mercredi 27 février 2013

Il y a dans l'air vrai

La neige a bâillonné la nature,
L'engonçant dans un uniforme pacifiste
Dont les plis aléatoires ruissellent
De torrents distraits.

Un trait de fumée fantôme
Se volute avec maladresse
Sur la toile rêche de l'horizon.

Sous le soleil gris
Il y a dans l'air vrai
Un dialogue froid et métallique
Entre les détonations du fusil
Et l'aboiement rauque et servile du chien.

JN Spuarte Poème inachevé No 19

Escapade cartésienne

Champs sur Marne, Cité Descartes. Des vestiges de neige oubliés sur les talus herbeux. Des voitures débordant des parkings. Quelques étudiants pressés. Des bâtiments aux architectures éclectiques. D'abord les dinosaures : l'ESIEE de Dominique Perrault qui décline avec application la métaphore électronique et la Fonction Oblique, l'ex centre de formation de Bull de Gérard Bonnier reconverti à la cause universitaire, l'Ecole des Ponts de Chaix et Morel qui joue désormais sur une ambiguïté temporelle (années 70 ou années 90 ?) et les édifices de Jourda et Perraudin qui déclinent (très probablement) la théorie environnementale, jusqu'au bout du béton pour l'un, et du panneau de verre pour l'autre. Et puis il y a les constructions plus récentes qui méritent d'être moins brefs.
A un jet de pierre de l'ENPC, la bibliothèque universitaire de Beckmann N'Thépé, telle une épaisse barre de chocolat noir portée au-dessus du sol, ne peut pas passer inaperçue (sauf pour les aveugles... bien entendu). Soumis au diktat contemporain du porte-à-faux, et dotée d'immenses fenêtres dont le verre est serti par des griffes comme inspirées de l'orfèvrerie, la bâtiment prend ses marques sans timidité. Deux cabanes grillagées et surdimensionnées eu égard leur fonction d'abri à vélos, encadrent l'entrée principale. Un soubassement partiel en inox poli miroir (matériau décidément très tendance) se déploie en rez-de-chaussée. Un aménagement paysager bucolique (roseaux, ruisseau, pont de pierre) vient compléter la visite des extérieurs. On reviendra un autre jour pour les espaces intérieurs.
Face à ce monument de chocolat (couleur fétiche du tandem d'architectes), s'affiche sans complexe Descartes +, de l'architecte Thierry Roche, bâtiment dont on a vanté les mérites énergétiques. Le parti est ici tout autant démonstratif que chez ses confrères chocolatiers, mais dans un vocabulaire plus souple, curviligne et aérien, qui évoque une de ces figures de contorsionniste du grand cirque de Pékin. Ici sol, murs et plancher réfutent la traditionnelle tectonique architecturale.
L'espace Bienvenüe de Jean-Philippe Pargade, qu'il aime à qualifier de "bâtiment-paysage", est en voie d'achèvement, même si quelques troupes impatientes ont déjà installé leurs pénates dans ses espaces. Deux concepts se tutoient. Un premier bâtiment un peu sévère, de 200 m de long, dont l'une des deux grandes façades (la sud) est équipée d'élytres noires, en quantité suffisante pour dissuader les rayons du soleil de s'immiscer sur les paillasses, ou de pervertir le bilan thermique. L'autre façade principale, placée au nord, revendique une certaine efficacité économique. Une deuxième construction, parallèle au premier bâtiment, composée de trois grands bolducs de béton formant vagues, végétalisées sur le dessus et brutes de béton en sous-face, abritera des espaces supports, des laboratoires et le saint des saints de ces derniers : le laboratoire d'essai des structures, ajusté au dixième de millimètres ; une tolérance aéronautique dans un univers de bétonneur ! Il faudra attendre encore quelques mois avant  de découvrir toute la subtilité de ce bâtiment qui veut tenter de redonner une logique urbaine à ce "cluster" décousu, et inviter ses occupants au dialogue "savant, correct et magnifique" avec la matière.
  

lundi 25 février 2013

Searching for Sugar Man : lauréat des Oscars !


Sugar ManOn vous l'avait dit : attention, film exceptionnel ! Searching for Sugar Man a remporté la palme aux Oscars dans la série Documentaire ! 
Et si vous lisiez plus souvent "Everybody Knows" ?

