samedi 18 août 2012

Les Thermes de Vals : architecture essentielle, architecture des sens.

On ne vient généralement pas à Vals par hasard. Cette petite ville de la province des Grisons  est en effet située au bout du bout de la Valstrasse, petite route cantonale qui serpente dangereusement à flanc de montagne sur une vingtaine de kilomètres depuis Ilanz, en suivant le cours capricieux de la Valser Rhein, dans un paysage saisissant de précipices et de cascades. En voiture, Vals est à environ 9H00 de Paris. Par les transports en commun, il faudra compter une nuit et une arrivée en fin de matinée (train depuis la gare de l’est, puis autorail de la Rhätische Bhan de Chur à Ilanz, puis enfin le bus jusqu’à Vals).
Et pourtant Vals agit comme un aimant pour tout amateur d’architecture et ce, depuis 1996, date à laquelle furent ouverts au public ses fameux thermes, conçus par  l’architecte suisse Peter Zumthor, né à Bâle en 1943. La qualité extraordinaire de cette œuvre,  suivie de la réalisation de quelques bâtiments également remarquables (Musée des Beaux-arts de Bregenz en 1997, le Pavillon Suisse à Hanovre, la Chapelle Saint-Nicolas de Flue près de Cologne) lui valurent de recevoir en 2009 le prestigieux Pritzker Price (équivalent du Prix Nobel d’architecture).
Zumthor est une figure à part dans le monde des stars de l’architecture : sa production est quantitativement faible ; il ne parcourt pas le monde à la recherche de commandes et de reconnaissances ; ses interventions publiques sont extrêmement rares - comme ses publications - ; son agence est terrée au cœur d’un minuscule village près de Coire, à 1H30 de Zurich.
Son approche de l’architecture est fondée, avant toute chose, sur la relation intime entre un espace et les sensations perçues par la personne qui pratique cet espace.  Ainsi, peut-il écrire : « La qualité architecturale, ce n’est pas d’avoir sa place dans un guide d’architecture ou dans l’histoire de l’architecture ou encore d’être cité ici ou là. Pour moi, il ne peut s’agir de qualité architecturale que si le bâtiment me touche. »  Ou encore : « Il existe une interaction entre nos impressions et les choses qui nous entourent. C’est ce dont je m’occupe comme architecte. Mon travail porte sur les formes, les conceptions formelles (physionomie), les présences matérielles qui constituent notre espace de vie. Par mon travail, je contribue à façonner la réalité, à donner à l’espace construit une atmosphère où nos sensations puissent s’enflammer. »
Vals constitue à cet égard un concentré du travail de Zumthor et peut représenter un certain idéal architectural. Difficile d’imaginer un degré d’intégration (de discrétion ?) au site plus fort : la façade du bâtiment n’est visible que lorsqu’on est à quelques mètres d’elle, et la toiture végétalisée s’inscrit en continuité des surfaces de prairies qui bordent le complexe hôtelier.
Le revêtement de pierre extérieur et intérieur, issu d’une carrière proche, est constitué d’un gneiss gris plus ou moins foncé, alternant dans ses veines les reflets bleus et verts pâles. Le matériau qui a été travaillé en fines bandes de quelques centimètres de hauteur et selon plusieurs longueurs, a subi un polissage précis préservant son aspect naturel et invitant au toucher. Son appareillage, inspiré des strates rocheuses visibles dans les montagnes, a été étudié afin de donner un aspect profondément contemporain aux parements tout en gardant l’authenticité de la matière originelle.
Dans les espaces intérieurs, la lumière – n’est-ce pas le plus beau sujet en architecture ? – s’invite par des fentes astucieusement ménagées entre les dalles de béton de la couverture, vient lécher la surface des murs en y révélant une matérialité somptueuse, et finit par déposer délicatement ses ultimes reflets à la surface de l’eau des bassins.
La relation entre intérieur et extérieur a été pensée afin d’offrir de multiples perceptions : derrière deux immenses baies vitrées, allongés sur de très minimalistes chaises-longues, le visiteur (le curiste ?) peut admirer les sapins tout proches et les crêtes plus lointaines ; une pièce fermée est munie de petites ouvertures au travers desquelles c’est un échantillon de paysage qui se déguste ; enfin, depuis le grand bassin extérieur, la montagne de l’autre côté de la vallée, drapée en été d’une immense étoffe d’un vert malachite sur laquelle se détachent, simples et merveilleusement élémentaires, ses petites granges aux pieds-droits pierreux, bardées de planches grossières et coiffées de lauzes épaisses, apparait sur deux écrans immenses, deux fenêtres que l’architecte à composer comme pour embellir encore davantage la nature. Enfin, c’est dans la diversité des bassins intérieurs, dans leur agencement subtil, dans la variété des textures, des odeurs et des sons que le comble du raffinement est atteint ; on touche alors du doigt l’idée que le temps, quelques instants, peut suspendre son vol…
Vivre les Thermes de Vals correspond à une expérience des sens totale ; et par là, l’esprit, forcément s’en mêle ! C’est une invitation à la rêverie, à la méditation, à la poésie ; une invitation à vivre l’architecture un peu à la manière de son auteur : (…) comme art de l’espace et du temps, entre sérénité et séduction. »
Impossible de ne pas mentionner le fait que les Thermes vivent actuellement un épisode mouvementé puisqu'ils viennent d'être rachetés par un promoteur immobilier "reconnu coupable de gestion déloyale dans le cadre de la faillite de commerces" (La Tribune de Genève 12/06/12). La vente est par ailleurs contestée par un "groupe de citoyens inquiets" qui en réfute la légalité. Peter Zumthor s'était lui-même porté acquéreur de son œuvre, mais l'assemblée communale lui avait préféré le projet du promoteur.

