jeudi 23 juillet 2026

Le poulet dans tous ses états

Peaufiner sa musculature, courir un marathon, semblent aujourd’hui à la portée de tout instagrameur compulsif ou non ; la condition sine qua non pour avoir la « condition » : se gaver de protéines. Et quel produit présente, semble-t-il, le meilleur RSI (Retour Sur Investissement) ? Le poulet ! Entendu à la radio dans une émission sur le thème de la malbouffe évoquant, entre autres, les poulets élevés en batterie dans des fermes concentrationnaires abritant des millions de volatiles dont l’espérance de vie (peut-on parler de vie ?) n’est que de quelques jours, un adepte des salles de musculation qui vantait les mérites du gavage de poulet (son gavage à lui) sans lequel il ne pourrait pas, à un coût modéré, perfectionner le galbe de ses biceps. Cette question d’acquisition de masse musculaire était à l’évidence une priorité pour lui ; quelles que soient les conditions d’exploitation de sa matière première, le type paraissait capable de lancer une pétition pour dénoncer les « khmers verts » susceptibles de le priver de son carburant vital. Autre anecdote. Échangé à l’occasion d’un repas familial avec une jeune personne qui s’est donnée comme « challenge » de faire un marathon, cette question des protéines et la nécessité pour elle de consommer de la viande rouge. Moi, naïvement, je me permets d’évoquer les nuisances dues à la surconsommation de viande et la contribution des émanations flatulesques des bovins au dérèglement climatique, et de terminer par un « courir ou la planète, il faut choisir » qui clôt (évidemment) la conversation. Je suis loin d’être exemplaire sur le plan écologique et il est probable que mon empreinte carbone soit aux environs (sinon légèrement supérieure) aux 9 tonnes annuelles de CO2 du citoyen français moyen. Je rappelle qu’il faudrait (tout du moins si on en croit des scientifiques sérieux) parvenir à une empreinte carbone voisine de 2 tonnes par individu pour éviter de se retrouver dans quelques années dans un environnement totalement détraqué. La question que je me pose, alors que des milliers d’hectares de forêts sont déjà partis en fumée dans l’hexagone et que sur le continent américain qui voit toujours plus en grand, les ordres de grandeur sont plutôt des millions, alors que les ressources en eau imposent un peu partout des restrictions d’usage, alors que les effets de la canicule ont été éprouvants sinon terribles pour un grand nombre d’européens, la question que je me pose : quand aura lieu cette « bascule » qui fera qu’une majorité s’engagera en faveur de mesures visant à protéger le vivant ? Si je suis optimiste, je me dis qu’une succession de catastrophes touchant au portefeuilles des nantis engagera cette bascule. Si je suis pessimiste, je me dis que, même si nous (privilégiés) faisons des efforts, la masse de ceux qui vivent depuis des siècles dans la domination et la pauvreté et dont l’un des objectifs majeurs est d’atteindre à une certaine aisance, que tous ces gens vont doubler, tripler (ou davantage) leur consommation et vont contribuer, avec une certaine légitimité, au naufrage général. On a parlé du poulet aujourd’hui, mais je ne vous parle pas de l’IA et des data-centers…

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