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samedi 4 juillet 2026

Le Prytanée national militaire fait parler de lui

Ce matin, un article dans « Le Monde » dénonçant le fait qu’au Prytanée, on n’admettait pas en classes préparatoires des élèves issus d’établissements hors contrat, ce qui constituerait un fait de « discrimination ». Mais ce qui m’a davantage intéressé, c’est un passage d’un rapport récent de la Cour des comptes citant des « comportements et propos sexistes, racistes ou discriminatoires », ou encore la « participation à un chahut particulièrement violent à l’égard du personnel encadrant ». De mon expérience personnelle au « Bahut » (6 années, de la 4eme à la Maths sup), je confirme qu’à mon époque il existait déjà des « comportements et propos sexistes », mais en revanche, pas racistes ni discriminatoires. Ce qui existait en revanche, c’est bien des chahuts particulièrement violents à l’égard du personnel encadrant - les enseignants et les appelés qui nous encadraient. Il nous est arrivé de « juger » des profs. Je me souviens d’un prof de philo (un jeune qui faisait son service militaire) qu’on avait séquestré dans une classe transformée en tribunal. Alors que nous étions en 4eme ou en 3eme, notre professeur d’histoire, surnommé « Le Baveux », était pratiquement aveugle. Il faisait son cours à haute voix en se promenant dans les rangs. Les élèves déchargeaient l’encre de leurs stylos sur son pantalon de costume, à chacun de ses passages, ou lançaient des boules de papier juste devant lui, à hauteur de ses yeux, si bien que le pauvre homme percevant que quelque chose venait de lui passer sous le nez, agitait la tête dans tous les sens ; inutile de dire que ces agissements nous faisaient rire comme des tordus. Une autre fois, c’était un pétard qu’on faisait exploser en classe de français, qui provoquait la frayeur du prof affublé, du fait de sa maigreur, du surnom de « L’Os » ; d’ailleurs un os était souvent dessiné à la craie sur le tableau juste avant son cours. Un appelé du contingent avait eu le malheur d’arriver pour nous garder à l’étude du soir avec la joue enflée. A partir de cette date, dès que nous l’apercevions, nous entamions en chœur le refrain « voilà la Chique, voilà la Chique, … ». Nous étions en somme de sales petits cons, mais pas racistes ni discriminants.

mercredi 7 février 2024

Une goutte d’eau

Les cinq plus grandes fortunes sur la planète ont vu leur patrimoine doubler depuis 2020, et « Nous ne pouvons pas continuer avec ces niveaux d’inégalités obscènes » dénonce l’ONG Oxfam, avant le Forum de Davos. 

Son rapport « Multinationales et inégalités multiples » fustige les grandes entreprises qui « En faisant pression sur les travailleurs et les travailleuses avec des salaires qui augmentent moins vite que l’inflation, en évitant l’impôt, en privatisant l’Etat et en participant grandement au réchauffement climatique, (…) creusent les inégalités. »

La mise en place d’un impôt sur la fortune des multimillionnaires et des milliardaires, pour laquelle Oxfam milite, pourrait rapporter jusqu’à 1 800 milliards. Il participerait à une meilleure justice sociale avec le démentelement des monopoles privés et le plafonnement de la rémunération des PDG. 

Combien d’écoles, d’hôpitaux ou de projets pour aider à la lutte contre le réchauffement climatique, pourrait-on financer avec cette « goutte d’eau » dans le portefeuille de ces gens ?

jeudi 11 janvier 2024

Le futur de l’IA est conditionné à la capacité du secteur public d’en contrôler l’evolution

Ce n’est pas moi qui le dit, mais une femme de 47 ans, américaine d’origine chinoise, une des stars de l’IA et qui a choisi, justement, de quitter le secteur privé (en l’occurrence Google) où son poste de directeur de l’IA lui assurait une très confortable rémunération, pour l’université.

Fei-Fei Li est née à Pékin en 1976. Elle arrive aux Etats-Unis à l’âge de 15 ans, elle ne parle pratiquement pas un mot d’anglais. Grâce à l’enseignement public et à d’extraordinaires enseignants, dont Robert Sabella, son professeur de mathématiques dans le New Jersey, elle poursuit des études scientifiques. En 2004, elle a l’intuition d’une nouvelle méthode de machine learning.

Elle est recrutée en 2017 par Google et dirige la division sur l’IA quand éclate la controverse sur le programme de recherche sur la surveillance militaire mené avec le Pentagone. Elle prend alors conscience de la responsabilité des chercheurs. Elle quitte sa très lucrative position chez Google pour retourner à l’université de Stanford. 

A « l’aube de l’âge de l’IA », Fei-Fei Li est inquiète car elle craint des « risques catastrophiques » à court terme : l’explosion de la désinformation, la disparition de catégories d’emplois, les atteintes à la vie privée…, et le fait que le secteur public, garant d’une certaine neutralité, soit dangereusement absent de l’IA.

« Qui va évaluer ces technologies ? » dit-elle. Si l’IA est laissée aux acteurs privés, « il est sûr que son utilisation va être biaisée ».

lundi 1 janvier 2024

2023, annus horribilis (encore) !

L'année dernière, j'avais déjà qualifié 2002 d'annus horribilis. 

Elle avait vu, en ce qui concerne le côté sombre :
- le déclenchement de la guerre monstrueuse en Ukraine par le dictateur Poutine, 
- l'emballement du réchauffement climatique avec, en particulier, des incendies gigantesques en France et un peu partout sur la planète, 
- la répression féroce des mollahs à l’encontre de la jeunesse iranienne, 
- les menaces tangibles de conflit en Extrême-Orient entre la Chine et les Etats-Unis autour de Taïwan, 
- les rodomontades nucléaires du dictateur nord-coréen.


