mardi 25 septembre 2018

Architecture aux USA Série 5 : Washington DC

Washington DC est un rêve pour un amateur de musée ! Il faudrait certainement plusieurs semaines voire des mois pour en épuiser toutes les ressources. C'est bien simple : sur le kilomètre du National Mail (la grande avenue dessinée par l'architecte français Pierre Charles l'Enfant en 1791, de près de 200 m de large qui va du Capitole à l'obélisque de 150 m de haut) ce n'est qu'une succession de musées dont les plus notables sont :
- l'impressionante National Gallery (architecte : Ieoh Ming Pei),
- l'étonnant Musée National des indiens d'Amérique (architectecte : le canadien Douglas Cardinal), Fig 1
- le sévère Musée américain de l'holocauste,
et le plus récent,
- le formidable Musée de la culture afro-américaine (architecte : le britannique, Sir David Adjahe). Fig 2, 3 et 4
Le Musée de l'aviation et de l'espace (non visité) enchante semble-t-il les enfants ... et les plus grands. Mais le National Mail n'a pas l'exclusivité des musées : d'autres quartiers de la ville en recèlent également comme la très instructive National Portait Gallery (Architecte : Sir Norman Foster) Fig 5, ou l'académique National Buildin Museum ou musée de l'architecture (ingénieur civil : Montgomery Cunningham Meigs). Fig 6
Outre les institutions muséales, la ville fourmille de mémorials et de monuments dont les plus célèbres sont le Mémorial de Lincoln, le Capitole avec sa superbe bibliothèque, Fig 7, et la Maison Blanche (avec son décoiffant locataire actuel).
Des musées, des mémorials, des monuments, mais pas que : plein de surprises comme ce bâtiment de bureaux de Sir Richard Rogers (architecte de Beaubourg avec Piano) Fig 8, ou bien ces petites maisons de villes "so lovely" Fig 9.
C'est donc à une promenade à la fois architecturale et artistique (voir Saison 6) à laquelle vous invite la capitale  américaine. A vos vélos !
Fig 1 : Le musée des indiens d'Amérique

Fig 2 : Musée de la culture afro-américaine

Fig 3 : Musée de la culture afro-américaine

Fig 4 : Musée de la culture afro-américaine


Fig 5 : National Portrait Gallery
Fig 6 : Musée de l'architecture

Fig 7 : Plafond du hall de la Bibliothèque du Capitole
Fig 8 : Un immeuble de bureaux de Rogers


Fig 9 : Petites maisons de ville colorées sur
 la colline du Capitole


lundi 24 septembre 2018

Les vagues (poème en prose de Jean-Noël Spuarte)


Image associée
Jean-Noël Spuarte décembre 1813
J'observe le lent épuisement des vagues
Qui s'ourlent à proximité du rivage
Avec cette élégance solennelle des plis souples
D'un immense drapeau sous les tentations du vent.

Elles parcourent la mer avec une délicatesse de danseuse
Dessinant à sa surfaces d'amples ondulations
Comme une respiration lente 
Chargée des invisibles parfums du large.

Puis elles frémissent et se déchirent,
L'une puis l'autre, dans un ballet sans fin,
Achevant leur ultime voyage
Par un souffle bref sous les caprices du vent.

Et jailli enfin leur dernier orgueil
Dans une gerbe d'écume absolu,
Aussi précieuse qu'une dentelle de Vermeer.


Aux Batignolles. Petite virée entre midi et deux ! VPAA + Aires Mateus / ITAR + FREISH / MAD

Je ne vais pas raconter tout ce que j'ai vu dans ce nouveau quartier pris sur les anciens entrepôts de la SNCF, car ce serait ennuyeux voire désagréable, et il est probable que bien des choses m'ont échappé. Je ne vais pas vous parler des fantômes de Barbara et de Brel qu'on peut y croiser à la nuit tombante vu que j'y suis allé en plein midi et que les jardins ferment en soirée !... Alors, je vais parler de ce que j'ai aimé (sans hiérarchie).

