jeudi 31 mai 2012

Le mode interrogatif (de Pergame)




Les intermittents du spectacle sont-ils des assistés ? La réciproque est-elle vraie ? Dans la mesure où vous considérez que nous sommes totalement enlisés dans la Société du Spectacle, saisissez-vous mieux la pertinence de la réciproque ? L’écoute soudaine des cours de bourse à la radio vous donne-t-elle instantanément une poussée d’urticaire, ou vous fait-elle penser qu’en France on détecte 1500 cancers de testicule par an, et plutôt chez les hommes de moins de quarante ans ? Le fait de ne pas calculer vous-même vos impôts et de sous-traiter cette corvée citoyenne à votre femme participe-t-il de votre engagement féministe ? A l’appui de votre argumentation, déclamez-vous annuellement ces vers de Molière : « Mais de l’argent dont on voie tant de gens faire cas, pour un vrai philosophe a d’indignes appas » ? Défilez-vous régulièrement le 1er mai ? Défileriez-vous plus souvent s’il existait plusieurs 1ers mai dans l’année ? Connaissez-vous un ingénieur qui ne soit pas un geigneur ? La réponse « C’est sans souci » de votre dentiste qui aurait décidé de vous extraire une molaire sans anesthésie vous fait-elle penser instinctivement à Marathon man ? Considérez-vous que vous aimez les madeleines plus, moins,  ou au moins autant que Proust ? Trouvez-vous légitime que l’on fasse tout un plat de cette histoire de mémoire enfouie, puis retrouvée, à l’occasion d’un  simple goûter un peu chochotte ? Si vous tentiez d’écrire quelque chose de comparable – du moins dans la démarche – en substituant à « madeleine », « Ovomaltine », « Roudoudou », ou « Pam-Pam », auriez-vous enfin une chance d’entrer dans la postérité littéraire ?

Blogueur sans bagage

A saluer aujourd'hui 3 blogueurs malgaches et 1 blogueur congolais qui sont venus se perdre dans les mailles du filet d'Everybody Knows !
Vive le continent africain !

mardi 29 mai 2012

L'édition du LEXICAL 2012 est dans les bacs !

Aussitôt sorti de presse et aussitôt introuvable !
Mais on peut faire un effort pour vous, seulement si vous le demandez gentiment !
Parmi les nouveautés :
- Calot
- Cerceau
- Crapia
- Cuter
- Dodo la Saumure
- Endé
- Foy's
- Fumantes, .... etc.

Et surtout une version augmentée et enrichie que la critique a unanimement saluée comme un possible chef d'oeuvre à confirmer.

Monumenta... Pschitt !

 Une Monumenta qui fait "Pschitt", autant par les couleurs acidulés des parasols en plastique qui composent "l'oeuvre", que par le peu d'émotions qu'elle suscite. Où sont les correspondances entre l'écrin et son contenu temporaire ? Suffit-il de tenter d'ordonner des disques de couleur bleu, vert, jaune et rouge-orangé selon un algorithme arabe ancestral pour constituer une œuvre qui dialogue (voire s'oppose) avec les volutes académiques du Grand-Palais ? On retiendra les effets impressionnistes, et les moucharabiehs d'ombres élémentaires dessinés sur le sol par grand soleil ; et puis après ? Des effets plastiques, de surface, mais on cherche une profondeur (malgré des rendus photographiques assez aguicheurs).  

jeudi 24 mai 2012

Le mode interrogatif architectural

Petit texte rédigé à la manière de « Le mode interrogatif » de Padgett Powell paru aux éditions La contre-allée ; ouvrage de 232 pages exclusivement composé de questions.

