jeudi 27 décembre 2018

"Do you know who is this man ? Isn't the president ?




Voici un extrait d'un opuscule d'une trentaine de feuillets écrits - et probablement d'autant d'illustrations - relatant un grand week-end à Montreal.
La scène se passe devant la murale de Cohen du quartier "Le Village".

"Je finis par tomber sur le restaurant le « Réservoir ». La murale de Cohen est toute proche, je m’en souviens bien (comment l’avoir oublié ?). A l’angle de la rue, je crois reconnaître un immeuble un peu haut qui domine sans grâce le quartier. C’est bien là. Pendant que je la prends en photo (quel est le meilleur angle ?), un homme noir s’approche de moi, curieux. Il regarde la murale comme s’il la découvrait pour la première fois. Il me paraît sympathique et je lui demande alors s’il sait de qui il s’agit en pointant du doigt le portrait géant. L’homme est anglophone. « Do you know who is this man ? » lui dis-je. Il lève les yeux vers la murale et après quelques secondes il me répond, hésitant : « Isn’t the president ? » Ça me fait sourire et j’imagine la réaction de Cohen s’il avait su qu’on le prendrait un matin de décembre pour un homme d’état.

Nous poursuivons notre discussion et je lui parle de cet homme, de cet immense poète et chanteur dont visiblement il ignorait jusqu’à cet instant l’existence. Je lui dit quelques mots de ma relation avec Léonard Cohen, que je le connais depuis que j’ai douze ans, depuis que mon frère aîné a placé le vinyle de « Songs from a room » sur le plateau de l’électrophone de nos parents, une après-midi d’hiver 1969, alors que nous étions seuls à la maison. « Like a bird on the wire, Story of Isaac, A bunch of Lonesome heroes, The Partisan, Seems so long ago Nancy, You know who I am, Lady Midnight, Tonight will be fine, ... ». Que des chansons d’anthologie.

L’homme paraît très intéressé par mes propos et ouvre des yeux surpris et admiratifs après chacune de mes révélations (peut-être a-t-il compris, avec mon mauvais anglais, que j’ai personnellement connu le personnage représenté en noir et blanc sur le pignon de cet immeuble banal ?).

« This is my first stay in Montreal. I arrived yesterday ». Il trouve ça encore formidable et, me serrant la main en m’indiquant qu’il fallait – à regret – qu’il me quitte, il me dit : « I was glad to meet you. And I wish you a pleasant stay in Montreal. This is a great day to see you ! »

Encore un peu et il aurait pu dire : « I am glad you stood in my way. Thank you for the trouble you took from my eyes[1], ... », et là, j’aurais reconnu le fantôme de Léonard Cohen."


[1] Extraits de « Famous Blue Raincoat »

I would like to return to this dream/Je voudrais retourner dans ce rêve



Un poème de Jean-Noël Spuarte

Je voudrais retourner dans ce rêve,
Dans un restaurant aux nappes blanches comme la neige
Où tu étais cette inconnue
Qui subitement m’embrassait
Devant les autres convives.

Je voudrais retourner dans ce rêve,
Le long d’une plage déserte de sable noir
Où je te cherchais sans espoir
Mes appels noyés par les vagues
Et ton corps que je savais pris par la mer.

Je voudrais retourner dans ce rêve,
Dans un palais vénitien au mille pièces illuminées
La foule de nos invités sans visage
Et nous pénétrions dans ces tableaux de maîtres
Pour disparaître au-delà du miroir.

Je voudrais retourner dans ce rêve,
Où je m’étais construit un abri de paille
Dans un champ juste moissonné
Pour que tu m’offres avec tristesse
Le privilège de perdre cette nuit-là ma virginité.

Je voudrais retourner dans ce rêve,
Où je te voyais pour la première fois
Traverser une esplanade déserte dans ta robe de mariée
Tu semblais flotter dans l’air comme une magicienne
Dans tes vêtements noirs comme la nuit.