1) Le Parc, avec son héron, ses libellules, ses noues (inévitables noues), les frondaisons des arbres, l'ombre et le soleil, une reconstitution de la nature plutôt réussie (Jacqueline Osty paysagiste).

2) Le TGI qui fait figure de Commandeur et qui s'autorise, par rapport à l'axe du parc (Grether urbaniste), une légère indiscipline, une coquetterie sans doute permettant au badaud d'admirer autre chose qu'un pignon vertical, mais aussi son épannelage et les flancs du Commandeur.

Ilot 04B de VPAA et Aires Mateus
3) L'ensemble blanc et noir de Vincent Parreira - VPAA (F) et d'Aires Mateus (P), deux agences complices pour ce qui constitue l'un des ensembles les plus remarquables de cet (éco)quartier. Le jeu et le dessin des trames, la juste finesse de la matrice extérieure, la belle profondeur de la façade, sa blancheur et le petit plus avec ces maisonnettes perchées comme sur les falaises de Bandiagara (ou presque) qui ne donnent pas le sentiment de se prendre au sérieux (on a déjà vu pareil dispositif tomber dans ce travers).

Allure d'Itar et Freish
4) Le bâtiment Allure, autrement désigné par AMC "L'origami XXL", des agences ITAR et FREISH, avec la très belle composition du dessin de la tour (R+15) qui nous libère d'une récurrente trame carrée ou rectangulaire qui peut flirter avec le style "less is bore".






MAD Architects
5) Un bâtiment en chantier aux allures balnéaires qui nous importerait presque Miami Beach aux Batignolles du à l'agence chinoise MAD (si je ne m'abuse) et qui devrait être remarqué et remarquable, s'il tient toutes ses promesses, et si le galbe des balcons n'est pas trahi par une exécution approximative (impossible !).

dimanche 23 septembre 2018

Architecture aux USA. Série 4. Farnsworth House de Mies van der Rohe

La villa iconique de Mies est située à environ 75 km au sud-ouest de Chicago, sur la commune de Plano (Illinois) et sur les bords de la Fox river. Elle a été conçue entre 1946 et 1951 pour le compte du docteur Edith Farnsworth, une éminente spécialiste du rein à l'hôpital de Chicago. Edith Farnsworth était également une femme d'une grande culture, très intéressée par l'architecture moderne, la littérature et la musique. Cette maison a été conçue pour une célibataire et en tant que lieu de villégiature.
Le coût initial de la maison est estimé à 1 million de dollars (valeur 2006).
L'histoire de ce chef d'oeuvre est hélas ternie par les relations conflictuelles qui opposèrent l'architecte et la propriétaire (des histoire de dépassement de budget !).
Edith Farnsworth occupa la maison durant 21 ans. Elle s'en dessaisit après avoir perdu ses recours contre la DDE du coin qui avait préempté les terrains contigus à la villa pour réaliser un viaduc. Elle la revendit en 1972 à Peter Palumbo, un magnat britannique de la presse, collectionneur d'art et amateur d'architecture. Il en fut propriétaire pendant 31 ans et la revendit en 2003 aux enchères pour 7,5 millions de dollars à un collectif de conservateurs locaux aidé par la National Trust for Historic Preservation, une sorte de Caisse des Monuments Historiques (probablement).
Depuis, elle est gérée par le Conseil pour la Préservation des Monuments qui en organise la visite (sur réservation exclusivement).

Quels sont les qualificatifs qui viennent à l'esprit devant cette oeuvre ?
Simplicité constructive (apparente), équilibre, luminosité, liberté,  intelligence, légèreté et Beauté (bien sûr !).
Quatre matériaux la composent : l'acier pour la structure (d'un blanc pur), la pierre pour le sol (travertin comme au Pavillon de Barcelone), le verre pour les façades et le bois pour le mobilier intérieur.
Elle est surélevée de 1,51 m par rapport au sol naturel ce qui ne l'a pas empêchée d'être victime des crues de la rivières (+ 60 cm dans la maison !).
Un vœu ? Y dîner avec des amis et y dormir une nuit (hors saison des crues !).




