mercredi 28 juillet 2010

Toutes dernières livraisons du "DIP" !

Plique polonaise
Toujours la meilleure, surtout à l'herbe de bison !

Place
"Il s'est fait une place au soleil" : (trad) "Il a baisé les autres et sans doute truandé le fisc."

Pitié
La pitié : un prétexte à l'inaction ?

Philosophie
A mettre au cœur de l'enseignement.

Philippe d'Orléans-Egalité
Oxymore, probablement.

mardi 27 juillet 2010

Dictionnaire des idées perçues : dernières livraisons !

Penser
Je n'y pense que rarement !

Peinture sur verre
Et pourquoi pas poterie sur macramé ?

Pédérastie
Inclinaison masculine consistant a prendre la vie par un seul bout.

Invisible


L'été a ceci de vertueux qu'il nous redonne du temps. N'est-ce pas d'ailleurs le temps des vacances, de la "vacance" ? Redonner du temps, retrouver cette faculté d'avoir une emprise sur cette horloge diabolique, en prendre - enfin !- la mesure, alors que le quotidien - l'accélération impitoyable du quotidien - en rend son déroulement invisible.
"Invisible", justement, c'est le titre du dernier roman de Paul Auster. La lecture de cet écrivain américain auteur d'une formidable "Trilogie new-yorkaise" (mais aussi de "Tombouctou", de "Mr Vertigo", ou de "Moon Palace"), ne laisse jamais indifférent. Une image qui m'est venue à l'esprit au terme de ma lecture est celle d'un parcours effectué sur un chemin de grande randonnée dans un paysage accidenté et à moitié sauvage. La route (le style) est toujours agréable, mais parfois le décors, la vue, sont moins excitants qu'à d'autres moments du périple. Et puis, il y a toujours, de belles perspectives, des lieux qui surprennent, des émotions indicibles, des stations dérangeantes.
"Invisible" est le récit de plusieurs vies qui se croisent, dans l'espace et dans le temps. C'est l'interrogation sur l'autre ; qui est-il "pour de vrai" ? Plutôt ce type honnête et sincère, ou plutôt un affabulateur, mythomane, dont les fantasmes ont envahi la vie jusqu'à en constituer une nouvelle réalité ?
J'ai personnellement connu un "Rudolf Born" dont on ne savait pas très bien si, derrière une vie chaotique, ne s'en cachait pas une autre, une secrète, comme la seule permanente, mais invisible également.
Bien sûr on peut ne pas apprécier le goût récurrent d'Auster pour l'emploi de termes crus, en particulier dans le domaine sexuel (que ne faut-il pas faire pour bousculer la pudibonderie des américains ?). Mais c'est un livre qui, en final, laisse une impression forte, dérangeante, et la certitude d'avoir poursuivi votre apprentissage de la connaissance : la vôtre et celle des autres.
N'est-ce pas en définitif ce qu'il faut attendre, pour l'essentiel, d'un roman ?

dimanche 25 juillet 2010

La cité des jarres


"La cité des jarres" est le premier roman paru en 2000 de l'écrivain islandais Arnaldur Indridanson. L'inspecteur Erlandur mène une enquête sur l'assassinat d'un homme âgé qui se révèle avoir été un violeur et un détraqué sexuel. Trois mots écrits sur un morceau de papier sur les lieux de l'assassinat - "Je suis Lui"-, une photo, cachée entre deux tiroirs du bureau de la victime, représentant la tombe d'une enfant, vont conduire Erlandur à revenir trente années en arrière et remuer un passé assez glauque. Dans ce "polar" bien mené, il sera question de recherche sur le génome humain, de vol du cerveau d'un cadavre, de la fuite et de la disparition d'une mariée en plein mariage, des errances pitoyables de la fille d'Erlendur, d'odeurs pestilentielles qui pourraient être dues à la présence d'anciens marais - ou bien provenant d'une autre origine, plus macabre..., etc.
Ne pas rechercher dans "La cité des jarres" un suspens à vous glacer le sang, ni un style littéraire inoubliable. C'est plutôt un bon polar qui sait vous amener jusqu'au bout de ses 328 pages (version "Points") sans vous ennuyer, et avec plutôt un certain plaisir de lecture.

lundi 19 juillet 2010

La Côte des basques

La Côte des Basques est noyée sous une mer nacrée d'écume.
Juste au-dessus de la ville, le ciel est d'un bleu parfait, comme un mensonge.
L'horizon est indécis, pris en otage entre un ciel boursouflé de grisailles, et un océan couleur mastic.
Face à cette cavalcade bouillonnante, la Villa Belza adopte un stoïcisme aristocratique.
Ce matin la mer est entêtée comme une enfant gâtée.
Elle déverse en continu ses divisions bruyantes contre les enrochements de la digue.
Certaines écumes - les moins braves - caracolent un instant sur la crête de la vague avant de s'étouffer.
D'autres plus sauvages, comme un flot de bave à la gueule d'un étalon, s'amplifient dans une sorte de rage capricieuse jusqu'à se projeter dans un râle ultime contre les blocs de pierre.
La mer a des allures de débarquement barbare constitué en hordes aveugles jetées à l'assaut d'un continent qui ne craignent ni la mort ni le temps.

'Ta mère


Bande de veinards ! Je veux parler de vous, lecteurs d'Everybody Knows : en avant premiere (le livre ne sortira que le 26 aout !), un petit mot, rien que pour vous sur "'Ta mère", le dernier roman de l'écrivain brésilien Bernardo Carvalho paru aux éditions Métailié. C'est le premier livre que je lis de cet auteur de 50 ans tout juste, qui vit à Sao Paulo. Les habitués de ce blog constateront qu'il s'agit très souvent de la 1ère fois chez moi ; c'est sans doute ce qui me permet de rester jeune ! Curieusement, il ne s'agit pas d'une aventure sud-américaine. L'histoire - les histoires - se passe principalement à Saint-Pétersbourg, la ville aux 300 ponts, "un pour chaque année, mais aucun ne mène nulle part", la "ville la plus artificielle de toutes. En trois siècles on a essayé vainement de la nommer trois fois.". Plusieurs vies se mêlent autour des thèmes de l'abandon (maternel), de la sauvagerie, du délitement de la famille, du mensonge, de la haine, et de l'homosexualité qui constitue tour à tour la seule marque d'amour véritable et a contrario l'obscénité la plus dégradante. C'est un livre qui parle de l'envers du décor - celui des façades baroques de la ville touristique-, mais aussi du vide inhumain laissé par le stalinisme ; vide absolu puisque même sa chute laisse la plaie béante. Ce n'est pas un livre très gai, mais il est bouleversant. Il prend aux tripes, souvent. Le style est beau, sans fioritures ; juste. Quelques phrases parmi les dernières du roman : "Les histoires d'amour peuvent ne pas avoir d'avenir,mais elles ont toujours un passé. Voilà pourquoi les gens s'accrochent à tout ce qui les renvoie à ce qu'ils ont perdu. (...) Les gens ont besoin de se raccrocher à ce qu'ils connaissent déjà. Les modernismes ne pouvaient pas durer. Personne ne construit une maison au bord de l'abîme."

mardi 13 juillet 2010

Dernières livraisons du "Dictionnaire des idées perçues"

Ouvrier
Espèce non protégée en voie d'extinction. Les spécimens à col bleu qui étaient beaucoup plus nombreux jadis dans nos contrées, semblent avoir émigrés vers des pays tels que la Chine, l'Inde ou le Maghreb ; ils ont été remplacés par des spécimens à col blanc, plus souples, plus domestiques et moins agités.

Ours
On connait l'ours polaire, mais cet animal ne serait-il pas en réalité bi-polaire ? Il peut en effet désigner un individu bourru, désagréable comme être le symbole d'un animal protecteur et câlin, ami des enfants...

Orthographe
"La science des ânes" me rappelait mon père.

vendredi 9 juillet 2010

"Krak des ouvriers" ou "Krak des bobos" ?


