jeudi 15 novembre 2018

Fahrenheit 11/9 de Michael MOORE

Résultat de recherche d'images pour "fahrenheit 11/9"Il faut absolument voir ce film. C'est possible en VOD pour 6,99€. Même si c'est un peu fourre tout, il faut reconnaître à Michael Moore ce courage d'appeler un chat un chat, même si en l’occurrence il s'agit plutôt d'un requin ou d'une bête féroce ... Le témoignage final de Benjamin Ferencsz, l'ancien procureur en chef pour les Etats-Unis au procès de Nuremberg, est bouleversant.

Samaritaine : Mr Cognacq n'en reviendrait pas !

Difficile d'imaginer comment il est possible de s’investir dans des causes aussi stupides consistant à bloquer un permis de construire au prétexte d'une architecture non harmonieuse avec son environnement quand on contemple les premiers m2 de la façade imaginée par les architectes japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa de l'agence Sanaa sur le pignon de le rue de l'Arbre-Sec.
Une pure merveille dont l'élaboration a nécessité des trésors d'ingénierie après des trésors d'intuition architecturale.
Nous sommes ici dans une autre temporalité - le projet à été engagé en 2010  et sa livraison est prévu au printemps 2020 - ; dans un autre budget - 1 milliard d'Euros - mais il peut-être bon que l'on donne parfois, avec une discrétion inspirée, à la beauté architecturale, l'occasion d'exister.

lundi 12 novembre 2018

62 ans : la fleur de l'âge ! Merci Monsieur Francis Joyon !


À 62 ans et pour sa 7e participation, Francis Joyon a remporté pour la première fois la prestigieuse Route du Rhum. Photo Loic VENANCE / AFP
Francis Joyon, vainqueur de la Route du Rhum 2018
Merveilleuse année 56 ! Comme quoi à 62 piges on reste encore compétitif ! Bon ça fait du bien : on pensait qu'il n'y en avait plus que pour les moins de 40 balais vu les recrutements à l'Elysée, la start-up nation, et tout le tremblement. Il serait utile que l'on comprenne qu'il existe un talent que seul l'age permet d'améliorer si les dispositions existent : l'art de prendre du recul, le contraire de l'impulsivité et du show-off, de l'approximatif et du zapping.
Surtout pas de querelle des anciens et des modernes, mais une collaboration pleine de sens : peut-être une façon de mieux vivre, en nous et autour de nous.

dimanche 11 novembre 2018

Le lambeau de Philippe LANCON

L'histoire commence le 7 janvier 2015 à Paris avec l'attentat de Charlie Hebdo dans lequel Cabu, Charb, Honoré, Tognous, Wolinski et Bernard Maris devaient trouver la mort. Philippe Lançon, lui, fut atteint par une balle qui lui emporta le bas du visage et considéré comme mort part les tueurs. Je me souviens parfaitement où j'étais quand j'ai entendu le flash spécial à la radio annonçant l'attentat : dans ma voiture en route pour un rendez-vous dans le 20ième, rue Ramponneau. Quand je suis arrivé à l'agence d'architecture où je me rendais, j'étais sous le choc de l'annonce, j'ai informé mes interlocuteurs, nous étions tous sidérés.
Résultat de recherche d'images pour "le lambeau"L'histoire s'achève à New-York le jour de l'attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015. Je me souviens également où j'étais ce soir-là. C'était un samedi et nous étions invités à dîner à Levallois (la première fois que nous dînions à Levallois). Un peu avant la fin du repas, nous recevons un texto de notre fille : prise d'otages au Bataclan. Nous avons immédiatement allumé la télé et nous avons suivi, debout avec nos hôtes et les autres invités, encore une fois sidérés, la retransmission des événements dramatiques à l'autre bout de Paris, et pourtant tout proches, en écoutant, muets, seconde après seconde, le récit des événements tragiques.
Résultat de recherche d'images pour "le lambeau"

Philippe Lançon a passé tout ce temps entre La Pitié-Salpêtrière et les Invalides, dans une chambre d'hôpital ou au bloc opératoire, gardé en permanence par deux policiers.
Ce livre est l'histoire d'une reconstruction, et Philippe Lançon invite le lecteur au plus près de cette parenthèse de 9 mois. La reconstruction de son visage dont il ne nous épargne aucun détails opératoires et post-opératoires, les espoirs et les désenchantements, les douleurs physiques et la mécanique des appareillages se substituant à son invalidité. Celle de lui-même, plus complexe encore, jour après jour dans sa relation aux autres, à ses proches, au personnel soignant et en particulier avec Chloé sa chirurgienne.

