dimanche 19 août 2012

New-York est une fête. Episode N°3

Suite de la "saga" et dernier épisode du volet architectural (avant le culturel et le gastronomique).

- la petite tour de Jean-Nouvel dans le quartier branché de la Highline, avec vue sur l'Hudson River, à laquelle il manque sans doute trois fois sa hauteur pour s'imposer comme l'une des plus belles tours du monde (et oui ! c'est ce que je pense). Pas pris le temps d'aller admirer de près la façade dont ont dit qu'elle est la plus chère du monde (à voir : j'en connais une autre qui doit pas être mal non plus dans ce registre !...), mais le jeu de la lumière sur elle depuis un bateau de pioux-pioux voguant sur l'Hudson, était ni savant, ni correct, mais simplement magnifique !... Bon, si vous aimez les grandes baies vitrées sans aucune menuiserie susceptible de vous contaminer la vue, mieux vaut éviter l'acquisition d'un pied à terre dans ce bâtiment...










- 41 Cooper Square, une université privée dessinée par l'architecte de L.A. Thom Mayne ; acteur majeur de la tendance déconstructiviste, Mayne signe un bâtiment dont l'aspect extérieure est une nouvelle fois étonnant, voire "décoiffant" ; totalement enveloppé dans une résille métallique perforée et scarifiée d'immenses cicatrices ("a sexy sun-catching steel facade"), le bâtiment qui ne se visite pas (sauf à payer les droits annuels de scolarité...) est, parait-il, magnifique de l'intérieur avec un atrium invraisemblable accueillant un escalier du même tonneau. Il est labellisé LEED Platinium : on est rassuré ! Il a donc tout pour convenir au souhait de l'industriel Peter Cooper qui cherchait à promouvoir une éducation  "as free as air and water."

- l'extension de la Morgan Library de Renzo Piano ; pourquoi trouve-t-on ce bâtiment un peu tristounet ? Est-ce cette façade principale au deux tiers opaque, ou bien des dispositifs structurels qui rappellent d'autres dispositifs structurels, identiques, déjà vus dans d'autres bâtiments de Piano ? Ou peut-être encore, cette satanée société du spectacle qui nous porte à en vouloir toujours davantage dans le nouveau, le spectaculaire et "l'épate" ? Les espaces intérieurs sont clairs, reposants, sans surprise, mais sans doute conçus avec un goût précis pour la fonctionnalité, et un certain côté "less is more" qui n'est plus trop dans l'air du temps.

New-York est une fête. Episode N°2

2ème épisode de cette "saga" entamée sur le registre architectural.
- le 40 Bond Street, immeuble résidentiel des architectes suisses Herzog et de Meuron, qui affiche une trame matricielle volontaire carrossée-vernie-verte, en partie basse des arabesques en béton de fibre qui évoquent les graffitis new-yorkais, et une entrée très design-chic. Je trouve pour ma part que le duo suisse a (un peu) surjoué le côté déco.
Jacques Herzog dit de son bâtiment : "Nous aimons les positions radicales et nous essayons de les mettre en œuvre. L'idée des portes s'est imposée à nous en premier. Elle nous donnait une signature, une échelle et une personnalité.Les portes introduisent l'échelle des maisons de ville. (...) Nous avons testé plusieurs choses mais la plupart paraissaient trop traditionnelles, alors nous vint l'idée de quelque chose de réellement chaotique qui puisse être perçu comme relevant de la culture urbaine, dans laquelle le graffiti est partie intégrant du paysage. Ainsi, nous avons pris des graffitis que nous avons manipulés sur ordinateur ; le résultat est radical, mais il s'agit d'un processus classique de transformation." On attend maintenant le 56 Leonard Street, une tour de logement assez gentiment déjantée, actuellement en construction !


- le nouveau siège du New-York Times de Renzo Piano ; monolithe qui s'inscrit dans le skyline new-yorkais avec une certaine retenue (aristocratique ? technique ? modeste ? intemporelle ?), qui gagne à être vu de près, avec un hall qui se présente comme un très large couloir débouchant sur un carré de campagne, sur les deux murs jaunes duquel est installée une œuvre intéressante qui évoque l'activité trépidante et planétaire qui règne dans les étages supérieurs.