Diriez-vous, avec Giancarlo di Carlo, architecte, enseignant et théoricien de l’architecture que « l’architecture est trop importante pour être laissée aux seuls architectes » ? D’une façon plus générale, trouvez-vous qu’il est souhaitable de confier aux seuls experts des domaines entiers relevant soi-disant de leur seule expertise, ou bien pensez-vous – comme Alberti, l’auteur de « De Aedificatiria » - et selon l’analyse du critique d’architecture Jean-Pierre Le Dantec, que « le jugement des experts (periti) souvent égaré par un désir effréné d’édifier (libido oedificandi), ne peut se passer de celui des non-experts (imperiti) » ? Comment définiriez-vous un « grand architecte » ? Pensez-vous que l’architecture et la littérature constituent des modes d’expression présentant un certain nombre de similitudes ? L’architecture n’est-elle pas également, ou plutôt, proche de la musique ; à cet égard partagez-vous le point de vue de Goethe qui qualifiait l’architecture de « musique silencieuse » ? 
Que vous inspire les paroles de Mies van der Rohe prononcées un peu avant la seconde guerre mondiale : « Il est important pout toutes époques, y compris la nôtre, de donner à l’esprit l’occasion d’exister » ? Diriez-vous qu’il a été entendu ? Pensez-vous que notre époque partage cette conviction ? Peter Zumthor, Pritzker Price 2009, indique dans un récent entretien : « "L'esprit du temps est un thème qui ne m'intéresse pas. Je veux seulement construire de bons bâtiments. Je travaille avec des émotions, avec des intuitions. Avant d'être construits, les bâtiments sont des images. (...) C'est absurde, mais une sensation est déjà presque une image." Pourriez-vous citer les trois dernières œuvres ayant reçu le Prix de l’Equerre d’Argent ? Quels sont les trois bâtiments de l’architecture contemporaine que vous estimez être les plus remarquables ? Pensez-vous qu’il faille opposer l’architecture classique à l’architecture contemporaine ? L’ornement est-il un crime ? L’architecture est-elle un « art contaminé » comme l’affirme Renzo Piano ? Etes-vous un fervent partisan de la « fonction oblique » ? 
Partagez-vous le point de vue suivant de Rudy Ricciotti, Grand Prix National d’Architecture 2006 : "Travailler ne doit pas humainement se limiter au fait d'échanger de l'argent contre du temps de vie perdu et sans qu'il y soit jamais utilisé la faculté d'invention personnelle. » ? Savez-vous que le doyen des grands architectes est le brésilien Oscar Niemeyer, qu’il est âgé actuellement de 104 ans, qu’il continue de travailler chaque matin à son bureau de Copacabana, et qu’il s’est marié il y a quelques années (à seulement 99 ans) avec sa secrétaire, une toute jeune sexagénaire ? Auriez-vous une idée pertinente pour utiliser la Halle Freyssinet dans le 13ème arrondissement, œuvre industrielle de l’inventeur du béton précontraint, qui vient récemment d’être inscrite au titre des monuments historiques ? Partagez-vous le point de vue de Jan Kaplicky, architecte-leader de l’agence Future Systems qui déclarait : « L’architecture est essentiellement un art, mais le meilleur ingénieur de chez Boeing est aussi un artiste. » ? Et celui de Jean Prouvé qui disait qu’ « une poétique de la construction est différente d’une passion de la technique » ? 
Si j’avais deux livres sur l’architecture à vous conseiller, accepteriez-vous que ça soit « Architecture et modestie », actes d’une rencontre tenue au Couvent de La Tourette en 1996,  et « Penser l’architecture » de Peter Zumthor ?
Nota : pour les orbites cruelles (et soupconneuses), les photos n'ont pas de rapport direct avec le texte. De haut en bas : chantier de la Fondation Louis Vuitton visible au commun des mortels depuis l'extérieur, un pavillon délabré à St Jean Cap Ferrat, et l'ensemble particulièrement bien réussi du collectif Plan 01 dans la ZAC de la Semapa derrière la Bibliothèque François Mitterrand.

Petite histoire d'une église orpheline de son clocher depuis 50 ans

 Ezy-sur-Eure est une petite commune de Normandie à quelques encablures du très beau château d’Anet, certainement prédestinée à accueillir le célèbre Musée du peigne puisque l’une des grandes familles gouvernantes d’Ezy fut très tôt (12ème siècle ?) les DES BROSSES.
Mais ce qui fait l’intérêt d’Ezy-sur-Eure pour le lecteur attentif, amateur d’architecture moderne et contemporaine, c’est l’église Saint André, œuvre de Maurice Novarina, architecte prolifique et talentueux, auteur – entre autres - de 32 édifices religieux, parmi lesquels l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du Plateau d’Assy en Haute-Savoie qui intègre des œuvres de Léger, Matisse, Chagall, Braque et Rouault.
Saint-André se présente comme une grande maison comportant 4 murs, et un simple toit à double pente porté par de discrets portiques métalliques. Tout dans le dessin respire une certaine retenue, et la silhouette comme les matériaux ne sont pas sans évoquer cette architecture de montagne sans fioriture, construite avec des matériaux « vrais ». Il n’y a rien à enlever dans la composition ; le débord du toit est précis, l’équilibre des volumes est juste, les tuiles plates parlent à l’appareillage régulier des pierres. A l’intérieur, l’espace est libre de tout poteau intermédiaire et la lumière extérieure est filtrée par deux bandes de vitraux placées sur les allèges de pierre des longs-pans, œuvre de l’artiste Elvire JAN (1904-1996). Sur le mur du chœur, le sculpteur Louis Chavignier (1922-1972) a réalisé un magnifique Christ en bois dont la silhouette toute entière, d’une très grande pureté, invite naturellement à une certaine élévation spirituelle. Au sol un opus incertum de grandes plaques d’ardoise noire souligne une nouvelle fois la modestie  du lieu.
Bâtie en 1956-1957 avec des moyens financiers limités – c’est les villageois eux-mêmes qui ont construit l’édifice - l’église n’avait pas été dotée de clocher. En 2007, soit 50 ans après son édification  et au terme d’un concours public, c’est le projet de Patrice Novarina – le fils de Maurice – qui est retenu. Trois années plus tard, le nouveau clocher affirme son élégance et sa modernité. Placé à distance respectueuse de l’œuvre originelle, il se présente comme un campanile d’une très grande finesse, constitué d’une structure tridimensionnelle  élancée, en acier inox, qui culmine à plus de 25 m de hauteur. L’architecte évoque « le contraste qu’il a voulu instituer entre la belle épaisseur des murs de cette église (notre condition terrestre) et le simple élancement de la structure raffinée de son campanile (notre besoin d’élévation spirituelle – le mystère de la foi)." 
Merci à PN et CN pour cette découverte et leur amitié.

samedi 12 mai 2012

Veinard(e)s !

On a (presque) tout changé à droite...

Bréhat


La brume glisse, silencieuse, sur la mer
Déposant, avec une prudence obstinée,
Un voile de tulle sur un paysage de granit rose scarifié,
Et d'embarcations éparses postées en sentinelles
A l'entrée de la Chambre.