Côté bonnes nouvelles, en 2022, j'avais noté :

- la montée du mécontentement en Chine, 

- les manifestations en Iran (même si elles sont réprimées dans le sang), 

- la fin de la constitution du dossier à charge contre Trump qui devrait conduire l’ex-locataire délirant de la Maison Blanche devant les tribunaux, 

- la fin du mandat du fou d’extrême-droite, Bolsonaro, après la victoire de Lula au Brésil


J'avais imaginé que 2023 serait le théâtre de 12 évènements majeurs susceptibles de trouver leur place dans l’histoire. Force est de constater que je suis loin d'être un devin car un seul d'entre eux s'est réalisé (en gras). 

Rappel des prophéties pour 2023 :

  • Chute de Vladimir Poutine
  • Pandémie en Chine et en Afrique causant des millions de morts
  • Renversement du régime des Mollahs en Iran
  • Nouveau conflit au Moyen-Orient impliquant Israël
  • Incarcération de Donald Trump
  • Annexion de Taïwan par la Chine
  • Entrée en guerre de l’Europe et des USA contre la Russie
  • Nouveau confinement en France de plusieurs semaines
  • Attentat contre Joe Biden et déclenchement d’une tentative de guerre civile aux USA
  • Grèves et manifestations importantes en France du secteur public
  • Tremblement de terre en Californie
  • Explosion d’une « bombe sale » dans le conflit ukrainien
Et malgré tout ça, je vais tenter à nouveau l'exercice.

Le côté sombre en 2023 :
- Forte montée de l'extrême droite en France et un peu partout dans le monde
- L'attaque du 7 octobre par le Hamas faisant 1 139 victimes et 250 personnes prises en otage (le nombre de victimes ramené à la population française représenterait 9 000 morts)
- La réplique de l'armée israélienne qui, en presque 3 mois, aurait déjà fait plus de 20 000 morts (21 110 d'après le ministère de la santé du Hamas) dont la moitié environs de civils (ramené à la population française, ça représenterait 700 000 morts)
- La poursuite du conflit meurtrier en Ukraine
- Trump toujours en liberté et toujours candidat favori du parti républicain pour l'élection présidentielle aux Etats-Unis
- Le meurtre de deux enseignants, Agnès Lassalle, le 22 février, et Dominique Bernard, le 13 octobre
- La COP 28 qui se refuse à fixer des objectifs chiffrés et un calendrier pour la sortie des énergies fossiles
- La probabilité de plus en plus grande que le seuil de +1,5°C soit dépassé  en 2030
- Hausse des émissions de CO2
- L'accroissement des inégalités de revenus en France
- Une année record pour les incendies dans le monde (Hawaï, Grès, Canada, Sicile, ...)
- L'année la plus chaude de l'histoire avec des records de chaleur (barre des 50°C dépassée au Maroc et en Chine)
- Une augmentation de près de 50% des morts en Méditerranée (plus de 2 500)
- Le vote de la Loi immigration supprimant l'égalité de tous devant la loi, le droit du sol et l'AME

Pour ce qui est des bonnes nouvelles :
- On a jamais autant utilisé d'énergies renouvelables
- La France sacrée championne du monde du pâté en croutes
- Pour les autres, voir le site de Francetvinfo.fr, mais par rapport au côté sombre, ça reste assez léger.
Prophéties pour 2024 :
  • Pandémie en Chine et en Afrique causant des millions de morts
  • Renversement du régime des Mollahs en Iran
  • Réélection de Donald Trump
  • Annexion de Taïwan par la Chine
  • Entrée en guerre de l’Europe et des USA contre la Russie
  • Nouveau confinement en France de plusieurs semaines
  • Déclenchement d’une tentative de guerre civile aux USA
  • Grèves et manifestations importantes du secteur public en France
  • Tremblement de terre en Californie
  • Canicule record et incendies de forêt dévastateurs en France
  • Emeutes dans les banlieues
  • Victoire de l'extrême droite aux élections européennes


dimanche 31 décembre 2023

Les vœux intranquilles de Camille Etienne

Je n’écouterai pas ce soir les vœux du président officiel. Ils sont comme les chartes d’entreprise affichées en grosses lettres dans le hall des sièges sociaux, ou imprimés sur les premières pages des rapports RSE (des mensonges, comme le disait un philosophe spécialisé dans les entreprises). 

Ceux de Camille Etienne me vont parfaitement. Ils sont pleins de fraîcheur, d’honnêteté et d’espoir. Ils foutent la pêche car c’est la jeunesse qui parle, et c’est donc l’avenir.


Chers concitoyens, chères concitoyennes, 

Mediapart m’a nommée présidente d’un jour. Présidente le temps d’un discours même, celui-ci. Qu’est-ce que j’aurais à vous dire si je devais présenter mes vœux ce 31 décembre 2023 devant tous les Français et les Françaises ?

Le costume est trop grand, d’ailleurs je n’en ai pas mis. C’est vertigineux, presque autant que notre époque. Alors c’est d’elle que je vais vous parler. Et du vertige qu’elle me donne. 

Je sais que l’on n’a pas l’habitude d’entendre un président dire son trouble et son angoisse, mais ça m’aurait plu, quand j’étais à votre place, d’avoir un président capable d’assumer sa vulnérabilité – comme un humain. Notre époque, donc, quelle est-elle ? Cette année achevée est-elle si inédite ? Je ne serai pas de ceux qui en font un conflit de générations. Un combat de boomers contre millennials sur le ring du temps.

Chaque époque est à la fois une malédiction et une chance, comporte une part de choix féconds et d’erreurs tragiques, charrie son lot d’incertitudes et de violences.

Chaque année nouvelle est donc potentiellement une immense aventure. Qui peut prendre les traits d’une épopée ou d’un naufrage. Cela dépend en partie de nous. 

L’année qui s’achève ressemble à une longue nuit interminable. Mais de l’obscurité, vous avez fait jaillir des éclats. Des nuits debout à demander des jours de repos. Toutes les générations, 64 je crois, sont descendues dans la rue pour réclamer un droit au temps libre, et à finir sa vie dignement. Elles se sont levées contre la capture de nos corps et de notre temps par la mégamachine. Contre l’idée, furieuse, d’en faire des chiffres et des choses, malléables, que l’on exploite comme on exploite la terre.