- Le nouveau musée d'Art Contemporain des architectes Kazuyo Sejima + Ryue Nishizawa (agence Sanaa), livré en 2007, dont on connait la silhouette légère des six boîtes blanches empilées avec un décalage (semble-t-il) aléatoire à chaque étage. Le concept structurel privilégie des espaces d'exposition entièrement libres. Minimalisme quasi absolu qui frôle la fragilité perçu dès le hall d'entrée, et qui appelle l'incontournable question très basique : "mais est-ce que tout ça va bien vieillir ?" A propos de leur projet les architectes disent : "La solution est venue après une période très intensive d'essais et d'erreurs multiples. Nous avons étudié un nombre incalculable de modèles fondés sur le programme du Musée et les contrainte du site. Et nous sommes arrivés à la notion de boîtes elles-mêmes ; chacun représentant un élément spécifique du programme du musée. Puis nous avons agencé les boîtes pour avoir des espaces intérieurs ouverts et facilement reconfigurables, avec un maximum de possibilités pour que la lumière y pénètre et que des vues soient offertes depuis n'importe quel endroit à l'intérieur."
Voilà : l'architecture, c'est simple en somme !...

New-York est une fête. Episode N°1

Petite saga en X épisodes que j'entame par un premier volet architectural (qui sera suivi par un volet culturel et un volet "gastronomique").
Quoi retenir de New-York après cinq jours de (re)découverte ?
- la (ou devrait-on dire les ?) nouvelle(s) tour(s) de Franck Gehry au sud de Manhattan entre le site de "Ground Zero" et le Pont de Brooklyn, précisément au 8, Spruce Street. A 82 ans le génial architecte americano-canadien crée l'évènement au cœur de Big Apple. Son immeuble de logements qui culmine à 265 m de haut - le plus haut du continent américain - déploie les 10.500 panneaux d'acier de ses façades comme un drapé somptueux qui joue admirablement avec la lumière. C'est un festin pour le regard. Avec l'Aqua-Tower de Jeanne Gang (Cf infra), il s'agit bien de deux bâtiments achevés qui réinventent véritablement le concept plastique du gratte-ciel. On attend celui de Christian de Portzamparc, "One57", situé au sud de Central Park et qui devrait atteindre - en même temps que des prix records pour le penthouse du dernier étage (110 millions de dollars) - la hauteur d'environ 350 m. Livraison mi 2013.

- la Hearst-Tower de l'agence Norman Foster, plus modeste en taille, mais qui compense par son concept (un immeuble de verre constitué de très grands prismes posé sur un bâtiment originel en pierre de 1928 dont la construction fut limitée - crise oblige - à 6 étages) et par son positionnement revendiqué de "green building". Sur le plan de l'ingénierie, l'immeuble utilise une structure de type "diagrid" composée de profilés d'acier placés en façade reprenant une partie des efforts verticaux et de contreventement (système permettant l'allègement du noyau central, et donc un rendement de surface meilleur, mais qui est contraint par des phénomènes de dilatation différentielle dus aux échauffements non uniformes de la structure d'acier). A noter qu'un tel système est en passe d'être réalisé sur la Tour D2 à La Défense, actuellement en cours de construction (Arch. : A. Béchu et Tom Sheehan ; Ing. : setec). Le "diagrid" n'a-t-il pas déjà été employé sur la Hanckock Tower à Chicago ?
- l'extension du MoMa réalisée par l'architecte japonais Yoshio Taniguchi, moins connu que ses compatriotes Tadao Ando, Toyo Ito, Sanaa, Shigeru Ban et Kengo Kuma, qui a livré en 2004 un bâtiment doublant les surfaces d'exposition de l'ancien musée. Les espaces intérieurs, lumineux et blancs, multiplient les perspectives dans un jeu des volumes d'une très grande simplicité (apparente). La cour intérieure, agrémentée de sculptures et de bassins,  est un véritable havre de paix et de fraîcheur dans un quartier plutôt agité. Autre lieu d'hédonisme décomplexé : le restaurant, situé au dernier étage, qui offre une vue plongeante sur le jardin et de quoi se sustenter agréablement, à des prix abordables.

samedi 18 août 2012

Les Thermes de Vals : architecture essentielle, architecture des sens.

