lundi 18 décembre 2017

"Un certain M. Piekielny" de François-Henri Désérable



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C'est un bonheur presque absolu - on va dire alors, un plaisir - de commencer la semaine en achevant la lecture d'un tel roman. Le jeune auteur (il a fêté cette année ses trente ans et son troisième livre au pinacle de l'édition, chez Gallimard) revient sur les traces d'un petit bonhomme à la barbiche roussie, locataire de l'immeuble à Vilnius où le petit Roman Kacew a vécu et auquel l'enfant, devenu Romain Gary, a prêté dans "La Promesse de l'aube" ces paroles a priori banales et pourtant immenses : "Eh bien ! quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire ... Promets-moi de leur dire : au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait un certain M. Piekielny ..." Il y a dans cette promesse tout l'espoir de l'Humanité, et cet espoir est porté par la littérature : malgré le déchaînement de la haine, il peut ne jamais y avoir d'oubli, même pour la plus anonyme des victimes.

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Ce que dit l'auteur avec brio : "On prétend parfois qu'elle (la littérature) ne sert pas à grand-chose, qu'elle ne peut rien contre la guerre, l'injustice, la toute puissance des marchés financiers - et c'est peut-être vrai. Mais au moins sert-elle à cela : à ce qu'un jeune Français égaré dans Vilnius prononce à voix haute le nom d'un petit homme enseveli dans une fosse ou brûlé dans un four, soixante-dix ans plus tôt, une souris triste à la peau écarlate, trouée de balles ou partie en fumée, mais que ni les nazis ni le temps n'ont réussi à faire complètement disparaître, parce qu'un écrivain l'a exhumée de l'oubli."

Nota : il est étonnant de constater que ce livre n'a obtenu aucun prix littéraire à ce jour

samedi 16 décembre 2017

"Les Trois Sœurs" d'après Tchékov à l'Odéon

Résultat de recherche d'images pour "les trois soeurs odeon critique"Sur la scène une petite maison d'architecte aux lignes contemporaines qui pivote sur son axe (comme une métaphore du manège de la vie ?). Il s'agit d'une maison de campagne familiale située en pleine forêt, au bord d'un lac, où trois sœurs et leur frère se retrouvent avec leurs compagnons et leurs "ex" pour fêter Noël et l'anniversaire de l'une d'elles. Nous sommes bien, aujourd'hui, à l'ère du trumpisme et des réseaux sociaux, des jeux vidéos et des séries. Car c'est bien un peu une sorte de "série" qui se produit sur la scène : un mélange de dérisoire et de pathétique, d'approximatif et de superficiel. Les dialogues son (volontairement ?) plats, avec des accents comiques tenant du soap-opéra (entretenus pas quelques rires gras de spectateurs que l'on croirait enregistrés). Il y a du sexe, du "cash" (les WC constituent l'un des accessoires majeurs du décor et les "fuck" ponctuent les dialogues), de l'actualité traitée sur le mode zapping (les migrants) et du gore (avec un psychopathe et le final bien saignant). J'oubliais la philosophie : "Le mondes est usurpateur ; nous sommes tous des usurpateurs." (Vous avez deux heures ...).
Si c'est un miroir que Simon Stone a voulu tendre au spectateur pour lui montrer dans quelle médiocrité nous pataugeons, on peut comprendre ; pour le reste, on oubliera rapidement...

lundi 11 décembre 2017

"Auprès de moi toujours" de Kazuo ISHIGURO

Résultat de recherche d'images pour "auprès de moi toujours roman"S'agit-il d'un livre de fiction ? Pas vraiment puisque paru en 2005, l'histoire se déroule dans les années 90. Pourtant, avec ses clones, ses donneurs, ses accompagnants et ses "possibles", on dispose de tous les ingrédients d'un de ces nombreux ouvrages médico-fictionnels qui mettent en scène le pire des dérives de la science dans un futur auquel nous ne saurions échapper.
Quel message Ishiguro a-t-il voulu faire passer dans ce roman auquel il donne un rythme lent, oscillant en permanence entre le présent et le passé, constitué de faits a priori anodins, centré sur trois amis qui se sont connus à Hailsham, une institution très British, mais en réalité un laboratoire terrifiant ?
Y a-t-il deux humanités ? L'une condamnée à servir l'autre (Tiens, encore cette notion de service déjà au cœur des "Vestiges du jour").
Une "morale" tragique de ce livre pourrait être : rien ne sauve quoi que ce soit ; ni l'art ou la poésie, ni la compassion, l'amitié ou la tendresse.