Certaines terres, justement, ont été reprises. Des mégabassines ont été démontées. Des routes qui nous menaient trop vite vers nulle part ont été entravées. Des industries qui mangeaient notre terre ont su être désarmées. Face à la honteuse direction du monde, il y a eu de petits refus de coopérer et de grandes démissions. 

Nous ne sommes pas victimes de coups du sort ou de notre incurie. Le dérèglement climatique et l’effondrement de la vie sur terre sont d’origine humaine. En sortir aussi. Et, alors que mes prédécesseurs, plutôt que de rogner un petit bout de leur addictif pouvoir criminalisent la possibilité de s’en sortir, rendent illégales les alternatives, ostracisent ce qui peut sauver, vous avez su résister. Ils devront se résigner à ne pouvoir vous dissoudre. 

Malgré cela, 2023 reste un pas de plus dans l’abîme climatique. 2023, c’est l’Australie en feu, le Canada en feu, l’Amazonie en feu, la Grèce en feu, bref le planisphère qui s’enflamme jusqu’à notre porte, et l’odeur des cendres dans la forêt de la dune du Pilat.

« Notre maison brûle » depuis cinq décennies déjà. Quelques pyromanes, dans leurs tours dorées, s’amusent à déclencher des brasiers au pied de nos portes, pour voir, dans les flammes, l’intensité qui manque à leur regard. Ils s’amusent à se réchauffer, pendant que d’autres crèvent de froid sur le trottoir.

Trois mille enfants dorment toujours dans la rue, les Restos du Cœur ont dû faire appel au vôtre, le seul restaurant avec 30 millions de repas en plus qui menace de fermer. « Ça craque de partout », disent les associations qui distribuent de quoi manger, aux femmes, aux enfants, et maintenant aux étudiants. Mais que peut-on apprendre ? Que peut-on retenir le ventre vide ? Ils disent que ça s’aggrave, 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. 

Heureusement, ça craque aussi dans le mur de l’impunité, dont les fondations tremblent. Les femmes ont parlé, sont entrées avec fracas dans le silence et lui ont dit de se taire, à son tour cette fois. C’est fini, ça n’existe plus les monstres sacrés, votre monde qui nie le nôtre est terminé. Vous allez devoir composer avec nous maintenant. Enchantée…

En 2023, plus de 2 500 hommes, femmes et enfants sont morts ou disparus en Méditerranée, c’est 50 % de plus que l’année dernière. Chers concitoyens, chères concitoyennes, notre digne humanité prend la tasse. En regardant ailleurs pendant que les corps se noient, nous échouons au plus élémentaire test moral : celui de reconnaître un frère, une sœur.

Et cet échec, on l’a entériné dans la loi. Nous avons rendu la vie presque impossible à ceux qui fuyaient pour la sauver. Parce qu’« il n’y a pas d’étrangers sur cette Terre », comme le dit La Cimade, il nous faudra refuser cette direction raccourcie du repli sur soi et de l’obéissance aux fantasmes haineux. 

En 2023, les invisibles du Covid sont redevenus invisibles, il faut croire que l’on avait plus de place pour les applaudissements à la fenêtre et dans les discours entre deux lois immigration, un petit paragraphe c’est tout, quelques petites minutes à accorder aux petites existences. Alors les lits trop pleins de nos hôpitaux ont été remplacés par les lits vides des chambres d’enfants d’Ukraine. Puis on s’en est lassé, on a effacé la case. Il ne manquait pas d’horreur pourtant, mais on était passé de « petites vies » à « vies minuscules », à une couleur près.

Parce que cette année restera à jamais celle où il y a eu le 7 octobre. Les otages et les images de leurs proches qui arrivaient sur nos écrans, leurs regards et leurs visages que la douleur et la peur avaient dévorés. 

Il y a eu le 7 et puis le 8, le 9, le 10, les bombes, les cris, puis l’absence de cris. L’absence de pleurs est pire que les pleurs, la destruction faisait trop de bruit pour qui voulait faire semblant de ne pas l’entendre.

Même à des milliers de kilomètres, même plongés dans le noir, même sans réseaux de communication, même pour ceux qui ne voulaient pas en parler, un enfant palestinien meurt toutes les dix minutes à Gaza. Toutes les dix minutes, c’est le temps qui sépare le début de mes vœux de leur fin. Une vie d’enfant gazaoui.

Profitant de nos colères toutes mélangées, le racisme – dont l’antisémitisme et l’islamophobie sont des visages – s’est par ailleurs engouffré dans la brèche. Il s’est invité jusque dans nos rues, sur nos murs, le pas des portes de nos voisins. Si bien qu’en 2023, on a dû marcher à nouveau pour rappeler cette évidence : aucune vie ne vaut plus qu’une autre.

Pendant ce temps, nous sommes trop occupés à nous écharper, coincés dans notre bavardage virtuel où, comme l’écrit l’autrice Lola Lafon« les mots sont devenus des objets », dont on s’empare, qui servent à se signaler, à se faire voir, à vérifier ce qu’on vaut sur le marché de l’opinion : « Êtes-vous pour ou contre la prise d’otages adolescents ? Pour ou contre le bombardement de civils ? »

Dans une feuille de journal, je vois une photo, le mot d’un médecin, sur un tableau qui servait à planifier des opérations : « À qui reste jusqu’à la fin, racontez notre histoire, on a fait ce qu’on a pu, ne nous oubliez pas. » Le tableau était déchiqueté par une explosion, des bombardements de l’armée israélienne quelques jours plus tôt avaient détruit l’hôpital, mais on pouvait encore lire : « Ne nous oubliez pas. »

En ne faisant pas de ces vœux une sinistre liste à la Prévert, combien de souffrances vais-je oublier ? Sans doute celle qui vous semble inoubliable, peut-être la vôtre ? Plutôt, laissez-moi vous dire cela.