Dans la présentation du projet de Jean Nouvel pour la remise à flots (immobiliers) de l'île Seguin, il est difficile de retrouver l'élan quasi-sartrien du même Jean Nouvel quelques dix années plus tôt, appelant au devoir de résistance urbain envers la mémoire ouvrière du lieu. Quel programme aujourd'hui sur les 11,5 ha de l'île ? "Ce sera l'Ile-Saint-Louis du XXIe siècle", promet Patrick Devedjian (un visionnaire, parait-il, en matière architecturale). Un programme qui veut "déplacer la culture vers l'Ile Séguin", selon le maire UMP de Boulogne , Pierre-Christophe Baguet (autre visionnaire qui a quitté assez opportunément l'UDF pour l'UMP).
Alors quoi ? On est grincheux ? On aura : une cité musicale, une résidence qui ratisse assez large ("artistes, créateurs, étudiants, actifs et visiteurs occasionnels", ... mon cousin, sa tante et son chien...), un hôtel international, une antenne de la Fondation Cartier, une Fondation pour le fonds d'art moderne de Renault (collection remarquable des années 60 et 70), un inévitable complexe cinématographique et, comme un alibi populaire (parfum de merguez et de barbe-à-papa garanti), un cirque qualifié de "futuriste" qui devrait sentir bon le crottin de cheval, des boutiques et des commerces (le temple, les marchands du temple, et même, peut-être, les renards du même temple !). Ne pas oublier la nature sauvage reconstituée sur les sols dépollués (on l'espère !) avec un travail paysager, mi-serre mi-ouvert, de Michel Desvignes, et une mise en lumière de l'incontournable Yann Kersalé.
Pourquoi ai-je le sentiment diffus que tout ça sent le "Krak à bobos", le prêt-à-consommer, le "all-include", le sans surprises, ... ? Oui, c'est vrai, Jean, t'as oublié : et le Club Méd, 5 tridents +, avec la "baignade Jacques Chirac" dans la Seine (remboursée si pas satisfait)?
Bien sûr, faut voir ; on peut espérer une densification moins banale que sur le Trapèze d'en face où la collection d'objets architecturaux tente de faire oublier l'impérieux souci de "création de valeur" immobilière. C'est vrai aussi que nous aurions pu hériter d'un programme majoritairement de bureaux, forcément HQE, voire à "énergie positive", labellisée. Donc, confiance ; il faut se faire une raison : l'ouvrier est une race en voie de disparition dans nos contrées développées, et le bobo est à tous les étages ! Mais surtout, Messieurs les grands urbanistes : ne pas désespérer Billancourt !

PS : en attendant qu'il ne soit trop tard, vous pouvez toujours aller humer (hummer ?) l'air des jardins ouvriers (des vrais !) de l'extrémité sud de l'île Saint-Germain, à un jet de pierre (de pavé ?) de la future "île industrieuse" (?)

jeudi 8 juillet 2010

Laurent Terzieff

Il y a quelques jours disparaissait le comédien Laurent Terzieff. "Le Monde", dans son édition du 6 juillet, reprenait une série d'extraits d'entretiens. J'ai sélectionné les réflexions suivantes :
L'homme :
"Je crois que, si la littérature du 20ème siècle a évolué, c'est parce qu'on a compris, grâce à des gens comme Gogol ou Pirandello, que le déterminisme psychologique, c'est une connerie. On n'est pas un, mais mille...On peut très bien se réveiller intelligent, être abruti à midi, cynique à 6 heures du soir et romantique à minuit."
La souffrance :
"La souffrance, l'expérimentaton du mal sont toujours enrichissantes. Sinon, on serait heureux à paître comme des vaches dans les prairies suisses."

vendredi 2 juillet 2010

Quoi de neuf ? Bréhat !


Arrivée à marée haute, donc à la cale N°1 du Port Clos. Le soleil est bien présent, à peine voilé. Premiers jours de juillet ; la vedette livre son lot modeste de vacanciers - résidents et touristes de passage - sur le quai minéral où les anneaux métalliques flambants neufs ont un petit côté "m'as-tu vus" que leurs prédécesseurs chenus, dont la silhouette reste encore profondément inscrite dans la pierre, auraient détesté. Je regarde à tribord, un peu en contrebas sur le sable humide encombré de goémons, le fantôme du requin-pèlerin échoué le long du quai sur le dos râpeux duquel nous étions partis en escalade, nous-autres enfants de l'île, sous l'œil goguenard des adultes. C'était il y a près de 50 ans. Un peu plus loin, la plage de mes premières nages a conservé son aspect sans charme particulier. Nous y allions pourtant régulièrement, ma grand-mère et moi ; souvent seuls usagers de ces quelques mètres carrés de sable contaminés par des éclats de galets assassins. Nous y déchiffrions le langage des nuages qui déboulaient par dessus les pins joufflus de la citadelle. Elle tricotait inlassablement des jacquards aux couleurs criardes, assise dans un transat bayadère. Dans cette baie minuscule du Port-Clos (mais tout semble en miniature à Bréhat !) nous avions un matin très tôt, avec mon camarade Thierry, embarqué sur le canot de son père et effectué la traversée en godillant d'une berge à l'autre. Cet acte correspond à mon premier souvenir de liberté. Je revois la rame, comme une lame, se glisser en silence dans l'eau encore noire et les ridelles propager notre délit entre les bateaux encore en sommeil. Notre forfait de liberté fut accueilli par nos pères avec très peu d'enthousiasme.
Au bout du quai, immuables, il y a toujours un hôtel aux volets bleus et un hôtel aux volets rouges. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai toujours perçu cette opposition de couleur, comme une rivalité évidente. Un tracteur équipé d'une remorque attend ce couple de parisiens accompagné de leur fille ; équipage qu'il était difficile de ne pas remarquer sur la vedette : pantalon de toile claire, veste ample, bleue, et Panama pour Monsieur, la cinquantaine performante et accomplie, parée de lunettes en écaille et de mèches grisonnantes ; une robe unie assez chic et quelques bijoux choisis pour Madame, la cinquantaine décolorée ; un chemisier strict et une jupe très large pour la jeune fille, la vingtaine étudiante bcbg.
La maison que l'on nous prête pour quelques jours est accessible par un petit sentier de terre assez raide qui quitte rapidement, et sans regrets, la route principale de l'île. Il y aurait un livre entier à consacrer aux sentiers de Bréhat ; les orgies de plantes, de couleurs et de parfums qui vous font, de part et d'autre du chemin, une incomparable haie d'honneur ; les murets sympathiques couronnés de mousse et de pâquerettes et qui laissent le regard se délecter de jardins extraordinaires ; les murs plus hauts, plus aristocratiques - et peut-être plus parisiens ? - qui masquent d'autres propriétés de rêve, ...

Quelques mètres encore et voilà la maison ; simple avec ces fenêtres mansardées dessinées comme une vague d'ardoise et cette conjugaison heureuse entre modernité et vernaculaire : une structure apparente en béton brut et l'appareillage classique des pierres de granit. Une maison qui respire l'amitié.

mercredi 23 juin 2010

Panem et circences


La dernière fois que j'ai assisté à un match de foot (mais je crois que ça devait être la première également), ça doit remonter à près de 10 ans ; PSG-Nantes au Parc des Princes. J'avais réussi à me procurer 3 places quasiment "VIP" et j'avais amené avec moi deux enfants. Les gosses se faisaient un plaisir de participer à une telle fête. Je dois avouer que je n'ai jamais été un grand amateur de foot. Je lui préfère le rugby ; une tradition remontant aux années de lycée. Pour être honnête, je ne crache pas sur une belle retransmission d'un match du style Finale de la Coupe d'Europe, voire un Brésil-Allemagne ou un Argentine-Angleterre !
Ce soir-là j'ai observé le visage de la Haine. Et encore, nous n'étions pas dans les "virages" envahis par des hordes de barbares déchainés ! Quand un ballon sortait en touche, près de nous, pour les Nantais, il y avait toujours, dévalant les gradins, un ou deux excités qui se précipitaient au plus près du joueur - heureusement pour lui il y avait un fossé et des grilles métalliques dissuasives - pour déverser un flot d'injures et le menacer de mort ; lui et sa mère.