Je voudrais retourner dans ce rêve,
Où je vivais dans une maison minuscule
Avec une seule pièce
Et entendre la pluie frapper sur le toit
Pendant que tu te blottis contre moi.

Je voudrais retourner dans ce rêve,
Sur un trottoir de Berlin ou de Manhattan
Où j’avais juré de te dire « je t’aime »
Après avoir brûlé toutes les allumettes
Qui éclairaient ton visage impatient.

Je voudrais retourner dans ce rêve,
Où tu me disais que tu en aimais un autre
Mais que pour moi tu ferais une exception
Si j’acceptais ton secret sans une parole
Ta volonté de mourir à vingt ans.

I would like to return to this dream,
In a restaurant with table-cloths as white as the snow
Where yoy were this unknown
Who suddenly kissed me
In presence of the other guests.

I would like to return to this dream,
Along a desert beach of black sand
Where I was looking for you without hope
My calls drowned by the waves
And your body that I knew talekn by the sea.

I would like to return to this deram,
In this Venitian palace with thousand illuminated rooms
The crowd of ours guests without faces
And we were entering in these master paintings
To disappear behind the mirror.

I would like to return to this dream,
Where I had built a straw shelter
In a field just harvested
For you to offer me with your sadness
The privilege of losing that night my virginity.

I would like to return to this dream,
Where I saw you for the first time
Crossed a deserted esplanade in a wedding dress
You seemed to float in the air like a magician
With your clothes black as the night can be.

I would like to return to this dream,
When I lived in a tiny house
With a single piece
And listen to the rain knock on the roof
When you snuggle against me.

I would like to reurn to this dream,
On a sidewalk in Berlin on in Manhattan
Where I swore to tell you "I love you"
After burning all the matches
That lip up your impatient face.

I would like to return to this dream
Where you tell me that you loved another
But for me you would make an exception
If I accepted you secret without a word
Your will to die at twenty.







mercredi 26 décembre 2018

Montréal, sélection de 10 murales

Avant de vous livrer un post plus long sur Montréal et Cohen, voici une sélection de murales (c'est ainsi qu'on appelle les murs peints au Québec) que j'ai découvertes à l'occasion de mes pérégrinations, essentiellement dans le quartier du Plateau.











mardi 25 décembre 2018

John Lautner, une architecture hollywoodienne


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Résultat de recherche d'images pour "john lautner"Un hasard en amuse-gueule si je peux m’exprimer ainsi, est celui qui fit que nous nous sommes découverts avec la patronne, Angoulême comme point commun ; elle ayant effectué ses études au Lycée de filles, moi au lycée de garçons, à deux ans d’intervalle. Quand je lui ai dit que je connaissais les huîtres Papin depuis des temps immémoriaux (peut-être une quarantaine d’année) et que nous avions l’habitude de les prendre Place Victor Hugo, ce fut comme un Sésame. 

Je n’ai pas grand chose à dire sur l’architecture de John Lautner, élève de Frank Lloyd Whright, car je n’ai ni vu ni visiter une seule de ses villas aux lignes futuristes principalement réalisées en Californie du sud.
J’ai découvert John Lautner par le plus grand des hasards en me rendant au restaurant "Chez Régis" spécialisé dans les huîtres (principalement les "Papin"). J’y apportais des cadeaux pour le fils de la patronne ; cadeaux que je convoyais depuis Montréal. Le fils de la patronne est en effet un ami de mon amie Gabrielle qui vit à Montréal. Et comme j’y revenais ...
Entre temps une cliente, visiblement une habituée, est entrée dans le petit restaurant et la patronne nous a tout de go offert un verre de Sancerre. Nous avons trinqué. La patronne m’a présenté et il s’est avéré que cette dame vivait pour partie à Los Angeles, dans le secteur de la bio-tech, et qu’elle était passionnée d’architecture. Je fus mis sur le grill (avec sympathie) par cette dame et je pense m’en être honorablement sorti. C’est elle (qui se reconnaîtra si elle parvient jusqu’ici) qui m’a parlé de John Lautner et m’a permis de découvrir ses incroyables maisons.
Avant de pouvoir les visiter moi-même, un grand merci à cette inconnue qui figure maintenant dans Everybody Knows. Il est des destins plus grandioses, mais d’autres plus fâcheux.
Résultat de recherche d'images pour "john lautner"

samedi 8 décembre 2018

Jeanne Gang, architecte responsable

Portrait écrit par Isabelle Régnier, paru dans le N°  du journal "Le Monde"daté du samedi 8 décembre 2018, à la rubrique "Idées".