 Allez, on vous aide ! Tapper sur :

http://lci.tf1.fr/cinema/news/oscars-2013-le-documentaire-sugar-man-recompense-7850903.html

"Sugar Man", le formidable documentaire à la recherche de Sixto Rodriguez, a glané l'Oscar du meilleur film documentaire lors de la 85e cérémonie. Retour sur un film désormais culte.
Dans "Sugar Man", sortie en salles le 26 décembre dernier, Malik Bendjelloul retrace le parcours hors-norme de Sixto Rodriguez, star déchue de la Motown, icône du mouvement contre l'Apartheid en Afrique du Sud.
Au début des années 70, Sixto Rodriguez enregistre deux albums sur un label de Motown. C'est un échec, à tel point qu'on raconte qu'il se serait suicidé sur scène. Plus personne n'entendit parler de Rodriguez. Sauf en Afrique du Sud où, sans qu'il le sache, son disque devint un symbole de la lutte contre l'Apartheid. Des années plus tard, deux fans du Cap partent à la recherche de "Sugar Man". Ce qu'ils découvrent est une histoire faite de surprises, d'émotions et d'inspiration.
Vous connaissez sa musique, moins sa "drôle de vie"
Le suédois Malik Bendjelloul raconte une histoire qu'il aurait fallu inventer si elle n'existait pas. En l'occurrence, celle de Sixto Rodriguez, chanteur folk de Détroit, auteur de deux albums au début des années 70. Un génie maudit au parcours singulier qui a semé le mystère en se retirant de la scène musicale, avant de devenir sans le savoir une icône du mouvement contre l'Apartheid en Afrique du Sud et d'être accueilli comme un Dieu lors d'une tournée là-bas à la fin des années 1990. Ce documentaire, aux allures de "documenteur" façon "F For Fake", d'Orson Welles et "Forgotten Silver", de Peter Jackson, construit comme une enquête policière avec l'inévitable retournement de situation en milieu de parcours, est clairement divisé en deux parties : la première nourrie de fantasmes et axée sur le mystère Sixto Rodriguez, la seconde sur la renaissance dans tous les sens du terme de cet émule de Bob Dylan, passé pour mort.
Malik Bendjelloul, attentif aux interventions et jamais dans le didactisme, respecte à fond l'œuvre d'un artiste humble, discret et sensible, comme la mélancolie et la poésie industrielle inhérentes au folk. Au prime abord, on pourrait penser à une succession d'actes manqués et à un gâchis artistique considérable (et si Sixto Rodriguez avait signé d'autres albums ?). Mais la beauté de "Sugar Man", sa classe aussi, c'est précisément de distinguer l'homme de la légende, la réalité du mythe. De suggérer, rien que par la force des images voire de l'animation, qu'en ne connaissant pas les joies et les revers de la célébrité et en échappant aux producteurs ayant empoché le pactole à sa place, Sixto Rodriguez n'a rien manqué. Tout simplement parce qu'il avait l'essentiel (une famille aimante dans une petite maison du Michigan), qu'il est devenu un héros pour ses filles, qu'il a eu plusieursvies en une seule (il s'est notamment présenté aux élections municipales) et que finalement il n'est pas passé à côté de la sienne.