samedi 22 septembre 2018

Aimez-vous le poulet rôti ? Une question que j'aurais aimé poser à Marcel Proust

Petite article récréatif écrit le 16 septembre 2012 (illustration des cages à poulets issue du Weisman Art Museum de Gerhy à Minnéapolis. Aout 2018)

Cette question dont le sujet semble banal au premier abord et qui pourrait se prolonger afin d'être exhaustive, par : "rôti, oui, mais comment ?", m'a récemment été posée par l'un de mes amis proches (PN, pour ne pas le nommer) comme un défi personnel, constitue, n'en déplaise aux végétariens de toutes plumes, une question fondamentale qui interroge, non seulement la Place Beauvau, les problématiques de l'élevage intensif, mais aussi mon boucher avec sa rôtissoire à double broche électronique qui prend olfactivement en otage l'intégralité de l'avenue Pasteur,  et d'une manière plus fondamentale encore, sinon tragique,  le champ de la littérature. C'est à ce dernier questionnement que j'invite le lecteur en ce jour de la Sainte Edith dont le martyr n'aura pas été vain (ne me demander pas pourquoi), depuis les marches de ciment gris de l'escalier extérieur de mon pavillon de Bécon-les-Bruyères duquel je suis exclu provisoirement faute de disposer des clés pour y pénétrer, vu que je viens d'accompagner ma femme au train à Montparnasse, qu'elle a bien pris le soin de refermer la porte du pavillon, d'emporter le jeu de clés avec elle, et que moi, humble chauffeur dominical n'ait pas eu le réflexe domestique de m'emparer d'un double. (Ah ! Le réflexe domestique pour nous autres poètes !). On ne va pas se plaindre quand même : le ciel est bleu, la température ambiante est juste fraiche, une voisine passe l'aspirateur, un voisin la perceuse, et les éboueurs ont ramassé les poubelles. Et heureusement, il ne devrait pas m'être imposée la vision d'un serrurier faisant sauvagement sauter la porte avec un pied de biche tout en exigeant pour cette performance - "vous m'avez demandé d'ouvrir votre porte ou quoi ?" - une somme de 200€, exclusivement en petites coupures  usagées de 5 et 10€ ("non Monsieur, je ne prends pas les chèques, oui, je peux attendre que vous alliez au distributeur"), car mon fils repose dans sa chambre après une nuit agitée à la Fête de L'Humanité (que sont devenus les "camarades" ?), et que mon âme de père compatissant et post soixantehuitard s'interdit de l'extraire immédiatement de son sommeil de guerrier fatigué des temps modernes. Mais toutes ces considérations, que d'aucuns pourront juger futiles, nous ont éloignés de notre propos initial que je me permets de vous soumettre avec une acuité (cuit ou rôti ?) qui me surprend moi-même, et dans une perspective exclusivement romanesque : et si le petit Marcel avait retrouvé sa mémoire grâce à un poulet rôti à la peau dorée et croustillante (forcément accompagné d'une vraie purée qui se tient suffisamment pour y sculpter en partie centrale un minuscule cratère, réceptacle précieux du jus de cuisson dont le surplus sera utilement recyclé dans un plat de coquillettes),  plutôt qu'à une madeleine molle et un peu chochottte,  ne croyez vous pas que la littérature mondiale en eut été bouleversée ? Autrement dit, n'est-il pas possible d'affirmer que les géants de la littérature que sont Hemingway, Faulkner, Garcia Marquez, Pessoa, Duras ou Frédéric Dard, lesquels se sont crus obligés de se positionner par rapport à cette question obsédante de la madeleine, n'auraient pas produit une œuvre encore plus sublime, si Proust avait plutôt écrit :



"Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire déguster, une fois n'est pas coutume, un peu de poulet rôti, une de ces volailles dodues dont le fumet de cuisson, festif et gouleyant, emplissait avec générosité, à cet instant, l'espace intime de la maison.