On ne vient généralement pas à Vals par hasard. Cette petite ville de la province des Grisons  est en effet située au bout du bout de la Valstrasse, petite route cantonale qui serpente dangereusement à flanc de montagne sur une vingtaine de kilomètres depuis Ilanz, en suivant le cours capricieux de la Valser Rhein, dans un paysage saisissant de précipices et de cascades. En voiture, Vals est à environ 9H00 de Paris. Par les transports en commun, il faudra compter une nuit et une arrivée en fin de matinée (train depuis la gare de l’est, puis autorail de la Rhätische Bhan de Chur à Ilanz, puis enfin le bus jusqu’à Vals).
Et pourtant Vals agit comme un aimant pour tout amateur d’architecture et ce, depuis 1996, date à laquelle furent ouverts au public ses fameux thermes, conçus par  l’architecte suisse Peter Zumthor, né à Bâle en 1943. La qualité extraordinaire de cette œuvre,  suivie de la réalisation de quelques bâtiments également remarquables (Musée des Beaux-arts de Bregenz en 1997, le Pavillon Suisse à Hanovre, la Chapelle Saint-Nicolas de Flue près de Cologne) lui valurent de recevoir en 2009 le prestigieux Pritzker Price (équivalent du Prix Nobel d’architecture).
Zumthor est une figure à part dans le monde des stars de l’architecture : sa production est quantitativement faible ; il ne parcourt pas le monde à la recherche de commandes et de reconnaissances ; ses interventions publiques sont extrêmement rares - comme ses publications - ; son agence est terrée au cœur d’un minuscule village près de Coire, à 1H30 de Zurich.
Son approche de l’architecture est fondée, avant toute chose, sur la relation intime entre un espace et les sensations perçues par la personne qui pratique cet espace.  Ainsi, peut-il écrire : « La qualité architecturale, ce n’est pas d’avoir sa place dans un guide d’architecture ou dans l’histoire de l’architecture ou encore d’être cité ici ou là. Pour moi, il ne peut s’agir de qualité architecturale que si le bâtiment me touche. »  Ou encore : « Il existe une interaction entre nos impressions et les choses qui nous entourent. C’est ce dont je m’occupe comme architecte. Mon travail porte sur les formes, les conceptions formelles (physionomie), les présences matérielles qui constituent notre espace de vie. Par mon travail, je contribue à façonner la réalité, à donner à l’espace construit une atmosphère où nos sensations puissent s’enflammer. »
Vals constitue à cet égard un concentré du travail de Zumthor et peut représenter un certain idéal architectural. Difficile d’imaginer un degré d’intégration (de discrétion ?) au site plus fort : la façade du bâtiment n’est visible que lorsqu’on est à quelques mètres d’elle, et la toiture végétalisée s’inscrit en continuité des surfaces de prairies qui bordent le complexe hôtelier.
Le revêtement de pierre extérieur et intérieur, issu d’une carrière proche, est constitué d’un gneiss gris plus ou moins foncé, alternant dans ses veines les reflets bleus et verts pâles. Le matériau qui a été travaillé en fines bandes de quelques centimètres de hauteur et selon plusieurs longueurs, a subi un polissage précis préservant son aspect naturel et invitant au toucher. Son appareillage, inspiré des strates rocheuses visibles dans les montagnes, a été étudié afin de donner un aspect profondément contemporain aux parements tout en gardant l’authenticité de la matière originelle.
Dans les espaces intérieurs, la lumière – n’est-ce pas le plus beau sujet en architecture ? – s’invite par des fentes astucieusement ménagées entre les dalles de béton de la couverture, vient lécher la surface des murs en y révélant une matérialité somptueuse, et finit par déposer délicatement ses ultimes reflets à la surface de l’eau des bassins.
La relation entre intérieur et extérieur a été pensée afin d’offrir de multiples perceptions : derrière deux immenses baies vitrées, allongés sur de très minimalistes chaises-longues, le visiteur (le curiste ?) peut admirer les sapins tout proches et les crêtes plus lointaines ; une pièce fermée est munie de petites ouvertures au travers desquelles c’est un échantillon de paysage qui se déguste ; enfin, depuis le grand bassin extérieur, la montagne de l’autre côté de la vallée, drapée en été d’une immense étoffe d’un vert malachite sur laquelle se détachent, simples et merveilleusement élémentaires, ses petites granges aux pieds-droits pierreux, bardées de planches grossières et coiffées de lauzes épaisses, apparait sur deux écrans immenses, deux fenêtres que l’architecte à composer comme pour embellir encore davantage la nature. Enfin, c’est dans la diversité des bassins intérieurs, dans leur agencement subtil, dans la variété des textures, des odeurs et des sons que le comble du raffinement est atteint ; on touche alors du doigt l’idée que le temps, quelques instants, peut suspendre son vol…
Vivre les Thermes de Vals correspond à une expérience des sens totale ; et par là, l’esprit, forcément s’en mêle ! C’est une invitation à la rêverie, à la méditation, à la poésie ; une invitation à vivre l’architecture un peu à la manière de son auteur : (…) comme art de l’espace et du temps, entre sérénité et séduction. »
Impossible de ne pas mentionner le fait que les Thermes vivent actuellement un épisode mouvementé puisqu'ils viennent d'être rachetés par un promoteur immobilier "reconnu coupable de gestion déloyale dans le cadre de la faillite de commerces" (La Tribune de Genève 12/06/12). La vente est par ailleurs contestée par un "groupe de citoyens inquiets" qui en réfute la légalité. Peter Zumthor s'était lui-même porté acquéreur de son œuvre, mais l'assemblée communale lui avait préféré le projet du promoteur.

