lundi 31 mars 2025

Ce matin au kiosque 96 : Ça sent l’écurie !

Ciel d’une pureté azuréenne, fond de l’air frais comme l’eau d’un torrent, souffle de vent comme une caresse.

Voilà plus de trois semaines d’infidélité au parvis de la gare de Bécon les Bruyères et ses fidèles. Je ne suis pas encore descendu de ma bicyclette que P. m’invective gentiment en me reprochant l’absence de casque. Je lui sert l’argument forcément fallacieux que cet accessoire me décoiffe et je change de sujet pour couvrir d’éloges le « terrible engin » près duquel je viens de garer mon deux-roues musculaire : une Royal Enfield bleu lagon des mers du sud, propriété de ce même P. La moto est équipée d’un siège arrière dessiné pour accueillir rien moins qu’une BB ou sa doublure, de pots d’échappement saucisson, d’un feu arrière globuleux très « american fifties » et d’une paire de sacoches en cuir noir genre « Easy rider », à faire pâlir d’envie tous les bikers de la terre.

JM est assisté de Ph qui se réchauffe sous le ventilo-convecteur plafonnier du kiosque. Il (le maître des lieux) me confidie (du verbe confidier, 1er groupe, faire une confidence) qu’une cliente avec laquelle j’avais échangé hier et qui semblait atteinte d’une soif inextinguible de parler et de s’agiter, appartient à une famille de matheux de très haut niveau. J’admire la capacité cérébrale des personnes douées en maths, mais je précise qu’en même, qu’ayant fréquenté les bancs de l’école avec des futurs polytechniciens et normaliens, il n’est pas rare d’en trouver des qui sortent de la normalité. Mieux vaut parfois, pour une vie équilibrée, que les fées n’aient pas fait d’excès de zèle au-dessus de votre berceau. Je parle en connaissance de cause.

Comme je dis tout ou presque à JM, je lui confie mon enthousiasme pour « L’ombre du vent », le roman de Carlos Ruiz Zafon, dont je viens d’achever la lecture des 600 pages avec un bonheur absolu. 

Bien sûr JM, lui, il l’a lu depuis déjà fort longtemps. Ce JM : une mine, une référence, un cap, que dis-je, une péninsule littéraire !

Pendant mon absence, il a vendu deux exemplaires de « Bastion » de Jacky Schwartzmann sur la couverture duquel  j’avais mis un post-it de commentaire enthousiaste. Si vous n’avez pas lu ce policier d’un genre jubilatoire (je parle pour les « woke men »), eh bien, on se demande ce que vous attendez !

A l’occasion d’une grand-messe récente de sa boîte - un truc pour ressouder les équipes (dessoudées ?) -, JM a montré mon blog à l’un de ses supérieurs (hiérarchiques) - et sans doute les chroniques - en précisant que nous recherchions un éditeur. Le supérieur en question semble avoir été conquis par ce qu’il a vu ; il a encouragé JM à le montrer au service com de la boîte. Arrêt de l’initiative de JM : il va falloir que je m’autocensure si je veux passer à la postérité Bolloréenne…

J’ai omis de vous signaler que le casting d’aujourd’hui étaient composé de xxx et xxx.

La discussion est passé d’un individu qui rôde et cherche à acheter des bijoux en or, aux dents (en or) que l’on arrachait à Bucchenvald, puis j’ai évoqué cette histoire d’ados qui, devant les bulbes dorés de l’église orthodoxe du Pont de l’Alma (celle de Poutine), trouvaient que la mosquée était cool ; tant qu’à être dans les lieux de culte, on a listé les églises proches jusqu’à celle de Champerret avec son magnifique duomo byzantin.

J’y suis entré dans cette « mosquée orthodoxe ». Il y avait une célébration. Cinq ou six popes officiaient dans leur capes toutes dorées et rigides qui les font ressembler à de gigantesques scarabées barbus. 

Marine Le Pen a fait un passage rapide dans la discussion (personne ne voulait s’étendre sur elle), puis ce fut la Légion d’honneur et Drucker qui s’est vu promu commandeur ; ce qui a déconsidéré définitivement la breloque inventée en 1802 par le Consul de la république, un certain Napoleon Bonaparte, afin de récompenser militaires ou civils pour « services éminents » rendus à la patrie. Vous voulez une petite liste de types sympathiques honorés de la LH ? Mussolini, Franco, Ceaucescou, Ben Ali, Poutine, Ali Bongo ; bref, que des gars clean, propres sur eux. Si je ne vous parle pas de certaines crapules françaises, c’est que le courage, comme tout, à ses limites… Pas envie de risquer un bracelet électronique pour diffamation. Bien que, le bracelet électronique semble plutôt tendance ces temps derniers. Les racailles portent leurs futes très bas pour faire « genre je suis un ancien taulard à qui on aurait enlever la ceinture » et les politiques vont se montrer leurs bracelets électroniques dans les dîners mondains pour faire « genre je suis un mec ou une nana condamné injustement pour n’avoir détourné que quelques millions » (et tous les convives de commenter qu’ « on peut plus rien dire ni rien faire »).

Des news d’Ubu-Trump ? Il paraît que Poutine commence à les lui gonfler genre montgolfière et qu’autrement, il se marre tellement à signer des décrets (plus d’une centaine au compteur) et à voir le bordel qu’il met dès qu’il dit une connerie (certainement plus d’un millier au compteur), qu’il changerait bien la Constitution des Etats-Unis pour faire un 3eme mandat.

Bon, avec ça si je ne suis pas refoulé à ma prochaine entrée aux US… Ça tombe assez bien car je n’avais pas l’intention d’y remettre les pieds !