Recommandations :
-    Deux petits ouvrages : « Penser l’architecture » et « Atmosphères » de Peter Zumthor aux éditions Birkhauser
-    Un article « Vals avec Zumthor » sur le site de la Bilbiothèque municipale de Lyon
-    Le très beau livre « Peter Zumthor ; les thermes de Vals » de Sigrid Hauser, photographies : Hélène Binet

jeudi 16 août 2012

Misia à Orsay, Sert au Petit Palais : hommage de Paris à un couple mythique

Très belle exposition à Orsay sur Misia, cette dame qui fut pendant plusieurs décennies (de la Belle Epoque aux Années folles), la muse de nombreux artistes et en particulier les peintres Bonnard, Vuillard, Vallotton, Toulouse-Lautrec, et autres Renoir, l'amie de Diaghilev, Nijinsky, Stravinski, ou Cocteau, la complice de Coco Chanel.
Bien qu'excellente pianiste, Misia Godebska de son nom de jeune fille, ne s'engagera jamais dans une carrière artistique ; elle préféra se consacrer à la promotion de créateurs, devenant "arbitre du goût" d'une scène parisienne foisonnante sur le plan des arts et de la culture.
Un tel engagement ne peut correspondre qu'à un tempérament "bien trempé" qui l'amena à contracter trois mariages et trois divorces avec, successivement, Thadée Natanson, fondateur de la publication culturelle et artistique La Revue Blanche, Alfred Edwards un richissime homme d'affaires, et enfin, José Maria Sert, le "Michel-Ange du 20ème siècle". Elle fit également tourner la tête de nombreux hommes comme le peintre Vuillard qui en fut éperdument amoureux.
Misia, d'après Vuillard
Elle fut représentée par tous les artistes qu'elle côtoya. C'est ce que l'exposition nous montre au travers de nombreuses œuvres, peintures ou dessins. Celles de Vuillard, le "célibataire mélancolique", surpassent de mon point de vue toutes les autres ; sans doute y a-t-il glissé un pigment supplémentaire et indicible : son secret et son dépit amoureux ...
Cette vie romantique devait forcément s'achever dans le malheur. A la fin de sa vie, Misia fut atteinte de graves et douloureux troubles ophtalmologiques ; elle en perdit un œil. Pour soulager ses douleurs, elle eu recours à la morphine, et sans doute en abusa-t-elle, ce qui lui valu d'être arrêtée par la police et emprisonnée pendant 24H. Sa nièce dont elle était très proche se tua dans un accident de voiture. Elle acheva son existence assez seule, très loin de l'agitation et des paillettes de cette vie parisienne dont elle fut l'égérie. Elle s’éteignit à Paris à l'âge de 78 ans. Coco Channel, sa dernière amie fit sa toilette mortuaire.