"Sugar Man", le formidable documentaire à la recherche de Sixto Rodriguez, a glané l'Oscar du meilleur film documentaire lors de la 85e cérémonie. Retour sur un film désormais culte.
Dans "Sugar Man", sortie en salles le 26 décembre dernier, Malik Bendjelloul retrace le parcours hors-norme de Sixto Rodriguez, star déchue de la Motown, icône du mouvement contre l'Apartheid en Afrique du Sud.
Au début des années 70, Sixto Rodriguez enregistre deux albums sur un label de Motown. C'est un échec, à tel point qu'on raconte qu'il se serait suicidé sur scène. Plus personne n'entendit parler de Rodriguez. Sauf en Afrique du Sud où, sans qu'il le sache, son disque devint un symbole de la lutte contre l'Apartheid. Des années plus tard, deux fans du Cap partent à la recherche de "Sugar Man". Ce qu'ils découvrent est une histoire faite de surprises, d'émotions et d'inspiration.
Vous connaissez sa musique, moins sa "drôle de vie"
Le suédois Malik Bendjelloul raconte une histoire qu'il aurait fallu inventer si elle n'existait pas. En l'occurrence, celle de Sixto Rodriguez, chanteur folk de Détroit, auteur de deux albums au début des années 70. Un génie maudit au parcours singulier qui a semé le mystère en se retirant de la scène musicale, avant de devenir sans le savoir une icône du mouvement contre l'Apartheid en Afrique du Sud et d'être accueilli comme un Dieu lors d'une tournée là-bas à la fin des années 1990. Ce documentaire, aux allures de "documenteur" façon "F For Fake", d'Orson Welles et "Forgotten Silver", de Peter Jackson, construit comme une enquête policière avec l'inévitable retournement de situation en milieu de parcours, est clairement divisé en deux parties : la première nourrie de fantasmes et axée sur le mystère Sixto Rodriguez, la seconde sur la renaissance dans tous les sens du terme de cet émule de Bob Dylan, passé pour mort.
Malik Bendjelloul, attentif aux interventions et jamais dans le didactisme, respecte à fond l'œuvre d'un artiste humble, discret et sensible, comme la mélancolie et la poésie industrielle inhérentes au folk. Au prime abord, on pourrait penser à une succession d'actes manqués et à un gâchis artistique considérable (et si Sixto Rodriguez avait signé d'autres albums ?). Mais la beauté de "Sugar Man", sa classe aussi, c'est précisément de distinguer l'homme de la légende, la réalité du mythe. De suggérer, rien que par la force des images voire de l'animation, qu'en ne connaissant pas les joies et les revers de la célébrité et en échappant aux producteurs ayant empoché le pactole à sa place, Sixto Rodriguez n'a rien manqué. Tout simplement parce qu'il avait l'essentiel (une famille aimante dans une petite maison du Michigan), qu'il est devenu un héros pour ses filles, qu'il a eu plusieursvies en une seule (il s'est notamment présenté aux élections municipales) et que finalement il n'est pas passé à côté de la sienne.

dimanche 24 février 2013

Blow of wind in London



Le nouveau bâtiment de la banque Rothschild dans la City, signée Rem Koolhaas, est une petite merveille d'architecture contemporaine qui évacue (définitivement ?) l'idée trop répandue qu'en dehors du paraboloïde hyperbolique déconstruit et sensuel, il n'y a pas d'avenir à l'architecture. Le regardeur averti (ou celui qu'on avertira) ne manquera pas d'identifier les références miessiennes multiples et détournées : travertin placé au plafond, composition à angles droits, cadrage des espaces, ... Le hall mériterait à lui-seul un examen minutieux. Rien n'est laissé au hasard et tout semble simple.

La tour Shard s'inscrit dans un tout autre registre mais partage avec le bâtiment précédent une qualité : la très grande maîtrise de l'espace et de sa construction. Désormais plus haute tour d'Europe avec ses 310 m au sommet de l'antenne, elle a été conçue par RPBW, l'agence de Renzo Piano. La signature est évidente : vérité du système constructif sans verser dans l'esthétisation du corpus high tech. La nuit, sa silhouette évoque un édifice de Gotham City, et on s'attend à y voir surgir l'ombre de Batman prête à plonger au cœur de la ville. Baptisée "Shard" (l'éclat ou l'esquille- de verre) elle évoque la dureté (métaphore du monde financier qu'elle domine ?). Elle est à l'opposé total d'une tour comme l'Aqua Tower de Chicago.

Le nouvel hôtel 5 étoiles de la chaîne Marriott qui se loge dans la gare St Pancras mérite le détour (si ce n'est le séjour). Ici, le néo gothique et l'architecture métallique du 19ème sont à l'honneur. Il faut y admirer les peintures au pochoir sur les murs, les hauteurs sous plafond déraisonnables, les sols alternant le bois, la pierre et la mosaïque, les escaliers en bois et ferronneries à l'air tout à fait martial.  La restauration de ces anciens bureaux d'employés de la SNCF locale a été conduite de manière remarquable.

mardi 19 février 2013



Une buche en équilibre sur la braise.
Des voix confidentes qui fuient le temps
Et ces deux coupes dessechées
Au parfum de champagne.
Un baiser sur le cristal
Et le reflet indolent de la flamme
Comme un voile sur l'objet de sable.
Une odeur de paix
Et d'autres ombres intimes
Lèchent les murs de touches molles
Tout est pretexte à la mesure.
Une buche en équilibre sur la braise
Ce soir, a trompé la mort.
Une fourmi minuscule
Echappe à son destin.

JN Spuarte Poeme 31


lundi 18 février 2013

Debout une fois encore demain ?

Le chat paresse avec élégance.
Ailleurs, la nuit froide fige le mystère
De l'homme couché sur sa grille viciée
Le long des berges sales ;
Visible mais invisible.

Debout une fois encore demain ?

Ivre de solitude, les pieds souillés
Des reliefs volés à vos poubelles,
Trop près du vacarme imbécile
Du trafic des hommes parfumés,
Abrutis de macadam et du temps.