C’est ainsi que les hommes vivent !

lundi 17 mars 2025

Ce matin au kiosque 95 : Procrastination et nouveautés béconnaises, attention et respect

Un mois. Voilà déjà plus d'un mois que je me suis carapaté loin de Bécon, sa gare, son kiosque, ses « habitués ». D’abord le Béarn et les Pyrénées ; une semaine de ski sur un tapis de neige que les assauts d’un soleil radieux ne sont pas parvenus à dissoudre totalement avant la fin de mon séjour. Puis quelques temps en Dordogne, au confins de la Charente, dans cette région de collines douces où l’eau de la Dronne, « la plus belle rivière de France » selon l’éminent géographe et anarchiste Elisée Reclus, semble poursuivre avec une lenteur assumée son destin timide qui la verra s’effacer, « belle et souple » comme la qualifiait François Mitterrand, devant la modeste Isie qui, elle, se perdra au terme d'une série de méandres capricieux dans l’orgueilleuse Garonne. Enfin, les terres insulaires des Charentes ; Ré dont les rivages, comme un bouclier invisible, repoussent du coude les nuages sur le continent afin d’offrir au soleil l'occasion de cuirasser l’océan de milliers de virgules d’argent, et d’enflammer l'horizon du soir de parades incendiaires.

Et pourtant, depuis mon retour il y a déjà une semaine, je ne suis pas parvenu avant ce matin à me confronter au rectangle gris laiteux de mon écran d'ordinateur, pour une nouvelle chronique béconnaise. Je procrastine sans honte, mais avec regrets. Alors, en suivant les conseils de Boileau, je vais me "hâtez lentement et, sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettre mon ouvrage."

Quoi de neuf à Bécon ai-je demandé dès mon retour, après avoir attendu que cesse les vivats de la foule accueillant le fils prodigue. La réponse fut unanime : rien. Rien de neuf. Alors, à défaut de nouveautés, les conversations sautèrent, comme toujours, du coq à l'âne ; l'âne étant bien entendu Ubu-Trump. Le lecteur curieux s'interrogera sur l'identité du coq...

Quoi de neuf ? Eh bien, une épicerie italienne proche de la Place de Belgique, à laquelle on ne peut que souhaiter un bail plus long que son prédécesseur, un fromager qui "à trop embrasser à vraisemblablement mal étreint", tant ses fromages se perdaient parmi une quantité d'autres produits annexes. En réalité, la population locale a dû voir d'un œil étonné ce 3ème fromager s'installer là où, dans un rayon de 300 mètres, deux autres de ses confrères exerçaient déjà avec un talent reconnu.

Et puis aussi, un nouveau commerce de poisson qui veut s'ouvrir, avec le soutien de la municipalité comme en témoigne une large enseigne installée sur la future devanture, en lieu et place d'une précédente poissonnerie qui n'avait tenu que quelques mois. On souhaite bonne chance à cette aventurier de la marée, sachant que deux fois par semaine déjà, à un jet de pierre, le marché recèle trois poissonniers de qualité...

J'amuse beaucoup les habitués avec ma nouvelle manie de venir à vélo sur le parvis sachant que mon domicile se trouve à moins de 5 minutes à pied.

L'un de nos amis nous a confié souffrir d'une tumeur sous la lèvre. La porte de sortie du magasin de presse est toujours fermée car JM craint le courant d'air froid d'un hiver qui ne veut pas céder sa place. JM, précisément, a échangé avec un homme mal en point dont il m'a appris la triste condition qui le fait dormir dehors alors qu'il dispose d'un appartement. Je dois souligner ici que les mots très simples avec lesquels JM s'est entretenu avec ce pauvre homme témoignaient d'une grande attention et d'un respect dont certains devraient s'inspirer plutôt que de voter des lois d'exclusion contre les malmenés de la vie.

Au fait : avez-vous réalisé que nous sommes en plein "Printemps des Poètes", et ce, jusqu'au 30 mars prochain ? Alors, à vos inspirations ! En illustration, l'affiche du Printemps des poètes 2025.

C'est ainsi que les hommes vivent. 



dimanche 9 mars 2025

Yes we can ? 12 : The Brutalist

Si vous pensez aller voir un film sur l’architecture brutaliste (celle qui est détestée par Trump) avec « The brutalist », détrompez-vous : à part quelques allusions au Bauhaus, des images évoquant la Johnson Wax de Franck Lloyd Wright et quelques images supplémentaires de projets de style international (j’oubliais le trajet en gondole à l’occasion d’une des scènes finales sur la première biennale d’architecture de Venise - tout à fait incongru), il n’y a rien d’un film initiatique sur l’architecture. Préférez « My Architect » ou bien, même, le film de Coppola « Magalopolis ». 

Le bâtiment qu’un mécène (une caricature de l’amerloque friqué, raciste et en plus violeur) veut faire concevoir à Laszlo Toth, un architecte juif hongrois rescapé de Buchenwald dont il s’est entiché, ne ressemble à rien sauf peut-être à un mix entre une centrale thermique ou d’incinération et et un tombeau babylonien ; Gropius doit se retourner dans sa tombe.

Je n’ai pas cru un instant au personnage de l’architecte-artiste maudit incarné par Adrien Brody.

Les images et le mouvement de la caméra sont plutôt bien réussis. La musique fonctionne bien également à l’exception de celle du clap de fin, totalement incongrue ; on aurait plus attendu ici une chanson de Cohen.

Bref, difficile de se faire une idée de ce film qui dure quand même 3h1/2 et comporte un entracte. Ce qui est certain c’est que la maison de distribution a fait un travail de communication formidable.