Étonnamment, Paris honore au même moment, mais cette fois au Petit Palais, son troisième et dernier mari, José Maria Sert, l'oncle du célèbre architecte Josep Luis Sert, auteur du bâtiment de la Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence. Ses compositions picaresques, reconnaissables entre toutes, où se mêlent des titans musculeux et des grappes humaines déployées dans des décors piranésiens, peuvent être admirées - entre autres - dans le vaste hall du Rockfeller Center de New-York, ou sur les murs de l'église du monastère de San Telmo à Saint-Sébastien (Esp). L'exposition du Petit Palais nous dévoile l'imagination débridée du peintre-décorateur et tous les secrets de sa technique.
   

vendredi 10 août 2012

Heiligkreuzkirche de Chur (Suisse)


Mais qui me donnera des informations (nom du concepteur, courant architectural, date de réalisation, ...) à propos de ce curieux bâtiment en béton, visité brièvement à Chur dans les Grisons, aux formes qui semblent s'inspirer de Bruno Stahly et d'un zeste de Chillida ?

jeudi 9 août 2012

Veinard(e)s ! On a (presque) tout changé à droite !

Quoi de neuf ? L'architecture contemporaine suisse !

Bon... oui... ! quoi ?
Schaulager
J'avais promis une avalanche de textes sur les US et j'embraye après 3 semaines de silence sur l'Helvétie ! Normal, c'est tout neuf dans ma tête.
Bâle, en premier lieu avec - toujours - le campus Vitra et la Fondation Bayeler (avec un Jeff Koons pas si koons que ça !), mais en plus le Schaulager, des architectes Herzog et de Meuron, oeuvre impressionnante sur laquelle nous reviendrons plus tard, le Goetheanum, dans un tout autre style qualifiable de baroque brutalo-spiritualiste. Bien sûr d'autres "petites" choses tout à fait intéressantes...
Vitraux de S. Polke
Zurich. Là on est davantage dans le pittoresque, avec sa vieille ville, son lac (et forcément les rives de son lac), mais ne pas omettre certains vitraux de la cathédrale réalisés à partir de lames d'agates extrêmement fines par l'artiste Sigmar Polke.
Centre de Culture et des Congrès de Luzern
Luzern (ou Lucerne), avec - bien entendu - le célèbrissime Centre de Culture et des Congrès de Jean Nouvel (on y reviendra).
Chapelle Saint-Bénédict
Thermes de Vals
Vals dans le Grisons, et les thermes de Peter Zumthor, d'une beauté absolue ; mais juste avant un détour par la petite chapelle Saint-Bénédict à Sumvitg, et sur le départ, une montée au-dessus de Vals pour découvrir la résidence d'été du célèbre architecte.
Haldenstein (près de Chur), où nous avons pisté l'agence de Zumthor...
Musée Paul Klee
Bern, enfin avec le musée Klee et les ondulations organiques (paysagères ?) de Renzo Piano. 


Bon... Oui...! Quoi ? Je sais : c'est un peu en vrac tout ça et ça manque de précision... Mais on me laisse arriver, et je tenterai de livrer prochainement à vos orbites cruelles une partie (seulement) des émotions contractées à l'occasion de ce circuit chez les helvètes.


mardi 17 juillet 2012

Chicago 2 Franck Lloyd Wright et Rem Koolhaas


Chicago, c'est aussi l'un des grands terrains de jeu de F.L. Wright ( 1867-1959) à ses débuts quand il dessinait à tout va des Prairie Houses pour de riches commanditaires à Oak Park, à l'est de la ville. Le style Prairie Houses se caractérise par un travail sur les horizontales, des toitures longues et à débords importants, un alignement de nombreuses fenêtres souvent ornées de vitraux, l'emploi de matériaux traditionnels comme de la brique, du bois, ou de la pierre, et un soin maniaque du détail, à la fois en extérieur et dans la décoration intérieure. Ces maisons ont été réalisées à la fin du 19ème siècle tout début 20ème, et rompaient totalement avec l'architecture "néo quelque chose" en vogue à cette époque. La villa la plus caractéristique de ce style est la Robbie House dans la banlieue sud de Chicago.
Wright est considéré par certains comme l'un des plus grands architectes du 20ème siècle et l'inventeur de l'architecture moderne. On lui doit des oeuvres aussi mythiques que la Maison sur la cascade, le Musée Guggenheim de New-York (en forme de parking silo !) ou la Price Tower dans l'Oklaoma. La vie de Wright est un vrai roman qui n'est pas sans rappeler la vie d'un autre grand architecte : Louis Khan (ah les femmes !).