Recommandations :
-    Deux petits ouvrages : « Penser l’architecture » et « Atmosphères » de Peter Zumthor aux éditions Birkhauser
-    Un article « Vals avec Zumthor » sur le site de la Bilbiothèque municipale de Lyon
-    Le très beau livre « Peter Zumthor ; les thermes de Vals » de Sigrid Hauser, photographies : Hélène Binet

jeudi 16 août 2012

Misia à Orsay, Sert au Petit Palais : hommage de Paris à un couple mythique

Très belle exposition à Orsay sur Misia, cette dame qui fut pendant plusieurs décennies (de la Belle Epoque aux Années folles), la muse de nombreux artistes et en particulier les peintres Bonnard, Vuillard, Vallotton, Toulouse-Lautrec, et autres Renoir, l'amie de Diaghilev, Nijinsky, Stravinski, ou Cocteau, la complice de Coco Chanel.
Bien qu'excellente pianiste, Misia Godebska de son nom de jeune fille, ne s'engagera jamais dans une carrière artistique ; elle préféra se consacrer à la promotion de créateurs, devenant "arbitre du goût" d'une scène parisienne foisonnante sur le plan des arts et de la culture.
Un tel engagement ne peut correspondre qu'à un tempérament "bien trempé" qui l'amena à contracter trois mariages et trois divorces avec, successivement, Thadée Natanson, fondateur de la publication culturelle et artistique La Revue Blanche, Alfred Edwards un richissime homme d'affaires, et enfin, José Maria Sert, le "Michel-Ange du 20ème siècle". Elle fit également tourner la tête de nombreux hommes comme le peintre Vuillard qui en fut éperdument amoureux.
Misia, d'après Vuillard
Elle fut représentée par tous les artistes qu'elle côtoya. C'est ce que l'exposition nous montre au travers de nombreuses œuvres, peintures ou dessins. Celles de Vuillard, le "célibataire mélancolique", surpassent de mon point de vue toutes les autres ; sans doute y a-t-il glissé un pigment supplémentaire et indicible : son secret et son dépit amoureux ...
Cette vie romantique devait forcément s'achever dans le malheur. A la fin de sa vie, Misia fut atteinte de graves et douloureux troubles ophtalmologiques ; elle en perdit un œil. Pour soulager ses douleurs, elle eu recours à la morphine, et sans doute en abusa-t-elle, ce qui lui valu d'être arrêtée par la police et emprisonnée pendant 24H. Sa nièce dont elle était très proche se tua dans un accident de voiture. Elle acheva son existence assez seule, très loin de l'agitation et des paillettes de cette vie parisienne dont elle fut l'égérie. Elle s’éteignit à Paris à l'âge de 78 ans. Coco Channel, sa dernière amie fit sa toilette mortuaire.


