samedi 19 septembre 2026

L’IA m’a tuer…

Questionnaire : Des récentes annonces sur l’IA, quelle est celle qui vous fait le plus flipper ? a) détruire l’humanité, b) inventer des virus dangereux c) mettre au point des armes biologiques Si vous avez choisis a, b ou c, vous avez tout faux, car elles sont toutes équivalentes. On va me dire : « oui, mais on n’a que 10% de chance de tous mourir ! » Encore une fake news ! Je peux vous affirmer que nous avons 100% de chance de mourir ; après, ce n’est qu’une question de timing. Un dénommé Jacob Coxon, ingénieur d’Anthropic de son état (avant sa démission fracassante) a déclaré que les trucs qu’il bidouillait depuis plusieurs années étaient susceptibles de nous péter à la g… Le gusse a 27 ans et on le croirait davantage qu’un président de 80 balais qui pense (je me trompe : qui vocifère) le contraire ? « On ne peut plus se passer de l’IA ! » J’entends ça à longueur de discussions sur le sujet. Est-ce pour autant indispensable de s’en servir pour composer le menu de la semaine ? Au tout début de la micro-informatique, Reiser avait produit un dessin dans lequel on voyait le Gros Dégueulasse (en marcel crado, slip kangourou et testicules à l’air), consultant son écran pour savoir ce qu’il devait faire : « Changer de slip », s’affichait sur l’écran. 30 ou 40 ans après, on va interroger l’IA pour ne pas se retrouver dans la situation d’Anna Karina dans Pierrot le Fou : « Qu’est-ce que j’peux faire ? J’sais pas quoi faire ! » Le même Reiser proclamait qu’on vivait une « époque formidable ». Et la nôtre : elle est pas formidable ? Plus sérieusement : lisez la declaration de Bernie Sanders sur le sujet.

lundi 14 septembre 2026

Quelques réflexions d’ordre apocalyptique (tout simplement)

Quand on s’emploie à lister les catastrophes actuelles ou futures probables, un déclencheur majeur s’impose : le dérèglement climatique de nature anthropique. La plupart de nos activités, quand elles sont liées à l’énergie, contribuent au déséquilibre de l’écosystème que la planète a mis 3 ou 4 milliards d’années à élaborer. L’accélération du phénomène, depuis une trentaine d’années, est liée à un degré de saturation de la capacité d’absorption de cet écosystème, mais aussi à une amplification qui se nourrit de ses propres dysfonctionnements ; un peu comme ces pyrocumulus qui se génèrent par leur propre système météorologique. Nous sommes engagés dans un « effet boule de neige » mondial, à l’intérieur d’un espace-temps régi par des lois systémiques. Les conséquences dramatiques sur le plan financier, social ou environnemental de notre inaction seront bien supérieures au coût des actions qu’il faudrait engager dès aujourd’hui. Tout ceci est parfaitement documenté et par des gens sérieux. Il y a une imposture morale à ne pas agir pour limiter les conséquences de ce que nous avons commis depuis la révolution industrielle. Elle tient dans notre déni quotidien dont la cause à 2 origines principales : la force réactionnaire des plus nantis pour lesquels l’argent s’apparente à une drogue et l’indifférence des autres quant aux interactions qui équilibrent le vivant. Dans un cas, il s’agit du capitalisme, dans l’autre de l’égocentrisme ; les 2 pouvant s’additionner. Dans l’état actuel de notre civilisation, la seule issue positive serait de trouver et d’adopter une autre formulation du bonheur que l’accumulation de richesses, ou que le consumérisme aveugle. Cependant, je ne vois pas comment cette adoption pourrait se réaliser sans un « choc opératoire » radical. 2 options : la contrainte mise en place par un gouvernement autoritaire, une prise de conscience issue d’un drame gigantesque qui n’offrira aucune autre alternative que de changer de cap pour les survivants. Dans ce dernier cas, il est alors probable qu’advienne le règne des gourous et des manipulateurs de toute sorte, proposant une spiritualité prête à consommer. Comme l´écrivait Raoul Vaneigem, mort le 28 juillet dernier :  "Nous n’avons d’autre alternative que d’oser l’impossible ou de ramper comme des larves sous le talon de fer qui nous écrase. » On va vivre un futur formidable !

