samedi 24 octobre 2026

Technofascisme et bouillie de chat

Nick Land est un philosophe britannique qui vit en Chine. Il appartient au cénacle réduit mais influent, avec des illuminés comme Peter Thiel, Curtis Yarvin et Marc Abdreessen (ou Elon Musk), des propagandistes du technofascisme. Contrairement au fascisme historique, cette idéologie n’est pas populiste mais élitiste, le pouvoir doit être aux mains d’entrepreneurs milliardaires et non plus de politiques, et la société est régie par les algorithmes de l’IA. Il va sans dire que liberté et démocratie sont incompatibles (dixit Tiel).

Dans l’excellent essai, Technofascisme - Le nouveau rêve de la suprématie blanche, son jeune auteur (39 ans), le philosophe franco-américain Norman Ajari, qualifie parfaitement les écrits de Land. Ça correspond exactement à l’impression que j’ai ressenti à la lecture de l’intervention de Peter Thiel, invité par l’académie des sciences (im)morales et politiques en janvier dernier (une honte !).

« La déférence persistante qui entoure les écrits de Land est la plus sûre preuve que le charabia histrionique de l'homme blanc cultivé, quel que soit son degré de confusion, peut sans peine passer pour du génie à la simple condition de se complaire dans un hermétisme oraculaire. Souvent, la bizarrerie et l'anticonformisme supposés du personnage suffisent à le travestir en avant-gardiste. Ainsi, la pompeuse opacité de ses écrits est présentée comme une profonde expérience mystagogique plutôt que comme l'embarrassant produit d'un esprit embrouillé, mais trop consumé par l'orgueil pour interrompre ses divagations. Land et l'indulgente réception dont il a bénéficié sont autant de symptômes d'une culture académique et artistique vide de toute expérience politique et sociale approfondie, où les platitudes libéralo-sécuritaire massivement produites par toutes les chaines d'information en continu d'Occident passent subitement pour des éclats visionnaires du simple fait d'être entrelardées d'oiseuses citations de Deleuze ou de Nietzsche. »

Cette complaisance dans un « hermétisme oriculaire » n’est pas l’apanage des technofascistes, même si c’est une de leurs marques de fabrique. 

J’ai souvent été étonné de constater qu’il était possible pour certains d’apprécier - de se délecter même - qu’on leur serve de la bouillie de chat. Votre réserve passe alors à leurs yeux pour de l’ignorance et un manque de subtilité. 

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