jeudi 6 décembre 2018

Gilets jaunes, idées noires

Je m'interroge sur ce mouvement des "gilets jaunes" (qui ne s'interrogerait pas ?). Le discréditer sous prétexte qu'il est cacophonique sur le plan des revendications et qu'il échappe à toute rationalisation apparente, serait un peu court. Ce serait aussi le juger exclusivement sur ses débordements ; lesquels sont fatals et inévitables. L'histoire a-telle-connu des révoltes sans excès incontrôlés aux conséquences terribles ? Nous ne sommes pas meilleurs que nos ancêtres.
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Me revient à l'esprit cette parole d'un adolescent mal dans sa peau, en délicatesse avec le système scolaire : "Ce que je hais le plus, c'est les intellos", disait-il.
Ne sommes-nous pas aujourd'hui dans une société dont une frange non négligeable partage cette opinion ? Pour quelles raisons ? Parce que les "intellos" se sont arrogés trop longtemps le loisir de juger, de gouverner, au prétexte qu'ils détenaient une certaine légitimité liée à leur degré d'instruction ? Parce qu'il se sont octroyer le pouvoir de gouverner, de s'installer dans le confort des certitudes d'une raison qu'ils ont fabriquée eux-mêmes ? Parce que certains ont démontré, alors qu'ils auraient du être exemplaires, qu'ils fautaient quasi impunément ? Parce que certains ont instauré le mensonge comme une nécessité de gouvernance ? Parce qu'au final, ils se sont - et leurs idées avec - totalement discrédités ? L'exigence a déserté les couloirs des lieux de pouvoir. Les valeurs humanistes héritées des grecs, revisités par la Renaissance et des époques comme le Front Populaire ont fait long feu parce que la cupidité a pris le dessus et que l'Histoire s'est essoufflée après toutes ses tentatives d'utopies.
Il y a aujourd'hui une défaite de la Raison au profit d'un obscurantisme nourri de l'instantanéité, de l'approximatif, du cynisme et de l'individualisme.
Le tunnel est sombre et la sortie du tunnel n'est pas (encore) visible. Les flambeaux des "intellos" se sont éteints.

Lettre à Emmanuel Macron (5 mai 2017)

Ci-dessous une lettre à Emmanuel Macron postée sur Facebook le 5 mai 2017.
Je me suis juste trompé de quelques années quant à la date de la révolte.


« Cher Emmanuel Macron,


Je n'ai pas voté pour vous au premier tour car j'ai considéré qu'un autre candidat était porteur d'un projet pour la France plus à-même de relever les défis qui seront les vôtres si demain, comme je le souhaite à présent, vous êtes investi de la lourde charge de conduire notre pays.

Quels sont ces défis ? Vous les connaissez parfaitement, mais nous n’avons peut-être pas la même hiérarchisation des priorités.

En premier lieu l'écologie : la politique a pour vocation d'agir sur l’avenir, mais que vaudront nos stratégies si nous détruisons la vie sur notre planète à un horizon possible de la fin du 21e siècle ?

En second lieu les conflits, qu'ils soient de nature politique, économique ou religieuse : la France n'est ni une terre isolée ni une forteresse, et il est vain d'imaginer que nous pouvons sans risque extrême fermer les yeux et nous boucher les oreilles sur les victimes des luttes, quelles que soient leurs origines.

