« Un bâton merdeux », c’est l’expression vulgaire qui désigne un sujet (ou un objet, les phénoménologues en jugeront), particulièrement gênant, qu’on vous a refilé (de plein gré ou à votre insu) et dont vous souhaiteriez vous débarrasser.
La Tour Montparnasse est-elle un « bâton merdeux » ? On peut se poser la question.
Voilà un édifice passablement décrié et mal-aimé d’une manière générale par les parisiens. N’a-t-on pas ironisé, en paraphrasant Maupassant, que « le sommet de la Tour Montparnasse est le plus bel endroit de Paris, puisqu’on ne la voit pas. »
Quelques financiers trop malins ont imaginé dans les années 2010 d’en faire un « produit immobilier » à forte valeur ajoutée, en s’engageant dans une ambitieuse rénovation.
Ils convoquèrent une palanquée de « starchitectes » (et d’autres moins couronnés) pour plancher sur la vieille dame (un demi-siècle), afin de lui refaire une beauté. Ils choisirent un projet qui « cochait toutes les cases » (à défaut d’être « wahoo »), jusqu’à la serre sommitale où il serait possible aux cuisiniers de l’hôtel-restaurant de luxe logé dans certains étages de la nouvelle enseigne de s’approvisionner en plantes aromatiques (les voies du PLU parisien sont impénétrables).
Le calendrier des travaux était d’un optimisme béat : il prévoyait que le sommet de la tour accueillerait le centre de presse des JO 2024. Gare aux grincheux qui émettraient des doutes sur ce planning olympien ! (Je sais de quoi je parle : j’en fus et même fustigé).
On accuse souvent les architectes et les ingénieurs de ne pas savoir respecter les délais de réalisation des ouvrages, et d’en minimiser les coûts. En l’espèce, le retard ne leur est pas, que je sache, attribuable. Il est lié aux désaccords entre les nombreux co-propriétaires de la tour (une trentaine) que l’on imagine attentifs à leur part respective de l’hypothétique gâteau. Et comme le temps, c’est de l’argent, mais aussi que le budget prévisionnel était probablement sous-évalué, les premières consultations d’entreprises firent plus que doubler le coût prévisionnel des travaux.
Nous voilà ainsi rendus à 800 millions d’euros, contre une enveloppe originelle de 350 ou 400
Les investisseurs ont l’habitude de faire « tourner des bilans ». Un bilan qui tourne indique que l’opération est viable compte-tenu des lois du marché, à une date donnée.
Ceux de la Tour Montparnasse n’ont certainement pas eu à faire tourner les bilans longtemps pour s’apercevoir que leur affaire, ce n’était plus du caviar, mais juste des œufs de lump.
Bilan : machine arrière toute ! Sauve qui peut ! On se casse. On accepte de faire le projet si et seulement si ça coûte 400 plaques.
Alors, je vais vous dire : pour que ce projet entre dans les 400 plaques on se contente d´un lifting de façade et d´un « coup de pinceau » à l’intérieur. Mais le hic, c’est qu’il y a peu de chances que ça fasse rêver des locataires potentiels qui ont 6 millions de m2 vacants à leur disposition. Et puis, une tour : c’est bon pour les amerloques, mais pas pour nous. Et encore : c’est pas DD (non, pas les chaussettes : DD = Développement Durable).
Je vois 2 solutions :
- La Mairie de Paris crache au bassinet : impossible de laisser un cadavre vertical en plein cœur de Paris ; allez, on coupe la poire en 2 : 200 patates pour le contribuable parisien ; a raison de 2 millions de parisiens, ça ne fait « que » 100€/tête ;
- On enlève la moitié des étages et on relooke le tout ; on a un immeuble qui ne fait plus que 100m de haut, un peu moins que le Concorde Lafayette de la Porte Maillot.
CQFD

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