On va me dire que c'est un jeu. Mais je ne parviens pas à me faire à l'idée que tout ça est sans importance.
Aujourd'hui certains matchs se jouent à huis clos avec 600 CRS qui ceinturent le stade pour interdire son accès aux supporters ! Pour une finale de la Ligue, sur chacun des ponts au-dessus de l'autoroute A6 jusqu'à 150 km au sud de Paris il y a une camionnette de flics, et au péage les cars des supporters de l'OM sont parqués entourés d'une cinquantaine de gendarmes ! Je l'ai constaté moi-même.
Pour revenir à cet ultime spectacle in vivo dans l'arène de Taillibert, je me souviens également qu'à chaque fois que le gardien dégageait aux 6 mètres, sa course d'élan et son shoot final étaient accompagnés d'un énorme "enculé !" hurlé à l'unisson par tous les supporters du PSG.
Je me suis promis de ne plus jamais remettre les pieds dans un stade où se jouerait une compétition de foot ; de peur d'en repartir une nouvelle fois avec les postillons des barbares sur mes vêtements.
Vous comprendrez pourquoi je regarde ce "naufrage" de l'équipe de France comme un sujet annexe ; que les termes souffrances, débacle, cataclysme, catastrophe, humiliation, etc. qui fleurissent dans les commentaires, je les trouve indécents face à la vraie souffrance, aux vraies débacles, aux vraies humiliations que d'autres hommes doivent subir par la faute de l'égoïsme des nantis que nous sommes.

mardi 22 juin 2010

Comme la caresse timide des vagues


Il est minuit sur le Pont Neuf. Le vent glisse au-dessus d'une Seine noire et crépue comme le crâne d'un africain. Son souffle disperse les mots évadés des passants dont les ombres fébriles s'enfuient sur les dalles luisantes du pont. Parfois le regard mécanique de l'un d'entre eux semble interroger la nuit à la manière d'un aveugle désorienté. Des refuges circulaires accueillent des couples épuisés qui somnolent contre la pierre dans la lumière malade des réverbères. Sur les façades aristocratiques des immeubles grand-siècle, une fenêtre, une seule, est ouverte sur une indiscrétion ou la promesse d'une vie étrangère. La statue équestre d'Henri IV est accoutrée de néons. Le sceptre est bleu fluo ; quelle tragédie ! A ce spectacle, la colonnade de Perrault reste impassible ;la silhouette muette des toitures du Louvre aussi. Soudain, au pied de la Samaritaine, un feu d'artifices s'enflamme et, simultanément, l'obscurité blessée résonne du tintamarre absurde des sirènes de police. Et ce sac en plastique qui semble agoniser dans une mise en scène grotesque ! Vient jusqu'à moi le bruissement épais du vent dans les arbres posés sur la berge du fleuve, comme la caresse timide des vagues estivales sur le sable de la Côte des Basques.

dimanche 20 juin 2010

Loin du foot...

Lu dans le JDD de ce WE, ces quelques phrases d'Hubert Védrine, grand lecteur (je l'atteste : je me suis retrouvé avec lui à "l'Ecume des pages" et j'ai été impressionné par la quantité de livres qu'il achetait en une seule fois) ; phrases que je partage totalement.
"Il existe dans la lecture une lenteur et une densité nécessaires à la construction de l'homme.(...) Je crois qu'il faut réintroduire l'éblouissement de la lecture dans les vies d'aujourd'hui."
Parmi les auteurs qu'Hubert Védrine aime tout particulièrement : Marguerite Yourcenar, Albert Camus, Garcia Marquez, André Malraux, Irène Némirovsky (Suite française), Ed McBain, Paul Gadenne (les Hauts-Quartiers).

Tours jumelles de luxe à La Défense.


Bonne nouvelle pour nos gouvernants : y'a de l'argent ! Et du "lourd". Plus de 2 milliards d'Euros mis sur la table (c'est signé, craché) par un fond Russe, Mirax (non, ce n'est pas un mirage, encore que ...).
On nous rapporte donc ce matin que le deal pour la construction de 2 tours jumelles de 320 m de haut, et "de luxe", a été passé.
"Jamais les français l'auraient fait" (dixit Philippe Chaix, directeur général de l’Etablissement public d’aménagement de la Défense). Est-ce un compliment en ces temps où la France a du vague à l'âme ?
Ce monsieur (qui "semble fasciné" par le projet nous dit la dépêche) ajoute que "Ca apporte un nouveau concept, la grande tour mixte de luxe."

Pour ma part je considère ce projet comme un non sens absolu :
- sur le plan urbain (le site est juste à droite du pont de Neuilly quand vous allez sur La Défense), on ne verra plus que ces deux tours gigantesques sur la moitié de la perspective de La Défense
- la nature même du projet : un ensemble "de luxe" ; une arrogance supplémentaire ; la priorité est-elle là ?
Un fond russe...après la vente du siège de Météo France au Pont de l'Alma pour y construire une église orthodoxe, Paris serait-il à vendre aux "fonds" russes ?
Sur le plan purement plastique, je vous laisse juge...
A noter que le perspectiviste aurait pu se fouler un peu plus : ça fait intérieur de programme immobilier foireux sur la Costa Brava !


Ne vous inquiétez pas : le spa ce ne sera pas pour vous !

Surface : 250 000 m² dont 150 000 m² de logement, 35 000 m² d’un hôtel 5 étoiles, 30 000m² de bureaux et 35 000 m² de centre commercial comportant une salle de spectacle de 1 300 places, une galerie d’art de 1 500 m².

Tour A : 91 étages qui hébergent un hôtel cinq étoiles de 204 chambres (de très grand standing), un centre de thalasso et des appartements (de luxe)
Tour B : 89 étages qui accueillent des bureaux et des appartements (de luxe)

J'allais oublier : l'architecte, il s'agit de Sir Norman Foster... quand on vous disait que "jamais les français l'auraient fait !"...
Aux armes, citoyens !
PS1 : Mr Balkany doit être "vert" : il avait lui aussi un projet très vilain de "tours" à Levallois, mais les fonds provenaient d'un cheik (et pas d'un Chaix !) qui s'est avéré sans provision probablement ...
PS2 : Mirax, c'est ce même promoteur raffiné qui, il y a 3 ou 4 ans, avait mis en scène pour le MIPIM à Cannes deux jeunes femmes magnifiques déguisées en femmes enceintes, qui arpentaient l'entrée du Palais des festivals en poussant un landau, duquel émergeaient des maquettes de projets immobiliers tape à l'œil ! La classe.

samedi 19 juin 2010

De architectura et les idoles du sport !