Rappel (il y a un peu plus de deux ans)


Ci-dessous 2 posts, l'un extrait du journal "Le Monde" datant de mai 2016, c'est-à-dire 6 mois avant l'élection de Trump, alertait sur le tragique du personnage.
L'autre d'avril 2016, sous le titre "Paris est une fête", relatait le dérisoire de l'inauguration d'un immeuble parisien refait à neuf pour y abriter des GAFA(s).

Les républicains condamnés à Donald Trump

Extraits de l'éditorial du Monde daté du vendredi 6 mai 2016.
Donald Trump a été porté par les nouveaux médias : réseaux sociaux et chaînes d'information en continu. Son humour, sa vulgarité, son refus de tous les codes du "politiquement correct" - attaques contre les femmes, les minorités raciales et autres, défense de la torture - y font fureur. Le style Trump a signé une campagne de dénonciation continue des élites dont les réseaux sociaux ont formé le véhicule médiatique idéal. En ce sens, Trump est un candidat "moderne", de son temps, celui du triomphe de l'info-spectacle. L'essentiel est, d'abord, de ne pas "faire ennuyeux". (...) "Le Donald" est un "commercial" : il vend de l'illusion, du rêve, de la nostalgie, du fantasme en paillettes façon dorures de machine à sous. En politique, on sait que ce n'est pas seulement dangereux. Cela peut tourner au tragique."

Paris est une fête.

Il paraît que le monde en général, et la France en particulier, est en crise. Nous avons plus de 10 millions de chômeurs, un pourcentage croissant de la population vit dans une très grande précarité quand un autre pourcentage - celui des plus riches - affiche une santé indécente (les vases communicants ?).
Pourtant, ce jeudi soir, l'inauguration somptueuse de cette réhabilitation d'un ensemble immobilier en plein cœur de Paris, ne laissait pas deviner cette situation de crise. Nous étions un millier, paraît-il, à profiter du champagne à volonté, des barbes-à-papa au foie gras, des tartares de saumon, dorade ou autre bar préparés à la minute, des plateaux de petits fours salés d'une sophistication extrême qui se faufilaient au travers de la foule, guidés par une armée de serveurs en livrées aux armes d'un traiteur réputé. Tumulte, luxe et plaisirs effrénés.
J'y retrouvai des têtes connues et des parfums oubliés. Une dame au visage tuméfié par les interventions chirurgicales à répétition m'était présentée par une jeune femme moins torturée qui se fourvoyait avec une insouciance coupable dans la transaction immobilière de surfaces de bureaux inférieures à 2000 m2, mais exclusivement en "Première couronne", devait-elle préciser. Un couple d'architectes déjantés, mais sympathiques, m'encourageaient dans mes activités paranormales d'écriture. Un promoteur endimanché dont la bouche imite à la perfection celle du canard de barbarie, refusait avec une moue dédaigneuse les assauts des petits-fours afin de préserver une silhouette qu'on imaginait obligée de se produire cet été sur une plage familiale des rivages de l'Atlantique. Un homme politique déambulait, d'un pas mal assuré, la bouche gavée de saumon fumé.

samedi 1 décembre 2018

Pour moi la poésie c'est la réalité


A voir absolument cet interview de Cohen
ICI


L'argent fou corrompt l'architecture


Remarquable intervention de David Adjaye, l'architecte du formidable musée de la culture afro-américaine de Washington (voir : Post du 25 septembre 2018), à la conférence WAF (World Architecture Festival) à Amsterdam et résumé dans ce lien : Dezeen


"L'argent a totalement corrompu la capacité à faire une forme qui ait du sens. (...) Tout est une question d'argent maintenant. L'architecture dans nos pays est absurdement chère - des projets qui coûtent des milliards et c'est fou."










"Je pense que les architectes sont responsables de la façon dont ils travaillent pour un client, mais ils travaillent aussi pour une ville, et ils doivent toujours s'assurer que la ville donne en retour aux citoyens."


jeudi 29 novembre 2018

Léonard and Marianne

Voilà une bonne nouvelle (enfin !) c'est ICI

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Prague est une fête ?