Il y a dix ans, à ma place, Ariane Mnouchkine commençait ainsi ses vœux : « Je vous souhaite d’être heureux. » À mon tour, je vous souhaite d’être heureux. Je vous souhaite d’être heureux, mais en a-t-on encore le droit ? Dix ans après, en 2023, est-ce bien acceptable, est-ce bien correct de vous souhaiter d’être heureux ?  

Une fille de mon âge, pour peu qu’elle soit née à Gaza, au Congo, au Yémen, ne pourrait s’autoriser une pensée aussi large qu’une année, quand une simple nuit n’est pas certaine d’advenir. Alors n’est-il pas trop injuste d’être joyeux ? Sans se laisser rattraper par la coupable crainte que nos rires deviennent indécents, notre joie insultante, nos rires, un privilège ?

Et puis, si c’était finalement une résistance moins lâche qu’elle n’en a l’air ? Je pense cette année aux dignes danses des Iraniennes, aux derniers concerts dans les bunkers d’Ukraine, aux poèmes écrits sous les bombes, à l’hommage tout en pas de deux du mari d’Agnès Lassalle, la professeure assassinée dans sa classe, aux dessins gravés sur les murs des camps comme ceux des prisons, aux rires qui désarment les puissants. 

Alors, j’ose vous souhaiter d’être heureux.

Faire de cette joie une résistance qui électrise la froideur et le cynisme d’une époque. De rire même. Je vous souhaite que 2024 soit drôle, remplie de cet humour que Gary définissait comme « l’affirmation de la dignité, une déclaration de la supériorité de l’homme face à ce qui lui arrive ». C’est précisément ce qui semble nous manquer.

Les mauvaises langues diront de janvier qu’il est le mois des souhaits et le reste de l’année ceux où ils ne se réalisent pas. Mais s’il y a bien un soir où l’on peut se permettre les grands mots, quitte à ce qu’il n’en reste qu’un petit élan, c’est maintenant. Alors je vous souhaite…

Je vous souhaite surtout du panache, de l’impertinence et de la dignité. Je vous souhaite de ne pas être d’accord, de rencontrer ceux qui ne sont pas d’accord avec vous, d’y passer du temps, du vrai, en dehors des écrans. Je vous souhaite de vous réconcilier avec les âmes grises, je vous souhaite de vous oublier un peu, d’avoir l’irrésistible envie de penser plus grand que soi, de ne pas prévoir l’avenir mais de le rendre possible.

Je vous souhaite la fougue que Victor Hugo adressait à Gavroche dans ces lignes : « tenter, braver, persister, persévérer, être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait, tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête ; voilà l’exemple dont les peuples ont besoin, et la lumière qui les électrise ».

Alors je vous souhaite de tenir bon, de tenir tête, de ne jamais vous laisser aller à l’impuissance, de préserver coûte que coûte le courage de regarder droit.

Et je vous souhaite des choses simples, indémodables comme la douceur, les baignades dans l’eau froide, les cafés chauds et les longues étreintes.

Dans le bruit d’une époque qui sans cesse accélère, je vous souhaite de savoir saisir ce « quelque chose qui se passe », entendre les moments qui sonnent juste au milieu du chaos du monde. Je vous souhaite de voir les chemins de traverse qui court-circuitent les autoroutes qui vont trop vite nulle part. 

Et quand tout semble s’employer à nous fractionner en camps irréconciliables, je vous souhaite d’être solidaires. Aussi ringard ce mot semble-t-il être devenu. Je vous souhaite que votre première préoccupation soit pour celui ou celle qui a posé un genou à terre. Je vous souhaite de ne pas attendre le grand soir pour faire advenir les petits matins courageux. 

Aussi, je vous souhaite de rester intranquilles.

Vous le savez, je suis une jeune présidente et je vous promets cette année encore de faire résolument de mon mieux. Mais si toutefois cela s’avère ne pas être assez, si d’aventure l’exercice de cette fonction endort mon discernement et ramollit mon courage, si ce siège devient trône ou si, par son exigence, j’en viens à être si loin de vous, à ne plus vous connaître, je compte sur vous pour vous soulever, faire par-dessus moi ou vous organiser en dehors.

À tout instant, si mes lois deviennent injustes ou mettent en danger les conditions de vie sur terre, je vous conjure de leur désobéir. Comme le dit le philosophe Claude Lefort, la démocratie fait du pouvoir « un lieu vide », ce qui signifie qu’il est inappropriable et qu’il doit donc sans cesse être remis en jeu, être sans cesse exposé au conflit et à la contestation démocratique.

Je ne suis rien qu’une fonction. Pour qu’elle fonctionne, vous devez en être. J’ai seulement le pouvoir que vous me donnez, et il m’oblige. Si l’État est ce qui tient debout, ne laissez jamais les miens vous mettre à genoux. 

Et surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre presque « au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée, disait encore à ma place Ariane Mnouchkine il y a dix ans, et qu’ils en seront non les rouages muets mais, au contraire, les inévitables auteurs ».

Je vous souhaite donc, pour cette année à venir, d’oser étonner la catastrophe. Nous pourrions être surpris. Et si l’on échoue, l’année suivante se souviendra que nous avons fait ce qui était juste. Et puis si ça ne passe pas, 49-3  !

Enfin, puisque c’est sûrement la seule fois qu’il me sera donné de le dire : chers concitoyens, chères concitoyennes, vive la République et vive la France !

mardi 19 décembre 2023

Les mystères de la fréquentation d'Everybody Knows / The mysteries of the attendance of Everybody Knows

I should want to find an explanation for these attendance peaks of the blog. While the daily flows is on average around thirty views, some days, there are crowds ! In noted the 5 most important :

 J'aimerais pouvoir trouver une explication à ces pics de fréquentation du blog. Alors que le flux quotidien se situe en moyenne autour d'une trentaine de vues, certains jours, il y a affluence. J'ai relevé les 5 plus importants :

- 24/11 : 998 (invraisemblable !)

- 19/10 : 587

- 14/02 : 272

- 16/12 : 228

- 04/05 : 163

I tried to make a connection with the post publication, but it seems that there is no link.