Debout une fois encore demain ?

L'épaule pressée contre la pierre
Humide et seule confidente,
Silhouette oublié des miroirs,
Le regard orphelin définitif
Sans aucune mer où sombrer.

Debout une fois encore demain ?

Je t'imagine le corps pressé,
Refermé sur l'absence,
Reniflant le poison des échappements
Sans pouvoir toi-même t'échapper,
En sursis sur ton refuge d'acier.

Debout une fois encore demain ?

Le chat paresse avec élègance.
Ici peut-être ailleurs, ne crois-tu pas ?

JN Spuarte Poème N°3




Un texte un jour

Voila une petite appli pour IPhone qui risque de vous rendre plus intelligent chaque jour ! Par les temps qui courent, c'est un vrai luxe !
Tous les matins, plutôt que d'écouter la pub débile des radios périphériques, ou les conseils foireux d'une radio de boursicoteurs, vous tapez :

Et hop, un petit bouillon de culture matinal ! Et si vous êtes d'un tempérament joueur : il y a le Quizz ! Pas facile le Quizz ! Vous avez dit Quizz ? Comme c'est Quizz !

dimanche 10 février 2013

Searching For Sugar Man

Si vous n'avez pas encore vu ce film, il faut vous précipiter dans l'une des rares salles qui l'accueillent encore (2 à 3 salles sur Paris). C'est un chef d'oeuvre, tant sur le fond (une histoire extraordinaire) que sur la forme (très belles images du Cap, de Détroit, montage remarquable et les Chansons... à faire pâlir de jalousie Bob Dylan !). Au tout début des années 70 un ouvrier de Détroit d'origine mexicaine, Sixto Diaz Rodriguez, enregistre deux disques. C'est un flop absolu aux USA. Par un hasard invraisemblable, l'un des disques, "Cold Fact", atterrit en Afrique du Sud et devient le symbole de la révolution anti-apartheid. Rodriguez devient une idole pour toute une génération de jeunes qui ne supporte plus de vivre sous le joug de la dictature raciste de Peter Botha. Les familles libérales blanches du Cap possèdent toutes à cette époque au moins trois disques : Abbey Road des Beatles, The Sound of Silence de Simon and Gardfunkel, et Cold Fact de Rodriguez ! Il est là-bas plus célèbre que les Stones et Elvis Presley ; et en même temps, il est totalement inconnu aux USA (on ne parle pas de l'Europe !). Et puis on perd totalement la trace de Rodriguez dans les années 80. La rumeur prétend qu'il s'est suicidé en se tirant une balle dans la tête lors d'un concert, ou qu'il s'est immolé, également sur scène. C'est l'acharnement d'un fan et celui d'un critique musical sud-africains qui vont permettre de le retrouver, près de 30 ans après ses premiers enregistrements. Il est à toujours à Détroit, vit dans une maison presque en ruine, il est ouvrier dans le bâtiment, spécialisé dans la démolition et la rénovation, et personne ne sait autour de lui qui il est vraiment. Il ignore de son côté totalement le succès fabuleux qu'il a en Afrique du Sud ! A la fin du film, son employeur le compare à un vers à soie capable de détenir un secret et d'en révéler un jour la beauté ; celle de l'âme humaine. Rare, émouvant et magnifique !
Merci à TF qui m' a fait découvrir ce film (il me connait bien le bougre !), et qui se reconnaitra s'il parvient jusqu'ici...


samedi 2 février 2013

Ingénieurs et mathématiciens au service de l'art

Dans son billet du supplément hebdomadaire "science & techno" du journal "Le Monde", Cédric Villani (médaille Fields) évoque "l'importance du triptyque mathématiques-physique-informatique dans le cinéma actuel", et rend hommage à des mathématiciens comme Euler ou d'Alembert, et d'autres plus proches de nous, grace aux travaux desquels les derniers héros des studios Pixar "ont des expressions bien plus mobiles que ce que les nerfs faciaux humains peuvent réaliser" ; et tout cela par "l'analyse des équations aux dérivées partielles, la géométrie constructive, les estimations probabilistes, l'algèbre linéaire", combinés à la puissance informatique. Cédric Villani de conclure, après un clin d'oeil à Léo Ferré et sa "mathématique bleue", en indiquant que toutes ces subtilités techniques échappent au spectateur : "dans ce domaine (le cinéma) la technologie ne doit pas se faire remarquer, mais juste fournir l'écrin où l'art des scénaristes et metteurs en scène pourra s'épanouir." Vous remplacez technologie par ingénierie, cinéma par architecture et enfin, scénaristes et metteurs en scène par architectes, et ça marche aussi !