Americanah de Chimamanda Ngozi ADICHIE

Résultat de recherche d'images pour "americanah"Résultat de recherche d'images pour "chimamanda ngozi adichie"C'est un gros livre : près de 600 pages en version Poche. Lit-on encore des livres aussi épais ? Un Amélie Nothomb vous fait un aller Paris-Lyon ; là, ce serait plutôt du Paris-Tokyo ! Et bien oui, il faut lire Americanah parce que ce roman, assez largement inspiré par la vie de son auteure - "Africaine feministe heureuse" comme elle se définit - fourmille de thèmes essentiels comme l'exil, le racisme, la place de la femme, la condescendance, le snobisme, le sens de la vie, l'amitié, l'amour, l'insolence, la corruption des élites, le doute, et j'en oublie. Il fourmille également d'une galerie de personnages que Chimamanda Adichie (41 ans ce 15 septembre) cisèle avec réalisme et humour. Bien sûr cette histoire d'amour entre deux ex-étudiants qui se perdent et - happy-end oblige ? - se retrouvent peut nous paraître un peu bleuette, mais après-tout, le roman n'est-il pas là pour nous embarquer au-delà de la trop désespérante réalité quotidienne qui s'étale à longueur de journaux ? Sommes-nous à ce point rétif au bonheur simple ?
D'aucuns y trouveront un excellent "documentaire" sur tous les thèmes précités et l'occasion de découvrir une vision du monde - et en particulier des Etats-Unis - au travers du regard d'une noire africaine. S'arrêter à cette découverte, aussi riche fut-elle, serait extrêmement réducteur car la dimension romanesque est ici essentielle et elle est servie par un style fluide, vif, pertinent, presque insolent ; à l'image d'Ifemelu-Chimamanda ?

Madame Adichie sera l'invitée du Monde Festival le dimanche 7 octobre à 17H30 à l'Opéra Bastille.
Cliquer sur Le Monde Festival

Le TED qu'elle a donné en 2013 "Nous devrions tous être féministes" permet d'apprécier l'intelligence de cette dame. Cliquer sur ce TED


mercredi 19 septembre 2018

Architecture in USA Série 3 : Minnéapolis (fin) La Crosse, Madison

Après l'iconique Taliesin, et avant Farnsworth (Série 4), quelques éléments architecturaux remarqués (sinon remarquables) sur le chemin.
Fig. 1
Fig. 2
A Minnéapolis toujours, le Walker Art Center de l'agence baloise (ou balaise ? :-)) Herzog et de Meuron, tout de porte-à-faux, de guingois et déjà fripée (l'enveloppe est en plaques de métal froissé) s'inscrit dans le courant déconstructiviste sans réellement convaincre (Fig 1 et 2).
On peut se consoler avec la cafétéria du centre qui sert un remarquable hamburger-chips (Fig. 4) ; espace logé dans le bâtiment d'origine datant de 1971 (Fig. 3), du à l'architecte Edward Larrabee Barnes (dois-je avouer que cette architecture-là m'a davantage intéressé ?). Un grand parc de sculptures contemporaines (Fig. 5) jouxte l'ensemble muséal.
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Fig. 3)
Fig. 4)
Fig.5  "Black vessel for a saint". Theaster Gates














La Crosse fondée par nos ancêtres qui, plutôt que traverser la rue pour trouver un boulot, traversaient à l'époque l'Atlantique pour trouver l'aventure ... est une petite ville en bordure du Mississippi, avec un centre animé de pubs et de restaurants, et dotée de rien moins que d'une cathédrale en "béton vrai" construite en 1962, oeuvre de l'architecte Edward Schulte. Ce bâtiment néo..., est un peu sauvé par le très beau volume intérieur de la nef (Fig. 6).
Fig. 6