Rem Koolhaas (1944-) a conçu pour l'Université de l'Illinois un bâtiment assez invraisemblable coincé sous une ligne de métro aérien. Il s'agit du McCormick Tribune Campus Center dont la vocation est d'accueillir des espaces partagés pour les étudiants : cantines, salles de détente, auditorium, salles d'expo, forum, etc. Il est situé à quelques centaines de mètres seulement de l'Ecole d'architecture de Mies van der Rohe (1886-1969) ; ce voisinage est rappelé (I presume) par les poteaux en H noirs que Koolhaas a disposé dans ses espaces. L'atmosphère qui se dégage de ce lieu est très "lynchéen" avec des couleurs insolites (orange, jaune), des repères habituels (notamment horizontaux) qui s'estompent avec un travail récurrent  sur l'oblique (hommage à Claude Parent ?), un jeu très intéressant de relations entre extérieur et intérieur, des perspectives multiples, et puis ce bruit étonnant du roulement des trains au-dessus de la tête comme une menace. Koolhaas semble avoir voulu créer un espace architectural où tous les sens sont mobilisés ; jusqu'à l'odorat avec une supérette intégrée dans le bâtiment... Il est peu de bâtiments - à ma connaissance - qui puisse laisser une impression aussi forte.


Chicago 1 Aqua Tower, Trum Tower, et Piano vs Gehry

Je suis allé une première fois à Chicago il y a 4 ou 5 ans. Cette ville a une histoire formidable, et tient une place particulière dans celle des Etats-Unis. C'est un mythe à elle seule : colonisation, prohibition, industrie, lutte raciale, émeutes, incendie, reconstruction, ... Et puis, c'est la ville de l'actuel Président Obama ! On ne peut aller à Chicago sans avoir à l'esprit toute cette histoire invraisemblable qui parcourt seulement 4 siècles. La proximité immédiate du Lac Michigan, qui ressemble à une mer, confère à Chicago un horizon supplémentaire. Les rives du lac longées par une très longue piste cyclable appellent à la promenade. Un peu comme New-York avec Central Park, Chicago dispose de son parc urbain, le Millénium, bordé d'immeubles qui semblent écrire toute l'histoire des buildings américains. C'est un lieu extrêmement important ; il accueille de nombreuses manifestations culturelles sur sa très grande pelouse face à la fleur de métal de Gehry.
Pavillon de la Musique Pritzker
Récemment le skyline du Millénium s'est enrichi d'une tour stupéfiante : l'Aqua Tower.
Aqua Tower
Jeanne Gang
Son architecte est une femme, Jeanne Gang ; belle et élégante, elle a communiqué cette beauté et cette élégance à son oeuvre de 250 m de hauteur. La lumière créé sur son enveloppe qui ondule à la façon d'un tissu très léger ou comme, précisément, une multitude d'ondes à la surface de l'eau, un chatoiement insaisissable, jamais identique, toujours étonnant. Elle s'est très probablement inspirée de ces rochers ou ces falaises composés d'une alternance de couches horizontales de roches dures et de roches plus tendres, dont la surface a été sculptée par le vent ou l'eau, et qui ressemblent à des mille-feuilles.
Trump Tower
La Trump Tower avec ses 357m, et qui a été achevée en 2009, bénéficie d'un positionnement extraordinaire sur la Chicago River, entre le sublime monolithe noir de Mies van der Rohe (IBM Building)
IBM Building
et le Wrigley Building aux allures de Giralda. Commandée par le célèbre promoteur dont on connait le goût plutôt prononcé pour le clinquant et tout ce qui "en jette", le résultat aurait pu être terrible. Il n'en est rien (comme d'ailleurs la Trump Tower de New-York qui, de l'extérieur, est plutôt réussie), et il faut sans doute rendre hommage ici à la fameuse agence d'architecture SOM (la même que celle du plus haut bâtiment au monde, la Burj Khalifa à Dubaï avec ses 838m) qui en est le concepteur.
Renzo Piano, l'architecte de Beaubourg (avec Richard Rogers), du musée Tjibaou en Nouvelle Calédonie et du futur (?) TGI de Paris, a dessiné l'extension de l'Art Institute of Chicago, qui abrite l'une des plus belles collections de peinture impressionniste au monde (après Orsay et le MET de NY).

