mardi 8 janvier 2013

Rue des voleurs de Mathias Enard


Avec "Rue des voleurs", Mathias Enard frappe un grand coup... dans l'estomac du lecteur, sans gant et, pour poursuivre dans la métaphore du "Noble art", son héros Lakhdar, un jeune marocain de 20 ans originaire de Tanger, est à l'image du boxeur de seconde zone, out-sider définitif, hissé malgré lui sur un ring planté au fond d'une salle glauque pour un combat perdu d'avance.
Entre deux rounds, groggy, abimé, il peut encore rêver d'une terre non promise, l'Europe, d'un espoir fragile en la personne de Judit, une étudiante espagnole draguée au hasard de son désœuvrement, et qui sera son premier vrai et seul amour.
Sur fond de révolutions arabes désenchantées, de crise économique qui broie des hordes de damnés dont des grappes viennent s'échouer sur les côtés d'Algésiras pour alimenter le commerce d'un névrosé morbide , le jeune Lakhdar va surnager grâce aux amitiés interlopes (dont celles de musulmans radicaux), l'espoir représenté par Judit, et surtout les livres, "ces compagnons de route, dans la révolte ou la resignation, dans la foi ou l'abandon."
C'est un livre magnifique, cruel, tendre et brutal où Mathias Enard va jusqu'au bout de sa démonstration : "Les hommes sont des chiens, ils se frottent les uns aux autres dans la misère, ils se roulent dans la crasse sans pouvoir en sortir, se lèchent le poil et le sexe à longueur de journée, allongés dans la poussière prêts à tout pour le bout de barbaque ou l'os pourri qu'on voudra bien leur lancer..."
Merci à Marie-Bé P., qui se reconnaîtra si elle parvient jusqu'ici !

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