Yes We can ? 11 : « Les guerriers de l’hiver » d’Olivier Norek

Les guerriers de l’hiver, le dernier roman d’Olivier Norek, évoque un épisode inconnu de l’histoire de la seconde guerre mondiale (tout du moins pour moi et probablement pour la plupart des français), celui de cette « Guerre d’hiver » qui se déroula du 30 novembre 1939 au 13 mars 1940, opposant 800 000 soldats de l’armée Rouge à moins de la moitié de soldats finlandais, mais surtout deux puissances de feu totalement inégales. 

Le personnage central du roman est Simo Hähyä, un jeune paysan finlandais qui se révèle devenir un redoutable sniper que les russes surnommeront « la Mort blanche » et dont les finlandais firent un héros national. 

Le récit déroule les 90 jours d’une guerre impitoyable au cours de laquelle le rouleau compresseur russe, au prix d’innombrables pertes humaines et d’immenses destructions n’épargnant ni les villes ni la nature, parvient à faire capituler la petite nation finlandaise. Olivier Norek nous plonge dans l’horreur quotidienne de la 6eme compagnie finlandaise dans laquelle Simo accompli son « travail » de précision, décimant les « Ivans » avec une haine que l’on sent jour après jour l’habiter entièrement. 

Le récit fait alterner les scènes du front des deux côtés des belligérants, le quartier général des forces finlandaises et les postes de commandement de l’armée Rouge gangrenée par les commissaires politiques, en de courts chapitres qui font de ce roman un véritable « page-turner ».

Enfin, comment cette « Guerre d’hiver » ne résonnerait-elle pas comme un avertissement supplémentaire vieux de plus de 80 ans pour les peuples d’Europe, témoins plus ou moins passifs d’une agression comparable, en cours, sur le territoire de l’Ukraine ?

samedi 1 mars 2025

Yes We can ? 10 : délire, délire, …

 « A Chaque jour suffit sa peine » comme l’écrit Matthieu dans le Nouveau Testament ; c’est un peu ce qu’on se dit tous actuellement. Aux dernières nouvelles, on assiste aux US à une censure inimaginable des textes officiels qui interdit purement et simplement l’usage de certains mots (ils seraient plus d’une centaine) du style : antiracisme, racisme, altruisme, préjugés, DEI (diversité, équité et inclusion), diversité, divers, biais de confirmation, équité, égalitarisme, féminisme, genre, identité de genre, inclusion, inclusif, inclusivité, injustice, intersectionnalité, privilège, identité raciale, sexualité, stéréotypes, transgenre, égalité, ALT (alternatif), changement climatique, climat, émissions de gaz à effet de serre, justice environnementale, privilège, biais, femme, préjugé, justice environnementale, accessibilité, etc.

Quelques autodafés de bouquins « déviants » complètent le délire.

Manque plus que les retraites aux flambeaux dans la nuit de Washington des SA du moment (Proudboys et cie) avec torches et bannières (et pourquoi pas au nom de la « liberté ») pour revenir 90 ans en arrière…

L’histoire de l’humanité fait alterner périodes de félicité et cauchemars. Bon, là, pas de doute : on est dans la seconde !


lundi 10 février 2025

Ce matin au kiosque 93 : Jean sans Peur, l’IA, sexe et grattage

Revenons à des fondamentaux, comme on dit en rugby.

Info météo : temps humide qui serait propice à une belle récolte de champignons si un rayon de soleil et quelques degrés supplémentaires voulaient bien honorer notre territoire de leur présence.

Casting : (par ordre d’arrivée à l’écran) JM, Christiane, Gilles, Sophie et Paul, Robert, Genevieve, René, et le Marseillais (avec la participation du…).

1er débat : IA or not IA, that is the question.

Christiane lance (avec courage) le débat. Les avis sont partagés, vous pouvez l’imaginer. Au passage, j’apprends que Macron et « Delamèche » se sont frittés. Certains applaudissent à la pluie de dollars qui nous parvient comme une manne céleste, d’autres rechignent et osent penser que tout ce fric pourrait servir à autres choses qu’à engraisser des actionnaires, aller encore plus vite (vers où ? Pourquoi ? Et pour quoi ?) et appauvrir la biosphère (j’en suis).


2eme débat : René qui est arrivé avec des petits yeux a-t-il fait l’amour toute la nuit ?

Débat rapidement clos, René noyant le poisson dans la piscine de Courbevoie dont il nous apprend qu’elle est à l’arrêt. Gilles est surpris, voire révolté, que les douches hommes et femmes soient distinctes. René ajoute encore à la rigueur de ce règlement en précisant qu’il est interdit de chahuter, que le slip et le bonnet sont obligatoires, qu’il y a des lignes d’eau réservées pour chaque nage, etc. Gilles déplore que le string soit prohibé. Peut-être serait-il possible de mettre ce sujet à l’ordre du jour d’une prochaine niche parlementaire (avant de le soumettre à un référendum populaire).

Robert nous a apporté des croissants bien que les croissants soient périssables (vous ne voyez pas le rapport ?).


3eme débat : les vieux retraités sont-ils tous des emmerdeurs ?

C’est la position de Gilles qui vient de vivre l’expérience banale d’une petite vieille qui a « crassussé » à la pharmacie. (Pour ceux qui ignoreraient ce que « crassusser » signifie, il s’agit d’un terme de l’argot militaire qui veut dire tricher ou passer devant dans une file d’attente). On réconforte Gilles qui, après un accès de colère risque l’AVC ou la dépression, en lui disant que la vieille dame l’a pris pour un jeune homme et s’est sentie légitime de lui dire, après qu’il lui ait fait remarquer qu’elle crassussait, « mais vous ne voyez pas que je suis âgée ! », tout en lui filant un coup de canne dans les roustons (là, je brode, mais vous ne pouvez pas reprocher à un romancier…).