Extension de l'IAC
Le bâtiment de Piano est comme toujours : élégant, précis, métallique, clair, ordonné. Les escaliers suspendus sont parfaitement dessinés. Mais on peut regretter la trop grande répétition de modules élémentaires, la surabondance de ces tiges et de ces petites fermes métalliques dont la succession créé une impression de procession statique très froide. Et même si le parquet en bois et la lumière naturelle parfaitement contrôlée viennent un peu réchauffer les espaces, l'émotion est difficile à trouver. Piano s'est-il employé à prendre le contrepied de l'exubérance des oeuvres de Gehry toutes proches ? Peut-être, car c'est également l'impression que donne sa passerelle qui relie le Millénium au musée : d'une rectitude et d'une blancheur absolue, quand la passerelle BP du canadien semble se complaire à se perdre en volutes paresseuses.


dimanche 15 juillet 2012

Fini les vacances !

Un mois exactement qu'il se la coule douce celui-la ! Bon, je vous promets une orgie de textes + illustration, mais ça va être difficile ce soir (pas mon ordinateur, heure tardive, bon bouquin, etc. que des excuses valables).
En revanche, je peux tenter de vous mettre un peu de larmes à vos orbites cruelles (version pergamienne de "je peux tenter de vous faire saliver"). Donc au menu, il y aura :
- les plus beaux immeubles de Chicago et de New-York avec, en particulier l'Aqua Tower de Jeanne Gang (Chicago), la tour de Gehry à Manhattan,
- une sélection d'oeuvres d'art des musées comme l'Art Institute of Chicago, le MET, le MOMA, l'Isabella Gardner et le Museum of Fine Arts de Bostonà Boston
- une palanquée d'autres bâtiments signés Herzog et de Meuron, Foster, Nouvel, de Portzamparc, Piano, Sanaa, etc.
- des baleines et des plages de sable fin
- l'exposition Misia à Orsay
- l'exposition de José Maria Sert au Petit Palais
- Richter à Pompidou
- ...
Désolé pour la mise en page calamiteuse !!!
Aqua Tower

Gehry

Thom Mayne

Foster

Sanaa

Piano

Herzog et de Meuron
 

vendredi 15 juin 2012

Désinspiration

Est-ce le terme juste pour exprimer un état inverse de l'inspiration ? Le temps maussade qui submerge depuis trois mois nos horizons anesthésie-t-il toute envie d'imaginaire ? Aucune architecture croisée au hasard d'un parcours ; aucune page dont on aurait envie de poursuivre le texte. Lassitude rime avec ... lassitude. Une sorte de livre achevé. Une très grande fierté consommée. Quelques projets qui se bousculent tant qu'ils n'avancent pas. Des nuits fatigués. Des journées mauvaises. Le temps est dans l'urgence. La patience est traumatisée. Et ces quelques phrases comme un regret.

jeudi 7 juin 2012

Emerveillement

Au risque d'être taxé de "ravi", je dois avouer mon émerveillement quand je constate sur le "mouchard" qu'un pays lointain ou juste improbable (comme nous disons ici) a laissé son empreinte sur Everybody Knows. Je ne me fais pas d'illusion démesurée, et il est probable qu'il s'agisse pour certaines juste d'un égarement, mais le rêve m'envahit à la lecture de : Géorgie 3, Philippines 1, Australie 1, Cameroun 2, Japon 1,Russie 4, etc. Sommes-nous encore capable d'émerveillement ?

lundi 4 juin 2012

Le passant du bout du monde de Francisco Coloane

Juste un petit passage, pour le plaisir :
"La nuit, le vent et la mer prennent toutes les intonations humaines, du rire jusqu'aux pleurs, et on y entend aussi de sourds murmures, des plaintes lointaines et déchirantes qui lèchent les vagues ; (...)"

jeudi 31 mai 2012

Le mode interrogatif (de Pergame)