Quoi ? Le bonheur

 Quoi ? Un ciel d'encre perlé d'étoiles.
Schubert qui flotte sur l'herbe fraichement décapitée.
Un seringua qui sent l'oranger, la jeune mariée et l'espoir.
Le tutoiement familier du vent dans les arbres.
Le babille de cristal des oiseaux.
Les feuilles argentées des tilleuls qui vibrent sous la lumière.
Les ombres blanches des bouleaux.
Le mur de pierres sèches, immuable.
La flamme qui séduit comme une danseuse de flamenco.
Soudain il neige un duvet du saule.
Quoi ? Le bonheur !

Poème No 43 JN Spuarte

mardi 22 janvier 2013

Anima de Wajdi Mouawad



On referme "Anima" de Wajdi Mouawab, troublé par ce long roman, écrit dans une langue riche, poétique, ensorceleuse, qui vous entraine à la poursuite d'un serial killer particulièrement épouvantable, du Canada des réserves indiennes à l’Amérique profonde, aux cotés de Wahhch Debch, un homme dont la femme a été cruellement assassinée par ce monstre. 
Mais "Anima" c'est encore autre chose, puisque le récit est vu au travers des yeux  - ou des sens - d'animaux croisés dans cette chasse à l'homme. Tout un bestiaire du continent nord-américain y passe, et la mise en perspective de l'histoire par le biais d'une multitude de perceptions animales est à la fois insolite et intéressante.
Mais "Anima", c'est encore plus : un mystère terrible que l'on sent sourdre lentement, dont certains éléments apparaissent par touches énigmatiques, au fil des pages,  jusqu'au dénouement cauchemardesque. 
Faut-il ajouter qu'"Anima" c'est aussi un regard sur l'homme, cette espèce capable du meilleur comme du pire (et Wajdi Mouawad est capable lui aussi d’écrire des phrases porteuses d'une infinie tendresse, comme d'autres d'une insoutenable cruauté) ?
Livre déroutant, qui développe une impression étonnante de vulnérabilité et de puissance. Livre magnifique, à ne pas forcément recommander aux âmes sensibles. 
Wajdi Mouawad sera présent à la Librairie de l'Escalier, 12, rue Monsieur Le Prince, Paris 6ème, le vendredi 1er février à 19H00 pour une rencontre.


dimanche 20 janvier 2013

Le deuil

JN Spuart, poète (1924-1968) a publié un recueil de 77 poèmes. Extrait. Poème N°18

La pluie étincelle le macadam.

Sous  les toits de la ville
Une  vie en fuite de drames
S'échappe, volutes fébriles,
Dont un vent mauvais se moque.

Le ciel gorgé de vide,
Bavard d'un indicible soliloque,
Sur le convoi humide
Pèse de son malheur.

Une vie épuisée de vivre
A renoncé à sa douleur.
Effacer des pages du Livre,
La fortune dérisoire des habitudes
Que le temps pare de certitudes.

lundi 14 janvier 2013

Sens cachés

La bougie parfumée est éteinte.
Sur le bois calme de la table,
Un livre pressent l'étreinte
D'une main chaude, seule capable,
De délivrer le sens
Des sens cachés
Oh meurtres ! Oh innocences !
Tout serait-il désormais consommé ?

Poème N°6 JN Spuart

mardi 8 janvier 2013

Ivresse

Il se résigne aux tâches sombres de ses mains
Quand le miroir lui rabâche un infini matin.
Il ne parvient pas à s'épargner des rêves la folie
Et la nuit l'embarque traquer l'oubli.
Il est un conquistador sans plus aucune conquête
Sur une terre qui décomposent de pompeuses défaites.
Il est un étranger jusque dans la solitude
Dont les mains se menottent sur des habitudes.