"Les vestiges du jour" de Kazuo ISHIGURO


"Les vestiges du jour" est le roman le plus connu du tout récent prix Nobel de littérature, l'anglais d'origine japonaise, Kazuo Ishiguro. Il a été porté à l'écran et magnifiquement interprété par Antony Hopkins et Emma Thomson dans les rôles du majordome, Stevens, et de l'intendante, Miss Kenton.
Résultat de recherche d'images pour "les vestiges du jour livre"On ne va pas développer ici toute l'histoire de ce roman très riche sur le plan des thèmes philosophiques qu'il aborde tels que la dignité, l'engagement, le devoir, la soumission, etc.. En (très) bref, il s'agit de l'histoire d'un majordome qui fut employé une grande partie de sa vie dans le château d'un aristocrate anglais, lequel s'est fourvoyé dans un engagement en faveur de l'Allemagne nazie, et qui, à la faveur d'un "congé" que lui accorde son nouveau propriétaire (le terme est bien celui-là), va parcourir pendant quelques jours la campagne anglaise au volant d'une superbe voiture prêtée par ce dernier, avec comme objectif de revoir son ancienne intendante, et avec le secret espoir de la convaincre de revenir au château, souhait que l'interprétation d'une lettre qu'elle lui avait adressée avant son départ pouvait laisser supposer.



Résultat de recherche d'images pour "les vestiges du jour livre"Au fil des kilomètres et des haltes, Stevens se remémore les épisodes de sa vie de majordome exemplaire et le lecteur découvre au fil des pages un personnage fossilisé dans sa fonction, déshumanisé par l'impérative obligation de servir une autorité. Il se persuade que la dignité est la vertu suprême, mais ce qu'il désigne par dignité est le stade ultime de l'asservissement consenti qui le soustrait à toute forme de sentiment.
Stevens est la figure de l'employé appliqué comme put l'être le petit comptable d’Auschwitz, l'ingénieur dont la conscience se borne à rendre plus efficace encore le fonctionnement d'une chambre à gaz, le commis vaquant dans la banalité du mal, tous déresponsabilisés volontaires au prétexte d'un intérêt supérieur.
Résultat de recherche d'images pour "les vestiges du jour livre"Il y a sans doute d'autres aspects moins sombres dans ce roman, mais à l'heure d'une certaine pensée unique qui comble avec suffisance le vide laissé par la trahison des utopies, c'est principalement ces thèmes qui me font considérer ce roman.

dimanche 26 novembre 2017

Souvenirs de la marée basse


Il y a plus que la seule marée basse dans ces souvenirs ciselés par une plume délicate, sensible, d'une poésie magnifiquement juste. 
Il y a plus que ces paysages marins - Arcachon, la Côte d'Azur - dans ces mots choisis.
Il y a ces personnages de conte - Jackie la mère nageuse et fantasque, les familles Leçon et Chiffre, la Princesse du Palais des mers, cette vieille dame à moitié folle, ... - qui évoluent dans une nature chargée de souvenirs d'une tendresse infinie, dont les parfums, les couleurs et les horizons accompagnent le lecteur et le laissent, au terme du roman, dans un rêve teinté d'une certaine nostalgie.



Chantal Thomas a-t-elle choisi la marée basse parce que c'est un paysage qui ne triche pas ?

samedi 25 novembre 2017

Morgue et fatuité

La critique est libre même lorsqu'elle est imbécile. Je me permets de revenir sur l'une d'entre elle, profondément injuste car ignorante du travail effectué. Bien entendu l'enfer est toujours pavé de bonnes intentions, et il ne suffit pas qu'une oeuvre ait nécessité un investissement, une recherche démesurés pour qu'elle soit légitime. Mais pourquoi tant de morgue ? Pourquoi aussi peu de considération pour ce projet ? Il y a dans ces petites phrases un concentré de malveillance qui me font penser aux critiques que les étrangers nous font de cet esprit français : supérieur, hautain, condescendant. Ce que la culture peut tristement produire de laid est issu d'une autosatisfaction béate proposée au satisfecit des imbéciles ; ce qu'on désigne par la fatuité.