mercredi 7 novembre 2018

La machine de Turing



C'est un réel bonheur d'aller au théâtre* quand il nous est donné d'assister à une pièce dont le thème, le jeu des acteurs et la mise en scène sont justes. Et c'est le cas pour "La machine de Turing" donné dans le modeste Theâtre Michel, 38, rue des Mathurins à Paris (8ème). Il n'y a certainement pas dans le texte le souffle d'une écriture à la Ionesco, Beckett, Camus, Tchekhov ou autres Sartre, mais aucune prétention non plus ce qui permet d'en apprécier d'autant plus la prestation des deux acteurs, et en particulier celle de Benoit Solès qui joue le rôle du grand mathématicien, auteur également du texte.
Description de cette image, également commentée ci-aprèsTout le monde connait à présent l'histoire héroïque et tragique de ce surdoué des mathématiques, l'un des pères de l'informatique et de l'IA**, dont la prodigieuse intelligence fut employée durant la seconde guerre mondiale par les services secrets britanniques pour déchiffrer "Enigma", la machine à coder les actions militaires d'Adolf Hitler. Mais cette histoire fut longtemps - jusque dans les années 70 - tenue secrète pour des raisons "stratégiques". Turing est mort en 1954 après avoir été condamné par une loi datant de 1885 à subir un traitement censé le guérir de son homosexualité, déchu de ses droits d'enseigner, oublié de ses concitoyens et du monde entier, alors qu'il avait contribué à la victoire des alliés et certainement à abréger la guerre de deux ans, selon plusieurs historiens. Ce n'est qu'en 2013 - il y a tout juste cinq ans - que la Reine Elizabeth II (couronnement en juin 1953 !) a daigné lui reconnaître le statut de héros de guerre et l'a gracié à titre posthume. C'est bien et c'est misérable : 60 ans après son suicide au cyanure !
La pièce interroge sur la question de la différence, en particulier celle liée à l'homosexualité dont on a vu encore récemment, ici, en 2018, qu'elle pouvait conduire des individus à séquestrer et torturer pendant 24H un jeune homosexuel ; mais ailleurs aussi, sous des prétextes divers - blasphèmes, déviance, perversité, ...
Elle questionne également la notion d'intelligence, que l'on assimile encore trop souvent au seul diplôme et à un corpus de connaissances normées, quand elle relève d'un processus plus complexe associant le plus souvent des contraires : intuition et calcul, imaginaire et réalité, concept et développement, théorie et empirisme, etc. ; mais jamais issue de certitudes, d'habitudes, de routines, de ce que j'ai envie de désigner par le "confort bourgeois de l'esprit", cette assurance béate d'être dans le vrai et le bon qui peut conduire à l'indifférence sinon au rejet, précisément, de la différence.
Cette pièce peut interroger enfin sur la montée des populismes, partout dans les pays dits modernes. Le populisme qui n'est rien d'autre qu'une délégation de responsabilité et un renoncement à la liberté contre une promesse de tranquillité, celle du vacancier, celui "qui passe sa mort en vacances" comme le chantait Brassens.
*et pour 24,50€ au 6 ème rang au centre !
**IA : Intelligence Artificielle

mardi 6 novembre 2018

Peter Zumthor et l'environnement

Résultat de recherche d'images pour "peter zumthor"A première vue le célèbre architecte suisse relativise, sans le négliger, l'impact que l'architecture (son architecture) peut avoir dans la contribution à lutter contre le réchauffement climatique. Il fait écho à la célèbre phrase d'Aalto : "L'architecture ne peut changer le monde mais elle peut au moins y contribuer". En tout état de cause, Zumthor participe à cet effort en préconisant de construire des bâtiments susceptibles de tenir 100 ou 200 ans, plutôt que 10 ou 20 ans pour certains aujourd'hui. Ça tombe sous le sens, encore fallait-il le dire.
"We started, in a way, by supposing that in 200 years time it is still in good condition. "It's the opposite of the fashion shop, changing its interior design every half year. In that sense, there's an ecological element."