Les intermittents du spectacle sont-ils des assistés ? La réciproque est-elle vraie ? Dans la mesure où vous considérez que nous sommes totalement enlisés dans la Société du Spectacle, saisissez-vous mieux la pertinence de la réciproque ? L’écoute soudaine des cours de bourse à la radio vous donne-t-elle instantanément une poussée d’urticaire, ou vous fait-elle penser qu’en France on détecte 1500 cancers de testicule par an, et plutôt chez les hommes de moins de quarante ans ? Le fait de ne pas calculer vous-même vos impôts et de sous-traiter cette corvée citoyenne à votre femme participe-t-il de votre engagement féministe ? A l’appui de votre argumentation, déclamez-vous annuellement ces vers de Molière : « Mais de l’argent dont on voie tant de gens faire cas, pour un vrai philosophe a d’indignes appas » ? Défilez-vous régulièrement le 1er mai ? Défileriez-vous plus souvent s’il existait plusieurs 1ers mai dans l’année ? Connaissez-vous un ingénieur qui ne soit pas un geigneur ? La réponse « C’est sans souci » de votre dentiste qui aurait décidé de vous extraire une molaire sans anesthésie vous fait-elle penser instinctivement à Marathon man ? Considérez-vous que vous aimez les madeleines plus, moins,  ou au moins autant que Proust ? Trouvez-vous légitime que l’on fasse tout un plat de cette histoire de mémoire enfouie, puis retrouvée, à l’occasion d’un  simple goûter un peu chochotte ? Si vous tentiez d’écrire quelque chose de comparable – du moins dans la démarche – en substituant à « madeleine », « Ovomaltine », « Roudoudou », ou « Pam-Pam », auriez-vous enfin une chance d’entrer dans la postérité littéraire ?

Blogueur sans bagage

A saluer aujourd'hui 3 blogueurs malgaches et 1 blogueur congolais qui sont venus se perdre dans les mailles du filet d'Everybody Knows !
Vive le continent africain !

mardi 29 mai 2012

L'édition du LEXICAL 2012 est dans les bacs !

Aussitôt sorti de presse et aussitôt introuvable !
Mais on peut faire un effort pour vous, seulement si vous le demandez gentiment !
Parmi les nouveautés :
- Calot
- Cerceau
- Crapia
- Cuter
- Dodo la Saumure
- Endé
- Foy's
- Fumantes, .... etc.

Et surtout une version augmentée et enrichie que la critique a unanimement saluée comme un possible chef d'oeuvre à confirmer.

Monumenta... Pschitt !

 Une Monumenta qui fait "Pschitt", autant par les couleurs acidulés des parasols en plastique qui composent "l'oeuvre", que par le peu d'émotions qu'elle suscite. Où sont les correspondances entre l'écrin et son contenu temporaire ? Suffit-il de tenter d'ordonner des disques de couleur bleu, vert, jaune et rouge-orangé selon un algorithme arabe ancestral pour constituer une œuvre qui dialogue (voire s'oppose) avec les volutes académiques du Grand-Palais ? On retiendra les effets impressionnistes, et les moucharabiehs d'ombres élémentaires dessinés sur le sol par grand soleil ; et puis après ? Des effets plastiques, de surface, mais on cherche une profondeur (malgré des rendus photographiques assez aguicheurs).  

jeudi 24 mai 2012

Le mode interrogatif architectural

Petit texte rédigé à la manière de « Le mode interrogatif » de Padgett Powell paru aux éditions La contre-allée ; ouvrage de 232 pages exclusivement composé de questions.