Fig. 7

A Madison, l'une des villes les plus agréables de notre "travel", avec ses deux lacs, sa vie étudiante (merci le Plateau de Saclay !), ses beaux édifices institutionnels (Capitole, bâtiments universitaires), ses restaurants branchés, etc. L'opéra de Cesar Pelli (Fig. 7) est plutôt de belle facture : hall gigantesque (surclimatisé bien sûr !) ouvert sur la ville et pas refermé comme un blockhaus comme notre Opéra Bastille.
On retrouve la trace de Wright sur les bords du lac Monona avec une tour à laquelle il manque plusieurs étages pour pallier à une certaine massivité. Ce bâtiment fait partie d'un vaste projet urbain que Wright proposa à la ville dès 1909 afin de relier le Capitole au rives du lac. Projet qui ne reprit que près de 30 ans plus tard ("scandales personnels", 1ère Guerre mondiale, dépression de 29, ...), puis fut à nouveau interrompu par une succession de causes : 2nde guerre mondiale, politiques publiques, etc. Wright meurt en avril 1959. Le Guggenheim de New-York est inauguré en octobre de la même année. Il faudra en revanche attendre encore juillet 1997 pour l'ouverture du complexe Monona Terrasse ! Quand on dit qu'en France les procédures sont d'une lenteur invraisemblable !... 88 ans entre les premiers dessins et l'inauguration !
Fig. 8
Fig. 9
Il existe de nombreux bâtiments de Wright à Madison, mais l'un des plus intéressants est très probablement l'Unitarian Meeting House, un ensemble datant de 1951 comprenant principalement une église et une école. L'église (Fig. 8) est d'une très grande légèreté, posée en surplomb d'une pente douce, avec des lignes aériennes audacieuses et dynamiques en verre et cuivre, sur un socle en pierre appareillées en boutisses (Cf Série 2). On cherchera sans peine les très belles métaphores du Sacré. L'ensemble à usage d'école et de lieux de réunions (Fig. 9) présente quant à lui une courbe en verre d'une beauté plastique à faire pâlir de jalousie certains architectes adeptes du minimaliste verrier (voir récente exposition à la Fondation Cartier du japonais Ishigami).
Fig. 10. Intérieur de l'église (2 hauteurs, très "wrightien")










mardi 18 septembre 2018

Pour sauver la planète sortons du capitalisme

C'est en septembre 2009, il y 9 ans donc, je publiais ce post qui n'a pas pris une ride.

Magnifique phrase de Badiou : "Une bonne partie de l'oppression contemporaine est une oppression sur le temps (...)Nous sommes contraints a un temps découpé, discontinu, dispersé, dans lequel la rapidité est l'élément majeur. ce temps n'est pas celui du projet, mais de la consommation, du salariat. le courage pourrait consister à essayer d'imposer une autre temporalité." 


Hervé Kempf, journaliste au Monde et auteur de "Comment les riches détruisent la planète", livre avec "Pour sauver la planète sortons du capitalisme" un nouvel essai cinglant où urgence écologique et justice sociale sont les indissociables composants du projet politique. Il dénonce avec pertinence que le concept de "rivalité ostentatoire" qui est l'un des avatars obligés du capitalisme, par la surconsommation et les inégalités qu'il induit, nous emmène tous dans le mur. Privatisation de l'espace public, névrose des marchés, échange sans parole, perte du lien social, abrutissement médiatique, sont autant de facteurs qui caractérisent cette période de l'Humanité dans laquelle nous sommes entrés au sortir des "Trente glorieuses" : l'anthropocène ; la 1ère fois dans l'histoire de cette planète où l'humanité peut être considérée comme un agent géologique apte à transformer la nature de la biosphère.
Kempf appelle à un sursaut qui n'est pas seulement une démarche intellectuelle, mais une obligation à baisser significativement notre standing de vie ; nous, les riches.
Au passage, il démonte le concept de "croissance verte" qui n'est qu'un énième leurre de l'oligarchie pour déguiser de juteux profits en démarche vertueuse.
Extraits :
"La difficulté propre à la génération (la jeunesse actuelle NDLR)... est de devoir réinventer des solidarités quand le conditionnement social lui répète sans cesse que l'individu est tout."
"La corruption répand dans l'esprit public qu'est le plus estimable non pas le plus vertueux mais le plus malin."
Et 2 citations ;
""Une bonne partie de l'oppression contemporaine est une oppression sur le temps (...)Nous sommes contraints a un temps découpé, discontinu, dispersé, dans lequel la rapidité est l'élément majeur. ce temps n'est pas celui du projet, mais de la consommation, du salariat. le courage pourrait consister à essayer d'imposer une autre temporalité." Alain Badiou. Philosophe
A propos de l'argument consistant à dire qu'il n'y a qu'à "revenir aux bougies", Ingmar Granstedt dit : "Ce ne serait pas un "retour à la bougie", mais la reconnaissance honnête et courageuse que le refus de la concurrence sans fin et sans frein nous oblige à inventer une nouvelle modernité technologique, ouverte elle aussi à la curiosité scientifique et à l'imagination technique, mais compatible avec la vie dans des territoires à échelle humaine.

