soufflé un vent (chaud) de panique dans l'hexagone - bien que, depuis au minimum une trentaine d´années, la communaute scientifique serieuse alerte sur ces vagues de chaleur -, 2 humanités s´affrontent : les pro-clim et les anti. Les premiers, jamais à court d´arguments fallacieux accusent la Gauche et les écolos de developper un argumentaire irresponsable contre le nucléaire (et donc de favoriser des énergies émettrices de GES) et contre la clim (donc facteur de surchauffe des locaux). A noter que les pro-clims presentent le plus souvent des accointances avec la Droite et l´Extreme-Droite. Chez les seconds, on met un peu dˆeau dans son vin : non à la clim generalisée et oui a la clim ciblée dans les etablissements de santé et dˆenseignement (on parle surtout des écoles). En arriere-plan, il y a le debat entre atténuation et adaptation. Dans tout ce concert de voix discordantes, on oublie de parler du rafraichissement par le sol de type "puit canadien". Vu la difference de temperature qui regne entre un RDC et un sous-sol, on aurait avantage, pour les constructions neuves à developper cette technique de rafraichissement. Dans tous les cas, avant de sortir le porte-monnaie pour s´équiper de clim, il serait plus judicieux : 1) de reduire tout ce qui, dans notre consommation, est susceptible de contribuer fortement au dérèglement climatique : deplacements en avion et en voiture, viandes, usage inconsidéré de l´IA, etc. 2) d´adopter des reflexes permettant de conserver le plus possible la fraicheur dans son logement ; 3) d´equiper son logement de systemes passifs de type stores, bannes, isolation, brasseurs d'air ; 4) d´enlever son pull et ses chaussettes ! 5) de faire un effort pour supporter quelques degrés de plus tant que ca reste supportable. Enfin, si après avoir mis en oeuvre tous ces dispositifs, vous vous sentez comme en perdition au milieu du sahara, alors vous pourrez vous équiper de clim ; pour en consommer avec moderation, bien entendu.