16 octobre. Un dîner dans un bouchon parisien avec trois amis. On va dire que, tous les 4, on est des « boomers ».
La discussion s’engage sur un fil WhatsApp qui s’est emballé. S’en sont suivis plusieurs posts dénonçant avec virulence une fausse information, accablant sans nuance la personne qui en a été à l’origine.
Donc, emballement dans les deux sens. La conversation rebondit sur cette époque de l’instantaneisme, une violence de l’instant. Violence : celle des manifestations des lycéens ?
- « Est-elle plus intense qu’en mai 68 ? Non. Pas de grosses barricades, de pluie de pavés sur les flics. À cette époque, les flics n’étaient pas équipés comme aujourd’hui. Grenades, LBD, mains arrachées, visages défigurés.
- En 68, nous avions des lendemains qui chantaient. Les jeunes aujourd’hui ont des lendemains qui déchantent. On a été privilégiés : pilule, liberté de faire l’amour, voyages, ascenseur social, …
- Il faut croire dans la jeunesse. Nous disions qu’elle ne réagissait pas à son avenir bouché et menacé : le dérèglement climatique, la banalisation du racisme, la menace de l’IA, les pandémies, l’injustice sociale grandissante, … Et la voilà dans la rue !
- Si la gauche arrive au pouvoir, ce sera rapidement le b… car il y aura « un mur de la finance et des patrons » ;
- Rappelle-toi Mitterrand ;
- Si l’extrême-droite est au gouvernement, il y aura des manifs qui seront vite réprimées violemment et l’instauration d’un régime autoritaire qui promettra de la sécurité au prix de la liberté,
- Une majorité de Français est prête à accepter de céder de la liberté contre de la sécurité ; comme en Chine,
- On va vers une période de chaos ; je ne sais pas si on verra, de notre existence, une période apaisée, positive.
- Même si on devient « vertueux », les effets du dérèglement climatique resteront dramatiques et pendant des décennies.
- Pire : on ne prend pas le chemin de la « vertu » !
C’était donc le 16 octobre.
Le lendemain, plusieurs quartiers de Paris étaient à feu et à sang, livrés à la casse et au pillage. Des villes de province étaient aussi le théâtre d’émeutes. L’hôtel de ville de Limoges était en feu.
Le surlendemain, le 18, le président de la République parlait de « honte », de « colère » et de « fermeté » ; lui qui a toujours méprisé les « corps intermédiaires » dans une attitude « jupitérienne », en appelle aujourd’hui à « des débats avec les partis et pas dans la rue » ; on ne parle toujours pas des syndicats.
Les pillages, les destructions de biens publics et de bâtiments de la République, sont répréhensibles.
Mais la violence des Black blocs est-elle plus condamnable que celle d’un système qui a laissé prospérer les inégalités sociales et le déclassement, qui témoigne d’une indulgence coupable vis-à-vis des fraudeurs fiscaux, qui ne respecte pas ses engagements environnementaux, et dont la police ressemble de plus en plus à une force de répression ? Une société qui a érigé l’argent comme figure totémique ; qui nourri les cerveaux de publicités consuméristes. Une société qui fabrique 2 humanités : des frustrés et des « satisfaits ».
Il faut voir les contrastes choquant : se promener à Neuilly puis à Montreuil ou dans le 20eme ; l’état de certaines écoles publiques des quartiers populaires et celui, soigné, des établissements privés des beaux quartiers ; il faut voir les foules toujours plus nombreuses à la soupe populaire et les listes d’attente de plusieurs semaines pour les restaurants « étoilés ».
Il faut voir.
Tiens : et si on relisait ce post qui date exactement de 17 ans ? https://pergame-shelter.blogspot.com/2010/09/fin-de-la-crise-crise-des-fins.html?m=1

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