dimanche 6 septembre 2026

Besoin de faire entendre la pensée et l’engagement des belles personnes

Une chose m’impressionne avec les statistiques de mon blog. Depuis que j’ai repris un certain rythme de publication, les lecteurs (ou plutôt les « cliqueurs », restons prudent) les plus actifs, et de loin, sont les américains. Sont-ils MAGA ou anti-trumpistes ? Il est vrai qu’avec une population de près de 350 millions d’individus et un taux d’usagers des médias actuels élevé, les US partent avec un bonus. Vient ensuite le Brésil. Là aussi, il y a du peuple : 231 millions. Sur la 3eme marche du podium : Singapour où je n’ai jamais mis les pieds et où, probablement, je ne foutrais jamais les pieds. La France ne pointe même pas dans les 10 premiers ! On n’est jamais prophète en son pays. Un petit bilan à aujourd’hui :
- presque 18 ans d’existence
- 1 340 articles
- 542 371 vues (rien par rapport à un influenceur de 7eme catégorie, mais je ne vends pas de savonnettes amincissantes !)
- Sur la durée, c’est quand même la France avec 162 000 vues qui a la palme et le post sur mon ami Claudie Laks avec 180 vues
- Mais, hélas, trop peu de commentaires !
Peut-être faudrait-il que je demande conseil pour toucher plus de monde. Ce n’est pas ce que je peux penser qui est important, mais ce que je peux relayer. Et, par les temps à venir, on a besoin de faire entendre la pensée et l’engagement des belles personnes.

vendredi 4 septembre 2026

Edgar Morin, il y a 16 ans : des vertus (et de la nécessité) d'une métamorphose


Je republie ici un texte datant de janvier 2010 qui n'a rien perdu de sa pertinence. Et maintenant : Aux abris ou sur le front ?
Faisant le constat que le monde va à sa perte, sa désintégration, s'il ne change pas radicalement, Edgar Morin, dans un grand article du Monde daté de ce WE, appelle à la métamorphose, cette transformation effectivement radicale qui permet, à partir d'un processus d'autodestruction, de renaître sous une forme différente, tout en conservant certains liens fondamentaux de l'état antérieur (cf l'exemple de la chenille et du papillon).
Pessimiste notre sociologue national, inventeur de la "politique de civilisation" ? Pas vraiment, bien qu'il nous foute les pétoches : "le probable est la désintégration". Faisant deux autres constats, un historique "l'histoire humaine a souvent changé de voie" grâce à "une innovation, un nouveau message déviant, marginal ...", l'autre contemporain "il existe sur tous les continents un bouillonnement créatif", Edgar Morin énonce les voies possibles du "salut" :
1) le surgissement de l'improbable (comment l'invraisemblable, l'inimaginable, peut sauver le monde ; cf Athènes face aux Perses, cf Joukov qui parvient à mettre en déroute les armées nazies)
2) les vertus génératrices/créatrices inhérentes à l'humanité
(espère !)
3) les vertus de la crise
(espère encore, et fume même !)
4) Ce à quoi se combinent les vertus du péril
"Là où croit le péril, croit aussi ce qui sauve"
5) L'aspiration multimillénaire de l'humanité à l'harmonie
(j'en reprendrai bien une petite taffe !)
M. Morin, votre texte est magnifique, mais la chenille ne va pas se transformer en papillon, car elle est d'une race qui a perdu le code génétique de la métamorphose ; c'est une chenille processionnaire hyper-urticante dont la seule raison d'exister est de tout bouffer devant elle sans réfléchir. Maintenant qu'elle a inventé un système qui la dépasse et qu'elle a perdu la clé de contact, et bien ça va être "sauve qui peut" ; sauf surgissement de l'improbable (bien entendu) !