Pour en savoir plus cliquer sur le lien ICI

mercredi 31 octobre 2018

"La ville ubérisée" de Ian Brossat

Résultat de recherche d'images pour "la ville ubérisée"Souhaitons-nous que Paris devienne une ville-musée, une ville-dortoir à touristes, peuplée d'appartements Airbnb, désertée par les petits commerces de proximité comme par toute une population qui n'aura plus les moyens de se loger face une surenchère des loyers et à une pénurie d'appartements à baux de longue durée ?
Souhaitons-nous livrer la façon de faire la ville aux GAFA* et autres NATU** qui nous promettent une ville connectée, une "smart-city" réglée sur des algorithmes censés nous faciliter la vie, mais surtout remplir le tiroir-caisse de ces multinationales fraudeuses du fisc ?
Souhaitons-nous en finir une bonne fois pour toute avec le concept de mixité sociale ?
Autant de questions que soulèvent le combat que mène au quotidien ce jeune adjoint au logement de la Maire de Paris contre Airbnb, en particulier, et l'ubérisation de la ville en général, avec ces nouveaux "services" qui, s'ils peuvent apporter un confort à court terme et à chacun, individuellement, sont des dispositifs nuisibles à plus grande échelle et sans encadrement pour le collectif. Un combat à la David contre Goliath, même quand ce David s'appelle Ville de Paris, un état souverain ou même l'Europe, parfaitement bien exposé dans ce petit livre que tout un chacun devrait avoir lu avant de commander une pizza Deliveroo, un VTC Uber ou réserver un appartement Airbnb.
Merci à Ourouk qui m'a fait découvrir cet ouvrage.
*GAFA : Google, Apple, Facebook, Amazone, Microsoft
**NATU : Netflix, Airbnb, Tesla et Uber

lundi 29 octobre 2018

659 Wrigthwood St à Chicago. Un haïku architectural. La dernière oeuvre de Tadao Ando

Dans ce quartier résidentiel proche du Lincoln Park au nord de Chicago où les maisons de style néo - gothiques, flamandes, Windsor, victoriennes, médiévales, etc. - se sont grimées en cette fin octobre des accessoires d’Alloween, un volume austère en béton gris peut surprendre. C'est qu'ici, dans ces rues tranquilles, loin de l'agitation du Downtown chicagolais, l'architecture déploie des trésors de pastiches à grands renforts de tourelles, balustres, loggias, dragons, colonnes et chapiteaux. La confrontation avec l’art minimaliste du maître japonais n'en est que plus excitante ("so exciting" comme disent les américains). 
En ce samedi matin, un peu avant 10H00, un petit groupe d’amateurs piétinent déjà devant l'entrée de l'élégante façade en briques rouges au 659, Wrightwood Street. Celle-ci contraste fortement par son classicisme revisité avec le parallélépipède en béton qu'elle jouxte dont la seule "fantaisie" consiste en une engravure au milieu de sa façade, close par trois éléments superposés métalliques. L'éditeur Fred Eychamer et sa fondation philanthropique, Alphawood, engagée dans la promotion de l'art, la cause LGBT et les droits civils, ont confié à l'architecte Japonais, Tadao Ando, Pritzker 1995, le soin de transformer un immeuble des années 20 en un lieu pour amateurs d'art et d'architecture.
Dans cet exercice qui rappelle, à une échelle plus réduite, le travail réalisé à la Punta de La Dogana à Venise, Ando excelle à conjuguer mémoire et contemporanéité.
Après le sas d'entrée, le visiteur pénètre dans un premier espace spectaculaire, un atrium sur toute la hauteur du bâtiment, intégrant un escalier en béton dont le dessin et l'exécution sont tout simplement remarquables, et deux généreuses terrasses-balcons qui permettent de contempler le travail juste, "savant et magnifique" de l'architecte, sur le vide, les percements, la matière et la lumière.
Question matière, l'architecte a mis en évidence la façade intérieure originelle composée de briques rustiques dans des tons allant du sable très clair à différentes nuances d'ocre, dans un appareillage à joints creux d'une discrète subtilité : un module plus petit tous les six rangs (à moins qu'il ne s'agisse d'un changement de sens de la pose  de la brique). Il joue du contraste entre ce matériau "imparfait" et le béton méticuleux de l'escalier et des autres surfaces verticales. La matière se compose aussi de verre, avec des garde-corps qui relèveraient presque de l'orfèvrerie tant le dessin et la mise en oeuvre sont d'une délicatesse absolue, et de bois disposé en lamelles en sous-face du plafond de l'atrium.
La lumière est le complément de la matière, et un élément avec lequel Ando sublime ses œuvres minimalistes, comme dans un haïku architectural. Elle s'invite dans l'espace par les baies vitrées de la façade mais aussi par des dispositifs plus discrets, comme des fentes verticales placées judicieusement afin d'apporter une beauté supplémentaire aux surfaces effleurées.
Trois espaces d'exposition complètent la visite. Le thème de l'exposition actuelle est tout simplement : "Tadao Ando and Le Corbusier. Masters of Architecture." Ainsi au 1er niveau le visiteur peut retrouver des dessins et des maquettes des chefs d'oeuvre du Corbu, et aussi un remarquable travail des étudiants d'Ando qui ont réalisé de minuscules maquettes de l'intégralité des projets (construits ou non) du Maître de Rondchamp.
Le second niveau est pour une grande partie occupé par une splendide maquette de l'île de Naoshima au Japon figurant les différents projets d'Ando inscrits dans le relief tourmenté de l'île. Un film projeté sur le mur au-dessus de la maquette plonge le visiteur dans l'atmosphère singulière de cette île où l'art contemporain est roi.
Le troisième et dernier niveau est consacré aux œuvres de l'architecte japonais au Etats-Unis dont le Musée d'art moderne de Fortworth (Texas) et la Fondation Pulitzer pour les arts à Saint-Louis (Missouri) avec, une fois encore encore, de très belles maquettes, des dessins et des peintures qui permettent de suivre le cheminement de l'artiste dans son projet.