Sur les franges du rivage,
Elle - la mer encore - en d'indolentes caresses,
Va et vient comme hésitante,
Sur la surface dure rongée de lichens,
Des rochers lourds et ajustés,
D'une cale ancienne,
Orpheline à cette saison,
Des cris et des rires des enfants de la maison.

Et il n'y a, dans cet air chargé d'une bruine légère,
Que le murmure calme de cette eau insoumise.

Par instant, le silence presque irréel est rompu
Par un emballement de cris d'oiseaux marins
Qui emplit l'air d'un agacement primaire et cruel.

Puis la paix se fait à nouveau.
Une lenteur exquise donne la mesure
Au paysage humide qui dévoile, centimètre après centimètre,
Son intimité chaotique et vaguement lunaire.

Plus tard, la mer absente aura abandonné
Sa volupté, pour quelques flaques transparentes
A la surface desquelles le frisson du vent
Dessinera mes souvenirs d'enfance.

mercredi 2 mai 2012

Mon monde interrogatif

Avez-vous déjà appartenu à un parti, un clan, une congrégation, une troupe, un club, bref une association d’individus quelconque qui se crée au motif qu’on se sent moins con quand on est moins seul ? Pourriez-vous aller jusqu’à pratiquer la randonnée dans un club de célibataires ? Diriez-vous que vous êtes un bourgeois au sens marxiste du terme ? Etes-vous capable de dire que votre sort n’est pas enviable ? Regrettez-vous d’avoir chahuté certains de vos professeurs ? Vous souvenez-vous des aventures de Bob Morane ? Et des « rigolos » à la moutarde ? Et des truites aux amandes ? Pourriez-vous énoncer encore longtemps des sujets qui n’intéressent plus personne ? Savez-vous toujours écrire avec un stylo sur une feuille blanche, ou bien avez-vous définitivement adopté le clavier pour exprimer tous vos talents littéraires ? Aimeriez-vous tant voir Syracuse ? Avez-vous payé toutes vos cotisations ? Que pensez-vous du concept de « physicalité » ? Ne désireriez-vous par-dessus tout écrire un roman à succès de la vie d’El Campesino ?

lundi 30 avril 2012

La promesse de l'aube de Romain Gary

Romain Gary a 44 ans quand il écrit cet hymne absolu à l'amour maternel. Mais au-delà de la description de cette relation fusionnelle - les personnages de Gary et de sa mère se confondent par moment -, c'est un récit d'une très grande profondeur humaniste que nous livre l'écrivain couronné par deux Prix Goncourt, et qui s'est donné la mort en 1980, un an après le décès - dans des circonstances troubles - de son épouse Jean Seberg. Largement autobiographique, "La promesse de l'aube", raconte la jeunesse de Romain Gary, depuis sa naissance en 1914 à Wilno (Vilnius) jusque sensiblement la fin de la seconde guerre mondiale. La figure de la mère est omniprésente, mais Gary met en scène également un très grand nombre de personnages, des héros inconnus, oubliés, auxquels il rend hommage avec beaucoup de sensibilité et de tendresse. S'il faut n'en citer qu'un, c'est ce Monsieur Piekielny qui a ma faveur ; cet homme qui "ressemblait à une souris triste", et qui prit le petit Romain en affection avant de lui demander, lui dont le destin proclamé par sa mère doit être de rencontrer des grands hommes, une faveur toute simple, celle de leur dire, à ces hommes importants, juste cette phrase  : "au N°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny". Romain Gary a tenu sa promesse des dizaines de fois et jusque devant la Reine Elizabeth, quand "les os du petit homme, transformés à la sortie du four en savon, ont depuis longtemps servi à satisfaire les besoins de propreté des nazis."
C'est un livre fort au style magnifique. Romain Gary l'a retravaillé quelques mois avant de se donner la mort. A cette occasion, il y a peut-être ajouté, par endroits, les touches de désenchantement qui confère au roman (plus "artistique" que purement historique, comme il l'a indiqué) sa note grave.  Amour, amitié, humour, respect, humanisme sans moralisme, humilité, fierté, dérision, perspective historique et "petite histoire", nostalgie, tous ces ingrédients et d'autres encore, constituent la matière de "La promesse de l'aube" ; une matière profondément humaine.

lundi 23 avril 2012

Le mode interrogatif de Padgett Powell (encore !)

Ce livre est une mine (Rappel : ce livre n'est composé que de questions ; les réponses ci-dessous sont celles d'Everybody Knows).

Question : "Si vous entendiez l'expression "fait du mal" hors contexte, qu'est-ce qui risque de vous venir à l'esprit en premier ?"
Réponse : "fait du bien" aurait été plus facile comme question ; maintenant, on ne va pas se dérober, "fait du mal" me fait instantanément penser à un dentiste ; et ça me fait encore plus mal s'il se plaint de payer trop d'impôts...
Question : "Croyez-vous que se mettre une plume d'oiseau dans la bouche présente vraiment un risque ?"
Réponse : Guère plus que dans l'anus (mais quelle idée !)
Question : "Avez-vous choisi la façon dont vous aimeriez mourir ?"
Réponse : Absolument : couché dans mon lit, en pleine forme, avec un bon livre entre les mains.
Question : "Selon vous, quelle profession met le plus en évidence le fait que les hommes ne sont au fond que des petits garçons ?"
Réponse : gendarme (ou peut-être voleur).
Question : "Si vous pouviez avoir des plumes à la place des cheveux, en auriez-vous ?"
Réponse : Pourquoi pas, mais uniquement des plumes de paon (surtout pas de geai !).

samedi 21 avril 2012

Le mode interrogatif de Padgett Powell (suite)

(Rappel : ce livre n'est composé que de questions ; les réponses sont celles d'Everybody Knows).