Les Amnésiques

Comment comprendre que l'un des pires régimes que l'humanité ait connu puisse encore constituer pour certains un recourt possible à leur situation ? Comment ne pas se convaincre que notre indifférence aux souffrances et aux inégalités est le terreau des plus abjects instincts ? Comment ne pas vouloir savoir, à une époque où tout se sait, que le pire n'appartient pas qu'au passé ? Nous sommes tous responsables de nos lâchetés et ce n'est pas la folie d'une poignée de psychopathes qui plonge le monde dans le chaos ; c'est la complicité ordinaire, la lâcheté quotidienne, l'égoïsme pratique de chacun de nous, multipliés par des millions, qui nous conduisent à notre perte.

samedi 18 novembre 2017

La disparition de Josef Mengele et L'ordre du jour

Méfiance, l'homme est une créature malléable, il faut se méfier des hommes. C'est par cette phrase que s'achève le Prix Renaudot 2017 d'Olivier Guez, "La disparition de Josef Mengele", roman qui retrace les années de clandestinité  de "l'Ange de la mort", le médecin-chef d'Auschwitz, de son arrivée à Buenos Aires le 22 juin 1949 à sa mort par noyade, trente années plus tard, le 7 février 1979, à Batioga, dans l'océan Atlantique. Traqué, il le fut par le Mossad et les chasseurs de nazis, mais sans doute bien plus par ses propres fantômes, les milliers de femmes et d'hommes qu'il a envoyés à la mort et sur lesquels il a pratiqué des expériences épouvantable qu'il a toujours justifiées au nom d'une raison supérieure, d'un devoir sanitaire, afin de préserver la race blanche - et particulièrement germanique. L'un des mots qui traverse le roman est "complicité".

mardi 14 novembre 2017

Les mondes flottants

"Hélas, votre poème n'a pas été retenu dans cette sélection" (des 10 poèmes sur 600 reçus).
Concours de poésie Biennale d'art de Lyon + Télérama
Il s'agissait d'un sonnet aux formes imposés (2 quatrains et 2 tercets et tout ça rimé !).

Alors, il ne me reste plus qu'à le mettre ici (il y aura bien quelques amateurs) :

                                             

                                                           Mondes flottants

Mondes flottants, archipels aux îles sécrètes
Que le parfum d’une caresse dans l’écharpe du vent,
L’écriture d’un cordon d’écume sur le corps d’un enfant,
Dessinent chaque jour au tympan de nos mémoires défaites.

Ne vois-tu pas, étranger, le mendiant sous le blafard des néons,
Une herbe folle au défi du macadam,
Dans la foule autiste, la ballade tragique des armes,
Et l’albatros qui fuit l’exil des illusions ?

Mondes flottants des radeaux à la mer,
Des hordes barbares barbelées aux frontières,
Mondes flottants tout entier dans cette goutte de rosée

Que le soleil habille, fragile comme un murmure,
Comme l’amour, ce pauvre amour, amour impur,
Qui toujours s’invente aux effluves de nos rêves d’éternité.


PS : J'en profite pour remercier les irlandais qui sont toujours mes plus fidèles lecteurs ... (mais pourquoi les irlandais ?)

vendredi 10 novembre 2017

The girl in "Bird on the wire" (Suite)

Merveille d'internet ! Cet appel posté sur le site de Cohen a trouvé un écho puisque l'un des internautes m'a transmis le nom de cette jeune femme.
Il s'agit de l'actrice allemande Doris Kuntsmann.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Doris_Kunstmann

Virée au Plateau de Saclay

Tour-radar. Barthélémy-Grinio
Prototype façade ENS. RPBW

Escalier cheminée technique. Institut Photovaltaïque. JP Pargade
Escalier secondaire. Ecole Centrale. OMA
Façade extérieure. Ecole Centrale. OMA

Pignon. Logements Ecole Centrale. LAN


jeudi 9 novembre 2017

C'est bon de se retourner. On sait jamais : on peut être suivi !