jeudi 3 septembre 2026

Portrait d'une philosophe de l'espoir : Marina Garces

« Quand les imaginaires de la fin du monde saturent notre capacité à désirer et à imaginer, quand l’effondrement est notre seule certitude, nous ne pouvons faire confiance qu’aux gestes qui désobéissent à l’apocalypse. » Ces gestes dont parle la philosophe barcelonaise, Marina Garces, dans le remarquable article du Monde que le journaliste Nicolas Truong lui consacre, sont ceux qui « interrompent l’irréversible » et qui sont aujourd’hui les « visages de l’espoir ». Marina Garces a fait de sa vie un engagement pour le commun, le collectif, un certain « optimisme de la volonté » comme s’obligeait à penser l’avenir un autre philosophe de l’espoir, Gramsci. Elle veut croire à l’action à contre-courant du « main stream ». Pour elle, « il y a toujours quelque chose à faire », et ce quelque chose passe par des lieux comme les librairies de Barcelone qu’elle fait visiter au journaliste dans lesquelles le mot d’ordre pourrait être « Résister c’est insister, c’est persister. » https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2026/08/28/avec-la-promesse-l-avenir-se-fait-present-a-barcelone-l-espoir-s-incarne-au-c-ur-des-places-publiques_6759006_3451060.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=ios&lmd_source=default

Il faut que tout change pour que rien ne change

Il n’existe plus que des abrutis, des enragés de la consommation ou des indifférents volontaires (quels sont les plus redoutables ?) pour nier les causes anthropiques du dérèglement climatique. Les autres se lamentent en s’exerçant au tri sélectif et en accompagnant les images des désastres quotidiens infligés à notre environnement d’un « putain » ou d’un « my god » de dépit, selon le pays d’origine du regardeur. Les mêmes vont y aller de commentaires aux accents messianiques suggérant qu’il « faudrait arrêter, c’est plus possible », prenant à partie les politiques (« ils ne foutent rien »), voire élaborant des promesses jamais tenues. Bon, une fois les incantations effectuées comme des ablutions virginales, on va s’interroger sur « où c’est qu’on va en vacances » (de préférence en avion), commander le dernier bouquin sur Amazon, faire ses courses dans la grande distribution, et peut-être même se faire livrer par un Uber une pizza. « Il faut que tout change pour que rien ne change » écrivait Giuseppe Tomasi di Lampedusa, dans Le Guépard.

C’est la rentrée, « La récréation est finie »…

Voilà un livre qui sera apprécié par les fans de David Lodge, mais pas seulement. Si la première partie de La récréation est finie de Dario Ferrari nous plonge dans l´univers lodgien du milieu universitaire, avec ses allégences aux mandarins et ses petites coucheries, il s'en libère rapidement pour nous entrainer dans les erratiques "annees de plomb" de l´Italie des annees 70, à la recherche d´un mystérieux intellectuel de gauche, mort en prison et auteur d´un ouvrage soi-disant remarquable, mais disparu. La récréation est finie renouvelle le genre "campus novel" en lui ajoutant le sel d´un tres bon polar avec une fin formidable.

mercredi 2 septembre 2026

Puissent nos cadets…

"Et pourtant paresseusement, lâchement, nous avons laissé faire. Nous avons préféré nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers. Puissent nos cadets nous pardonner le sang qui est sur nos mains."
Cet extrait de L´étrange défaite de l´historien Marc Bloch, appliqué à la montée du nazisme, trouve un écho tres contemporain dans notre attitude vis-à-vis du dérèglement climatique. Nous nous sommes confinés dans un espace clos, sécuritaire, une sorte de "gated community" qui nous persuade que le danger est une illusion, que jamais il nous atteindra et que le temps resolvera les problemes eventuels que nous ne voulons pas voir ni affronter. Peut-être que notre génération s'en tirera à moindre mal (encore que l'évolution récente du rechauffement climatique...), mais "puissent nos cadets..."