Question : A quel moment de la vie humaine diriez-vous que la narine passe d'une chose mignonne à une chose pas mignonne ?"
Réponse : Le matin dans les bouchons quand vous surprenez une ravissante executive woman explorer avec application ses orifices nasaux d'un doigt aux ongles manucurés pour en extraire une assez belle crotte de nez (belle ? Probablement ou alors, pourquoi l'executive woman contemplerait-elle si longtemps sa récolte ?)
Question : Hésitez-vous sur la marche à suivre lorsque l'élastique d'un slip est foutu mais que le slip lui-même est en bon état ?
Réponse : Pas une seconde : je vais chercher une paire de bretelles !

Anachronisme édifiant sur l'état des choses

"Anachronisme édifiant sur l'état des choses", tel est le commentaire qu'une amie a pu me faire d'une œuvre architecturale visitée récemment.
Je pense qu'elle a vu assez juste.
Le terme "édifiant" est intéressant. Il est à prendre ici dans une acception riche : qui instruit, mais en questionnant avec une pointe d'ironie et d'opposition soulignée par sa proximité avec le mot "anachronisme".
Anachronisme (du grec, ana : en arrière, chronos : le temps) dans une oeuvre artistique ou littéraire, est une erreur qui consiste à placer un concept ou un outil inexistant à l'époque illustrée par l'oeuvre.

Petit exercice de détection des "anachronismes édifiants" de notre quotidien.
Exemples :
- les interminables files de voitures qui convergent chaque matin vers les grandes agglomérations (et divergent le soir) avec à bord des véhicules le seul conducteur ?
- les bonus de certains banquiers ou traders ?
- le discours de la pensée unique ?
- le monopole de la technologie énergétique ?
- le consumérisme de masse ?
- l'intégrisme religieux ?
- la financiarisation de la sphère économique ?
- la "société du spectacle" ?

A vous !

vendredi 20 avril 2012

"Le mode interrogatif" de Pagett Powell


Vu hier dans le supplément Livres du "Monde", un article sur cet ouvrage dont le contenu égraine un assez grand nombre de questions comme une invite auprès du lecteur à imaginer une réponse. Une sorte de livre interactif en quelque sorte. Quelques questions pour l'exemple :
" A quel point êtes vous conscient chaque jour d'entrer en contact avec du PVC ?" 
"Quelle personne décédée ramèneriez-vous à la vie ?"
A quel moment de la vie humaine diriez-vous que la narine passe d'une chose mignonne à une chose pas mignonne ?"
Hésitez-vous sur la marche à suivre lorsque l'élastique d'un slip est foutu mais que le slip lui-même est en bon état ?
Et bien vous n'allez pas me croire (mais si !), ce livre m'intéresse. Exercice pratique sur la question : "Si vous appreniez que vous allez expirer aujourd'hui à 17H00, que chercheriez-vous à faire d'ici là ?"
Réponse :
Premier réflexe : regarder sa montre. Ouf, il est 17H30. C'est une blague !
Mais pour que vos orbites cruelles ne soient pas frustrées, je vais me mettre dans la peau d'un lecteur innocent qui apprend la nouvelle alors qu'il n'est pas encore 17H00.
Si donc j'en étais informé à 16H45, très probablement que je ne ferai rien, sinon attendre confortablement installé dans un fauteuil avec à la main un verre d'excellent whisky. Il serait bien que mon chat ne soit pas loin, et si je peux écrire quelques bonnes phrases dont l'ultime resterait à jamais inachevée avec son mystère, l'ensemble pourrait constituer une fin honorable. Inutile de prévenir ma femme ; il est possible qu'elle ait du chagrin, ce qui gâterait inutilement ce dernier quart d'heure.

Si j'ai 2H devant moi, il est probable que je sorte faire une promenade à pieds, sur les berges de la Seine, sans doute à l'île de la Jatte, et que j'attende la mort sur un banc près de l'eau du fleuve avec une bonne bouteille d'un grand vin de Bordeaux et un verre à bord fin. J'aimerais avoir mon chat près de moi, mais ça ne sera sans doute pas possible.


mercredi 18 avril 2012

L'Acacia de Claude Simon



Claude Simon, qui fut l'un des 14 Prix Nobel de littérature que la France a "produit" depuis l'origine de cet hommage planétaire (1901), a livré avec "L'Acacia" un de ces livres qui marquent puissamment (et définitivement) tout lecteur qui, par une démarche qui peut être difficilement explicable (mais irréfutablement personnelle, voire intime), parvient à se laisser envoûter par l'irrationnel de la phrase, le "magma" de mots qui roule comme ces pierres volcaniques encore brûlantes surgissant d'une gangue mouvante (fascinante et inquiétante), le flot des émotions qui jaillit d'une prose poétique dont la "terrible beauté" serait comparable à une toile réalisée à deux mains par Vermeer et Goya.
Ce n'est pas un livre "facile". Il peut être même rebutant. C'est un livre "qui se gagne" comme vous gagnez un défi. Encore un effort donc !
Extraits :
"...(il) resta longtemps à regarder les vagues jaunes, couleur de sable, se bousculant, s'écraser dans un assourdissant et vaste fracas. Elles arrivaient sans trêve du fond inépuisable de l'horizon où parfois on voyait aussi s'élever vers le ciel comme des geysers, des explosions liquides, montant l'une sur l'autre, échevelées, galopant comme des chevaux, dévalant leur propre pente, s'enroulant sur elles-mêmes, luttant de vitesse, s'écrasant, s'étalant pour finir en longues nappes baveuses que buvait le sable, pétillantes."
"...l'ensorcelante et vénale Circé se laissant peu à peu aller sur la banquette, de sorte qu'il pouvait voir maintenant s'élargir l'étroite bande de chair nue entre les pans du peignoir glissant à la façon d'un rideau de théâtre, l'ombre vert jade glissant en même temps, se rétractant, jusqu'à ce qu'(...) il ne restât plus au centre de la surface de chair polie que cette broussaille, cette touffe d'herbe sèche et de bronze, comme une végétation parasite, un buisson fauve où entre les cuisses maintenant écartées deux doigts aux ongles sanglants entrouvaient quelque chose comme une fleur pâle, ..."