J'ai tenté de faire un rapprochement avec la publication des posts, mais il ne semble pas y avoir de corrélation. 

May be, a reader who whill come here could enligthen me and leave a comment ?

Peut-être qu'un lecteur passant par celui-ci saura m'éclairer et laissera un commentaire ?


jeudi 7 décembre 2023

A true act of sustainability


Je lis ce matin un article dans Dezeen sur un resort aux Maldives qui serait « a true act of sustainability ». Les images qui accompagnent l’article montrent une immense tente posée à l’extrémité d’une presqu’ile très étroite d’où part un long deck en bois sur pilotis bordé d’une cinquantaine de villas spacieuses - en bois également - d’allure plutôt banale. Chacune dispose d’un jardin privé, d’un enclos sur la mer (bleue azur) faisant office de piscine  et d’une terrasse à fleur d’eau. On nous assure que les matériaux sont locaux, que le système constructif est entièrement préfabriqué et démontable, et que tout est recyclable. « A true act of sustainability », nous dit-on !

De qui se moque-t-on ? Est-il « Sustainable » de venir planter 50 villas de luxe dans la mer, pour lesquelles il a fallu créer des fondations et très probablement importer les matériaux de construction ; qu’il va falloir, pour le confort des riches locataires, alimenter tout ce joli monde en energies, en consommables, en nourritures et, accessoirement en essence pour les balades en hors-bords ; et quid des déchets : les touristes viennent y faire une cure de diète ? Je n’oublie pas la conso carbone pour venir passer 1 semaine ici les pieds en éventail (3,5t de dioxyde de carbone pour un AR).

Concernant les déchets, savez-vous qu’il existe aux Maldives une île en grande partie artificielle, Thilafushi, dite « l’île poubelle », située à moins de 7km de Malé, la capitale. Chaque touriste visitant l'archipel - un million annuellement - produit 7,2 kg d'ordures par jour, contre 2,8 kg pour un Maldivien ; Thilafushi croît en conséquence de près de 400m2 d’ordures chaque année !

Par ailleurs, du fait que les touristes « squattent » des terres pour leur jouissance, les Maldiviens sont obligés d’aller s’entasser dans des îles surpeuplées d’immeubles type HLM.

« A true act of sustainability » ?

jeudi 30 novembre 2023

Les mots en vogue


L’un de mes amis historiens m’a adressé récemment un message dans lequel il utilisait le terme « porosité » pour évoquer son intérêt pour des approches transdisciplinnaires.

Je me suis amusé à identifier les mots à la mode dans le champ de l’urbanisme et de l’architecture.

« Porosité » est y effectivement très présent (davantage que « Perméabilité », à consonance plus ingénieur). « Alterité » et « Amenité » sont plus discrets.  On observe quelques «Sérendipité » égarées de-ci, de-là. Les « Délaissés », les « Franges » et les « Friches » restent au top. Les « Commun » se sont maintenant bien installés, comme le « Care » (mieux que « bienveillance »). Le « Faire » est en vogue. Il y a parfois une « Poétique » et la « Matérialité » est fréquente, tout comme la « Générosité »  La « Physicalité », chère à Ricciotti, est confinée dans son domaine réservé. Enfin, je n’ai pas encore observé d’ « Essentialisé » ni de « Consiencialisé », mais je ne désespère pas.


jeudi 19 octobre 2023

Maudit quart de finale !

Depuis 3 jours, je me repasse ce quart de finale dans la tête. On y était, on y a cru et on a le sentiment d'avoir été volé. Dans le stade, certaines décisions nous étaient apparues erronées. On avait quand même été sacrément surpris quand la transformation de Thomas Ramos avait été contrée par Cheslin Kolbe (mais le premier, discipliné, s'était immédiatement replié vers ses camarades sans demander des explications, alors ...) et de voir également tous ces ballons perdus au grattage. Mais il est clair que, même si le geste de Kolbe était légal (ce qui n'a pas pu être prouvé : incroyable !), compte-tenu de son caractère exceptionnel et à ce niveau de la compétition, l'arbitre aurait dû demander la vidéo. Pour ce qui concerne les grattages, les images vidéos ne laissent aucun doute : les Bocks étaient souvent en faute et l'une au moins des pénalités sifflée contre l'équipe de France aurait dû être renversée. Bref, on pourra repasser en boucle ce match, faire tous les décryptages qu'on veut, lire les multiples avis : l'équipe de France a été éliminée de SA coupe du monde et d'une manière litigieuse. On peut raconter que les arbitres ne sont pas infaillibles (j'ai cru lire ça dans un commentaire de Ben O'Keefe, l'arbitre néo-zélandais), il reste que le rugby s'est doté d'un arbitrage vidéo, 250 caméras, un studio avec un matos d'enfer et 2 ou 3 gusses qui sont payés durant 80'pour scruter la moindre image : alors ? Les Bocks ont joué "stratégique" avec leurs coups de pieds entre la chandelle et le dégagement (ça porte un nom mais j'ai oublié de le noter) ; ils ont déployé un jeu très vif, notamment avec leurs arrières et Kolbe nous a fait très mal. Dupont n'était peut-être pas à 100%, mais il a fait le job ; moins flamboyant que ce à quoi il nous avait habitués, mais efficace. Les avants ont fait un très grand match et ont été largement à la hauteur du pack redouté des Bocks, notamment dans les charges et les môles. Chaque équipe a déployé son jeu et elles étaient de force égale. Bon, maintenant on va regarder la suite : Les Blacks contre les Pumas et les Bocks contre le 15 de la Rose. Les pronostics sont largement favorables à une finale Blacks contre Bocks. Et si cette coupe du monde, dans sa dernière ligne droite, nous réservait une surprise inimaginable ? Je dois avouer que ça me plairait bien, même si nous aurions encore davantage de regrets ! Une grande pensée aux joueurs de l'équipe de France qui doivent encore être sous le choc de ce coup de bâton derrière la nuque et terriblement déçus.

mardi 15 août 2023

Écologie et extrême-droite / Édito du Monde d’aujourd’hui

L’écologie, instrumentalisée par l’extrême-droite pour en faire un amplificateur de vote en sa faveur ? C’est le thème de l’éditorial du jour qui souligne que l’extrême-droite est en train avec son slogan « une écologie du bon sens » (thème déjà exploité jadis du temps de Le Pen père ; cf la photo) de mettre dans sa poche tous ceux qui n’ont pas envie d’une écologie qui les conduiraient à changer leur mode de vie (voiture individuelle, alimentation, consommation, énergie, vacances à l’autre bout du monde, …), et qui considèrent qu’on amplifie très fortement le phénomène du réchauffement climatique. 