Il y a 8 ans (déjà) je commettais cet abus.


 dimanche 8 novembre 2009


Sondage extraordinaire


Le samedi, nous révèle un récent sondage d'IPOS paru dans le JPD du week-end, est traditionnellement réservé chez 90% de nos compatriotes au sport, au bricolage ou bien aux courses en supermarché.
Le sondage avait pour objet de s'intéresser à ce à quoi peut s'occuper les 10% des français qui, le samedi, ne poussent pas leur caddie en survêtement, avec une trousse à outils dans la main, entre les gondoles d'une grande surface. Et là, on apprend des choses extraordinaires.
1) Une courte majorité fait l'amour (52%) - ou tente de s'y employer - avec un ou une partenaire légitime ou, mieux et plus téméraire, prétexte un impératif nettoyage de leur voiture voire une vidange - "mais chéri, tu l'as déjà lavé il y a deux jours !", "oui, mais, chérie, je n'ai pas fait l'intérieur !" -, pour aller se vautrer dans la fornication
2) Près d'un quart (23%) joue à la "Gameboy" (ou équivalent), et ce, plus de 5 heures dans la journée ; le sondage nous précise utilement qu'il s'agit d'une population à prédominance masculine, qui ne rechigne pas à regarder un match de football jusqu'au coup de sifflet final, une bière dans la main gauche et l'autre main dans le pantalon, et qui a voté majoritairement pour Mr. Sarkozy au dernières élections présidentielles (pire : serait prête à recommencer !)
3) 17% (c'est fou !) vont, une ou plusieurs fois dans la journée, sur les ponts qui enjambent les autoroutes pour compter les voitures qui passent, en faisant "coucou" aux automobilistes ; le sondage nous enseigne que certains - heureusement une minorité - par dépit de ne pas recevoir de réponses en retour, s'emploient à déposer sur la chaussée des rails de train ou des blocs de béton de plusieurs tonnes, ce qui leur prend un certain temps et déborde fréquemment sur leurs activités du dimanche
4) 5% s'adonnent à la lecture - et encore, quelques uns (85%) ne jurent que par Marc Levy et Frédéric Musso (ces derniers pourraient assez logiquement être classés avec les intoxiqués de la "Gameboy")
5) Un nombre très réduit de nos concitoyens (0,5%) se tape une tête de veau sauce gribiche légèrement tiède arrosée d'un Sancerre amical, voire d'un Saint-Joseph (le sondage est assez intéressant sur ce point car il constate que la France est une fois de plus divisée entre les partisans d'un vin de Loire avec la sauce Gribiche, et ceux qui ne jurent que par les Côtes du Rhône ; c'est un sujet qui fera débat et sera vraisemblablement tranché à l'issue de la consultation sur l'identité nationale ; merci Mr Besson)
6) 2,5% "ne sait pas" ou "refuse" de répondre à ce sondage faisant référence à un texte de Bourdieu paru en 1972 sur la question des sondages (des vrais têtes de lard !)
7) Enfin, 3 sondés prétendent faire l'amour tout en se tapant une tête de veau sauce gribiche, et ce, assez régulièrement ; ils pensent même monter un club !

Conclusion : si vous avez été intéressés par ce sondage, c'est que vous êtes vraiment des amis sincères ; ou bien, il est probable que vous faites partie de la minorité de personnes qui prennent le temps de glander et qui, étrangement, est passée sous silence dans ce sondage national réalisée auprès d'un échantillon de 980 personnes supposées saines d'esprit, entre le 3 et le 7 octobre dernier, par l'Institut IPOS pour le JPD.