dimanche 15 avril 2012

Cette année je me prends au mot et j'écris ! (16)

Ce matin dominical, sur le Post-it figure le texte suivant :
"Céder à l'invite de la page.
Panser de mots une blessure.
Ecrire au large."
Quand elle buvait un verre de vin rouge - que du très bon, plutôt du bordeaux -, toujours elle oubliait une apostrophe violette à la commissure de ses lèvres , dont elle disait en se moquant qu'elles étaient fines et cruelles. L'empreinte, dont la couleur pouvait aller du rose pâle au fuchsia plus affirmé, s'établissait immanquablement sur le coin droit de sa lèvre supérieure.
Lui, habitué, remarquait instantanément cette ponctuation un peu ridicule, comme si un sens secret l'alertait dans la seconde où elle dégustait quelques gorgées de grand cru. C'était, la plupart du temps, lorsqu'ils étaient en société, à l'occasion d'un diner entre amis ou dans un de ces quelques rares cocktails mondains dans lesquels il s'obligeait à faire une brève apparition. Il tentait alors par le regard ou un signe  discret (un doigt sur sa lèvre à lui) de l'alerter pour qu'elle efface (serviette ? mouchoir ? doigt ?) l'apostrophe vineuse et gourmande. Elle le regardait un peu agacée mais complice - Quoi ? cette virgule de vin ? encore ? ce n'est pas si grave ! - puis, tout en poursuivant une conversation grave ou futile, elle faisait disparaitre d'un geste discret et maîtrisé - ou plutôt faudrait-il parler d'une esquisse - la marque minuscule que personne autour d'elle, probablement, n'aurait remarquée.
Merci à M. (qui se reconnaitra si elle parvient jusqu'ici) pour l'inspiration.

Les derniers jours de Stefan Zweig


Très belle (et très émouvante) bande dessinée de Guillaume Sorel (dessins aquarellés) et Laurent Seksik (textes) ; une invitation à lire (ou relire) "Le monde d'hier" et d'autres pages de Stefan Zweig (mais certainement aussi le roman de Laurent Seksik "Les derniers jours de Stefan Zweig" paru en 2010.)
Extraits d'un texte d'Everybody Knows (13 fév. 2011) sur la remarquable biographie de Zweig écrite par Dominique Bona :
Dans l'après-midi du dimanche 22 février 1942, dans la petite maison qu'il avait louée à Pétropolis à quelques 80 km de Rio, Stefan Zweig mettait fin à son errance. Il n'avait pas encore 60 ans. Son jardinier devait le trouver allongé sur le dos, sur son lit, impeccablement habillé comme à son habitude, le visage serein. Sa seconde épouse était à ses côtés, morte également, un bras enlaçant le corps de son mari. Le célèbre écrivain, devenu apatride malgré lui, avait préparé avec minutie sa sortie définitive : tous ses papiers étaient en règle, aucune dette, les mots d'attention à ses amis avaient été envoyés quelques jours auparavant.
Stefan Zweig avait décidé de quitter ce monde car tout ce en quoi il avait cru, et qui pourrait se résumer en un mot : "l'homme", s'était effondré avec la victoire des hordes nazis.
Sa mort signifiait la défaite de la pensée, de la beauté, de l'amitié ; de toutes ces valeurs humanistes qu'il n'avait eu de cesse de vouloir partager avec ses contemporains au travers de ses écrits et de ses conférences.
L'un de ses plus vieux amis, le peintre Franz Masereel, écrira après sa mort : "Son œuvre nous reste, et on y trouvera, en dépit de tout, des raisons d'aimer la vie."
Dans cette bande dessinée, la précision des scènes et le choix des couleurs restituent à merveille l'ambiance de Pétropolis et de Rio, l'amour et l'angoisse qui unissent Zweig et Lotte sa deuxième épouse ; l'écrasement et la solitude du grand écrivain qui pense finalement "J'ai tout vu du monde. J'ai plus rien à voir.", et qui va choisir sa dernière fuite couché aux côtés de celle qui sera sa compagne pour l'éternité.
Merci à CM et SM (qui se reconnaitront s'ils parviennent jusqu'ici) pour leurs précieuses recommandations.

jeudi 12 avril 2012

Petit florilège de façades berlinoises modernes et contemporaines

Berlin offre une profusion de bâtiments récents à découvrir au gré des détours dans cette ville qui se prête assez bien à la promenade architecturale. La preuve :
 


 


mercredi 11 avril 2012

Veinard(e)s, on a (presque) tout changé à droite !