Étonnamment, Paris honore au même moment, mais cette fois au Petit Palais, son troisième et dernier mari, José Maria Sert, l'oncle du célèbre architecte Josep Luis Sert, auteur du bâtiment de la Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence. Ses compositions picaresques, reconnaissables entre toutes, où se mêlent des titans musculeux et des grappes humaines déployées dans des décors piranésiens, peuvent être admirées - entre autres - dans le vaste hall du Rockfeller Center de New-York, ou sur les murs de l'église du monastère de San Telmo à Saint-Sébastien (Esp). L'exposition du Petit Palais nous dévoile l'imagination débridée du peintre-décorateur et tous les secrets de sa technique.
   

vendredi 10 août 2012

Heiligkreuzkirche de Chur (Suisse)


Mais qui me donnera des informations (nom du concepteur, courant architectural, date de réalisation, ...) à propos de ce curieux bâtiment en béton, visité brièvement à Chur dans les Grisons, aux formes qui semblent s'inspirer de Bruno Stahly et d'un zeste de Chillida ?

jeudi 9 août 2012

Veinard(e)s ! On a (presque) tout changé à droite !

Quoi de neuf ? L'architecture contemporaine suisse !

Bon... oui... ! quoi ?
Schaulager
J'avais promis une avalanche de textes sur les US et j'embraye après 3 semaines de silence sur l'Helvétie ! Normal, c'est tout neuf dans ma tête.
Bâle, en premier lieu avec - toujours - le campus Vitra et la Fondation Bayeler (avec un Jeff Koons pas si koons que ça !), mais en plus le Schaulager, des architectes Herzog et de Meuron, oeuvre impressionnante sur laquelle nous reviendrons plus tard, le Goetheanum, dans un tout autre style qualifiable de baroque brutalo-spiritualiste. Bien sûr d'autres "petites" choses tout à fait intéressantes...
Vitraux de S. Polke
Zurich. Là on est davantage dans le pittoresque, avec sa vieille ville, son lac (et forcément les rives de son lac), mais ne pas omettre certains vitraux de la cathédrale réalisés à partir de lames d'agates extrêmement fines par l'artiste Sigmar Polke.
Centre de Culture et des Congrès de Luzern
Luzern (ou Lucerne), avec - bien entendu - le célèbrissime Centre de Culture et des Congrès de Jean Nouvel (on y reviendra).
Chapelle Saint-Bénédict
Thermes de Vals
Vals dans le Grisons, et les thermes de Peter Zumthor, d'une beauté absolue ; mais juste avant un détour par la petite chapelle Saint-Bénédict à Sumvitg, et sur le départ, une montée au-dessus de Vals pour découvrir la résidence d'été du célèbre architecte.
Haldenstein (près de Chur), où nous avons pisté l'agence de Zumthor...
Musée Paul Klee
Bern, enfin avec le musée Klee et les ondulations organiques (paysagères ?) de Renzo Piano. 


Bon... Oui...! Quoi ? Je sais : c'est un peu en vrac tout ça et ça manque de précision... Mais on me laisse arriver, et je tenterai de livrer prochainement à vos orbites cruelles une partie (seulement) des émotions contractées à l'occasion de ce circuit chez les helvètes.


mardi 17 juillet 2012

Chicago 2 Franck Lloyd Wright et Rem Koolhaas


Chicago, c'est aussi l'un des grands terrains de jeu de F.L. Wright ( 1867-1959) à ses débuts quand il dessinait à tout va des Prairie Houses pour de riches commanditaires à Oak Park, à l'est de la ville. Le style Prairie Houses se caractérise par un travail sur les horizontales, des toitures longues et à débords importants, un alignement de nombreuses fenêtres souvent ornées de vitraux, l'emploi de matériaux traditionnels comme de la brique, du bois, ou de la pierre, et un soin maniaque du détail, à la fois en extérieur et dans la décoration intérieure. Ces maisons ont été réalisées à la fin du 19ème siècle tout début 20ème, et rompaient totalement avec l'architecture "néo quelque chose" en vogue à cette époque. La villa la plus caractéristique de ce style est la Robbie House dans la banlieue sud de Chicago.
Wright est considéré par certains comme l'un des plus grands architectes du 20ème siècle et l'inventeur de l'architecture moderne. On lui doit des oeuvres aussi mythiques que la Maison sur la cascade, le Musée Guggenheim de New-York (en forme de parking silo !) ou la Price Tower dans l'Oklaoma. La vie de Wright est un vrai roman qui n'est pas sans rappeler la vie d'un autre grand architecte : Louis Khan (ah les femmes !).