Prague devrait être remboursée par la Sécurité Sociale - comme Venise -, tant elle est une fête pour les yeux. Il y a bien sûr beaucoup trop de touristes - comme à Venise - et la nourriture n’est pas à la hauteur des exigences de nos palais français - contrairement à Venise -, mais si l’on fait abstraction de ces deux désagréments, et si la seule vision d’une paires d’atlantes body-buildés en garants de la stabilité d’un édifice, si la contemplation d’une cariatide offrant sans pudeur au passant la volupté d’une poitrine d’une sensualité susceptible d’être censurée sur Facebook, et si l’ornement est tout sauf un crime mais une parure essentielle, une promesse de bonheur, alors Prague constitue une destination prête à vous livrer la garantie d’une félicité à chaque pas sur ces trottoirs aux allures lusitaniennes.

Et si vous êtes un curieux pathologique, si pour vous, une ville « ça se fouille », à la manière d’un insatiable explorateur qui ne redoute aucunes fausses routes, aucuns détours, qui sait ce que le hasard et l’incertitude peuvent révéler de trésors égoïstes, invisibles au regard des promeneurs programmés, il faudra vous perdre dans l’exubérance de certains passages couverts, entrer à l’improviste dans une cour a priori banale, ou bien vous délecter à moindre risque des décors plus conventionnels mais remarquables d’une Maison Municipale, du plafond baroque de l’église Saint Nicolas, de l’Imperial Café et ses assauts de mosaïques multicolores, et enfin, si les volutes des arabesques des portes cochères, les mosaïques bucoliques ou chevaleresques des attiques, les angelots grassouillets des pinacles ont épuisé (provisoirement) votre appétit de décors capiteux, alors il sera temps de flirter avec l’architecture rondocubique, qui se risque dans des compositions stupéfiantes d’angles saillants et de sphères lisses comme des boules de billards, relevant le défi de l’ornement par l’alternance géométrique des matériaux et la promotion de la frise sculpturale encyclopédique.







mardi 27 novembre 2018

L’immeuble dansant de Prague et autres considérations sur le Gehryisme

Je n’avais pas réalisé qu’il s’agissait d’une métaphore d’un couple de danseurs - et plus spécifiquement "Ginger et Fred" - avant d’en lire l’explication dans un guide touristique. Je dois avouer que cette information a changé mon regard sur ce bâtiment.

Résultat de recherche d'images pour "ginger et fred"L'auteur de ce "Ginger et Fred", la "starchitecte" Frank Gehry, est le concepteur d'un grand nombre de bâtiments de par le monde dans un style qui lui est propre, relevant de la grande famille du "déconstructivisme". En France, il nous a gratifiés à ce jour de deux bâtiments : feu l'American Center de Bercy ouvert en 1994 et fermé deux ans plus tard* pour être remplacé, après des travaux réalisés par l'Atelier de l'Ile, par la Cinémathèque Française ouverte au public en 2007 ;

Résultat de recherche d'images pour "american center paris"

mercredi 21 novembre 2018

Nightmare



Résultat de recherche d'images pour "tableau gabrielle d'estrée"J’étais plaqué sur le sol dans un angle sale d’un hall d’une représentation diplomatique dans un pays du Moyen-Orient par quatre individus vêtus de gilets jaunes portant des masques japonais à l'effigie d'un PDG de multinationale du secteur de l'automobile soupçonné de fraude fiscale qui tentaient de m’administrer de puissants sédatifs à l’aide d’une seringue afin que je ne puisse alerter des agents de la CIA dont j’entrevoyais le défilé des ombres derrière une cloison vitrée tandis qu’un individu arborant une cravate rouge et drapé à la façon d’un sinistre Néron dans un immense drapeau Stars and Stripes coiffé d'un postiche jaune et orange mal ajusté au sommet d'une tête rougeaude éructait un flot d’ordres et de contre-ordres aberrants menaçant ses sbires entre les gilets desquels je me débattais avec l'héroïsme d'une chèvre assaillie par une meute de loups de les démembrer les découper en morceaux puis les plonger dans un fût d’acide qu’il désignait d’une main menaçante dont l’index et le pouce se rejoignaient aux extrémités comme dans ce célèbre tableau de la Renaissance représentant Gabrielle d’Estrée pinçant le mamelon de sa sœur et l'individu inclinant la tête sur le côté comme si un excès subit mono-orienté de liquide céphalo-rachidien obligeait le pitoyable aboyeur à cette contorsion ridicule et c’est quand j’aperçus les vapeurs putrides qui s’échappaient du fût et des naseaux du Minotaure chevelu que je me mis à hurler en me redressant brusquement dans mon lit ...
PS : toutes relations avec des faits actuels ou des personnages existants ne seraient que fortuites.


