Le personnage principal est-il Paola, cette photographe de talent et d’une très grande exigence que le narrateur croise par hasard au retour de l’une de ses expéditions photographiques, et dont il tombe éperdument amoureux ? Ou bien est-ce la « Réserve », ce sanctuaire de la vie sauvage situé « de l’autre côté du lac » dont l’accès est interdit, qui attire le regard - et davantage - comme une sorte d’aimant ?
Paola n’a plus donné signe de vie alors qu’elle est remontée seule durant l’hiver, dans une cabane au bord d’un lac ; un lieu qu’elle avait déjà fréquenté lors d’une expédition précédente en compagnie d’un groupe d’archéologues.
Ne reste d’elle qu’une douzaine de plaques photographiques en verre et un carnet dans lequel elle décrit avec précision sa vie dans la cabane, et ses sorties pour tenter de saisir « la » photo de ce paysage qui la fascine ; ce sont les seules pièces récupérées dans la cabane et que le narrateur a pu consulter. De Paola, il dispose encore de témoignages recueillis auprès de quelques proches et de deux ou trois sms échangés avec elle avant son départ.
Avec cette matière, complétée par plusieurs expéditions sur les lieux de la disparition, le narrateur va recomposer dans le détail la vie de Paola et imaginer sa quête.
Le récit alterne entre une description minutieuse d’actes ordinaires du quotidien, et l’évocation de l’attirance chargée de mystères de Paola pour les éléments naturels avec lesquels elle noue, progressivement, une relation partagée entre l’admiration et la peur. Au fil des pages, par petites touche, l’auteur, entretient un suspens qui amplifie la tension du récit.
Le lac, les massifs montagneux qui le surplombent - mais davantage encore la Réserve - apparaissent comme des êtres vivants, tout à tour complices et inquiétants. La Réserve semble hostile à toute intrusion humaine. Un « performeur » voulant l’atteindre fait une chute mortelle. Une géologue, alpiniste et militante irlandaise qui a créé la Réserve, a disparu dans le massif, quelques années plutôt. Jusqu’à un drone de repérage dont on perd le contrôle.
Quel sera - quel a été - le destin de Paola ? Mystère, à moins qu’on ne l’invente…
Figurant dans la dernière sélection des Goncourt, « De l’autre côté du lac » est un autre concurrent sérieux pour le prix. Il ferait un excellent lauréat : originalité du thème, justesse de l’écriture, qualite du récit. Tout y est.






