Magnifique ce petit texte de Vitruve figurant au courrier des lecteurs de Télérama (N°3153). Non pas seulement par le lapsus du commentaire qui présente Vitruve comme un ingénieur (mais après tout, au 1er siècle ap JC, y avait-il cette différence - voire cette opposition - que nous mettons aujourd'hui entre architecte et ingénieur ?), mais surtout par le contenu du texte extrait de "De architectura" évoquant la disproportion des honneurs rendus aux athlètes par rapport à celui réservé aux écrivains, et que je m'autorise à reproduire partiellement ci-dessous (un régal !) :
"Non seulement ils reçoivent des louanges avec palme et couronne (...), mais encore, lorsqu'ils retournent dans leur cité, ils sont portés en triomphe dans des quadriges (...), et ils jouissent pendant toute leur vie de rentes instituées sur le fonds de l'Etat. Quand je constate cela, je me demande avec étonnement pourquoi des honneurs aussi grands ou même plus grands n'ont pas été décernés aux écrivains, qui rendent des services infinis, pour tous les temps à venir, à tous les hommes. Il serait d'autant plus digne que cette mesure soit instituée que les athlètes rendent seulement leur propre corps plus fort par leurs exercices, tandis que les écrivains perfectionnent non seulement leur talent et leur intelligence, mais encore ceux de tous les autres hommes ...

vendredi 18 juin 2010

José Saramago

J'avais évoqué dans ce blog, en quelques lignes (voir en fin d'article), le dernier livre de José Saramago, auteur portugais et prix Nobel de littérature 1998.
Il s'agissait d'une compilation des textes d'une année de son blog.
J'avais trouvé formidable la jeunesse de ce vieillard d'à peine 88 ans. Qu'est ce qu'en définitive que la jeunesse sinon la capacité, demeurée intacte malgré l'usure du temps, de se révolter et de s'enthousiasmer ?
Cet après-midi, alors que je prenais l'ascenseur, mon IPhone a "bipé" ; deux coups brefs. En général c'est un décès ou une catastrophe. Sur mon écran un message lapidaire : "José Saramago est mort". "José Saramago est mort" ai-je dit aux 3 personnes qui m'accompagnaient dans la cabine. Personne ne le connaissait. Remarquez, je n'ai pas à me vanter : je ne le connaissais pas il y a encore quelques mois !

Texte paru le 7 mars 2010
"Le cahier", qui reprend les textes parus sur le blog du Prix Nobel de Littérature 1998, le portugais, José Saramago, entre mars 2008 et mars 2009, entre dans la catégorie des livres dont la lecture est un bonheur. Ce Monsieur d'à peine 88 ans nous donne à espérer à chaque ligne : à un âge où la tentation de la résignation est courante, voilà un jeune homme encore révolté contre l'injustice (économique, contre les femmes, contre les palestiniens, ...), qui croit naïvement en la bonté, l'espoir, la solidarité ou la tolérance, et parvient à nous convaincre qu'il est possible de vieillir tout en conservant intacte les attributs mentaux de la jeunesse - et en particulier l'utopie et l'enthousiasme ! En cela, il n'y a pas d'hérésie.
"Si tu peux regarder, vois
Si tu peux voir, observe."

Sujets du bac philo 2010 (et leurs corrections)

- La recherche de la vérité peut-elle être désintéressée ? Rép. : pas toujours !

- Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ? Rép. : ce serait trop simple !

- L'art peut-il se passer de règles ? Rép. : "la contrainte est le marchepied du talent"

- Dépend-il de nous d'être heureux ? Rép. : non, il y a toujours des jaloux

- Une vérité scientifique peut-elle être dangereuse ? Rép. : qu'est ce qu'une vérité scientifique ?

- Le rôle de l'historien est-il de juger ? Rép. : et pourquoi pas ?

- Une vie heureuse est-elle une vie de plaisir ? Rép. : ni tyrannie du plaisir, ni éloge du sacrifice

- L'art peut-il se passer d'une maîtrise technique ? Rép. : bien sûr

Dictionnaire des idées perçues

A ce jour, 416 mots.
Les 5 derniers sont :
- Musée : on s'impose ceux qui sont au bout du monde et on délaisse ceux qui sont à portée de mains
- Musicien : potentiellement le plus heureux des hommes
- Musique : voir Mathématiques ; Peter Zumthor la place au-dessus de l'architecture
- Nations : sont-elles vraiment indispensables ?
- Navire : plus aristocratique que bateau

A retrouver sur le lien "Dictionnaire des idées perçues"
ou http://pergame-dip.blogspot.com/

jeudi 17 juin 2010

LOG de 1

(Inspiré d'une histoire vécue)
Votre enfant est en pleine révision de l'épreuve de mathématiques du baccalauréat et il ne parvient pas à retenir que Log de 1 = zéro. Rien n'est perdu !
Dites lui : "Quand tu vois Log(1), tu penses très fort à une personne que tu trouves nulle, car Log(1) = zéro !"
Chacun peut penser à qui il veut (même à l'auteur de ce blog !). Initialement, puisque "l'enfant" en question était amateur de foot, j'avais pensé à Mr. Domenech que j'avais mis en exergue (et en photo). Mais je me suis rendu compte que c'était trop nul de tirer sur une ambulance (merci Gérard !). Et j'ai donc changé mon texte d'origine.

mercredi 16 juin 2010

Comment j'ai liquide le siècle


La Chine va anéantir l'empire américain et tout le système capitaliste. C'est la conviction de Mme Krudson, la grande prêtresse de la finance mondiale. Pour pallier à cette fatalité, un seul remède : détruire le système avant que les chinois s'en emparent. Ce sera la mission qu'elle confie à Pierre, mathématicien génial, polytechnicien bien sûr, et trader vedette du Crédit Général (oui, le même que pour l'affaire Tréviel et dont l'ancien PDG était un dénommé Mouton...). Pierre, bien qu'acteur-profiteur de cette machine à enrichir toujours plus, porte un regard désabusé sur la salle des marchés, ses golden-boys incultes que seule la soif d'argent semble motiver. Sa vie privée est un désastre. Il est divorcé. Sa fille est anorexique, au bord du suicide. Sa vie sentimentale est réglée par une magnifique prostituée métis. Toutes les contingences matérielles sont assurées par un majordome pakistanais. "J'appartiens à une oligarchie motivée par l'ambition, avec le conservatisme comme idéal et la technologie pour rêve. J'ai la plus belle performance du floor. c'est tout ce qui compte, le montant du cash à l'instant t, la maximisation de mon gain individuel. Mon hédonisme est relatif : je n'ai aucune spiritualité ni conviction. je vis dans une bulle inviolable, dans l'ultra-présent. N'importe où et toujours seul."
Mme Krudson va lui confier une clé USB qui contient un programme algorithmique HK 2010 dont l'introduction et la multiplication dans les programmes financiers doivent déclencher une apocalypse financière.
Ecrit dans un style très simple, avec des phrases courtes (trop ?) et précises (souvent sujet-verbe-complément), ce petit thriller (le 2ème roman de Flore Vasseur) qui vous dénonce l'absurdité des dérives du monde de la finance se lit frénétiquement, avec beaucoup de plaisir.
De mon point de vue, il devrait figurer dans toutes les bibliothèques des grandes écoles - et en particulier de commerce.
En ces temps pré-estivaux, je le recommande aux baigneurs de l'île de ré, Biarritz, Saint-Palais et Royan (et aux autres bien entendu).

mercredi 9 juin 2010

Double rêve


C'est l'écoute du "Masque et la Plume" qui m'a incité à lire cette nouvelle d'Arthur Schnitzler écrite en 1925. Albertine et Fridolin forment un couple d'une trentaine d'années installé dans une vie conjugale que l'on peut qualifier de "sans histoires". La révélation par Albertine d'un désir amoureux sans lendemains amène Fridolin, médecin, a être saisi par la jalousie puis par le désir de fréquenter des univers interlopes (la prostitution, les soirées privées à thèmes érotiques, ...). Ce petit livre est passionnant ; l'écriture est fluide ; le scénario palpitant. Ce n'est pas par hasard que Stanley Kubrick s'est inspiré de l'histoire pour le scénario de son dernier film : Eyes Wide Shot
Sans compter sur l'image de la Femme qui, tout au long de ce texte, est mise en valeur.

dimanche 30 mai 2010

Bâlade architecturale

Bâle constitue pour l’amateur d’architecture en général, et d’architecture contemporaine en particulier, une destination de rêve.
Il y a les « incontournables » : le Campus Vitra - et sa toute nouvelle star la Vitra House - et la Fondation Bayeler. A eux seuls, ces deux ensembles méritent le déplacement.