"Les Damnés" d'après Luchino Visconti à la Comédie Française

Couronné par l'Oscar du meilleur scénario en 1969, "Les Damnés" de Visconti - monument du 7ème art - a été monté au théâtre par le réalisateur belge Ivo van Hove et présenté en ouverture au Festival d'Avignon l'an dernier. S'attaquer à un tel chef d'oeuvre peut paraître insensé. Le pari est réussi au-delà de tout espoir : cette pièce est absolument remarquable tant dans la prodigieuse mise en scène dans laquelle la caméra sublime les scènes, va au plus près des visages et des corps, que dans le jeu des acteurs, totalement envoûtés par leurs personnages. La musique d'Eric Sleichim participe à forger ce 7ème cercle de l'Enfer.
Cette véritable tragédie - la folie du nazisme et le déchaînement de cruautés qu'elle a engendré - appartient-elle au passé ou notre pitoyable démocratie n'est-elle pas prête à en engendrer une nouvelle, fondée sur nos lâchetés, nos compromissions, nos égoïsmes ? C'est un des messages essentiels de cette pièce, qui fait oeuvre à son tour - et date - sous les lambris de la désormais plus très convenue "Comédie Française".
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The girl in "Bird on the wire" le film de la première tournée de Léonard Cohen

In the film "Bird on the wire", recently broadcast on ARTE on the occasion of the first anniversary of Leonard Cohen's death, several scenes are extraordinary. One of them shows a young crazy charming woman who managed to enter the singer's box and, finding himself in front of him, does not really know what to say when she has, it is obvious, a crazy desire to spend time with him. Cohen is not insensitive to the so beautiful charm of this young woman with doe eyes deploys but he is trapped in the world around him. The young woman asks him if he plans to go to another place tonight for a drink or maybe more. Cohen tells her that it's not easy to flirt with a young woman in front of the camera. She does not understand at the moment, then when she understood, it made her laugh. Another or two ambiguous exchanges and Cohen puts an end, carefully, to this reciprocal love court saying that he would like to have a drink with her, but not tonight. The young woman leaves the box, certainly a little disappointed that his dream of spending the evening (the night?) with Cohen cannot be fulfilled, but certainly also with the memory of this platonic love relationship but a very great beauty.
I would like to meet this young woman and write about her, this moment in life, what she has become, if she has always been in love with Cohen, etc.
If you have the means to help me find it, let me know by this blog.
Sincerely



Dans le film "Bird on the wire", récemment diffusé sur ARTE à l'occasion du premier anniversaire de la mort de Léonard Cohen, plusieurs scènes sont extraordinaires. L'une d'entre elles montre une jeune femme au charme fou qui est parvenue à entrer dans la loge du chanteur et, se retrouvant face à lui, ne sait plus trop quoi dire alors qu'elle a, c'est une évidence, une envie folle de passer du temps avec lui. Cohen n'est pas insensible au charme fou que cette jeune femme aux yeux de biche déploie mais il est pris au piège du monde qu'il y a autour de lui. La jeune femme lui demande s'il compte aller dans un autre endroit ce soir, pour boire un verre ou peut-être davantage. Cohen lui dit que ce n'est pas facile de draguer une jeune femme devant la caméra. Elle ne comprend pas sur l'instant, puis quand elle a compris, ça l'a fait rire. Encore un ou deux échanges ambigus et Cohen met un terme à cette cour réciproque en lui disant qu'il aimerait beaucoup boire un verre avec elle, mais pas ce soir. La jeune femme quitte la loge, certainement un peu déçue que son rêve de passer la soirée (la nuit ?) avec Cohen ne puisse s'accomplir, mais certainement aussi avec le souvenir de cette relation amoureuse platonique mais d'une très grande beauté.
J'aimerais beaucoup retrouver cette jeune femme et écrire sur elle, cet instant dans la vie, ce qu'elle est devenue, si elle a toujours été amoureuse de Cohen, etc.
Si vous avez le moyen de m'aider à la retrouver, faites-le moi savoir par ce blog.
Sincerely

mardi 31 octobre 2017

Mariage en douce d'Ariane Chemin

Très belle promenade littéraire en compagnie de ce couple mythique des années 60, Jean Seberg et Romain Gary, l'actrice de la Nouvelle Vague et l'écrivain aux multiples personnalités, qui se marièrent quasi-clandestinement en Corse dans le village de Sarrola ce 16 octobre 1963 ; elle a presque 25 ans, il est dans sa cinquantième année. Il sont tous deux des déchirés de la vie que la mort rattrapera tragiquement moins de 20 ans plus tard - une bouteille de whisky dans le corps pour elle, une balle dans la bouche pour lui.
"A force de rêver sa vie il devient le songe de la vie."


mardi 1 août 2017

Chicago 1 Aqua Tower, Trump Tower, et Piano vs Gehry

Article paru en juillet 2012 ; il y a 5 ans déjà !