dimanche 16 septembre 2018

Journal de bord 15 septembre 2018. Coyote : une incivilité banalisée



Petite rappel : cette rubrique "Journal de bord" aurait pu s'appeler "humeurs" ou "je ne vais pas encore me faire que des amis". Elle revient sur un thème échangé lors d'une discussion ou suite à une intervention vis-à-vis de laquelle j'émets quelques ... humeurs.
La dernière en date datait du 1er janvier de cette année. Vous voyez que j'ai peu "d'humeurs" ou que je les cache bien, ou encore (plus vraisemblable) que je ne prends pas le temps de les coucher sur la feuille électronique.


Résultat de recherche d'images pour "coyote"Mon propos du jour est de parler des "Coyotes". Non pas de ce "charmant" animal proche du loup qui chasse en meutes, mais de ce dispositif embarqué dans sa voiture qui coûte entre 200 et 400€ + 12€/mois, et qui doit vous permettre de rejoindre "la meilleure communauté d'automobilistes d'Europe" (sic) comme on peut le lire, en titre ,sur la page d'accueil du site.
A quoi servent les systèmes détecteur de radars sinon à éviter à leurs heureux propriétaires de se faire prendre en excès de vitesse ? Les partisans du Coyote plaident une conduite plus sûre :
- ils ralentissent quand l'aboiement détestable retentit dans l'habitacle ;
- ils ont moins d'occasions d'être divertis par l'obligation qu'ils auraient autrement de regarder "sans cesse" leur compteur de vitesse (ben oui, gros bêta (comme dirait Manu) : tout le monde sait que les limitations de vitesse "ça change tout le temps", et que si on devait les respecter (sans le Coyote), on aurait le pif collé au compteur, et alors là, bonjour les accidents !).
Faudrait pas nous faire prendre des vessies pour des lanternes ou les oiseaux du Bon Dieu pour des canards sauvages, comme dirait l'autre (et Audiard en particulier) !
Non, les détecteurs de radar (parce que on ne parle que du Coyote, mais il existe d'autres systèmes) servent exclusivement aux petits malins (plutôt fortunés) :
- qui conduisent parfaitement bien (et surtout à grande vitesse),
- qui n'ont pas besoin qu'on leur rappel le code de la route ("et quoi ? On est en démocratie, non ? On est responsable ou quoi ?),
- qui sont (beaucoup) plus pressés que les autres car il s'agit de personnages très importants (mais si, on vous le dit !)
aux petits malins donc, pour leur éviter amendes et retraits de permis (dispositions dont on se demande encore pourquoi elles ont été inventées sinon pour tondre un peu plus le contribuable).
Il faut le dire tout net : ces systèmes sont des encouragements à l'incivilité. Et pas des petites comme celles contre lesquelles tentent de lutter des campagnes d'affichage exposées dans les transports en commun. Aïe, justement, des lieux peu fréquentés et peu fréquentable pour le coyoteur (qui n'est jamais de base).


jeudi 13 septembre 2018

Architectures in USA. Série 2. Taliesin : Frank Lloyd Wright's home of love and loss


Taliesin fut conçue et construite par Wright pour sa seconde femme, Mamah, en 1911. Elle se situe dans le Wisconsin, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Madison.
C'est une maison immense (1000 m2 ?) qui domine la campagne des alen
tours, berceau de sa famille et chère à Wright.
C'est une maison démesurée pour deux personnes mais dont Wright s'est servie pour des réceptions et des concerts.
Photo 1 : Chapelle de FL Wright
Non loin de "The house on the rock" comme se nomme cette maison, se trouve cette petite chapelle (Photo 1), oeuvre de jeunesse de Wright (avec en 1er plan le couteau des All Blacks qui ne nous quitte jamais). Il y a quelques tombes à proximité de la chapelle dont celle de Wright (Photo N°2).
Photo N°2 : Tombe de FL Wright
Mais on nous a dit qu'il n'était plus là (?).