Le 659 Wrigthwood St va devenir assurément une destination favorite pour tous les admirateurs d'Ando, et au-delà, pour tous les amateurs de lieux uniques (ça devrait faire beaucoup !).

A noter que si la visite est gratuite, il est impératif de s'inscrire au préalable sur le site  www.wrightwood659.org, le musée souhaitant à juste titre limiter le nombre des visiteurs en simultanée afin que chacun puisse profiter au mieux de l'esprit du lieu.

Et pour avoir de plus belles photos et un autre regard suivre le lien ICI






mardi 23 octobre 2018

En passant par le 16ème (arrondissement)

1ère station : Porte d'Auteuil pour y constater les œuvres des "artistes" (voir le panneau du promoteur), Anne Démians, Finn Geipel, Rudy Ricciotti et Francis Soler. A en lire l'article paru dans le N° d'AA du 20 décembre 2017, le concerto à quatre mains ne fut pas l'épiphanie rêvée par ses auteurs.

Les deux immeubles de logements sociaux sont livrés et habités, avec une relative satisfaction s'il faut en croire un échantillon non représentatif de deux locataires pris au hasard : la première souligne la dangerosité des balcons pour les enfants, le manque cruel de placards et la petitesse des surfaces (mesquin) ; le second est globalement satisfait dans la mesure où il a accepté de vivre en slip 6 mois de l'année compte tenu de la chaleur du au double façade vitrée, de se satisfaire d'une note nulle de chauffage en hiver, et de dîner sur le balcon en mettant la table à califourchon entre la salle-à-manger et le balcon.




Les deux autres immeubles, d'un standing plus élevé, ne sont pas encore livrés. L'un adopte une façade extravertie placée sous le concept de l'ondulation avec plusieurs vagues de différentes amplitudes ; l'autre, une modénature plus géométrique et plus introvertie.
Ces programmes ont privilégié le béton et le métal à l'aire du bois et des panneaux recyclés, revendiquant, selon les termes de l'un des concepteurs "l'antithèse de ce qui, désormais, est la règle à Paris". Donc : un projet révolutionnaire ?






2ème station : quelque part face aux bâtiments d'accueil des migrants, cette paire de chaussures de dame à talons hauts, impeccable, orpheline de sa propriétaire.













3ème station : l'ambassade d'URSS et sa porte anthologique.




4ème station : les 100 logements sociaux de l'agence japonaise Sanaa dont le dessin est assurément intéressant mais qui peut susciter l'interrogation : mais pourquoi diable ne pas confier ce type de programme à un architecte français ?







dimanche 21 octobre 2018

Halte au pillage fiscal !