Diriez-vous, avec Giancarlo di Carlo, architecte, enseignant et théoricien de l’architecture que « l’architecture est trop importante pour être laissée aux seuls architectes » ? D’une façon plus générale, trouvez-vous qu’il est souhaitable de confier aux seuls experts des domaines entiers relevant soi-disant de leur seule expertise, ou bien pensez-vous – comme Alberti, l’auteur de « De Aedificatiria » - et selon l’analyse du critique d’architecture Jean-Pierre Le Dantec, que « le jugement des experts (periti) souvent égaré par un désir effréné d’édifier (libido oedificandi), ne peut se passer de celui des non-experts (imperiti) » ? Comment définiriez-vous un « grand architecte » ? Pensez-vous que l’architecture et la littérature constituent des modes d’expression présentant un certain nombre de similitudes ? L’architecture n’est-elle pas également, ou plutôt, proche de la musique ; à cet égard partagez-vous le point de vue de Goethe qui qualifiait l’architecture de « musique silencieuse » ? 
Que vous inspire les paroles de Mies van der Rohe prononcées un peu avant la seconde guerre mondiale : « Il est important pout toutes époques, y compris la nôtre, de donner à l’esprit l’occasion d’exister » ? Diriez-vous qu’il a été entendu ? Pensez-vous que notre époque partage cette conviction ? Peter Zumthor, Pritzker Price 2009, indique dans un récent entretien : « "L'esprit du temps est un thème qui ne m'intéresse pas. Je veux seulement construire de bons bâtiments. Je travaille avec des émotions, avec des intuitions. Avant d'être construits, les bâtiments sont des images. (...) C'est absurde, mais une sensation est déjà presque une image." Pourriez-vous citer les trois dernières œuvres ayant reçu le Prix de l’Equerre d’Argent ? Quels sont les trois bâtiments de l’architecture contemporaine que vous estimez être les plus remarquables ? Pensez-vous qu’il faille opposer l’architecture classique à l’architecture contemporaine ? L’ornement est-il un crime ? L’architecture est-elle un « art contaminé » comme l’affirme Renzo Piano ? Etes-vous un fervent partisan de la « fonction oblique » ? 
Partagez-vous le point de vue suivant de Rudy Ricciotti, Grand Prix National d’Architecture 2006 : "Travailler ne doit pas humainement se limiter au fait d'échanger de l'argent contre du temps de vie perdu et sans qu'il y soit jamais utilisé la faculté d'invention personnelle. » ? Savez-vous que le doyen des grands architectes est le brésilien Oscar Niemeyer, qu’il est âgé actuellement de 104 ans, qu’il continue de travailler chaque matin à son bureau de Copacabana, et qu’il s’est marié il y a quelques années (à seulement 99 ans) avec sa secrétaire, une toute jeune sexagénaire ? Auriez-vous une idée pertinente pour utiliser la Halle Freyssinet dans le 13ème arrondissement, œuvre industrielle de l’inventeur du béton précontraint, qui vient récemment d’être inscrite au titre des monuments historiques ? Partagez-vous le point de vue de Jan Kaplicky, architecte-leader de l’agence Future Systems qui déclarait : « L’architecture est essentiellement un art, mais le meilleur ingénieur de chez Boeing est aussi un artiste. » ? Et celui de Jean Prouvé qui disait qu’ « une poétique de la construction est différente d’une passion de la technique » ? 
Si j’avais deux livres sur l’architecture à vous conseiller, accepteriez-vous que ça soit « Architecture et modestie », actes d’une rencontre tenue au Couvent de La Tourette en 1996,  et « Penser l’architecture » de Peter Zumthor ?
Nota : pour les orbites cruelles (et soupconneuses), les photos n'ont pas de rapport direct avec le texte. De haut en bas : chantier de la Fondation Louis Vuitton visible au commun des mortels depuis l'extérieur, un pavillon délabré à St Jean Cap Ferrat, et l'ensemble particulièrement bien réussi du collectif Plan 01 dans la ZAC de la Semapa derrière la Bibliothèque François Mitterrand.