Poème N°53 JN Spuart     

Rue des voleurs de Mathias Enard


Avec "Rue des voleurs", Mathias Enard frappe un grand coup... dans l'estomac du lecteur, sans gant et, pour poursuivre dans la métaphore du "Noble art", son héros Lakhdar, un jeune marocain de 20 ans originaire de Tanger, est à l'image du boxeur de seconde zone, out-sider définitif, hissé malgré lui sur un ring planté au fond d'une salle glauque pour un combat perdu d'avance.
Entre deux rounds, groggy, abimé, il peut encore rêver d'une terre non promise, l'Europe, d'un espoir fragile en la personne de Judit, une étudiante espagnole draguée au hasard de son désœuvrement, et qui sera son premier vrai et seul amour.
Sur fond de révolutions arabes désenchantées, de crise économique qui broie des hordes de damnés dont des grappes viennent s'échouer sur les côtés d'Algésiras pour alimenter le commerce d'un névrosé morbide , le jeune Lakhdar va surnager grâce aux amitiés interlopes (dont celles de musulmans radicaux), l'espoir représenté par Judit, et surtout les livres, "ces compagnons de route, dans la révolte ou la resignation, dans la foi ou l'abandon."
C'est un livre magnifique, cruel, tendre et brutal où Mathias Enard va jusqu'au bout de sa démonstration : "Les hommes sont des chiens, ils se frottent les uns aux autres dans la misère, ils se roulent dans la crasse sans pouvoir en sortir, se lèchent le poil et le sexe à longueur de journée, allongés dans la poussière prêts à tout pour le bout de barbaque ou l'os pourri qu'on voudra bien leur lancer..."
Merci à Marie-Bé P., qui se reconnaîtra si elle parvient jusqu'ici !

jeudi 3 janvier 2013

L'Omega des Chevaliers

Les yeux épuisés aux larmes
Et les corps oubliés des âmes
Et pourtant le ciel est ouvert
A l'oiseau solitaire.
De son suaire innocent
Une araignée tisse le temps
Outil de capture
Ou mortelle parure ?
Les ongles sur le sable ont dessiné
L'oméga des chevaliers
Fils de Don Quichotte
Qu'une Mancha dévote
Ne protège plus pour en finir
Que d'un silence contaminé d'un soupir.

Poème 18 de JN Spuart




mercredi 2 janvier 2013

Golden Book 2012


 De la vingtaine de livres lus au cours de l'année 2012, le palmarès Everybody Knows du meilleur livre est décerné à :
Toutes catégories et Golden Book 2012 : "La peste et le choléra" de Patrick Deville

Prix Spécial du Jury : "La Déesse des petites victoires" de Yannick Grannec










Prix Spécial Square Littéraire : "La mort d'Artemio Cruz" de Carlos Fuentes





Catégorie BD : "Saison brune" de Philippe Suarzoni


Catégorie Classiques : "L'invention de Morel" d'Adolfo Bioy Casares


Catégorie Étranger : "Home" de Toni Morrisson











Catégorie Politique : " Le Capital en manga" de Charles Louis Dutournay



Catégorie Nostalgie : "L'année de rhéto" d'Antoine Compagnon

Catégorie Humour : "Le cas Sneijder" de Jean-Paul Dubois



Catégorie Poésie : "Recueil de 77 poèmes" de JN Spuart

lundi 31 décembre 2012

La Déesse des petites victoires


Est-ce un livre sur Kurt Gödel, ce génie des mathématiques, contemporain et ami d’Albert Einstein, qui vécut exclusivement dans cet univers de la logique la plus hermétique - mais dont le développement permis des découvertes majeures, notamment en informatique – , fuyant les mondanités et les honneurs, et achevant sa vie de façon pitoyable, hypocondriaque, paranoïaque, misanthrope, d’une maigreur extrême et persuadé d’être parvenu à prouver, logiquement, l’existence de Dieu ?
Est-ce plutôt un livre sur son épouse, Adèle, qui s’est mise cinquante années durant au service de son mari, dans l’ombre du « phénomène », sacrifiant tout ce qu’une vie peut apporter d’agréable sans même l’ombre d’une reconnaissance tant Kurt Gödel était exclusif  en faveur de son travail, et avec une lucidité qui confine au masochisme ?
Kurt Gödel et Abert Einstein à Princeton
Est-ce enfin un livre sur Anna, personnage de fiction, documentaliste au département scientifique de l’Université de Princeton et chargée de récupérer auprès d’une Adèle, devenue une vieille femme irascible,  les archives de son époux qu’elle semble ne pas vouloir céder, et qui sont pourtant d’une valeur capitale pour l’histoire de la recherche mathématique ?
A ces questions, la réponse est bien entendu évidente : c’est un livre sur tous ces personnages, et plus encore, puisque l’auteur nous plonge au cœur de l’une des universités les plus prestigieuses au monde, Princeton, dans un univers fréquenté par les plus grands hommes de science du 20ème siècle : Albert Einstein bien sûr, vieillissant, cabotin et parfois même scabreux, John Von Neumann et Robert Oppenheimer, pères de la bombe atomique, Wolfgang Ernst Pauli, éminent physicien Prix Nobel, Dirac, Prix Nobel  de Physique également pour ces travaux sur l’atome, plusieurs Médaille Fields, tous familiers, voire très proches pour certains, de la famille Gödel.
Yannick Grannec
Mais Yannick Grannec, dont « La Deesse des petites victoires » est le premier roman, n’a pas écrit juste une biographie romancée sur un personnage particulièrement « bizarre » ; elle réussit, dans un style de très grande qualité, à profiter de ce récit qui alterne entre le passé (au travers des souvenirs d’Adèle) et le présent (les rencontres entre Anna et Adèle, et la vie elle-même d’Anna) pour donner à réfléchir sur le sens de la vie, le rapport à l’autre, la question de la vieillesse (et de son « irréparable outrage » ?), l’élégance et la poésie des mathématiques.