Nicholas Grimshaw, le premier à relever le défi
Le Campus Vitra est situé un peu en-dehors de la ville elle-même, mais d’accès facile (Tram N°6). C’est en 1981, après un incendie qui détruit pratiquement 60% des stocks du site, que la société Vitra, éditeur de meubles depuis les années 50 avec Charles et Ray Eames, s’engage dans la commande de bâtiments « griffés », confiés à des architectes de renom.
Nicholas Grimshaw est le premier à relever le défi, et réalise en quelques mois un premier hall de stockage dont l’enveloppe de métal argenté, dans un vocabulaire à peine « High-tech », semble aussi simple qu’efficace.


Les premiers pas de F.O. Gerhy en Europe
En 1989, Vitra s’engage avec Franck Gerhy et lui propose de dessiner le musée de la marque : le Vitra Design Museum. En réalisant ici son premier bâtiment sur le vieux continent, l’architecte californien donne une véritable impulsion à la notoriété de la marque et du site ; et à la sienne au passage. Le monde découvre alors ce que les critiques ont dénommé : le déconstructivisme.

Viendront plus tard en 1993 l’American Center de Bercy (une déception), en 1997 le Guggenheim de Bilbao (une réussite), et un nombre très important de curieux édifices posés un peu partout sur la planète, reconnaissables entre tous par ces incroyables arabesques de volumes enchevêtrés dont la fantaisie plastique est (paradoxe ?) calculée grâce à un outil informatique d’une rigueur absolue : Catia, un logiciel développé pour l’aéronautique.
L’échelle du bâtiment n’est pas comparable à celle de Bilbao, ou même de la future Fondation Louis Vuitton pour l’art contemporain (sensiblement le gabarit de Beaubourg) logée au Jardin d’acclimatation. Dans la production de Gerhy, il s’agit plutôt d’une sorte d’échantillon. La matière reste assez conformiste : béton revêtu d’un enduit blanc et zinc en couverture. Mais les déhanchements sont au rendez-vous et les volumes se télescopent créant des arêtes improbables. L’architecte a revisité le modèle de la marquise d’entrée en y substituant un cube évidé en suspension audacieuse.


Dans les années 93, 94, le Campus Vitra s’enrichit de trois nouvelles œuvres qui témoignent de la richesse et de la variété de l’architecture contemporaine. Comme le soulignait Christian de Portzamparc dans son discours inaugural de la chaire de Création artistique au Collège de France le 2 février 2006, sur le plan architectural, l’époque actuelle est caractérisée par le fait qu’il n’y a plus de style admis par tous, de doctrine ; « C’est le trait majeur de notre nouvelle modernité. » Parole à méditer, au-delà du seul champ architectural évidemment…

Minimalisme et fulgurance plastique

Deux architectures opposées vont surgir sur le campus : l’une minimaliste, inspirée par la philosophie Zen, due à l’architecte japonais Tadao Ando, l’autre, dans un vocabulaire plus agité, propre à l’architecte irako-britannique, Zaha Hadid.

Tadao Ando, qui aurait du coiffer la poupe de l’île Seguin par la fondation Pinault, a conçu un centre de conférences minimaliste que l’on mérite après un parcours gentiment initiatique à travers une prairie peuplée de cerisiers.

Comme pour se préserver de la contamination possible de son ainé, le Vitra Museum situé à proximité immédiate, l’architecte a placé entre eux un mur assez long, imprimant à son tour sa marque de fabrique : un béton dans lequel les trous de banches forment une matrice d’une rigueur et d’une propreté imparable.
Plusieurs petits corps de bâtiment distincts reliés entre eux par un jeu de cours et d’escaliers, composent l’ensemble. Chacun abrite une salle de travail. L’ensemble a été conçu dans le respect de l’unité de mesure japonais, le jo ; soit 91 cm x 182 cm, les dimensions d’un tatami.
Toute cette attention et cette retenue ne suffisent pas à créer l’atmosphère si particulière de certaines œuvres d’Ando. La cour intérieure a des allures de promenade carcérale. On peut regretter l’absence d’un bassin de lotus et d’agapanthes ; ses reflets et sa fraîcheur poétiques.


Pour ce site industriel de plusieurs hectares, il fallait une caserne de pompiers. Vitra demande à Zaha Hadid de la concevoir. L’architecte, dont le talent reste à cette époque virtuel – elle a produit beaucoup de dessins mais pas ou très peu de réalisations – va concevoir avant tout une œuvre plastique.

On y retrouve l’éloge de la fluidité des lignes, des arêtes vives, de la « fonction oblique » chère à Claude Parent et du béton brut (très brut).
Les soldats du feu ont tenu, semble-t-il, moins de trois ans dans cet univers impitoyable fait de murs penchés, de chicanes, d’angles aigus et de matériaux peu chaleureux (un comble !).

Reste aujourd’hui un espace vide, déserté par les camions astiqués et les casques rutilants, qui se visite comme un prototype architectural.

Architecture et modestie

Dans ces mêmes années, une troisième œuvre vient compléter le dispositif. Alvaro Siza, immense architecte portugais, érige en 1994 une enceinte de briques rouges posée sur un soubassement de pierre grise dont la ligne supérieure est juste soulignée d’un profilé métallique noir.

Cette œuvre d’une très grande modestie, mais d’une force indéniable, cache un atelier de stockage. La façade est percée de grandes ouvertures verticales qui en révèlent l’épaisseur, lui conférant ainsi une matérialité supplémentaire.

Fragmentation-défragmentation du bâti


Et donc, enfin, la star : la Vitra House, le show-room de l’entreprise qui a été livrée au premier trimestre de cette année ; la dernière production de l’agence bâloise Herzog et de Meuron. Imaginez plusieurs maisons (5 ou 6) de forme traditionnelle : un toit à deux pentes, des murs de façade pleins, une volumétrie de longère, et des pignons totalement vitrés. L’extérieur est entièrement peint en noir, couleur bitume. L’intérieur est blanc immaculé. A présent vous vous amusez à empiler ces maisons les une sur les autres et, avec une paire de ciseaux savants, vous les emboitez afin d’obtenir une composition apparemment désordonnée qui fait la part belle aux porte-à-faux.

C’est ainsi que pourrait être résumé cette œuvre spectaculaire qui constitue une sorte d’aboutissement dans le travail de l’agence sur ces quelques dernières années. Cet exercice, qui évoque l’idée d’une fragmentation-défragmentation, et me rappelle la vénus de Millo de Dali ; celle dont le corps est équipé de tiroirs.

La promenade à l’intérieur de cette demeure de milliardaire est une expérience inoubliable : les perspectives sont époustouflantes, les combinaisons de volumes démultiplient les dimensions, les vues sur les collines avoisinantes exaltent les sens. L’émotion est garantie.


Prochaine livraison sur le Campus Vitra : un entrepôt des japonais de l’agence Sanaa, auteur du Louvre à Lens et retenus pour rénover la Samaritaine à Paris.
En définitif, pas moins de six Pritzker Price (équivalent du Prix Nobel d’architecture) sont intervenus sur le Campus Vitra qui constitue désormais, à lui seul, un véritable concentré d’architectures contemporaines.

Second lieu « incontournable » de Bâle : la Fondation Bayeler de l’agence Renzo Piano (Pritzker Price également).

Situé au Nord-Ouest de la ville, en bordure de route et en limite d’une petite agglomération, le bâtiment de grès rouge et ardoise est en léger surplomb par rapport à la campagne immédiate d’où parvient le son bucolique des cloches qui tintinnabulent aux cous des vaches (suisses évidemment). Le plan est très simple : trois travées toute en longueur orientées nord-sud, dessinées par des refends habillés en extérieur de cette merveilleuse pierre marbrée dont chaque élément semble vouloir raconter une histoire ; un niveau principal d’exposition et d’accueil (le RDC), et un sous-sol principalement affecté aux réserves, à des ateliers et partiellement aménagé en espace d’exposition.

Une ombrière blanche, en guise de brise-soleil, composée de panneaux métalliques perforés et parfaitement ajustés, souligne avec élégance le périmètre de la toiture.

