Juché sur ma bicyclette, l’atmosphère beconnaise est comme climatisée, mais sans excès. Le printemps a pris ses quartiers d’été dans les petites rues du quartier. Pour autant, il est clair que la population ornithologique est en net déclin : pas ou peu de babilles, de gazouillis, rien qui piaille ou qui piaule. On entend parfois le jabautage d’un couple de perruches qui s’agacent au-dessus des toits. Ces maudits oiseaux colonisent progressivement la capitale. La première fois que je les ai remarqués, c’était au Bois de Vincennes, il y a quelques années. Le Parc des Couronnes de Bécon en est à présent envahi. Il n’est pas impossible qu’elles chassent les espèces endogènes ; d’où le déclin mentionné plus haut. Ce n’est qu’une hypothèse sans valeur scientifique. Mais qui croit encore à la preuve scientifique de nos jours ?
Martine, Philippe et Pascal, accompagnés d’Utah, sont à la terrasse. Dans le magasin de presse, j’échange avec JM quelques considérations sur le contexte mondial. Je lui confie que la politique erratique de l’Ubu étasunien aura peut-être à terme des conséquences positives, contraires à son idéologie ou ses intentions : renforcement de l’Europe, baisse de la consommation mondiale qui ne peut que limiter les nuisances environnementales, renforcement de l’autonomie industrielle des pays, ralentissement des effets nocifs de la mondialisation. Bien entendu, il y aura certainement des perdants ; le risque majeur étant qu’une crise économique brutale survienne avec les conséquences que l’on a déjà connues : augmentation du chômage, croyance dans l’homme providentiel, désignation de boucs-émissaires, expansionnisme en vue de reconquérir de la richesse, guerres, désolations, …
Une cliente venue acheter son lot de magazines people lache un « c’est un fou » en entendant JM évoquer la taxation des pingouins.
Roland nous a rejoint sur le parvis avec deux béquilles et une patte dans un sabot, conséquence d’une mauvaise chute à ski. Roland fait amende honorable : il n’a pas vérifié l’état de ses fixations et l’une d’entre elles, après un vol plané sur la piste, ne s’est pas déclenchée. Roland s’est retrouvé cul par-dessus tête avec un ski planté dans la neige, la cheville tire-bouchonnée, et dans l’impossibilité d’extraire sa chaussure de la fixation. J’apprendrai à cette occasion que les skis semi-paraboliques vibrent moins que les paraboliques, ce qui diminue les désagréments liées aux vibration à 110km/h (vitesse moyenne de Roland sur les pistes).
Philippe et Martine s’envolent dans une semaine pour Cracovie. J’y étais allé il y a quelques années pour un mariage. Les bouteilles de vodka trônaient sur les tables comme de l’eau minérale. Il y avait même un « bar à vodka » qui permettait d’achever totalement la population de polonais, laquelle paraissait vouloir absolument illustrer l’expression « saoul comme un polonais ».
Comment en sommes-nous venus à évoquer la cuisine thaï et vietnamienne ? C’est un mystère autant qu’un miracle de ces échanges à bâtons rompus. Philippe nous a évoqué son repas familial au Vietnam à base de sardines à l’huile et Vache qui rit (un repas pour français), quand le reste de la famille autochtone se tapait des grillades de canard et de cochon dont les effluves titillaient son épithélium olfactif.
Quoiqu’il en soit, je dispose à présent de plusieurs adresses proches où les nems comme les phos sont irréfutables, selon l’expression de feu Bernard Pivot quand il vantait les délices d’un vin de très grande qualité.
Anne-Marie nous a rejoints accompagnée d’un gâteau, de sa canne et de son sourire coquin. Elle ne vient jamais seule.
Je cède mon fauteuil à Monique qui s’approche prudemment avec son café et son croissant, comme chaque matin, et je m’apprête à repartir.
Que dire d’autre ? Je suis passé a la librairie Le Baron Perché récupérer les deux livres que j’avais commandés de cet auteur espagnol, Carlos Munoz Molina, dont le « Comme l’ombre qui s’en va » m’a conquis.
Je viens de passer trois jours à Dijon avec des amis. Parcours architectural - la façade de l’église Notre-Dame et ses trois rangées de chimères est unique et formidable -, parcours muséal - les tombeaux des ducs de Bourgogne et leurs cortèges de pénitents endeuillés sont stupéfiants -, et parcours viticole - visite des Hospices de Beaune sous le charme d’une jeune guide, Agathe, visite de Clos-Vougeot, dégustation chez un viticulteur et pèlerinage à la parcelle de la Romanée-Conti -, bref que du bonheur à 1H30 en TGV.
Moins fun : je me fais arracher une molaire cette après-midi.
C’est ainsi que les hommes vivent.