Merci à celui ou celle qui parviendra à me dire comment agrandir mes photos qui sont sur la droite !

Old Ideas - Different sides

Traduction libre de "Different sides", dernière chanson du dernier CD de Cohen

Nous nous sommes retrouvés de part et d'autre
D'une ligne que personne n'avait dessinée
Bien que vu du ciel nous ayons pu faire qu'un
Ici bas où nous vivons, nous sommes bien deux.

Moi de mon côté ce que j'appelle le gentil et le doux
Toi de ton côté tu le désignes comme le Verbe
Par la vertu de la souffrance je déclare avoir gagné
Tu prétends n'avoir jamais été entendue

Nous disons tous les deux qu'il existe des lois à respecter
Mais franchement je n'aime pas cette idée
Tu veux changer la façon dont je fais l'amour
Je veux qu'on me laisse tranquille (Je veux qu'on me laisse tranquille)

La lune qui se lève la ronde du soleil
Et puis l'horizon comme une croix
Les eaux sont meurtries bien qu'un invité de l'ombre
Entretienne une lueur pour les âmes perdues.

Nous disons tous les deux qu'il existe des lois à respecter...

En bas dans la vallée la famine fait des ravages
La famine grimpe sur la colline
Je dis que tu n'aurais pas du, tu n'aurais pas pu, que tu ne peux pas
Tu dis que tu devais et que tu vas


Nous disons tous les deux qu'il existe des lois à respecter...

Tu veux vivre où persiste la souffrance
Je veux m'enfuir de cette ville
Oh mon amour donne moi un baiser
Que j'arrête finalement d'écrire

Nous disons tous les deux qu'il existe des lois à respecter
Mais franchement je n'aime pas cette idée
Tu veux changer la façon dont je fais l'amour
Je veux qu'on me laisse tranquille (Je veux qu'on me laisse tranquille...)

 




 


Cette année je me prends au mot et j'écris ! (15)

Ce soir, sur le Post-it est écrit : "Ne pas garder mes écrits dans un tiroir, la famille est mon premier public."
Bon, on va dire que vous êtes, orbites cruelles, ma famille. Et donc un petit texte qui se termine en rien du tout, exhumé des entrailles du "Notes" de mon IPhone.
A l'extrémité sud de la presqu'île se trouvait un promontoire minuscule qui accueillait une réplique de petit temple circulaire en pierre blanche, sous la coupole duquel trônait la statue décapitée d'une femme nue, un genou au sol dans une sorte de soumission définitive. Juste avant ce bout du monde, un petit square avait été aménagé, avec tout ce qu'un square peut comporter d'accessoires obligés : bancs, buis taillés au cordeau ou en taupinières géométriques, bac à sable, carrés de pelouse équipés de modestes massifs de fleurs, lampadaires belle époque, poubelles métalliques. Pierre connaissait bien ce lieu. Il y venait fréquemment ; toujours avec un livre, même s'il passait de longs moments à écrire sur l'un des innombrables petits carnets qu'il affectionnait. Il s'asseyait sur un banc en bois, toujours le même. L'endroit n'était pas particulièrement calme et peu fréquenté : de l'autre côté du fleuve, une voie express laissait entendre le bruit continu de la circulation automobile, et de nombreux joggers venaient y accomplir quelques étirements avant de repartir se soumettre à leurs exercices masochistes. Parfois c'était une vieille dame qui marchait en trottinant et qui enchainait devant lui un demi-tour volontaire, ou encore un couple auquel il tentait, indiscret, de voler quelques bribes de conversation.

lundi 9 avril 2012

Le fric c'est pas chic, et vous avez dit décroissance ? Quel vilain mot !

Faute d'inspiration ex nihilo, je reprends la rubrique "Zapping" qui présente l'avantage de disposer d'une matière solide (Le Monde daté du dimanche 8 et lundi 9), dont il est possible d'extraire rapidement un jus selon son humeur.
Page 17 : "Divorce à la russe"
Où l'on apprend que la future ex-épouse d'un oligarque russe de 45 ans, roi de la potasse (!) et détenteur d'une fortune (inestimable) supérieure à 12 milliards de dollars, réclame à son futur ex la moité de cette somme. Que va devenir cet ancien urgentiste habilement reconverti dans la chimie à la faveur des années 90 - lesquelles ont vu la Russie privatiser (brader) la fortune de l'état - avec juste 6 milliards de dollars ? Pourra-t-il continuer à financer l'AS Monaco dont il est le président ?
Page 16 : "L'arroseur arrosé"
Où l'on apprend que la banque américaine JP Morgan a versé à son patron près de 20 millions d'euros de prime en 2011. Normal, il a laissé l'un de ses traders spéculer outrageusement sur de la dette (gros bénéf.) et la société qu'il dirige développe une activité juteuse de trading de matières premières (gros, gros bénéf. !)
Page 11 : "L'Erika et la honteuse manœuvre politicienne du PS"
Où l'on découvre que le PS trouve scandaleux que Total ressorte blanchie complètement de cette affaire au prétexte que le rafiot pourri qui a salopé les côtés bretonnes battait pavillon maltais et divaguait dans les eaux internationales ! C'est mesquin (juste une marée noire sur 400 km de rochers et de sable !)
Page 8 : "Le projet sablier"
Où l'on apprend que les entreprises de TP israéliennes sont plus productives (sans doute) que les autres, puisqu'elles vont achever avec presque un an d'avance l'érection d'un mur de 5m de haut entièrement métallique, sur plus de 230 km à la frontière avec l'Egypte. Et en plus elles n'ont pas lésiné sur la déco : les barres de métal sont ornées de "barbelés de rasoir"...
Page 5 : Sarkorocky : "ils m'avaient oublié. Je suis de retour" (en parlant du PS).
Page 2 : Interview de Mr Hulot (Nicolas)
"Je suis frappé par la myopie des discours de cette campagne. (...) les formations politiques n'ont pas intégré la nouvelle contrainte du XXIème siècle, qui est une contrainte écologique. Tous les signaux sont au rouge - le climat, la biodiversité, l'état des océans... tous les rapports nous disent combien le coût de l'inaction va être préjudiciable à nos économies". (Et tout le monde s'en fout ! NDR)
Page 18 (ce cher Hervé Kempf)
Où l'on apprend que le Worlwatch Institute, l'un des Think Tank environnementaux les plus respectés, vient d'adopter le concept de "décroissance" pour les pays surdéveloppés (c'est nous !). Pire : l'Association des régions de France (président JJ Queyranne, celui du CR Rhône-Alpes) qui veut "mettre fin à la tyrannie du PIB". Pire encore, Mélanchon, qui veut "s'interdire d'employer le mot croissance". Jusqu'où irons-nous ?