Le bâtiment prend place dans un site paysagé luxuriant et, tel Narcisse, contemple son reflet dans l’eau d’un bassin (presque) sauvage.

Les espaces intérieurs sont au service des œuvres et du visiteur. Pour les œuvres : le blanc parfait des grandes surfaces verticales, un espace modulable, et une qualité de lumière exceptionnelle dont le parcours précis au travers des différents filtres d’une sur-toiture savante est ajusté à la luminosité extérieure.
Pour le visiteur : un circuit limpide, des perspectives magnifiques sur l’extérieur, une acoustique et un confort thermique sans faiblesses, des spots en très petit nombre et quasiment invisibles, des expositions de très grande qualité (actuellement une rétrospective Basquiat).

On change tout !

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mercredi 19 mai 2010

Les Bons Enfants


"Les Bons Enfants", c'est l'histoire d'une seconde passion comme celle d'une seconde vie ; pour François-Pierre Lobies, imprimeur-éditeur, il a fallu trahir (momentanément !) sa relation de toujours avec l'écrit et le livre, pour réaliser un rêve : celui d'inventer un lieu unique où se conjuguent tous les ingrédients d'un certain art de vivre dont le fil rouge serait la Cuisine. Pas n'importe laquelle, celle de l'attention : des produits choisis, de leur préparation, de leur cuisson, de leur présentation, jusqu'à celle qui donne au lieu cette chaleur particulière.
Pour servir cet idéal hédoniste, François-Pierre Lobies est parvenu à convaincre un jeune chef japonais, Keigo Kimura, de délaisser les ors culinaires de la capitale (Le Ritz) où il œuvrait en second, pour s'exercer aux charmes plus intimes d'un piano de province, au cœur d'un gros bourg assoupi des confins de la Bourgogne et du Bassin Parisien, au nom prédestiné pour l'aventure : Saint-Julien du Sault.
"Les Bons Enfants", c'est deux concepts : le "bistrot" et le "restaurant gastronomique". François-Pierre Lobies confie qu'il n'apprécie pas vraiment ce terme "gastronomique" ; il lui trouve une allure prétentieuse qui ne lui convient pas du tout. Il tenterait bien l'anoblissement du plus modeste de ses deux établissements - et de bistrot, nous passerions à restaurant - tandis que le second recevrait une appellation indiquant qu'il s'agit plus d'un lieu de recherche culinaire. A suivre.
Qu'importe, pourrait-on se dire, puisque le plaisir est présent, quelque soit la salle du rendez-vous ! Mais chez le maître de séant, l'attention se conjugue avec une certaine précision, et il ne renierait certainement pas la devise du grand architecte américain, Mies Van der Rohe : "Dieu est dans le détail."

Venons-en aux faits !Commençons par la modestie.
Une petite salle donnant sur une grande place écrasée par la stature gothique d'une collégiale du 12ème siècle. Une banquette en moleskine rouge comme une métaphore de bistrot, de charmantes suspensions animalières au-dessus d'une petite vingtaine de tables, des convives qui se prennent - à raison - pour des invités, et un menu à 28€, qui est à lui seul un prodige.
A la carte ce soir-là :
Au chapitre des entrées :
- un velouté glacé de petits pois, rehaussé de copeaux minuscules de bacon grillé, comme une petite provocation dans une composition végétarienne
- des gambas en papillotes croustillantes et son pistou (inspirée de Robuchon qui s'imposait, pour une clientèle précieuse et fortunée, la langoustine royale)
- foie gras de canard maison (simplement irréfutable)
Dans le corps du menu à présent :
- Une tête de cochon, en roulé, et sa sauce charcutière dite Robert ; le moelleux de la viande et l'acidité du cornichon ne cessant de s'échanger des œillades complices.
- Une joue de bœuf braisée au vin rouge, poire poches au vin rouge, dont le fondant est inoubliable (à se "rouler dedans" pourrait-on dire !)
- Un supion de pintade "manchonné", sauce vin jaune et champignons, comme une réhabilitation goûteuse d'une volaille trop souvent banalisée

Le dessert :
- Un fondant au chocolat, pour bien affirmer la maîtrise des fondamentaux
- Une très simple salade de fruits, sorbets (des fruits frais, et des sorbets qui valent des Berthillon ou des Bernard)
- une crème brulée à la vanille, qui respecte admirablement son cahier des charges : brûlant du croustillant de la cassonade sur le dessus, et fraîcheur du cœur de la crème.
Ce repas s'accompagna du deuil d'un Chinon 2004 "Les Picasses", de chez Catherine et Pierre Breton qui fit un honneur brave à cette jubilation gustative.
Faut-il vous dire que l'apéritif - une coupe de champagne par exemple et sa gougère tiède - est offert ?

Faut-il parler de la seconde table, celle où le chef s'emploie à démultiplier ses talents ? Certainement, mais juste un commentaire : elle dame le pion, haut la main, à un bon nombre de tables chichiteuses qui paradent dans certains guides, à la manière d'un geai paré des plumes du paon ! Je ne citerai pas de noms...
"Les Bons Enfants" dispose également, pour les beaux jours, d'une salle en plein air avec vue imprenable sur les arcs-boutants de la collégiale et ses audacieux pinacles ; d'une terrasse supplémentaire, récemment aménagée, qui se languit aux pieds d'une très ancienne et très vétuste bâtisse dont la restauration prochaine permettra d'offrir des chambres aux hôtes de passage afin de prolonger, in situ, les délices de la table par ceux de la position horizontale.

Le quai de Ouistreham


Florence Aubenas est cette journaliste qui fut enlevée en Irak en 2005 avec son chauffeur et retenue en otage pendant 5 mois. Je me souviens avoir vu en direct son arrivée sur le tarmak de l'aéroport de Vélizy-Villacoublay. Elle était étonnamment souriante et décontractée. On aurait pu alors imaginer revoir cette femme quelques jours plus tard sur les plateaux de télévision, en "Prime Time", son portrait et sa biographie en long et en large dans les colonnes des quotidiens et, pourquoi pas, un reportage dans Match. Rien de tout ça ; plutôt le silence, l'éloignement des feux de la rampe dans une sorte de pudeur admirable.
Et puis ce livre, 5 ans après, "Le quai de Ouistreham", qui caracole parmi les meilleures ventes en librairie depuis sa sortie en février dernier.
C'est à une autre sorte de prise d'otage que Florence Aubenas nous invite : celle de ces employées - des femmes pour la plupart - prises dans les tenailles d'une vie faite de petits boulots de survie - l'échelle du temps n'est plus ni la semaine, ni la journée, mais l'heure - , où tout grain de sable - une batterie de voiture qui flanche, un seau d'eau malencontreusement renversé, un mal de dents - prend des allures de catastrophe. Pendant 6 mois, Florence Aubenas, s'est mise dans la peau d'une agent de nettoyage, partageant la vie de ces femmes qui se débattent avec le quotidien. Un quotidien misérable, d'exploitation, fait de petits matins froids et de soirées glauques, dans des décors sinistres de faubourgs sacrifiés. "C'était il y a même pas 10 ans, mais ça parait tellement loin, une civilisation engloutie." Ballotées par le Pôle emploi condamné lui-même par le gouvernement à faire du chiffre et produire de la statistique positive, soumises au sadisme banal de certains "petits chefs", jonglant avec les emplois du temps impossibles, scrutant à la loupe les bonnes affaires des surfaces alimentaires "hard discount", elles appartiennent au lumpen-prolétariat d'aujourd'hui. Leur seule conscience de classe est la résignation. "Plus on nous fait travailler, plus on se sent de la merde. "Plus on se sent de la merde, plus on se laisse écraser."
On ne sort pas indemne de cette lecture. La plupart de nos soucis paraissent totalement dérisoires.
Mais ce livre n'est pas seulement un reportage froid et objectif de conditions de vie inacceptables ; c'est très souvent des phrases, des images, servies par un très beau style.
"... le tortillon des glaces à l'italienne dessine les après-midi en famille, les dimanche où il ne pleut pas."
"Les gestes ressemblant à des frissons, tremblants et raides, tendus contre l'humidité qu'on sent prête à se faufiler entre les couches de vêtements, à chaque mouvement, comme des doigts glacés jusqu'à la peau tiède."

lundi 17 mai 2010

On change tout !