4eme débat : sujet relatif au grattage par le Marseillais.

Le Marseillais est un gratteur compulsif. Il gratte les tickets de la FDJ qu’il achète au bar d’en face. Ce matin, il n’a perdu que 2€. Mais un jour, il nous a confié que la chance lui sourirait. Vous me conjuguerez le verbe gratter au futur, au conditionnel et au subjonctif. Que je gratasse. En attendant, Le Marseillais nous permet de payer moins d’impôts. On ne souligne jamais assez l’esprit de solidarité des gratteurs de la FDJ.


JM, j’allais oublier JM ! Rassurez-vous : il a parfaitement digéré son œuf mayo, ses côtelettes d’agneau-frites et sa crème brûlée, de samedi midi au Rallye et le tout à 20€ (mais je l’ai déjà dit). Francois-Regis Gaudry, si tu nous lis…

JM me redonne le livre « Moins! » de Kohei Saito, que j’avais prêté à la « petite grande Dame de Bécon ». 


Hier, je suis allé au 20, rue Étienne Marcel. Vous ignorez probablement ce que je suis allé faire à cette adresse. Peut-être même que vous en avez rien à cirer. Eh bien, je vais vous le dire quand même : rendre visite aux fantômes de Jean sans Peur, de Charles VI (vous vous souvenez ? le Bal des ardents en 1393 au cours duquel le roi et un certain nombre de dignitaires déguisés en homme des bois se sont cramés avec la torche du duc d’Orleans) et d’autres prétendants au royaume, lesquels se faisaient régulièrement trucidés. A cette adresse, se dresse (aïe !) les restes (re-aïe) d’une demeure seigneuriale : une tour médiévale, la Tour Jean sans Peur, dont les 5 ou 6 étages sont desservis par un escalier en colimaçon et en pierre. Chaque étage dispose d’un espace latrines. Au passage, vous observerez les marques des compagnons-tailleurs gravées dans la pierre et un plafond sculpté présentant trois arbres et leurs ramifications enlacées  figurant les symboles de trois familles royales (pour plus de détails, voyez Le Chat, l’app française d’IA).


Pour revenir à mon écoute des habitués de ce matin, à part qu’il fallait bien se nettoyer les parties génitales avant et après un acte sexuel, je n’ai vraiment rien appris de bien interessant. Et encore ça, je le savais déjà !


Si, une chose pour finir : il y a un client chevelu et barbu et sourd qui a hurlé dans le kiosque que « merde, c’était le bordel ! », car sa carte bancaire refusait de marcher (la plupart des personnes présentes ont pensé, inconsciemment ou non, que ça devait être de la faute d’Anne Hidalgo).

Ce matin au kiosque 92 : Kessel, Couteraux, Mouchot et le Rallye

 « … cette haute steppe (…) était pour lui, (…), une grande feuille de sagesse à la surface de laquelle les plus faibles replis du sol traçaient les signes d'un alphabet éternel. »

Quelle phrase sublime ! Une, parmi des dizaines (peut-être des centaines) que renferme « Les cavaliers », le roman de Kessel publié il y a plus d’un demi siècle (1967), qui fait paraître bien pâles certains de nos romans actuels pourtant portés au pinacle des temples littéraires…

Je vous parle de ce livre, car je suis en plein dedans et que c’est un indicible bonheur que j’aimerais pouvoir faire partager à mes contemporains (tout du moins ceux qui se sont éloignés de la lecture ou n’y ont jamais été sensibles).

Et puis, évoquer un livre dans une chronique générée par un lieu où il est possible d’en acquérir ne devrait pas paraître si incongru ; n’en déplaise aux esprits chagrins qui préfèreraient retrouver la ritournelle de la météo et du casting de cet épisode.

Et puisqu’il s’agit d’une chronique un peu rebelle, deux mots d’un personnage qui aurait été surpris de se savoir figurer, à deux siècles de distance, dans pareil exercice d’écriture : François Couteraux (1740-1830). Ce lyonnais d’origine, maître-maçon, inventeur, architecte autoproclamé, écrivain et lobbyiste avant l’heure, appartient à la foule des précurseurs géniaux versés dans les oubliettes de l’histoire, comme Augustin Mouchot (1825-1912), inventeur du four solaire dont l’invention fut torpillé par des défenseurs des énergies fossiles. 

Couteraux n’eut de cesse dans la seconde partie de sa vie (une reconversion) que de vanter, par l’exemple et la théorie, les vertus de la construction en pisé. Nos aïeux étaient sans doute moins sots que nous qui n’avons jurés tout au long du XXe siècle (et encore maintenant, mais dans une moindre mesure) que par le béton et l’acier : des milliers de bâtiments de toute nature furent édifiés en pisé un peu partout dans le monde. La guerre de 14-18 qui décima la plus grande partie des ouvriers-piseurs réquisitionnés pour étayer le front de 800 km de tranchées, le développement des infrastructures routières et du marché du ciment, eurent raison de cette technique constructive à laquelle l’urgence d’une sobriété énergétique dans l’industrie de la construction devrait redonner des lettres de noblesse, au terme d’une amnésie de près d’un siècle.