Cette photo est la seule de l'extérieur. Elle correspond à un jardin proche de l'entrée principale (Photo N°3).

Photo N°3
Une étrangeté (Photos N°4 et 5) : un belvédère pour aller contempler de plus près les frondaisons des arbres, que nous avons pris un instant pour un couloir de nage !
Photo N°4 : le belvédère en porte-à-faux


















Photo N°5 : on ne s'en lasse pas !
















Photo N°6 : l'angle du salon de musique
Sur la photo N°6 on peut voir un angle du grand salon de musique.










Une petite vue cadrée sur le jardin de derrière (Photo N°7).
Photo N°7 : le jardin de derrière encadré par l'appareillage
"fétiche" de Wright avec ces boutisses saillantes.

















Un espace intérieur extraordinaire avec cette vue du salon de musique (Photo N°8), tellement immense qu'il sort du cadre (!), un couloir infini (Photo N°9), et un espace traversant (Photo N°10) et Photo N°11, une autre pièce proche de l'entrée (me semble-t-il).

On a du mal à imaginer les événements tragiques qui ont dévasté ces espaces. A lire absolument le roman de Nancy Horan : "Loving Frank".

Photo N° 8 : Le salon de Musique
Photo N°9 : couloir avec au fond l'accès au salon de musique

Photo N°10

Photo N°11








jeudi 6 septembre 2018

Architectures in USA. Série 1 de Wright à Nouvel

Quelques morceaux choisis au gré d'un circuit dans l'Illinois, le Wisconsin et le Minnesota.

1 - La maison Ward. W.Willits de Frank Loyd Wright (1903) à Highland Park (trentaine de km au nord de Chicago) dans un état indigne de sa qualité architecturale et historique










2 - Un petit bâtiment public récent parfaitement dessiné sur la plage au bord du lac Michigan (Architecte : ?)










3 - Toujours dans les environs de Highland Park, une synagogue de ? Minoru Yamasaki, l'architecte des Twin Towers de NY






4 - Vue de l'intérieur de la nef de ce curieux vaisseau aux allures de volatile mécanique de Santiago Calatrava à Milwaukee (2001), une extension qui viendrait presque faire oublier la remarquable plastique brutaliste du musée originel de Saarinen (1957).










5 - Les escaliers de la partie ancienne du musée (Architecte : Eero Saarinen)











6 - Quand les ingénieurs s'adonnent à l'architecture, ça donne (pour le meilleur) le pont levant de Duluth de l'ingénieur Thomas McGilvray (1905)











7 - Une demeure dans la région au nom évocateur de "Finland", reconvertie en maison d'hôtes parfaitement recommandable (2000 ?)













8 - Le Weisman Art Museum de Frank Gehry à Minnéapolis (1993) ; une esquisse pour le Guggenheim de Bilbao inauguré 4 ans plus tard







9 - Le Guthrie Theatre de Jean Nouvel à Minnéapolis (2006), tout de bleu vêtu (clin d’œil à Klein ? A Claude Parent ?), avec une entrée un peu pataude quand les espaces intérieurs sont plutôt réussis











10 - Toujours le Guthrie Theatre et son invraisemblable porte-à-faux (+ de 30m) dont on peut discuter l'esthétique mais qui offre un panorama et un espace intérieur remarquables
"Voilà pourquoi l’architecture du Guthrie par ses volumes, ses couleurs, peut se lire comme un lointain écho des silos ; voilà pourquoi le shared lobby s’avance comme un pont pour contempler les chutes d’eau"