Petite histoire d'une église orpheline de son clocher depuis 50 ans

 Ezy-sur-Eure est une petite commune de Normandie à quelques encablures du très beau château d’Anet, certainement prédestinée à accueillir le célèbre Musée du peigne puisque l’une des grandes familles gouvernantes d’Ezy fut très tôt (12ème siècle ?) les DES BROSSES.
Mais ce qui fait l’intérêt d’Ezy-sur-Eure pour le lecteur attentif, amateur d’architecture moderne et contemporaine, c’est l’église Saint André, œuvre de Maurice Novarina, architecte prolifique et talentueux, auteur – entre autres - de 32 édifices religieux, parmi lesquels l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du Plateau d’Assy en Haute-Savoie qui intègre des œuvres de Léger, Matisse, Chagall, Braque et Rouault.
Saint-André se présente comme une grande maison comportant 4 murs, et un simple toit à double pente porté par de discrets portiques métalliques. Tout dans le dessin respire une certaine retenue, et la silhouette comme les matériaux ne sont pas sans évoquer cette architecture de montagne sans fioriture, construite avec des matériaux « vrais ». Il n’y a rien à enlever dans la composition ; le débord du toit est précis, l’équilibre des volumes est juste, les tuiles plates parlent à l’appareillage régulier des pierres. A l’intérieur, l’espace est libre de tout poteau intermédiaire et la lumière extérieure est filtrée par deux bandes de vitraux placées sur les allèges de pierre des longs-pans, œuvre de l’artiste Elvire JAN (1904-1996). Sur le mur du chœur, le sculpteur Louis Chavignier (1922-1972) a réalisé un magnifique Christ en bois dont la silhouette toute entière, d’une très grande pureté, invite naturellement à une certaine élévation spirituelle. Au sol un opus incertum de grandes plaques d’ardoise noire souligne une nouvelle fois la modestie  du lieu.
Bâtie en 1956-1957 avec des moyens financiers limités – c’est les villageois eux-mêmes qui ont construit l’édifice - l’église n’avait pas été dotée de clocher. En 2007, soit 50 ans après son édification  et au terme d’un concours public, c’est le projet de Patrice Novarina – le fils de Maurice – qui est retenu. Trois années plus tard, le nouveau clocher affirme son élégance et sa modernité. Placé à distance respectueuse de l’œuvre originelle, il se présente comme un campanile d’une très grande finesse, constitué d’une structure tridimensionnelle  élancée, en acier inox, qui culmine à plus de 25 m de hauteur. L’architecte évoque « le contraste qu’il a voulu instituer entre la belle épaisseur des murs de cette église (notre condition terrestre) et le simple élancement de la structure raffinée de son campanile (notre besoin d’élévation spirituelle – le mystère de la foi)." 
Merci à PN et CN pour cette découverte et leur amitié.

samedi 12 mai 2012

Veinard(e)s !

On a (presque) tout changé à droite...

Bréhat


La brume glisse, silencieuse, sur la mer
Déposant, avec une prudence obstinée,
Un voile de tulle sur un paysage de granit rose scarifié,
Et d'embarcations éparses postées en sentinelles
A l'entrée de la Chambre.


Sur les franges du rivage,
Elle - la mer encore - en d'indolentes caresses,
Va et vient comme hésitante,
Sur la surface dure rongée de lichens,
Des rochers lourds et ajustés,
D'une cale ancienne,
Orpheline à cette saison,
Des cris et des rires des enfants de la maison.

Et il n'y a, dans cet air chargé d'une bruine légère,
Que le murmure calme de cette eau insoumise.

Par instant, le silence presque irréel est rompu
Par un emballement de cris d'oiseaux marins
Qui emplit l'air d'un agacement primaire et cruel.

Puis la paix se fait à nouveau.
Une lenteur exquise donne la mesure
Au paysage humide qui dévoile, centimètre après centimètre,
Son intimité chaotique et vaguement lunaire.

Plus tard, la mer absente aura abandonné
Sa volupté, pour quelques flaques transparentes
A la surface desquelles le frisson du vent
Dessinera mes souvenirs d'enfance.

mercredi 2 mai 2012

Mon monde interrogatif

Avez-vous déjà appartenu à un parti, un clan, une congrégation, une troupe, un club, bref une association d’individus quelconque qui se crée au motif qu’on se sent moins con quand on est moins seul ? Pourriez-vous aller jusqu’à pratiquer la randonnée dans un club de célibataires ? Diriez-vous que vous êtes un bourgeois au sens marxiste du terme ? Etes-vous capable de dire que votre sort n’est pas enviable ? Regrettez-vous d’avoir chahuté certains de vos professeurs ? Vous souvenez-vous des aventures de Bob Morane ? Et des « rigolos » à la moutarde ? Et des truites aux amandes ? Pourriez-vous énoncer encore longtemps des sujets qui n’intéressent plus personne ? Savez-vous toujours écrire avec un stylo sur une feuille blanche, ou bien avez-vous définitivement adopté le clavier pour exprimer tous vos talents littéraires ? Aimeriez-vous tant voir Syracuse ? Avez-vous payé toutes vos cotisations ? Que pensez-vous du concept de « physicalité » ? Ne désireriez-vous par-dessus tout écrire un roman à succès de la vie d’El Campesino ?