« L’ecologie du bon sens » défend l’agrarisme (le paysan contre le bobo parisien) et le technosolutionnisme (la technique résoudra les problèmes et haro sur l’écologie de gauche, la punitive).

Sans compter sur le lien fait entre la préservation de la biodiversité et la protection de « races » essentialisées.

Face à ce « greenwashing nationaliste », la gauche ne propose hélas pas grand chose : des conflits d’individus, des réflexions d’intellectuels sans prises sur le vote populaire, des petites phrases dénonciatrices qui enflamment la blogosphère, des alertes répétées qui finissent par lasser, …

Deux choses (en étant très optimiste) pourraient amener à une véritable prise de conscience (c’est à dire avec effets immédiats et consensus) : que s’abatte sur la France une série de catastrophes dont le lien avec le dérèglement climatique ne ferait aucun doute, ou que Macron, dont c’est la dernière année de mandat, mette en marche forcée sa fameuse « planification écologique ». Mais si celle-ci n’est restée aujourd’hui qu’au stade incantatoire, n’est-ce pas parce qu’elle remettrait en cause toutes les bases du macronisme, et plus généralement le capitalisme ?

mardi 10 septembre 2019

Balade dans le Madiran

La région de Madiran qui donne des vins rouges puissants, mais aussi des blancs délicats dont le moelleux Jurançon, est accorte, vallonnée, rurale, ponctuée de belles petites surprises comme l'église romane (XIème) de St Jean Baptiste de Mascaraas avec son portail qui présente de très beaux chapiteaux historiés et à bestiaires fantastiques, une inscriptions énigmatique su la clé de la porte, des motifs floraux originaux sur le tympan et quatre archivoltes alternant des motifs géométriques et floraux délicats. L'intérieur de style baroque-naïf est peint de couleurs vives (la voûte de la nef est magnifique) et abrite plusieurs statues pleines de charmes, à la fois modestes et très expressives dans leurs factures. Des vitraux composés d'un assemblage régulier  de carrés et de rectangles aux couleurs vives rappellent peut-être l'appareillage des murs composé de pierres alliant le rouge, le sable clair et le brun.



L'église de Madiran elle-même, dans un tout autre style, résolument roman, donne à voir un chœur aux chapiteaux remarquables, une crypte rappelant celle de San Zaccharia à Venise (sans l'eau et en plus rustique) et une tour puissante, vestige probable d'une enceinte médiévale et partie du prieuré tout proche.


Deux visites de propriétés parmi les plus recommandées (et recommandables), Château Viella et Château Bouscassé qui conjuguent chacune le calme, le luxe et la volupté à leur manière et dans lesquels nous avons reçu un accueil très sympathique, nous ont allégés de quelques centaines d'euros mais enrichis de plusieurs dizaines de bouteilles ; à oublier pour certaines quelques années (aurons-nous cette patience ?).



Sur la route nous avons croisé un poilu encadré par quatre obus désormais inoffensifs, peints dans un bleu azur pacifique (de quoi faire oublier les presque 20 millions de morts de la "Grande guerre" ?).





jeudi 29 août 2019

L'été n'est pas fini : on recycle encore !

mercredi 11 février 2009


L'acte fondamental d'interrogation


Retrouvé dans mes carnets, cet extrait d'un article de Julia Kristeva dans "Le Monde" d'il y a 2 ans. Parlant des filières d'enseignement en lettres et sciences humaines, l'auteur écrivait :
"Au-delà des quelques "postes dans l'enseignement", les métiers de la communication, de l'édition, des médias, de l'image, des ressources humaines, de la culture, de la solidarité, etc., requièrent l'apprentissage des modalités de pensée qui diffèrent de la pensée-calcul. Notre vocation, indispensable à la vie de la civilisation, est d'ouvrir les portes à ce que l'esprit humain a de plus précieux, énigmatique et fragile : la pensée innovante, qui trouve sa source dans l'acte de pensée lui-même - acte préproductif, hasardeux, voire improductif par définition, acte fondamental d'interrogation."

mercredi 21 août 2019

On recycle encore (ou presque) ! Mort de François Caradec

Le 18 novembre 2018 - autant dire à la naissance du monde - je publiais sur mon blog tout neuf un texte court qui m'avait été suggéré par la rubrique nécrologique du Monde qui constitue un repère de curieux d'autant plus fréquenté que ces mêmes curieux avancent en âge ; allez savoir pourquoi ...
Résultat de recherche d'images pour "françois caradec écrivain"Ce n'est évidemment pas mon cas ... et cette station, dans ma déambulation jadis quotidienne du célèbre journal, procédait davantage de cette manie que j'avais à l'époque où j'était encore lecteur de l'exemplaire papier, d'engager ma lecture par la 4ème de couverture et de remonter vers les pages du devant qui m'ont souvent paru plus ennuyeuses que celle de la fin (qui pour moi étaient celles du début, vous l'aviez compris), comme dans une classe il est souvent plus amusant de fréquenter les figures des bancs du fond que celles des premiers rangs. Et donc, probablement, afin de ne pas démoraliser davantage ses lecteurs, Le Monde a choisi d'inscrire cette rubrique des remarquables disparus plutôt proche des sudukus, des mots croisés et du programme télé, lesquels sont placés là aux confins du quotidien (toujours cette question de bancs d'école et de divertissement).
Bref, ce mardi 18 novembre 2018, je me suis arrêté sur la nécro de Monsieur François Caradec et voilà ce que j'avais commis (et puis ça me fait plaisir de reparler de cet inconnu, amoureux de la lecture et du bon vin ; un peu comme cet écrivain, Pierre Bayard, qui s'amuse à écrire des livres sur des romans qu'il n'a pas lus ou sur des lieux où il n'est pas allé) :