mardi 3 avril 2012

Le chat et l'architecture

Pour ceux qui aiment les chats et l'architecture, un seul site :


Merci à JFD (qui se reconnaîtra s'il vient jusqu'ici)

La question qui tue !

D'aucuns qui prêtent attentivement à ce blog leurs orbites cruelles se seront (peut-être) étonnés du silence qui peuple depuis quelques jours l'espace d'Everybody Knows. Les curieux (en existe-t-il encore ?) s'interrogeront sur cette absence. Comment la justifier ? (s'il faut la justifier). Il est probable qu'elle ait pour origine le trouble dans lequel je baigne depuis qu'une question anodine m'a été posée à l'occasion d'un dîner sympathique entre amis. L'un d'eux qui nous voyait nous ébattre dans quelques propos généraux sur le thème architectural intervint dans la discussion en posant la question (qui tue) suivante : "Qu'est-ce qui "fait" un grand architecte ?" Sur l'instant la réponse me parut assez évidente, et deux secondes plus tard, les arguments et contre-arguments se télescopaient avec une telle générosité dans mon crâne chenu (de l'intérieur), que je bredouillais après quelques temps une réponse aussi maladroite que peu intelligible.
"Bordel", me dis-je depuis, "mais qu'est-ce qui fait un "grand" architecte ?" Et je tourne en rond !

jeudi 22 mars 2012

Agence d'archi new look


Objets inanimés avez-vous donc une âme Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?

"Je considérais attentivement quelque image qui avait retenu mon attention, un nuage, un triangle, une haie, une fleur, un caillou, sentant que peut-être, derrière ces signes, se tenait quelque chose d'autre que je devais essayer de découvrir, un système de pensée qu'ils exprimeraient à la manière de ces hiéroglyphes qui semblent ne représenter que des objets naturels." Marcel Proust "Le temps retrouvé"

mercredi 21 mars 2012

Rencontre avec Alice, gardienne au Musée Jean Cocteau de Menton et amateure d'architecture


Alice est gardienne de musée. Pas n'importe lequel : le nouveau musée Jean Cocteau à Menton, inauguré à la fin 2011, œuvre de Rudy Ricciotti, architecte iconoclaste et sudiste, et néanmoins attachant. Elle (Alice) est très sympathique et prête à partager avec vous son point de vue sur le bâtiment où elle est employée, pour peu qu'elle ait repéré derrière les grandes vitres fumées l'amateur d'architecture (que vous êtes certainement, puisque vous êtes venu jusqu'ici). Alice est intarissable. Elle vous dira que l'architecte est un bel homme, gentil, très simple, évidemment un peu artiste et fantasque ("c'est un architecte"), qu'elle a parlé avec lui et qu'il lui a même fait la bise lors de l'inauguration. Elle vous expliquera que ce bâtiment est à l'image de Cocteau, ambivalent, à la fois masculin et féminin : trapu à l'extérieur, élégant et gracieux à l'intérieur. Elle vous confiera qu'elle s'amuse beaucoup à observer les gens qui passent dehors, le long de la façade de verre fumé et qui ignorent qu'on les voit, ceux qui font la moue ou qui prennent des poses pour se photographier, des couples parfois qui se glissent derrière le galbe des poteaux, et se pensant à l'abri des regards, se font des petits câlins amoureux. Alice, elle observe tous ces amours furtifs et ne cèderait sa place pour rien au monde, surtout pas pour "un de ces musées obscurs comme on en voit trop, partout, ça jamais !" Quand même, la lumière ici, Alice vous explique qu'il y en a un peu trop et que ça gêne les œuvres exposées. C'est pourquoi il a fallu mettre tous ces rideaux en voilage et même en installer sur les fentes horizontales en verre du plafond. C'est un peu dommage. Mais, poursuit-elle, regardez comme c'est beau, le contraste entre l'espace tout blanc et ces formes très féminines, les poteaux du dehors, que l'on perçoit d'ici sombres, presque noirs. Le contraste, le blanc et le noir. "C'est vraiment une œuvre très belle", affirme-t-elle, comme pour finir par vous convaincre. "L'architecte construit actuellement un très beau musée à Marseille", poursuit-elle, "dès qu'il sera fini je m'y précipiterai. Vous connaissez aussi ce qu'il a fait à Aix en Provence ? C'est magnifique." Elle vous souhaite une agréable visite et lâche une dernière fois : "l'architecte, il est très fort, car pour réussir à imposer quelque chose d'aussi moderne ici où, vous avez vu, c'est très classique, on est dans le sud, un pays de retraités, ... il faut être vraiment fort ; moi je l'aime beaucoup !"
Merci donc à Alice qui se reconnaîtra si elle parvient jusqu'ici... et qui mérite certainement une invitation pour l'inauguration du MUCEM...