Je suis allé une première fois à Chicago il y a 4 ou 5 ans. Cette ville a une histoire formidable, et tient une place particulière dans celle des Etats-Unis. C'est un mythe à elle seule : colonisation, prohibition, industrie, lutte raciale, émeutes, incendie, reconstruction, ... Et puis, c'est la ville de l'actuel Président Obama ! On ne peut aller à Chicago sans avoir à l'esprit toute cette histoire invraisemblable qui parcourt seulement 4 siècles. La proximité immédiate du Lac Michigan, qui ressemble à une mer, confère à Chicago un horizon supplémentaire. Les rives du lac longées par une très longue piste cyclable appellent à la promenade. Un peu comme New-York avec Central Park, Chicago dispose de son parc urbain, le Millénium, bordé d'immeubles qui semblent écrire toute l'histoire des buildings américains. C'est un lieu extrêmement important ; il accueille de nombreuses manifestations culturelles sur sa très grande pelouse face à la fleur de métal de Gehry.
Pavillon de la Musique Pritzker
Récemment le skyline du Millénium s'est enrichi d'une tour stupéfiante : l'Aqua Tower.
Aqua Tower
Jeanne Gang
Son architecte est une femme, Jeanne Gang ; belle et élégante, elle a communiqué cette beauté et cette élégance à son oeuvre de 250 m de hauteur. La lumière créé sur son enveloppe qui ondule à la façon d'un tissu très léger ou comme, précisément, une multitude d'ondes à la surface de l'eau, un chatoiement insaisissable, jamais identique, toujours étonnant. Elle s'est très probablement inspirée de ces rochers ou ces falaises composés d'une alternance de couches horizontales de roches dures et de roches plus tendres, dont la surface a été sculptée par le vent ou l'eau, et qui ressemblent à des mille-feuilles.
Trump Tower
La Trump Tower avec ses 357m, et qui a été achevée en 2009, bénéficie d'un positionnement extraordinaire sur la Chicago River, entre le sublime monolithe noir de Mies van der Rohe (IBM Building)
IBM Building
et le Wrigley Building aux allures de Giralda. Commandée par le célèbre promoteur dont on connait le goût plutôt prononcé pour le clinquant et tout ce qui "en jette", le résultat aurait pu être terrible. Il n'en est rien (comme d'ailleurs la Trump Tower de New-York qui, de l'extérieur, est plutôt réussie), et il faut sans doute rendre hommage ici à la fameuse agence d'architecture SOM (la même que celle du plus haut bâtiment au monde, la Burj Khalifa à Dubaï avec ses 838m) qui en est le concepteur.
Renzo Piano, l'architecte de Beaubourg (avec Richard Rogers), du musée Tjibaou en Nouvelle Calédonie et du futur (?) TGI de Paris, a dessiné l'extension de l'Art Institute of Chicago, qui abrite l'une des plus belles collections de peinture impressionniste au monde (après Orsay et le MET de NY).

Extension de l'IAC
Le bâtiment de Piano est comme toujours : élégant, précis, métallique, clair, ordonné. Les escaliers suspendus sont parfaitement dessinés. Mais on peut regretter la trop grande répétition de modules élémentaires, la surabondance de ces tiges et de ces petites fermes métalliques dont la succession créé une impression de procession statique très froide. Et même si le parquet en bois et la lumière naturelle parfaitement contrôlée viennent un peu réchauffer les espaces, l'émotion est difficile à trouver. Piano s'est-il employé à prendre le contrepied de l'exubérance des oeuvres de Gehry toutes proches ? Peut-être, car c'est également l'impression que donne sa passerelle qui relie le Millénium au musée : d'une rectitude et d'une blancheur absolue, quand la passerelle BP du canadien semble se complaire à se perdre en volutes paresseuses.