Rem Koolhaas (1944-) a conçu pour l'Université de l'Illinois un bâtiment assez invraisemblable coincé sous une ligne de métro aérien. Il s'agit du McCormick Tribune Campus Center dont la vocation est d'accueillir des espaces partagés pour les étudiants : cantines, salles de détente, auditorium, salles d'expo, forum, etc. Il est situé à quelques centaines de mètres seulement de l'Ecole d'architecture de Mies van der Rohe (1886-1969) ; ce voisinage est rappelé (I presume) par les poteaux en H noirs que Koolhaas a disposé dans ses espaces. L'atmosphère qui se dégage de ce lieu est très "lynchéen" avec des couleurs insolites (orange, jaune), des repères habituels (notamment horizontaux) qui s'estompent avec un travail récurrent  sur l'oblique (hommage à Claude Parent ?), un jeu très intéressant de relations entre extérieur et intérieur, des perspectives multiples, et puis ce bruit étonnant du roulement des trains au-dessus de la tête comme une menace. Koolhaas semble avoir voulu créer un espace architectural où tous les sens sont mobilisés ; jusqu'à l'odorat avec une supérette intégrée dans le bâtiment... Il est peu de bâtiments - à ma connaissance - qui puisse laisser une impression aussi forte.


Chicago 1 Aqua Tower, Trum Tower, et Piano vs Gehry

Je suis allé une première fois à Chicago il y a 4 ou 5 ans. Cette ville a une histoire formidable, et tient une place particulière dans celle des Etats-Unis. C'est un mythe à elle seule : colonisation, prohibition, industrie, lutte raciale, émeutes, incendie, reconstruction, ... Et puis, c'est la ville de l'actuel Président Obama ! On ne peut aller à Chicago sans avoir à l'esprit toute cette histoire invraisemblable qui parcourt seulement 4 siècles. La proximité immédiate du Lac Michigan, qui ressemble à une mer, confère à Chicago un horizon supplémentaire. Les rives du lac longées par une très longue piste cyclable appellent à la promenade. Un peu comme New-York avec Central Park, Chicago dispose de son parc urbain, le Millénium, bordé d'immeubles qui semblent écrire toute l'histoire des buildings américains. C'est un lieu extrêmement important ; il accueille de nombreuses manifestations culturelles sur sa très grande pelouse face à la fleur de métal de Gehry.
Pavillon de la Musique Pritzker
Récemment le skyline du Millénium s'est enrichi d'une tour stupéfiante : l'Aqua Tower.
Aqua Tower
Jeanne Gang
Son architecte est une femme, Jeanne Gang ; belle et élégante, elle a communiqué cette beauté et cette élégance à son oeuvre de 250 m de hauteur. La lumière créé sur son enveloppe qui ondule à la façon d'un tissu très léger ou comme, précisément, une multitude d'ondes à la surface de l'eau, un chatoiement insaisissable, jamais identique, toujours étonnant. Elle s'est très probablement inspirée de ces rochers ou ces falaises composés d'une alternance de couches horizontales de roches dures et de roches plus tendres, dont la surface a été sculptée par le vent ou l'eau, et qui ressemblent à des mille-feuilles.
Trump Tower
La Trump Tower avec ses 357m, et qui a été achevée en 2009, bénéficie d'un positionnement extraordinaire sur la Chicago River, entre le sublime monolithe noir de Mies van der Rohe (IBM Building)
IBM Building
et le Wrigley Building aux allures de Giralda. Commandée par le célèbre promoteur dont on connait le goût plutôt prononcé pour le clinquant et tout ce qui "en jette", le résultat aurait pu être terrible. Il n'en est rien (comme d'ailleurs la Trump Tower de New-York qui, de l'extérieur, est plutôt réussie), et il faut sans doute rendre hommage ici à la fameuse agence d'architecture SOM (la même que celle du plus haut bâtiment au monde, la Burj Khalifa à Dubaï avec ses 838m) qui en est le concepteur.
Renzo Piano, l'architecte de Beaubourg (avec Richard Rogers), du musée Tjibaou en Nouvelle Calédonie et du futur (?) TGI de Paris, a dessiné l'extension de l'Art Institute of Chicago, qui abrite l'une des plus belles collections de peinture impressionniste au monde (après Orsay et le MET de NY).