Cette chronique, dont le lecteur fidèle aura relevé la fantaisie, ne peut oublier de mentionner la pierre blanche qui marquât ce samedi 8 février, puisque le conclave se fit, partiellement, hors les murs, au restaurant « Le Rallye », où quelques unes des célébrités de la confrérie des habitués se régalèrent d’un déjeuner à l’addition modeste (20€, entrée, plat et dessert). Je ne me joignis à la troupe que pour le café, insensible aux railleries qui voudraient prétendre que seuls les restaurants étoilés ont mes faveurs.

jeudi 6 février 2025

Ce matin au kiosque 91 : Ubu toujours, Nostalgie et 403

Si les gueux ne sont pas de retour, le froid auquel on les associe est bien là. Et pourtant, je vais rester une bonne 1/2 heure à l’affronter à la terrasse du kiosque tant ce qui s’est échangé ce matin fut passionnant. Mais avant d’affronter l’air mordant du dehors, un détour par le nid douillet de JM. 

C’est peu de dire que nous sommes consternés, sidérés, affligés, dépités, (les mots me manquent), pour qualifier notre état d’esprit : chaque jour amène son lot de conneries tragiques en provenance du couple Ubu-Musk. Dernier en date : prendre possession de la bande de Gaza, déporter les Gazaouis au diable (crime de guerre en passant), bétonner façon Riviera pour que les jeunes israéliens viennent, dans 5, 10 ou 15 ans, faire la fête parmi les fantômes palestiniens tués sous les bombes de Tsahal. « Tout le monde adore mon idée ! » proclame le Père Ubu. Musk n’est pas en reste : sans mandat légitime et épaulé par de jeunes supplétifs, il « dégraisse le mammouth » avec une rage inédite. On pensait que les USA, avec leur constitution, étaient à l’abri de ce genre de dérive. Preuve en est qu’il n’en est rien !

Faut-il espérer une révolte de la moitié des américains qui ont voté Kamala Harris ? A tout prendre, on préfèrerait que si chaos il devait y avoir, il reste « America first » (et only). L’Amérique, laboratoire de l’Europe ?

Par bonheur, nous avons eu droit à un voyage du côté des années 60 avec l’usine Solex, sa piste d’entraînement et le cynodrome, du côté du stade actuel ; l’évocation d’une grande demeure aristocratique qui était édifiée entre le boulevard de la Paix et la rue Armand Sylvestre, et dont la seule silhouette faisait trembler Gilles le Biker enfant ; les compétions de moto-ball (une sorte de foot avec des motos et un très gros ballon) ; les bidonvilles qui débutaient juste apres Charras pour s’étendre jusqu’à Nanterre : une vraie ville de ferrailleurs, chiffonniers, ouvriers travaillant dans les usines et les ateliers de mécanique des alentours, jusqu’à Levallois ; les échoppes et ateliers qui peuplaient l’Ile de la Jatte ; le surveillant général du lycée Paul Lapie, un homme sévère mais juste qui reçu, pour son départ en retraite, une 403 tellement il était au final populaire et apprécié, et qui serait surpris s’il savait que l’on parle de lui ici (tout comme le maire de Freudenstadt dans la Forêt Noire - ville thermale de villégiature jumelée avec Courbevoie - qui accueillit l’un de nos habitués alors âgé de 16 ans pour un stage de jardinier et quelques échappées au casino ; les blouses bleues pour les garçons et roses pour les filles ; etc. Quelle moisson ! Mais fichtre que ça caillait !

lundi 3 février 2025

Ce matin au kiosque 90 : L’affaire Bramard, Le sous-sol de La Défense, Le Parc de St Cloud et St Pie X

Voilà l’une des vertus du magasin de presse de la gare de Bécon les Bruyères : vous faire découvrir un polar, plutôt bien bâti, tant sur le plan du style que du scénario. 
« L’affaire Bramard » de Davide Longo, auteur italien de 54 ans, dispose d’un a priori positif supplémentaire (pour moi) : il intègre dans l’énigme la magnifique chanson de Cohen « Story of Isaac ».

Le personnage principal, Corso, est un ancien plus jeune commissaire d’Italie et, présentement, professeur d’histoire et d’italien (ça ne s’invente pas !). Il ne boit pas, ne fume pas, ne saute pas sur toutes les jolies femmes et porte des vieilles sandales en cuir sur des chaussettes. C’est un taiseux, bien sûr. Sa femme a été sauvagement assassinee par un tueur en série dénommé « Automnal », et, simultanément, sa fille a disparue ; il y a de cela 20 ans. A partir de là, il est parti en vrille d’où sa démission de la police et son intégration dans l’enseignement (d’aucuns pourraient y voir une chute de Charybde en Scylla). Et puis voilà qu’il se met à recevoir des lettres provenant de différents endroits de la planète, chacune contenant un fragment de la chanson de Cohen. Mais dans la dernière, l’expéditeur a commis une erreur…

J’ai retenu 2 belles phrases (mais il y en a des dizaines) : 

« La voix de Brassens tressait dans une chanson gaie les lambeaux d’un amour bien triste », et : « Le bâtiment, qui devait avoir été convenable autrefois, à voir ses vestiges, avait capitulé devant les mauvaises habitudes. La boîte de dératisation à un mètre de ses sandales résumait tout le processus. »

Quoi vous dire de plus ? Ce matin les quelques « habitués » présents se doraient la pullule sous les caresses insistantes d’un soleil d’une générosité douteuse pour un 3 février. Peut-être faudrait-il approvisionner des chaises longues ?

« Caramba, encore raté ! » JM m’a dit d’un air triomphant que j’avais encore raté samedi sa copine… Sa copine, c’est Julie D. qui est venue faire un coucou à son libraire préféré. Si elle veut figurer dans l’intertitre de cette œuvre d’anthologie, il va falloir qu’elle se dépêche (à me rencontrer), car la 100eme et ultime chronique pointe le bout de son nez !