Parfois la nuit je pars (French and English versions)


Jean-Noël Spuarte (décembre 1813)
Parfois la nuit je pars sur le chemin
De la Lune, de Mars ou Vénus
Jusqu'à Jupiter ou les anneaux de Saturne
Retrouver les fantômes de mes amours perdues.

Alors je les vois alignées comme les statues de pierre
D'un immense parc abandonné
Leurs noms gravés sur des socles de verre
Leurs yeux qui m'interrogent dans l'obscurité.

Et je dépose sur leurs lèvres un baiser
Comme un amoureux dans les ruelles de Venise
Comme un puceau sur sa première conquête
Maladroit et coupable du temps passé.

Je suis reparti allongé sur la banquette
De ce train de nuit dont le compartiment m'obsède
Bercé par le rythme mathématique de ma fuite
Au creux d'un espace qu'aucun autre voyageur intègre.

Parfois la nuit je pars sur le chemin
De la Lune, de Mars ou Vénus
Jusqu'à Jupiter ou les anneaux de Saturne
Retrouver les fantômes de mes amours perdues.

Comme Orphée sans Eurydice
Comme une feuille orpheline dans l'eau du courant

Sometimes during the night I go away on the path
Of the Moon, Mars or Venus
Towards Jupiter or the rings of Saturn
To find the ghosts on my lost loves.

Thus I see the stone statues
Dressed in a huge abandoned park
Their names engraved on the glass piedestals
Their eyes asking me in the silence of the darkness.

And I put a kiss on their lips
Like a lover in the streets of Venice
Like a virgin on his first conquest
Wrong and guilty of the past time.

I allways will go back on the seat
In this night train whose compartment obsesses me
Rocked by the mathematiques rythme of my escape
In the very depth of a space no other traveler can enter in.

Sometimes during the night I go away on the path
Of the Moon, Mars or Vebus
Unril Jupiter or the rings of Saturn
To find the ghosts on my lost loves.

Like Orphée without Eurydice
Like an orphan leave in the water stream.

vendredi 16 novembre 2018

Anniversaire / Birthday !

Il y a 10 ans exactement, le 16 novembre 2008, à 16H48, je postais mon premier texte. Son titre : Génèse. Et pour cet anniversaire, j'ai eu envie de le remettre  ICI
Et parce que j'ai envie de me faire plaisir, je vous offre l'une des plus belles chansons de Cohen LA
Et puis un poème de Jean-Noël Spuarte ICI ENCORE
Et comme vous en redemandez, une photo de "l'artiste" :



jeudi 15 novembre 2018

Fahrenheit 11/9 de Michael MOORE

Résultat de recherche d'images pour "fahrenheit 11/9"Il faut absolument voir ce film. C'est possible en VOD pour 6,99€. Même si c'est un peu fourre tout, il faut reconnaître à Michael Moore ce courage d'appeler un chat un chat, même si en l’occurrence il s'agit plutôt d'un requin ou d'une bête féroce ... Le témoignage final de Benjamin Ferencsz, l'ancien procureur en chef pour les Etats-Unis au procès de Nuremberg, est bouleversant.

Samaritaine : Mr Cognacq n'en reviendrait pas !