Extension de l'IAC
Le bâtiment de Piano est comme toujours : élégant, précis, métallique, clair, ordonné. Les escaliers suspendus sont parfaitement dessinés. Mais on peut regretter la trop grande répétition de modules élémentaires, la surabondance de ces tiges et de ces petites fermes métalliques dont la succession créé une impression de procession statique très froide. Et même si le parquet en bois et la lumière naturelle parfaitement contrôlée viennent un peu réchauffer les espaces, l'émotion est difficile à trouver. Piano s'est-il employé à prendre le contrepied de l'exubérance des oeuvres de Gehry toutes proches ? Peut-être, car c'est également l'impression que donne sa passerelle qui relie le Millénium au musée : d'une rectitude et d'une blancheur absolue, quand la passerelle BP du canadien semble se complaire à se perdre en volutes paresseuses.


dimanche 15 juillet 2012

Fini les vacances !

Un mois exactement qu'il se la coule douce celui-la ! Bon, je vous promets une orgie de textes + illustration, mais ça va être difficile ce soir (pas mon ordinateur, heure tardive, bon bouquin, etc. que des excuses valables).
En revanche, je peux tenter de vous mettre un peu de larmes à vos orbites cruelles (version pergamienne de "je peux tenter de vous faire saliver"). Donc au menu, il y aura :
- les plus beaux immeubles de Chicago et de New-York avec, en particulier l'Aqua Tower de Jeanne Gang (Chicago), la tour de Gehry à Manhattan,
- une sélection d'oeuvres d'art des musées comme l'Art Institute of Chicago, le MET, le MOMA, l'Isabella Gardner et le Museum of Fine Arts de Bostonà Boston
- une palanquée d'autres bâtiments signés Herzog et de Meuron, Foster, Nouvel, de Portzamparc, Piano, Sanaa, etc.
- des baleines et des plages de sable fin
- l'exposition Misia à Orsay
- l'exposition de José Maria Sert au Petit Palais
- Richter à Pompidou
- ...
Désolé pour la mise en page calamiteuse !!!
Aqua Tower

Gehry

Thom Mayne

Foster

Sanaa

Piano

Herzog et de Meuron
 

vendredi 15 juin 2012

Désinspiration

Est-ce le terme juste pour exprimer un état inverse de l'inspiration ? Le temps maussade qui submerge depuis trois mois nos horizons anesthésie-t-il toute envie d'imaginaire ? Aucune architecture croisée au hasard d'un parcours ; aucune page dont on aurait envie de poursuivre le texte. Lassitude rime avec ... lassitude. Une sorte de livre achevé. Une très grande fierté consommée. Quelques projets qui se bousculent tant qu'ils n'avancent pas. Des nuits fatigués. Des journées mauvaises. Le temps est dans l'urgence. La patience est traumatisée. Et ces quelques phrases comme un regret.

jeudi 7 juin 2012

Emerveillement

Au risque d'être taxé de "ravi", je dois avouer mon émerveillement quand je constate sur le "mouchard" qu'un pays lointain ou juste improbable (comme nous disons ici) a laissé son empreinte sur Everybody Knows. Je ne me fais pas d'illusion démesurée, et il est probable qu'il s'agisse pour certaines juste d'un égarement, mais le rêve m'envahit à la lecture de : Géorgie 3, Philippines 1, Australie 1, Cameroun 2, Japon 1,Russie 4, etc. Sommes-nous encore capable d'émerveillement ?

lundi 4 juin 2012

Le passant du bout du monde de Francisco Coloane

Juste un petit passage, pour le plaisir :
"La nuit, le vent et la mer prennent toutes les intonations humaines, du rire jusqu'aux pleurs, et on y entend aussi de sourds murmures, des plaintes lointaines et déchirantes qui lèchent les vagues ; (...)"