Toutes les photos de droite (sauf une) ont été changées !

dimanche 16 mai 2010

Les Bons Enfants

En gestation, un article sur ce lieu exceptionnel inventé par un passionné où on mange remarquablement bien, pour une somme déraisonnable (tellement ça pourrait être plus cher !), au pied d'une collégiale du 12ème siècle, dans un décor parfait !
Que demander de plus ?

En Islande, Il n'y a pas que des volcans capricieux


Il y a aussi des auteurs de romans policiers qui ont du talent. Arnaldur Indridason en fait tres vraisemblablement partie. "Hiver adriatique", son dernier roman traduit aux éditions Métailié dépeint, avec beaucoup de réalisme, une société islandaise a la derive entre la haine de l'autre - les travailleurs émigrés, souvent de nationalité thaïlandaise -, le couple dont l'avenir s'écrit plutôt dans le divorce et l'infidélité, l'adolescence imbécile victime des deux facteurs précédents et qui "zone" dramatiquement. Indridason donne également à ses personnages, et en particulier le commissaire Erlendur, hante par la mort de son jeune frere lors d'une escapade de jeunesse, une profonde humanité avec la fragilité qui l'accompagne. L'intrigue est pleine de points d'interrogation, d'impasses, jusqu'à son dénouement ; le tout servi avec du style et sans effets de manche.
Bref, un roman policier a recommander a ceux qui ne sont pas amateurs du genre ; et aux autres aussi, très probablement.

dimanche 9 mai 2010

Mémoire d'un dîner d'outre-tombe


Le Chateaubriand est bien un restaurant à part. Classé meilleur restaurant de France et N°11 dans le monde pour le guide S.Pellegrino, le chef basque au nom imprononçable, Inaki Aizpitarte, vous régale le soir d'un menu unique à 45€ comprenant un amuse-bouche, 3 plats et un dessert.
Le contenu de l'assiette est plutôt original sans extravagance. J'ai personnellement regretté la tiédeur - volontaire m'a-t-on appris - des plats. Dommage aussi qu'il y ait autant de bruit : dîner entre amoureux quinquas à éviter (les plus jeunes sont peut être plus habitués au vacarme) !
Le chef est très sympa. Il conjugue amour de la gastronomie et vif intérêt pour l'architecture. Il est en admiration devant Rem Koolhaas qui lui conçoit une petite annexe à quelques mètres de l'adresse principale.
La cantine du midi m'était apparue plus calme.
Je reviendrai.

Nouvelles orientales


Dix petites nouvelles d'une beauté littéraire presque absolue. Tous les affres et la beauté de la condition humaine y figurent. Le triomphe de l'art avec "Comment Wang-Fô fut sauvé", la fureur de vivre avec "Le sourire de Marko", l'amour maternelle et la cruauté dans "Le lait de la mort", la douleur de l'amour oublié avec "Le dernier amour du Prince Genghi", la beauté fatale avec "L'homme qui a aimé les Néréides", l'amour tragique avec "La veuve Aphrodissia", la sagesse au bout de l'errance avec "Kali décapitée", ...
"Une pierre enfin se détacha sous son pied, tomba au fond du précipice comme pour lui montrer la route, et la veuve Aphrodissia plongea dans l'abîme et dans le soir, emportant avec elle la tête barbouillée de sang."

samedi 8 mai 2010

Fiction

"...imaginez, vous montez dans un vieux tram, vous êtes seul...(...) Laisser vous secouer par votre fantaisie. Allez au-delà de vos rêves. N'ayez pas peur. Vous ne savez pas où vous allez, c'est tant mieux, c'est la nuit, le ciel est plein d'étoiles, mais vous êtes sommés d'inventer un itinéraire et de donner à votre voyage un sens (...) C'est ains que naissent les histoires. Pas toutes, celles que j'aime écrire. Tahar Ben Jelloun. "Le Monde" date des 9 et 10 mai.

Le texte qui suit a été écrit avant de lire la chronique de TBJ. Coïncidence ?

Il est seul dans une grande ville de province qu'il ne connait pas, ou mal. La nuit s'est installée sur les bords du fleuve avec une aisance de propriétaire. Une nuit de gala avec des façades grands siècles, subtilement éclairées, dont les reflets sur la surface noire de l'eau inventent une autre ville. Il doit prendre un ticket de tramway. Pourquoi ces machines ne sont pas toutes les mêmes ? Il se dit : déjà, à mon âge, je ne sais plus prendre un billet de tram ! Il demande l'aide d'une ombre qui est à quelques mètres de lui. L'ombre est plongée dans la contemplation de l'écran de son téléphone. Mais elle s'approche et lui indique le mode d'emploi. Il remercie l'ombre. Elle retourne à sa contemplation. Il aimerait trouver un lieu agréable pour diner. L'ombre doit bien savoir.
"Pardon, s'il vous plait."
L'ombre relève la tête et sort de sa contemplation.
"Je ne connais pas cette ville, pas bien, pourriez-vous m'indiquer où je pourrai trouver un restaurant sympathique, style brasserie ; vous savez, la grande brasserie, celle que l'on retrouve dans chaque grande ville ?"
L'ombre s'approche du plan du tram et pointe du doigt une station.
"Vous descendez là et puis vous allez par là en remontant."
L'ombre sourit ; elle a des yeux, une bouche et des cheveux probablement châtains foncés. Elle est beaucoup plus jeune que lui.
"Là, vous allez trouver tout ce que vous voudrez,"
- Merci, vous êtes très gentille."
Le tram arrive. Il monte et il reste debout dans la voiture. Il cherche dans son IPhone "Stairway to Heaven" car il veut traverser le pont au-dessus du fleuve en écoutant "It makes me wonder". Les vitres du tram sont recouvertes de petites gouttes d'eau qui scintillent comme autant de paillettes de la ville inconnue. Le passage sur le pont est majestueux. La ville est tellement belle qu'elle semble imaginaire. Il se dit qu'il faut qu'il descende au prochain arrêt. Ce qu'il fait. Il marche quelques pas sur le quai. Il est rejoint par la jeune femme.
"Je vais vous accompagner. Cette ville est belle, je veux vous la montrer un peu."
Elle a un léger accent qui lui fait penser qu'elle doit être étrangère.
"Vous êtes très gentille. C'est formidable d'avoir un guide...un guide comme vous...une inconnue."
Il n'est pas troublé, mais il voudrait trouver les mots justes, à la hauteur de ce petit bonheur improvisé.