Je suis resté en tout et pour tout une dizaine de minutes à profiter de la compagnie de mes amis, mais ils ont eu le temps de m’alerter sur le sous-sol de La Défense (un vrai gruyère), m’interroger sur le pourquoi que dans ces conditions les tours ne s’effondrent pas, s’interroger encore sur le pourquoi qu’on en construisait encore vu que la plupart sont vides ; évoquer les dangers et l’ineptie des pistes cyclables, les taxes qu’Ubu-Trump va nous balancer et la contre-attaque qu’on va lui renvoyer dans les dents (il nous taxe, on le taxe… mais attention père Ubu : trop de taxes tue la taxe, c’est bien connu).

Cet après-midi, nous avons parcouru les allées du bois de Saint-Cloud qui ne sont qu’à 1/4 d’heure de la gare de Bécon (le centre du monde ! Mais je l’ai déjà dit). 10,4 km ! Magnifique. Depuis la terrasse de la Balustrade, nous avons admirer Paris, la plus belle ville du monde, malgré le voile de pollution qui donnait à cette belle carte postale un sfumato inquiétant.

Nous avons découvert la sortie d’une école privée, l’Institution St Pie X : religieuses en drapé blanc et voile noir (des dominicaines) et jeunes filles en jupe grise et veste bleue marine. Un article du Monde m’a renseigné sur cette officine du communautarisme catho-tradi de l’ouest parisien qui a biberonné plus d’une militante d’extrême-droite… Que j’aimerais pouvoir assister à quelques cours ! Ça me remettrait peut-être dans le droit chemin… 

samedi 1 février 2025

Ce matin au kiosque - 89 : Royal Enfield, L’or de Moscou et le sexe des anges

Me voilà de retour à Bécon après une cure d’iode océanique d’une dizaine de jours.

Le temps est incertain, cultivant le doute, ne sachant s’il faut ou non accompagner un petit quatre degrés Celsius d’une pluie assassine, de celle qui vous humidifie jusqu’aux os.

Avec JM nous n’avons pu que constater les dégâts : non pas des tempêtes successives qui semblent prendre plaisir à se promener au-dessus de nos têtes ces temps derniers (Herminia depuis l’Irlande et Ivo depuis le Portugal) et qui auraient endommagé le kiosque, non, dans une vision plus « meta » des choses : Père Ubu-Trump qui poursuit ses trumpitudes, Musk, le libertarien fou, qui ne cesse de déclarer sa flamme aux neo-nazis et Micron qui tente d’exister en continuant à donner des leçons mais plus personne ne l’écoute.

Où va le monde ? « Ne me parlez pas d’intelligence artificielle ou je vous fous mon poing sur la gueule », aurait chanté le grand Georges. A ce propos, il ne vous manque pas les Brassens, Ferré, Desproges, Reiser et consorts ? Eux-seuls pourraient encore nous donner à espérer de la nature humaine.

J’ai récupéré un polar dont JM m’avait gentiment transmis par sms la photo de la 4eme de couverture : l’histoire d’un type qui se fait harceler par un gusse (serial killer forcément) qui le menace en lui envoyant des messages qui sont des extraits de poèmes de Leonard Cohen. Je vous en reparlerai. J’ai hâte de finir l’autre polar de Dolorès Redondo (la Fred Vargas espagnole), « De  chair et d’os », le second tome de la trilogie du Batzan qui fait la part belle aux figures mythologiques du pays basque espagnol (Basajauna, Tartalo et autres mairus), mais aussi aux cagots, cette population ostracisée qui vivait, jusqu’au XIXème siècle, en marge des villages, devait porter sur leurs vêtements une marque distinctive (comme les juifs sous le régime nazi), ne pouvait pratiquer que certains métiers, n’avait accès à l’église que par une porte réservée et de multiples autres discriminations. Leur origine reste controversée. D’aucuns prétendent qu’ils descendraient des Wisigoths, d’autres des maures après 732, d’autres des lépreux ou des pestiférés, … bref, de parfait bouc-émissaires (toute société, de tout temps n’a-t-elle pas eu besoin de se fabriquer des bouc-émissaires : figures parfaites pour offrir une cause aux malheurs qui accable sa population ou pour renforcer son socle communautaire ? )

En attendant, ne cherchez pas qui sont les responsables de vos désagréments et faites comme Ubu-Trump : c’est la faute à Obama et à Biden ; des woke de la pire espèce. Si vous voulez franciser votre démarche n’hésitez pas à évoquer Anne Hidalgo !

Alors : on a parlé de quoi avec les « habitués » ? De la Royal Enfield de Gilles qui se sent à nouveau des ailes de biker ; des dernières séries que « Claude, il faut que tu vois » ; du Riva, le plus class des bateaux après avoir dérivé (c’est le cas de le dire) sur les marins du Vendee-Globe déroutés sur La Rochelle compte-tenu des conditions météo qui ne permettaient pas une entrée sécurisée dans le chenal de la Baie de Quiberon ; du dérèglement climatique (mais si, mais si !) ; de la collision entre un avion de ligne et un hélicoptère militaire au-dessus du fleuve Potomac (la faute à qui ?) … Bref, et j’en oublie : une revue de presse parfaite.

Vous ai-je parlé de l’affaire de « L’or de Moscou » ? Je ne vais pas vous accabler avec cet épisode tragico-rocambolesque de la Guerre d’Espagne ou pas moins de 500 tonnes d’or, soit les 3/4 des réserves de la Banque d’Espagne, se sont retrouvées à Moscou. En 2 ans, elles seront englouties par Staline dans des livraisons d’armes d’un montant bien inférieur et dans des frais divers (Le « petit père des peuples » n’était pas vraiment un philanthrope). Le transfert à été opéré dans le plus grand secret (théorique), mais pour être certain de limiter les fuites, la plupart des protagonistes furent exécutés. On discutait pas à cette époque du sexe des anges dans un hémicycle à moitié vide ! 