Difficile d'imaginer comment il est possible de s’investir dans des causes aussi stupides consistant à bloquer un permis de construire au prétexte d'une architecture non harmonieuse avec son environnement quand on contemple les premiers m2 de la façade imaginée par les architectes japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa de l'agence Sanaa sur le pignon de le rue de l'Arbre-Sec.
Une pure merveille dont l'élaboration a nécessité des trésors d'ingénierie après des trésors d'intuition architecturale.
Nous sommes ici dans une autre temporalité - le projet à été engagé en 2010  et sa livraison est prévu au printemps 2020 - ; dans un autre budget - 1 milliard d'Euros - mais il peut-être bon que l'on donne parfois, avec une discrétion inspirée, à la beauté architecturale, l'occasion d'exister.

lundi 12 novembre 2018

62 ans : la fleur de l'âge ! Merci Monsieur Francis Joyon !


À 62 ans et pour sa 7e participation, Francis Joyon a remporté pour la première fois la prestigieuse Route du Rhum. Photo Loic VENANCE / AFP
Francis Joyon, vainqueur de la Route du Rhum 2018
Merveilleuse année 56 ! Comme quoi à 62 piges on reste encore compétitif ! Bon ça fait du bien : on pensait qu'il n'y en avait plus que pour les moins de 40 balais vu les recrutements à l'Elysée, la start-up nation, et tout le tremblement. Il serait utile que l'on comprenne qu'il existe un talent que seul l'age permet d'améliorer si les dispositions existent : l'art de prendre du recul, le contraire de l'impulsivité et du show-off, de l'approximatif et du zapping.
Surtout pas de querelle des anciens et des modernes, mais une collaboration pleine de sens : peut-être une façon de mieux vivre, en nous et autour de nous.

dimanche 11 novembre 2018

Le lambeau de Philippe LANCON

L'histoire commence le 7 janvier 2015 à Paris avec l'attentat de Charlie Hebdo dans lequel Cabu, Charb, Honoré, Tognous, Wolinski et Bernard Maris devaient trouver la mort. Philippe Lançon, lui, fut atteint par une balle qui lui emporta le bas du visage et considéré comme mort part les tueurs. Je me souviens parfaitement où j'étais quand j'ai entendu le flash spécial à la radio annonçant l'attentat : dans ma voiture en route pour un rendez-vous dans le 20ième, rue Ramponneau. Quand je suis arrivé à l'agence d'architecture où je me rendais, j'étais sous le choc de l'annonce, j'ai informé mes interlocuteurs, nous étions tous sidérés.
Résultat de recherche d'images pour "le lambeau"L'histoire s'achève à New-York le jour de l'attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015. Je me souviens également où j'étais ce soir-là. C'était un samedi et nous étions invités à dîner à Levallois (la première fois que nous dînions à Levallois). Un peu avant la fin du repas, nous recevons un texto de notre fille : prise d'otages au Bataclan. Nous avons immédiatement allumé la télé et nous avons suivi, debout avec nos hôtes et les autres invités, encore une fois sidérés, la retransmission des événements dramatiques à l'autre bout de Paris, et pourtant tout proches, en écoutant, muets, seconde après seconde, le récit des événements tragiques.
Résultat de recherche d'images pour "le lambeau"

Philippe Lançon a passé tout ce temps entre La Pitié-Salpêtrière et les Invalides, dans une chambre d'hôpital ou au bloc opératoire, gardé en permanence par deux policiers.
Ce livre est l'histoire d'une reconstruction, et Philippe Lançon invite le lecteur au plus près de cette parenthèse de 9 mois. La reconstruction de son visage dont il ne nous épargne aucun détails opératoires et post-opératoires, les espoirs et les désenchantements, les douleurs physiques et la mécanique des appareillages se substituant à son invalidité. Celle de lui-même, plus complexe encore, jour après jour dans sa relation aux autres, à ses proches, au personnel soignant et en particulier avec Chloé sa chirurgienne.