Le CumEx, ce nouveau scandale de détournement  de 55 milliards d'impôts au détriment de plusieurs pays européens illustre une nouvelle fois la rapacité et le cynisme du système financier.
Mais un autre dispositif, "légal" celui-là, le "div-arb", permet de soustraire de l'ordre de 100 milliards de dollars chaque année au fisc. Pour la France, la somme est de 3 milliards d'Euros sur l'année ; à comparer au 4 milliards sur 4 ans du plan pauvreté et d'accompagnement vers l'emploi !
Résultat de recherche d'images pour "evasion fiscale"Bon, si on ajoute le montant de la fraude fiscale (en hausse) qui atteint la coquette somme de 100 milliards d'euros, difficile de nous dire : "il n'y a plus d'argent !"

samedi 20 octobre 2018

Troyes : morceaux choisis (et pas exclusivement d'andouillettes !)

Résultat de recherche d'images pour "andouillette de troyes"Quand on pense Troyes, on pense andouillettes, et plutôt 5A (Association Amicale des Amateurs d'Andouillette Authentique). Mais la préfecture de l'Aube est loin de détenir le monopole de ce produit célébré dans la fameuse formule d'Edouard Herriot : "L'andouillette, c'est comme la politique : ça doit sentir la m..., mais pas trop !"
L'auteur de cette chronique ne prétend pas avoir dégusté toutes les andouillettes AAAAA, mais ses préférences vont loin de Troyes : Colin à Chablis, Hardouin à Vouvray, Duval à Drancy (mais avant le rachat par un groupe US) et Gast à Lyon (mais à la fraise de veau). Il lui est arrivé d'en déguster une savoureuse à Bormes-les-Mimosas. Mais refermons-là le registre des andouillettes pour des nourritures plus spirituelles.
Troyes regorge de trésors, à commencer par les vitraux de sa cathédrale. On ne peut qu'être admiratifs devant la beauté de ces chefs d'oeuvre de verre dont certains datent du XIIIème siècle. Le Pressoir mystique, réalisée en 1625, est assez saisissant par la représentation du Christ allongé sous la vis d'un pressoir, du corps duquel on extrait le sang recueilli dans un calice sous le regard des apôtres, des donateurs et de leurs saint-patrons.
Un autre trésor est le jubé de pierre de l'église Sainte-Madeleine : quand le gothique flamboyant se fait dentelle.














Une promenade dans "le Bouchon" (le nom donné au centre-ville par analogie à sa forme de bouchon de champagne) permet d'admirer un nombre impressionnant de très anciennes maisons à pans de bois, mais aussi des façades appareillées selon le fameux Damier champenois - alternance de pierres calcaires et de briques -, et puis cette curieuse demeure que l'on croirait néo-haussmannienne et en pierre alors qu'elle est en ... bois !
Ne pas oublier, dans le registre architecture du passé, la cour de la Maison de l'Outil et de la Pensée Ouvrière (appellation magnifique), la ruelle des chats si étroite qu'il doit être possible de s'embrasser d'une fenêtre opposée à l'autre, la synagogue du nom du savant juif Rachi (1040-1105) dont les travaux font encore aujourd'hui autorité dans le monde entier, et la Villa Viardot, incroyable demeure de style Art Nouveau.
Villa Viardot


En ce qui concerne l'architecture contemporaine, la Médiathèque des architectes Dubesset et Lyon, Equerre d'argent* 2002, vaut la visite, surtout pour son faux-plafond qui se déploie comme un immense drap d'or et pour la salle qui accueille une réplique de l'ancienne bibliothèque de l'abbaye de Saint-Loup dont les murs sont tapissés de 45 000 ouvrages anciens.
Détails : Peut-on regretter que le bâtiment ne soit pas davantage placé en évidence dans la ville, et que l'espace intérieur ne soit pas libre de tout cloisonnement ?

* Prix décerné par un jury d'experts qui récompense l'édifice jugé le plus remarquable livré en France dans l'année.