En conclusion : c’était bien mieux avant !

mercredi 29 janvier 2025

Yes we can ? 9 : le coût de la pollution due aux particules fines et au NO2

Une récente enquête menée par Sante Publique France révèle que les niveaux de particules fines et de NO2 sont sensiblement supérieures de 2 fois à ce qui est « recommandé » par l’OMS.

On n’est pas surpris d’apprendre que ce sont les populations vivant en milieu urbain et les plus défavorisées qui sont les plus affectées par ces niveaux élevés.

L’étude a par ailleurs estimée le surcoût dû à la prise en charges des maladies liées à cette pollution ; il est exorbitant : 16 milliards d’€ par an, dont 13 milliards pour les particules fines (majoritairement dues au chauffage au bois, mais aussi au transport routier).


Quoi faire prioritairement ?

  • prohiber les cheminées ouvertes
  • Réduire ses déplacements en voiture (une baisse de 36% d’ici à 2030 permettrait de réduire de 2/3 la mortalité due aux particules fines)

Et peut-être :

  • Réduire la part du transport des marchandises effectuée par la route et reprendre le ferroutage ?
  • Réduire notre consommation et les commandes par internet afin de limiter les émissions de PF et de NO2 ?

vendredi 24 janvier 2025

Yes We can ? 8 : des causes du désintérêt pour l’écologie malgré les preuves tragiques du dérèglement climatique

C’est un post que j’aurais mis sur Facebook si je n’avais pas pris la décision, le 19 ou le 20 janvier dernier de mettre mon compte en veille pour ne pas cautionner la politique de Zuckerberg et son allégeance à Elon Trump (lapsus volontaire).

Hier, au « Matins de France Culture », Guillaume Erner avait invité Jean Jouzel, climatologue, ex-vice-président du GIEC et Hélène Soubelet, la DG de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (dont des bureaux ont été vandalisés récemment). La question était celle du titre de ce post.

Hélène Soubelet a rappelé les 3 causes identifiées par un rapport de l’IBPES (la plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services Ecosystémiques) :

  • la déconnexion de l’homme et de la nature
  • La concentration du pouvoir et de la richesse
  • La priorisation du politique à court terme

J’ajouterais :

  • la montée de l’individualisme qui tend à se centrer sur une sphère d’intérêt réduite
  • Une résignation compte tenu des rapports de force (rejoint le point 2 de l’IBPES) et du fait que ceux qui devraient montrer l’exemple ne le font pas
  • La défiance vis à vis de la science et en conséquence la montée du climatoscepticisme
  • Un contexte mondial d’incertitudes voire de chaos qui n’invite pas à réfléchir et agir pour une cause perçue comme susceptible de nuire à notre zone de confort
  • La croyance dans le technosolutionnisme
  • Le « positivisme- fataliste » : l’humanité s’en est toujours sortie et, de tous temps, la tragédie a fait partie de notre monde et on n’y peut pas grand chose
  • La minimisation des conséquences de nos modes de vie
  • La soumission au « business as Usual » et l’illusion qu’on fait de grands progrès dans la sobriété
  • La perception de l’écologie comme un mouvement foutrac d’illuminés 

samedi 18 janvier 2025

Ce matin au kiosque 88 : Le regard de Poutine, vols en bande organisée, Bois de Boulogne et robustesse

 

L’adjectif dont je qualifierait le fond de l’air ce matin est assez comparable au regard de Vladimir Poutine quand il menace les occidentaux des pires représailles - et notamment du recours à l’arme nucléaire -, si nous continuons à soutenir ces nazis d’Ukrainiens : glacial…

Les invités du jour sont : Jacqueline, Tana Umaga et son épouse, Gilles le Biker et les Tuq. 

Il ne sera pas dit qu’il n’y aura pas, couchée dans cette œuvre d’anthologie, une blague belge. On la doit au Père Tuq. C’est l’histoire de 4 belges qui vont en voiture au Bois de Boulogne et pas forcément pour ramasser des champignons (mais alors, involontairement). La voiture s’arrête, le conducteur baisse sa vitre (mouvement de manivelle des mains afin de préciser que les vitres ne sont pas électriques). Une personne qui ne ressemble que de très loin à un champignon s’approche et le conducteur lui demande : c’est combien ? La « dame » lui répond : 100 par devant et 200 par derrière. Et c’est alors que les 2 passagers de la banquette arrière s’insurgent : et pourquoi 200 pour nous ?

Sophie et Tana Umaga sont allés voir « En Fanfare ». Sophie a beaucoup aimé ; Tana moins. Qu’en dire de plus ?

Nous revenons sur une évocation d’hier de nos écarts de jeunesse. Je m’aperçois que je n’étais pas le seul à piquer dans les boutiques, mais quand même : je dois avouer qu’à l’occasion d’un voyage culturel en Scandinavie dont l’un des objectifs majeurs étaient de découvrir les petites suédoises (une étude ethnologique en quelque sorte), mes copains et moi nous nous sommes retrouvés rapidement à cours d’argent. J’ignore comment nous n’avons pas été chopés par les flics car nous ressortions régulièrement des magasins d’alimentation, les sous-vêtements et les poches intérieures de nos manteaux remplis de denrées et, qui plus est, plutôt haut de gamme : pinces de crabe, saumon fumé, et tout ce qui convenait pour les accompagner avec dignité.