mardi 18 novembre 2008


Mort de François Caradec

François Caradec était un monsieur que je ne connaissais pas avant que son visage renfrogné, armé d'une moustache blanche parfaitement taillée, au traits burinés par la vieillesse - et sans doute la fréquentation assidue des troquets dont il avait produit une géographie en 1986 -, m'apparaisse à la rubrique "disparitions du Monde" ce 18 novembre 2008.
Il avait dit dans un entretien en 2001 : "Je n'ai fait qu'une seule chose dans la vie, c'est lire : il n'y a pour moi qu'une réalité dans la vie, elle est dans les livres. J'ai réussi la seule chose qui me plaisait dans la vie."



lundi 19 août 2019

C'est l'été : on recycle (3) Parution le 27 aout 2009

L'oeil aiguisé du vacancier (chapitre 3)

"Flower power". Hommage d'une marchande de fruits et légumes du marché de Francfort ; au choix :
- 40ème anniversaire de Woodstock ?
- clin d'oeil à Andy Warrol ?

samedi 17 août 2019

C'est l'été, alors on recycle encore !

L'oeil aiguisé du vacancier (Chapitre 2)


Ce n'est pas parce qu'on est en vacances qu'il faut abandonner toute sensibilité à l'endroit de la poésie ! Ce poème, court et délicat (un Haïku ou un aïe y cul ?), figure à l'entrée d'un marais salant, sur un petit chemin en marge de la piste cyclable, entre le Martrais et Ars-en-Ré, sur l'Ile de Ré (à vos GPS !).
Au-delà de la fulgurance poétique qui sublime ce modeste panneau de bois en contreplaqué (il y a un décalage énorme et fascinant entre la force du message et la simplicité du support), la problématique grammaticale jaillit littéralement de l'oeuvre : voyez cette mise en perspective (que dis-je ? une mise en abîme !) de l'impératif final qui est amené après 2 infinitifs d'une violence irréfutable* ; observez le jeu de la faute d'orthographe au verbe "foutre" qui en révèle toute l'iconoclastie.
Admirez enfin l'ironie subversive de la politesse conclusive qui parachève cette altercation muette et qui claque véritablement comme un 11ème commandement sur une table de la loi d'une modernité absolue.
Et que dire de ce point d'exclamation d'une calligraphie délicate qui s'invite au coeur du processus, balayant d'un trait et d'un point toutes les conventions ?
Et ce contraste entre l'ultra-noir des signes typographiques et le blanc absolu du support ?
Je prétends que nous tenons là une oeuvre préfiguratrice d'un mouvement artistique majeur qui va marquer de son empreinte organique ce 21ème siècle.
Mouvement que j'ai déjà eu l'occasion de repérer dans les toilettes du Lieu Unique à Nantes (Cf photo ci-dessous).

* les agrégés de Lettres Modernes me corrigeront éventuellement

dimanche 17 février 2019

Merci Bruno !



Un texte très court que l'un de mes amis m'a transmis pour mon petit-déjeuner ... Il est de Philippe Val, ex Charlie-Hebdo, ex France-Inter.

"Popaul entrait comme une bombe dans la vie des gens. La plupart du temps , la rencontre était sans lendemain.
Il séduisait trop pour être fidèle. Il ne gardait dans ses filets que ce qu’il jugeait le meilleur . C’est-à-dire , pour résumer les artistes.
Pas forcément ceux qui faisaient profession d’être artistes- il était revenu de beaucoup de ceux-ci -, mais ceux qui avaient une relation d’artiste avec la réalité. C’est à dire ceux qui, par leur comportement , leur conversation, leurs idées et leurs actes ajoutaient à la réalité quelque chose qui en changeait la nature et la perception. Ceux qui, plutôt que noter ce qu’il faut penser des choses , préfèrent noter la nature des choses. L’étonné, plutôt que le juge. Le curieux, plutôt que l’ordonnateur. Celui qui face à la forme singulière de la réalité, avait une réaction personnelle , ni morale, ni idéologique , mais sensible."

lundi 1 janvier 2018

Journal de Bord 1er janvier 2018

Étonnement de constater que parmi mes amis la plupart veulent ignorer la connivence du Président de la République et d'un animateur de télévision vulgaire, ou la minimiser au prétexte que : 1) on ne sait même pas qui est cet individu et il ne nous intéresse pas 2) c'est peut-être un montage et une "fake-news" 3) il y a des choses plus graves que ça.
On peut toujours trouver plus grave : toute époque, y compris la nôtre, dispose en magasin, en temps réel, de tout un tas d'accessoires dramatiques. Non, ce qui interroge, c'est cette lente dégringolade calculée vers une nouvelle forme de populisme qui veut se distinguer de celle du "petit peuple" mais qui n'en reste pas moins une stratégie de la flatterie. Elle est conduite simultanément avec une volonté de dénigrer les journalistes (je les distingue des animateurs) "qui ne s'intéressent qu'à la communication et  non aux Français". Elle est portée par une communication et des discours surfant sur l'empathie ou l'humanisme, et une action au quotidien qui les contredit (les sans-abris, la politique migratoire, la politique sociale en entreprise, etc.) au prétexte de l'incontournable pragmatisme, avec l'argument de la démocratie (à la seule réserve près que M. Macron a été élu par seulement 43,6% des inscrits, sachant que l'abstention a connu un record (25,44%), et que 16% seulement de ses électeurs disent avoir voté pour son programme !).

mercredi 12 avril 2017

Génèse


C'est assez drôle de se retourner vers son passé, même s'il n'a que quelques années ; ici un peu plus de 8 ans.
Donc, je m'étais interrogé à l'origine de ce blog sur ce que j'allais en faire et s'il allait vivre, et comment ? Il fallait bien commencer et je n'avais pas vraiment d'inspiration ! Depuis, j'ai compris que ce qui m'intéressait principalement était de commettre des recensions, d'écrire sur le thème de l'architecture et de m'essayer à des traductions de chansons de Cohen. J'y colle quelques photos et je fais la collection de "phrases du jour". Je consulte périodiquement - mais sans acharnement - les "statistiques" pour constater qu'en vitesse de croisière une bonne centaine de regardeurs s'égarent ici. Avec une bonne surprise récente : ce sont les irlandais qui constituent mon meilleur "fan-club".
Ce soir, je fais du réchauffé : je sers le texte "Génèse", pierre fondatrice d'Everybody Knows.