Résultat de recherche d'images pour "mediatheque de troyes architecture"
La médiathèque






 

"La guerre civile espagnole", une BD de Paul Preston (historien) et José Pablo Garcia (illustrateur)

Cette guerre terrible qui déchira l'Espagne, non seulement pendant les trois années du conflit armé entre juillet 36 et avril 39, mais encore durant les années de dictature de Franco jusqu'à sa mort en novembre 75, fut passée sous silence dans l'histoire enseignée en France.
Cette BD, sortie il y a tout juste un an, nous permet d'y voir un peu plus clair dans le déroulement des événements bien que certains passages restent encore aujourd'hui confus, même pour les historiens. Le travail engagé en 2000 suite à l'initiative du sociologue Emilio Silva à la recherche de son grand-père enterré dans une fosse commune a donné naissance en Espagne à un vaste mouvement : l'Association pour la récupération de la mémoire historique. Ce dernier permettra certainement dans les années qui viennent de lever le voile sur quelques "trous noirs" de cette tragédie.
Car il est encore difficile aujourd'hui de mesurer l'ampleur des massacres perpétrés par l'un ou l'autre des camps, bien qu'il soit admis que le nombre de ceux commis par les "rebelles" soit plus élevé. Une autre différence est également à souligner : le fait que les exécutions, les viols ou les tortures infligés aux républicains ou à leurs partisans ont été couverts et encouragés, dans une large majorité, par la hiérarchie des franquistes (et du clergé !) ; dans le camp opposé, les exactions ont été dénoncées dès l'origine par les autorités légitimes, et furent commises par des éléments incontrôlés ou sous le coup d'une vengeance aveugle en représailles des bombardements meurtriers ou des crimes abominables des légions d'Afrique ou des phalanges.
Ce qu'il faut sans doute retenir : le cynisme de Franco, la lâcheté des démocraties européennes, le calcul froid de Staline, le soutien idéologique (et matériel) d'Hitler et de Mussolini. Quelle est la plus criminelle des attitudes ? Elles le sont toutes, à des titres différents : sanguinaire et idéologique pour le caudillo, diplomatique et frileuse pour la France, économiquement intéressée pour l'Angleterre, tactique pour le "Petit père des peuples", stratégique et guerrière pour le Fuhrer et le Duce.
Il ne faudrait pas oublier les Etats-Unis, avec un Roosevelt chantre du non-interventionniste guidé par des intérêts financiers et conservateurs.
Autre enseignement : il est toujours plus difficile de réussir à construire quelque chose de positif dans la durée que de renverser un système ; d'autant plus s'il s'agit de proposer un nouveau monde avec un idéal de justice.
Franco
Ultime enseignement : à l'heure de la montée des extrêmes droites un peu partout dans le monde, y compris en Europe, nous aurions tort de penser être à l'abri d'une telle tragédie.
Détail : On peut regretter enfin qu'il n'existe pas un index des principaux protagonistes du conflit et que le correcteur ait laissé passer un certain nombre de coquilles.
El Campesino

jeudi 18 octobre 2018

Cluny versus Desmoulins

L'exercice n'était pas facile : adjoindre un corps de bâtiment aux augustes vestiges des thermes de Cluny sans en déprécier la valeur architecturale originelle, composer avec un édifice néo-médiéval un peu pesant et affirmer une architecture contemporaine dans un quartier dénué de tout repaire équivalent. L'architecte Bernard Desmoulins a su assez habilement résoudre cette quadrature du cercle par quelques stratagèmes à commencer par éviter de trop faire allégeance à la matérialité des ruines actuelles et à leur modénature. Une subtile concession a été faite dans le dessin du pignon donnant sur le boulevard qui reprend la forme à deux pentes des édifices existants et affirme ainsi une attention particulière au "déjà là". L'emploi des panneaux de fonte et leur traitement de surface jouent d'une opposition intéressante : le métal versus la pierre comme une insolence assumée, et une matérialité qui alterne le lisse et le plus tourmenté à l'image des reliefs des vestiges romains. Le Moyen-Age n'est pas oublié avec le motif des grilles, tantôt moucharabieh tantôt clôture, inspiré de celui d'un escalier de pierre de la partie gothique du musée de Cluny.

Le hall d'accueil voit triompher la modernité avec un béton-planchette plutôt réussi et un escalier en Corian à la surface lisse et blanche comme un marbre de Carrare.
Que peut-on regretter ? Peut-être cette poutre en béton brutal, oubliée des planchettes, qui forme linteau au-dessus de la grande baie vitrée de la librairie ? Les deux poteaux en béton bouchardé de ce raccord difficile avec les réaménagements XIXème ? Le soleil dont les rayons, absents cet après-midi là, auraient transformé cette oeuvre en trésor ? Des détails.