Elle lui montre des monuments, des places, en lui disant le nom de chaque lieu.
"Vous voyez, c'est la porte de l'ancienne ville. Là, les anciens hangars à épices. L'hôtel de ville."
Il s'arrête et admire à chaque fois les compositions architecturales du passé dont la mise en lumière souligne davantage encore l'harmonie parfaite.
"Je suis polonaise et je m'appelle G... ; et vous ?"
Il lui dit son nom. Ils arrivent dans les ruelles de la vieille ville.
"Si vous voulez dîner dans une brasserie, c'est par là. Si vous voulez aller dans un lieu très sympa que je connais, je peux vous y amener.
- Oui, bien sûr, c'est mieux dans un lieu sympa."
C'est un petit restaurant tout en longueur décoré de tableaux d'artistes accrochés au mur. Certains sont plutôt corrects ; c'est une bonne surprise. Au fond de la salle, un DJ ondule devant ses platines au rythme d'une musique techno. Le patron embrasse la jeune guide d'un soir. Ils s'installent tous les deux, face à face, sur des chaises hautes devant un bout de comptoir. D'autres jeunes passent et font la bise à la jeune femme. Ils lui glissent un petit mot amical en la prenant par les épaules. Elle rit à chaque fois. Et puis elle le regarde avec un regard qui semble dire : Qui es-tu ? J'ai l'impression de te connaître, mais je sais pourtant que je ne t'ai jamais vu.
"Vous voulez boire quelque chose ? Il n'y a pas de grands vins ici", dit-elle avec un léger regret dans la voix.
"Ce n'est pas grave."
La musique est forte. Il ne sait pas parler quand la musique est si forte. Elle porte des bottes noires avec des motifs en arabesque.
La musique est si forte - et peut-être qu'il est un peu sourd également - qu'elle doit se pencher vers lui et lui parler dans l'oreille.
"Lisez-vous ? Lis-tu ?"
- Oui, je suis entrain de lire ..."
Elle cherche le titre qu'elle ne retrouve pas. Elle cherche en regardant par delà les murs de la salle. Il l'observe. Il pense que c'est agréable d'être ici avec une inconnue. Il n'éprouve pas de désir pour elle, même pas un sentiment un peu paternel compte tenu de la différence d'âge. Non, il se rend compte que ce qu'il ressent c'est qu'ils sont à égalité. Deux êtres au hasard d'une rencontre dans une ville inconnue, de sexe différent, sans désir l'un pour l'autre, sont forcément à égalité.
Il commande un foie gras. Le patron arrive avec une bouteille de Rioja. Il remplit les deux verres. Ils trinquent en souriant. Quand elle sourit à nouveau avec cette curieuse expression dans le regard qui semble dire "je sais qui tu es, et toi, maintenant, me reconnais-tu ?", il est troublé. Il sait à présent qu'il a déjà vu cette jeune femme. Mais c'est impossible. Ils ont près de 25 ans de différence d'âge. Il n'a jamais connu de polonaise. Juste un couple de polonais qu'il avait pris en stop un dimanche soir en remontant sur Paris et qu'il avait hébergé chez lui.
Ils tentent, malgré la musique, de poursuivre une discussion sur les régions de France qu'elle connait, les pays d'Europe qu'elle a traversés, son petit ami qui l'a délaissé ce soir pour déguster "entre hommes" des cigares, la soirée de demain - une autre dégustation, de champagne cette fois -, et lui ce qu'il est ou n'est pas, ses points d'attache, sa femme, son fils unique - DJ à l'occasion-, un peu de sa profession, architecte. Elle doit toujours se pencher à son oreille pour lui parler. Il est gêné car il n'entend pas bien. Alors souvent il dit oui de la tête et il lui sourit. Parfois, il y a de longs moments de silence entre eux. Ou peut-être des moments de silence qui lui semblent longs. Elle le regarde. Toujours avec cette question. Il ne sait pas la regarder aussi bien. La porte du restaurant est restée ouverte et un souffle d'air frais glisse subitement. Il a un pressentiment. Et puis elle frissonne. Elle passe sa main dans ses cheveux. Alors, immédiatement, il sait. Il sait maintenant ; qui elle est et où il a déjà vu ce frisson et ce geste ; les mèches de cheveux qui glissent entre ses doigts.
Mais c'est impossible. Elle n'était pas née. Et puis elle ne connait pas la Bretagne. Celle du Nord. Une île. Elle ne peut pas être J... J. est morte à présent. Elle lui avait dit un matin en le quittant, sur le bord d'une route, il y a très longtemps.
"Je vais mourir ; nous ne nous verrons plus."
C'est impossible à dire à vingt ans. C'est impossible à entendre aussi. Elle avait eu ce frisson. Le vent semblait fuir dans ses cheveux. Sa main s'était portée à son visage et ses longs doigts avaient tenté de calmer les mèches indociles. L'une d'elles s'était coincée entre ses lèvres. Il se souvient, ce soir.

Il est maintenant au bord du fleuve. Il est sorti brusquement du petit restaurant en s'excusant. Devant lui, il y a cette masse noire qui ondule comme une immense bâche luisante. De l'autre côté, la berge est absente. C'est simple de mourir, pense-t-il. Mais tout semble si beau, si profond.

mardi 4 mai 2010

L'offense de Ricardo Menendez Salmon


Je crois me souvenir que j'ai acquis ce petit livre en suivant les conseils d'un ami dont j'apprecie les choix litteraires, avant d'avoir l'honneur de les partager. Il avait devore cette offense en 3 heures, avec la complicite d'un canape qui n'en demandait pas tant. J'ai fait l'exercice en deux etapes, mais mon plaisir rejoint le sien. Et pourtant il s'agit du recit d'une sorte de cauchemar. Je ne vais pas imiter l'indescence de l'editeur qui resume au dos l'integralite de l'histoire. Juste dire que l'ecriture est presque parfaite. C'est un roman historique qui ne se prend pas pour un roman historique. Il y a un regard ajuste sur les choses de la vie et cette troublante question du destin, et comment des vies simples peuvent etre embarquees aux frontieres du reel.

Desert de JMG Le Clezio


Je regrette sincerement d'avoir eprouve par endroit une vague sensation de lassitude en cheminant tout au long de ces 411 pages. Certaines me sont apparues longues et penibles a vaincre, un peu comme si j'accompagnais dans leur errance fatale ces tribus du desert lorsqu'elles gravissent les reliefs pierreux et surchauffes de leur interminable periple.
L'heroine, Lalla, fille d'un bidonville, emigree, refugiee dans la misere marseillaise et dont la beaute lui permet de conquerir la notoriete des couvertures des magazines, tout en etant enceinte d'un berger muet du desert qui sent un peu fort la sueur et le poil de chevres, mais qui reste son amour eternel, Lalla qui fuit cette vie facile et vient accoucher aggripper a un figuier immense au bord de la mer, a quelques centaines de metres de son bidonville originel ... Bon, on se dit que Le Clezio est un sacre veinard : capable de croire en tout ca et de le distiller avec une lenteur de contemplatif anemie. Qu'est ce que je suis dur ce soir avec cet ecrivain qui m'a enchante avec "L'africain" !...

dimanche 2 mai 2010

Footing et passion halieutique


A l'occasion de mon footing dominical, une rencontre inattendue avec une carpe de 10 kg pêchée dans la Seine, et son propriétaire provisoire qui relâcha le monstre pacifique dans les profondeurs glauques du fleuve.

vendredi 30 avril 2010

Ile de Re


Et dire que c'était hier comme le chantait Montand, et que je ne vous aie même pas dit deux mots de l'Ile de Ré. Sérieusement attaquée par la tempête Xinthia de mars, l'Ile se remet avec courage et panse ses plaies (assez beau cliché, non ?) Les digues de bord de mer - les plus accessibles tout du moins - ont été remontées pour la plupart ; certaines avec des gabions, d'autres avec de la terre et des enrochements.

A de nombreux endroits, et en particulier dans la zone Nord de La Couarde et au Martray, les traces de la catastrophe sont encore bien visibles : marais embourbés, vignes désolées, routes affaissées, ... Le moulin à marée de Loix, que certains imbéciles ont inscrit sur la "liste noire", a du subir de plein fouet les vagues assassines, comme en témoigne le platelage de bois de la passerelle inférieure dont plusieurs lattes ont été arrachées.

Mais le petit port de La Flotte, noyé sauvagement en mars sous la monté des eaux, a retrouvé, aux premières heures de la journée, son calme, sa beauté modeste, et offre toujours son hospitalité au visiteur vélocipédiste occasionnel que je suis (un coin de terrasse, Le Monde, et un expresso accompagné d'un "Spéculos").

La lumière de l'île reste à nulle autre comparable ; spécialement, celle qui s'offre aux matinaux ; comme s'il y avait chez "Dame Nature" une sorte de pudeur magnifique à dévoiler ses charmes qu'à un nombre restreint d'amateurs de sensations douces ...