C’est une très belle découverte littéraire, et plus encore, car qu’elle émane d’amis très chers qui se reconnaitront, bien entendu, s’ils parviennent jusqu’ici…

samedi 29 décembre 2012

JN SPUART. Poète inconnu

Mais qui est ce JN Spuart dont un recueil de poésies (77) -sans doute édité à compte d'auteur vu la qualité (médiocre) du graphisme et la reliure bricolée - traînait sur un étal parmi d'autres ouvrages désuets dans un vide-grenier que nous avons parcouru un jour pluvieux d'automne à Ezy-sur-Eure ? Et pourquoi me suis-je emparé de cet opuscule dont la couverture exprimait par des tâches multiples comme une indicible lassitude ? Son prix était fixé à 5€ ; j'en fis l'acquisition pour 3, sans imaginer quels petits trésors il pouvait receler. Je l'avais à peine feuilleté, mais l'idée même de découvrir une poésie, fut-elle banale voire mauvaise, m'intrigua. On ne produit pas 77 poèmes impunément devais-je alors me dire. Depuis, la production de ce JN Spuart né à La Ferté Saint Aubin en 1924 et mort à Livry-Gargan en 1968 - ainsi que précisé en caractères des anciennes machines à écrire à ruban sur une feuille volante glissée entre deux pages - m'accompagne au quotidien, et j'ai décidé d'enrichir Everybody Knows avec la présentation régulière des poèmes spuartiens.

Toute la vie (poème 23)

Sur la tête des bourgeons
Perle une nacre de lumière
Dont le soleil s'empare
Comme une conquête légitime
Incubateur de Printemps
Toute la vie réside là
Dressée en ce territoire extrême
Suspendue dans l'air loyal
Au risque de la blessure
Qu'une lame muette inventera
Dans une banale indifférence.

mardi 25 décembre 2012

"Poisons de Dieu, remèdes du Diable" de Mia Couto



En quasi exclusivité !
Après "L'accordeur de silence"*, Mia Couto nous invite à un nouveau huis clos dans une ville du Mozambique,  Vila Cacimba, dans la maison des Sozinho, celle de Bartolomeu le vieux mécanicien de marine et de son épouse, Munda, où Sidonio Rosa, un jeune docteur portugais débarque un jour à la recherche de Deolinda, leur fille unique, dont il est tombé éperdument amoureux quelques années auparavant à Lisbonne. Mais la belle Deolinda n'est pas là ; et autour de cette absence, Sidonio Rosa va découvrir toute l'histoire des petites haines et des trahisons qui tissent insidieusement une toile diabolique entre tous les protagonistes de ce monde qui ne semble survivre qu'au travers de ses souvenirs d'hier et des mensonges d'aujourd'hui. Le jeune médecin va également ressentir toute la distance qui existe entre lui, le descendant des anciens colons portugais et Bartolomeu, le vieil africain malade, nostalgique du paquebot Infante D. Henrique, qui s'exprime le plus souvent par des aphorismes quand il ne s'emporte pas avec violence contre sa femme ou son ennemi juré et rival, Alfredo Suacelência, le politicien.
Écrit dans une langue poétique particulière chargée de saudade "Poisons de Dieu, remèdes du Diable", entraine le lecteur dans un univers unique aux profondeurs de l'âme humaine, où la vérité n'est jamais là où la parole la porte, mais davantage dans le secret des univers intimes que Mia Couto a le talent de nous révéler.
Extraits : "A tant aller et venir, il confondait départ et destination. A tant vivre en mer, il avait perdu sa patrie sur terre. Il n'était de nulle part. D'une vague défaite en écume : c'était celle-là son appartenance."
"Finalement, les hommes sont aussi de lents pays. Et là oú l'on pense trouver de la chair et du sang, il y a de la racine et de la pierre. D'autres fois, cependant, les hommes sont des nuages. Il suffit que le vent souffle et ils se défont sans trace."
* voir Everybody Knows 16/10/2011