16 Novembre 2008
A l'instant de créer ce blog, je me suis demandé : "mais que vais-je bien pouvoir inscrire comme premier message ?" Alors, assez naturellement, l m'est venu l'idée de saisir une Bible et de recopier un des passages de la Génèse qui m'apparaîtrait comme particulièrement adapté à cet instant. Et ce fut donc celui où Eve, en mangeant un fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, créé en quelque sorte la "vraie" humanité. C'est un hommage à la Femme. C'est aussi une distance par rapport au Dieu de la Bible. Je me suis arrêté avant que Dieu chasse Adam et Eve du Paradis terrestre afin de rester (et de commencer) sur une utopie.
"Or le serpent était le plus fin de tous les animaux des champs que l'Eternel Dieu avait faits ; et il dit à la femme : Quoi ! Dieu aurait-il dit : Vous ne mangerez point de tout arbre du jardin ?Et la femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez point, et vous ne le toucherez point, de peur que vous ne mouriez.Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez nullement ;Mais Dieu sait qu'au jour que vous en mangerez, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme les dieux, connaissant le bien et le mal.La femme donc voyant que le fruit de l'arbre était bon à manger, et qu'il était agréable à la vue, et que cet arbre était désirable pour donner de la science, en prit du fruit et en mangea, et en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea."

dimanche 26 février 2017

"Je hais l'indifférence" d'Antonio Gramsci


Extrait du livre "Je hais l'indifférence" d'Antonio Gramsci (1891-1937), philosophe et homme politique italien qui n'a pas survécu à l'emprisonnement de Mussolini. Écrit il y a tout juste 100 ans, ca n'a pas pris trop de rides ! A méditer peut-être en ces temps d'indifférence à la démocratie et d'a-responsabilité. Bon, c'est un peu long peut-être, mais ...


"Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.
L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousia
smes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque.
(...)
La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est pas autre chose justement que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent dans l’ombre, quelques mains, qu’aucun contrôle ne surveille, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Les destins d’une époque sont manipulés selon des visions étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse des hommes ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Mais les faits qui ont mûri débouchent sur quelque chose; mais la toile tissée dans l’ombre arrive à son accomplissement: et alors il semble que ce soit la fatalité qui emporte tous et tout sur son passage, il semble que l’histoire ne soit rien d’autre qu’un énorme phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre dont nous tous serions les victimes, celui qui l’a voulu et celui qui ne l’a pas voulu, celui qui savait et celui qui ne le savait pas, qui avait agi et celui qui était indifférent. Et ce dernier se met en colère, il voudrait se soustraire aux conséquences, il voudrait qu’il apparaisse clairement qu’il n’a pas voulu lui, qu’il n’est pas responsable. Certains pleurnichent pitoyablement, d’autres jurent avec obscénité, mais personne ou presque ne se demande: et si j’avais fait moi aussi mon devoir, si j’avais essayé de faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il arrivé ce qui est arrivé? Mais personne ou presque ne se sent coupable de son indifférence, de son scepticisme, de ne pas avoir donné ses bras et son activité à ces groupes de citoyens qui, précisément pour éviter un tel mal, combattaient, et se proposaient de procurer un tel bien. (...)

samedi 11 février 2017

Le Facteur, film de Michael Radford

A voir, revoir. Quel film ! Une émotion rare ! L'histoire d'une rencontre improbable et merveilleuse, dans les années 50, sur une petite île italienne au large de Naples où le temps semble s'être arrêté depuis des siècles, où la seule activité est la pêche subie comme une inexorable corvée journalière, une rencontre qui se transforme en une amitié indéfectible entre un facteur occasionnel qui sait tout juste lire, Mario, et le grand poète Pablo Neruda, en exil sur ce caillou aux falaises vertigineuses, encerclé par la mer. 
C'est la poésie qui va rapprocher les deux hommes que tout sépare au premier abord, mais c'est elle aussi qui servira d'entremetteuse pour que le timide Mario conquiert le cœur de la très belle Béatrice. Cette poésie qui déclenchait à l'époque des mouvements d'enthousiasme extraordinaires ; et pas seulement dans des milieux privilégiés - le film montre que même les plus humbles avaient un respect immense pour ce qu'elle représentait. Et de Pablo ou Mario, qui était finalement le plus grand des poètes ?
Et si la poésie était l'arme fatale contre le désenchantement actuel du monde ? Si elle était ce parfum d'utopie qui nous manque si cruellement ?
On peut s'interroger sur sa désaffection aujourd'hui. N'a-t-elle pas emprunté des chemins de l'écriture trop escarpés, des itinéraires où, faute d'entrainement et de matériel sophistiqué, les tentatives pour s'y aventurer sont voués à l'échec ?
Et pourtant, il y a peut-être urgence à réconcilier la poésie et l'humanité !
On peut se réjouir que quelques appels, de-ci, de-là, se fassent entendre en faveur de l'introduction dans nos vies de davantage de ces choses qui ne rapportent matériellement rien, mais spirituellement tant ! L'art, la culture, le sacré pour reprendre les thèmes du dernier ouvrage de Roland Gori "Un monde sans esprit".