Je découvre aujourd’hui que de nombreux habitués demeurent de l’autre côté de la voie ferrée, aux confins de Bécon, Asnieres et Bois-Colombes. Ce kiosque attire tel un aimant toute une société qui aime à se retrouver pour siroter un petit café, voire deux, échanger sur la pluie et le beau temps, la marche du monde, les projets des uns et des autres, distiller quelques blagues graveleuses, rire, s’offusquer, se moquer (des politiques), admirer, goûter aux délices du temps présent sans en oublier les turpitudes, s’épancher, s’inquiéter (d’un absent, d’un malade), se confier, évoquer, se souvenir, se cailler (en hiver), etc.

J’ai visionné un long interview d’un chercheur en biologie des plantes dont le travail porte sur le concept de robustesse des végétaux et comment s’en inspirer pour concevoir notre capacité à évoluer dans un monde futur fluctuant. Vous pensez peut-être que je m’éloigne de l’esprit de cette chronique. Eh bien, pas du tout ! Pour habiter le monde de demain, ce brillant chercheur nous encourage à tisser des liens, à privilégier la mise en « commun », à échanger dans le contradictoire, à prendre les chemins de traverse, bref, à faire ce que nous faisons quotidiennement à l’intérieur et sur le parvis du kiosque de la gare de Bécon les Bruyères, sous le regard complice de notre passeur préféré.

vendredi 17 janvier 2025

Ce matin au kiosque 87 : général Rouyer, « En Fanfare » et Tana chez les paras,

Très petit cénacle ce matin : Amélie, Tana Umaga, Gilles le Biker, Genevieve et Christiane d’Anatolie.

Genevieve nous informe que ce n’est pas toujours facile de manœuvrer un pilulier. Je suis obligé de la croire sachant que, par bonheur, son usage ne m’est pas encore imposé. Nous sommes revenus sur l’échange que Gilles a eu avec son infirmière et ce que j’ai considéré comme un compliment quand elle a fait état de sa carrure (Tana l’a interprété comme une avance). Genevieve intervient dans le débat avec pertinence : vous n’avez quand même pas la silhouette d’un danseur mondain, lui dit-elle, s’adressant à Gilles. J’ai compris « danseur exotique » ; vous savez : tablette de chocolat, pectoraux glabres et musclés d’adonis, jeux de hanches sexuels et sourire figé laissant imaginé que le type est satisfait de se produire en string devant un parterre de touristes blasés. 

Pourquoi en sommes-nous venus à évoquer Ferrat, Aznavour, Trenet et Brassens avec un brin de nostalgie ? Si, voilà : Genevieve (encore !) qui nous demande si on a vu « En fanfare ». Je m’aperçois avec stupeur que Genevieve ne lit pas mes chroniques : mauvais point !

Bref, oui, j’ai vu « En fanfare » et j’ai même chialé durant une bonne partie du film ; mais, ça, pour des raisons très personnelles. Le final est formidable avec cette fanfare qui joue… mais non, je me suis gouré : j’ai confondu avec la scène splendide d’ « Emilia Perez » quand une autre fanfare reprend « Les Passantes » de Brassens. Dans « En Fanfare », c’est « Le Boléro » de Ravel, interprété a capella ; magnifique aussi.

Tana nous a parlé de son service militaire chez les paras à Pau. Il faisait partie de la musique du régiment. Un adjudant (probablement) lui ayant demandé s’il savait jouer d’un instrument, il lui avait répondu qu’il avait une dizaine d’années d’accordéon ; le juteux lui avait dit : c’est bon, donc tu vas aller jouer du cor ! Et c’est ainsi que Tana a joué du cor (pas « du corps », encore que…) en défilant au pas sur la Promenade des Pyrénées et sous le regard d’une Lolita qui cherchait à l’évidence à perturber cette troupe de testosteronés, en apparaissant « oualpée » à un balcon.

C’est à l’intérieur du kiosque que j’ai revu Christine. Elle m’a rappelé le nom de son aïeul général de Napoleon dont le nom est gravé sur le pilier nord de l’Arc de Triomphe : Rouyer, Marie François. Il y en a une petite tartine dans Wikipedia sur cet homme qui a passé 40 ans de sa vie à guerroyer un peu partout en Europe, de la Turquie à l’Espagne, en passant par la Belgique et l’Autriche, et sans le Guide du Routard ! Ce que ne dit pas Wikipedia, mais que Christine m’a révélé sous le sceau du secret, c’est que l’homme n’était pas seulement un hyper-actif sur les champs de bataille, mais aussi sous l’édredon ! Sa progéniture aurait dit-on fait pâlir d’angoisse Malthus (1766-1834). Et enfin, ce qu’ignore encore Wikipedia, c’est qu’il est enterré au château sinistre de Couvonges à Harchechamp dans les Vosges. Longtemps le bruit a couru que sa tombe était au Père Lachaise et que, compte-tenu de sa fertilité, de jeunes femmes en mal de maternité s’adonnaient frénétiquement à des exercices manuels sur une excroissance de son gisant ; mais tout ceci (le gisant, l’excroissance) n’est que pure légende et fut démenti par une commission d’enquête sollicitée par les amis du journaliste Yvan Salmon, dit Victor Noir (1848-1870).

Il faut ajouter qu’on a longtemps cru qu’une dénommée Malcy Anne Jeanne était sa fille, alors qu’il n’en était rien, mais qu’il s’agissait d’une drolesse qu’il avait adoptée, laquelle finit par faire un beau mariage avec un pair de France (j’évite la plaisanterie graveleuse), héritier de la famille Clary dont l’arbre généalogique s’enorgueillit de deux reines, une d’Espagne et une de Suède et Norvège, ainsi que d’une tripotée de députés et sénateurs.