Un grand merci à Pierre LC pour ce livre qui sera dans les kiosques début janvier 2013.

dimanche 23 décembre 2012

Perdant magnifique

La douleur  métallique
Des rames sur l'acier glabre
Submerge la mélodie misérable
De l'homme-orchestre
Qui quette trois sous
Des âmes défaites
Avec  la  désillusion
Du perdant magnifique.

Poème de J.N. Spuart (1924 - 1968)

samedi 22 décembre 2012

Pluie et bambou

Le bambou ploie avec mélancolie
Et le balancement humide et lent
De sa silhouette lourde
Imite je ne sais quelle espèce
Précipitée dans la fosse de l'histoire
Qui régnait en maître jadis
Aux temps immenses où  les hommes
Erraient encore à l'état d'utopie
Déjà traqués par l'inspiration divine
Mais vierges de tout massacres.

Poème de JN Spuart (1924 - 1968)


jeudi 20 décembre 2012

Bonne nuit !


Une omelette baveuse (ou dernier texte avant l'Apopocalypse !)

Est resservi ici-bas un texte du 21 décembre 2008 alors que nous vivions sereinement dans l'ignorance d'une Apocalypse à survenir d'ici à 4 ans, jour pour jour (et donc demain !). La question fondamentale est celle-ci : sommes-nous capable d'être aussi désinvoltes la veille du Gib Ganb (et oui : Big Bang à l'envers !) ? Et bien la réponse est : OUI ! La preuve :

La question de l'omelette baveuse est une question fondamentale

Pour une vision plus philosophique, quasi-linguistique et de haute volée de la "bavosité" de l'omelette, se rendre immédiatement après l'amuse-bouche ci-dessous sur le blog de Gérard. Je publie ici mon commentaire qui est bien en retrait sur le plan existentiel, mais, je ne suis pas banquier !

"Excellent (ton texte) ! Où je découvre que, toi aussi, tu as eu une enfance malheureuse peuplée d'omelettes ultra cuites voire dégageant une légère et infâme odeur de cramé. Il est très vraisemblable que tu n'as pas non plus échappé aux œufs trop durs submergés d'une béchamel figée qu'un cuisinier sadique s'employait parfois à teindre en rouge Ketchup périmé. Quand j'ai connu M., je n'avais pas de ronds. Pour manger, mes potes et moi, nous avions très souvent recourt à ce produit qui pourrait vous faire croire en Dieu (si celui-ci ne nous laissait pas quotidiennement dans la m...) ; je veux parler de l’œuf que nous accommodions le plus souvent en omelette ou en soufflé (ah les soufflés !). Comme je me débrouillais pas trop mal en cuisine (la concurrence n'était pas impitoyable) je me suis retrouvé bientôt à élaborer, lors de nos soirées, les omelettes et les soufflés (ah les soufflés !). J'ai développé un savoir-faire empirique et barbare reconnu par le cercle de mes amis et qui (je me le demande à présent) participa peut-être d'une manière déterminante dans la conquête de l'héritière sur laquelle j'avais jeté mon dévolu ! Qui sait où vont se loger les mystères de l'amour ? Dans le texte remarquable que tu consens à nous livrer, il y a - il me semble - une absence : le battage des œufs. La mère Poulard l'avait transformé en attraction touristique. Le battage des œufs est fondamental - me semble-t-il - pour acquérir cette bave qui doit légèrement ourler des lèvres de l'omelette repliée en deux (bien entendu). L'omelette est l'un des plats les plus érotiques que je connaisse. L'omelette elle-même doit présenter une peau légèrement hâlée, perlée de beurre (sans excès). L'omelette baveuse appelle la salade dotée d'une vinaigrette soutenue. Pour moi la reine des omelettes est celle fourrée aux cèpes. Des cèpes bien fermes que l'on aura pris soin de faire revenir au préalable dans une poêle, et que l'on recouvrira du liquide onctueux et mousseux des œufs battus additionnés d'un peu de lait et d'un peu d'eau (un doigt de crème fraiche constitue un bonus), une pincée de fleur de sel (de l'Ile de Ré), et si on est en verve quelques poussières de noix de muscade."