mercredi 7 novembre 2018

La machine de Turing



C'est un réel bonheur d'aller au théâtre* quand il nous est donné d'assister à une pièce dont le thème, le jeu des acteurs et la mise en scène sont justes. Et c'est le cas pour "La machine de Turing" donné dans le modeste Theâtre Michel, 38, rue des Mathurins à Paris (8ème). Il n'y a certainement pas dans le texte le souffle d'une écriture à la Ionesco, Beckett, Camus, Tchekhov ou autres Sartre, mais aucune prétention non plus ce qui permet d'en apprécier d'autant plus la prestation des deux acteurs, et en particulier celle de Benoit Solès qui joue le rôle du grand mathématicien, auteur également du texte.
Description de cette image, également commentée ci-aprèsTout le monde connait à présent l'histoire héroïque et tragique de ce surdoué des mathématiques, l'un des pères de l'informatique et de l'IA**, dont la prodigieuse intelligence fut employée durant la seconde guerre mondiale par les services secrets britanniques pour déchiffrer "Enigma", la machine à coder les actions militaires d'Adolf Hitler. Mais cette histoire fut longtemps - jusque dans les années 70 - tenue secrète pour des raisons "stratégiques". Turing est mort en 1954 après avoir été condamné par une loi datant de 1885 à subir un traitement censé le guérir de son homosexualité, déchu de ses droits d'enseigner, oublié de ses concitoyens et du monde entier, alors qu'il avait contribué à la victoire des alliés et certainement à abréger la guerre de deux ans, selon plusieurs historiens. Ce n'est qu'en 2013 - il y a tout juste cinq ans - que la Reine Elizabeth II (couronnement en juin 1953 !) a daigné lui reconnaître le statut de héros de guerre et l'a gracié à titre posthume. C'est bien et c'est misérable : 60 ans après son suicide au cyanure !
La pièce interroge sur la question de la différence, en particulier celle liée à l'homosexualité dont on a vu encore récemment, ici, en 2018, qu'elle pouvait conduire des individus à séquestrer et torturer pendant 24H un jeune homosexuel ; mais ailleurs aussi, sous des prétextes divers - blasphèmes, déviance, perversité, ...
Elle questionne également la notion d'intelligence, que l'on assimile encore trop souvent au seul diplôme et à un corpus de connaissances normées, quand elle relève d'un processus plus complexe associant le plus souvent des contraires : intuition et calcul, imaginaire et réalité, concept et développement, théorie et empirisme, etc. ; mais jamais issue de certitudes, d'habitudes, de routines, de ce que j'ai envie de désigner par le "confort bourgeois de l'esprit", cette assurance béate d'être dans le vrai et le bon qui peut conduire à l'indifférence sinon au rejet, précisément, de la différence.
Cette pièce peut interroger enfin sur la montée des populismes, partout dans les pays dits modernes. Le populisme qui n'est rien d'autre qu'une délégation de responsabilité et un renoncement à la liberté contre une promesse de tranquillité, celle du vacancier, celui "qui passe sa mort en vacances" comme le chantait Brassens.
*et pour 24,50€ au 6 ème rang au centre !
**IA : Intelligence Artificielle

mardi 6 novembre 2018

Peter Zumthor et l'environnement

Résultat de recherche d'images pour "peter zumthor"A première vue le célèbre architecte suisse relativise, sans le négliger, l'impact que l'architecture (son architecture) peut avoir dans la contribution à lutter contre le réchauffement climatique. Il fait écho à la célèbre phrase d'Aalto : "L'architecture ne peut changer le monde mais elle peut au moins y contribuer". En tout état de cause, Zumthor participe à cet effort en préconisant de construire des bâtiments susceptibles de tenir 100 ou 200 ans, plutôt que 10 ou 20 ans pour certains aujourd'hui. Ça tombe sous le sens, encore fallait-il le dire.
"We started, in a way, by supposing that in 200 years time it is still in good condition. "It's the opposite of the fashion shop, changing its interior design every half year. In that sense, there's an ecological element."

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