Vol de nuit

Vus du ciel, la nuit, quand l'air est pur et sans nuage, les villages ressemblent à des bijoux en or jetés négligemment sur un écrin de velours noir. Colliers, pendentifs, perles plus ou moins grosses et plus ou moins nacrées, médaillons ésotériques, composent une calligraphie gigantesque faite d'un enchevêtrement de signes cabalistiques. Dans cette architecture , il n'est pas rare que nos yeux s'attachent à repérer et suivre quelques instants une minuscule lueur solitaire qui progresse le long d'un couloir balisé comme une sorte de globule phosphorescent prisonnier d'un capillaire sanguin. On se prend à imaginer que dans ce point microscopique une vie ou plusieurs existent que nous ne connaîtrons jamais, des vies qui ignorent ce regard curieux (stratosphérique ?) auquel l'altitude confère une sorte de supériorité dérisoire ; on se prend à penser à la teneur de ce lien qui nous met dans cette correspondance fragile avec le ou les occupants du véhicule : les connait-on ? Existe-t-il des lieux, des connaissances que nous avons pu partager ? Peuvent-il savoir qu'à cet instant précis, à plusieurs centaines de mètres au-dessus d'eux, quelqu'un a établi une relation indicible dont ils sont l'objet et une moitié de la cause ? Et puis le globule s'efface dans la nuit. Et puis d'autres arabesques apparaissent. Cette nuit, précisément, on a affaire à un véritable casse.

dimanche 18 mars 2012

Cette année je me prends au mot et j'écris ! (14)

Post-it du soir :
"Un jour", j'écrirai ma vie.
Dès aujourd'hui,
Je me prends au mot.

Je regrette, mais il s'agit d'un Post-it qui s'est trompé de site ; ici, ce n'est pas Facebook : on n'étale pas sa vie !

"Lire, écrire, construire" le livre est une architecture

Extraits de ce texte de Claude Parent paru dans "l'Architecture d'Aujourd'hui" en février 1994.
"Posé sur cette table, un livre.
Un livre neuf, tout droit sorti de chez ce grand libraire de la rue Deloison qui a le mérite de lire tous ceux qu'il vend. Un vrai livre donc du genre Nrf occupé ou Promeneur, un Corti sans fioriture, (...) bref pas un de ces livres de gare à l'imagerie aguicheuse mais un vrai livre bien sévère, bien authentique, quelquefois même un peu rébarbatif. Posé là sur ma table, (...) il tient en lui un mode inconnu qui va s'ouvrir page après page et livrer son mystère, modifier ou non son lecteur. Avant de tourner la page de couverture, je ne sais rien de lui, de ce qui m'attend, de l'aventure qui va me saisir. Me voici encore sauf, mais déjà en danger, seul au bord de l'abîme, attendant le miracle enfoui dans ce petit bouquin d'à peine dix-huit centimètres sur dix et pourtant déjà monument d'architecture. Car architecture il y a dès que ce pose le problème du contenant et du contenu, du dehors et du dedans, de la couverture et de l'histoire incluse. (...) Pour que l'architecture soit aussi nécessaire que le livre, pour qu'elle soit sa survie, elle doit renier son équilibre, quitter cette volonté statique qui l'appauvrit, qui l'empêche d'être porteuse d'inquiétude, la privant parce que trop évidente dans l'instant de la curiosité permanente d'autrui. L'architecture est une trajectoire linéaire, enchainée message après message dans une obligation de découverte progressive. L'homme qui la pratique ne se déplace à travers elle que par effraction,par la lecture d'énigmes successives, le décryptage des traces d'imaginaire déposées à dessein tout au long du parcours. Si ce mouvement d'échanges, si cette dynamique de la connaissance n'est pas prise en compte par l'architecture, quitte à être indéchiffrable, alors (et de loin) je lui préfère à jamais la lecture."

mardi 13 mars 2012

Cette année je me prends au mot et j'écris (12)

Post-it du jour :
"Ecrit en lettres de feu
sur le joli livre blanc que je
me suis offert :
En avant !"

C'est le genre de phrase qui fleure bon la bonne résolution ("bon la bonne !", comme on dit au Hilton de New-York...).
"Go on !", "Adelante !", Avanti !", Vorwärts !", "Fremad !"
Comment peut-on s'offrir un livre blanc ? Ça n'appartient à personne, un livre blanc. C'est bourré d'informations visant à faire un état des lieux sur un sujet déterminé. Le type qui a écrit ça n'était pas clair du tout ; pas tout blanc, sans doute. Et puis en plus "en lettres de feu" : est-ce que ça a du sens de s'offrir un joli livre blanc et d'y mettre le feu ? Façon Johnny au Stade de France ?
En avant ! Le type qui a écrit ça, il veut à l'évidence  se reprendre en mains.  Il est probablement dans une espèce de situation cotonneuse. La preuve : il n'a pas changé ses chaussettes Dédé depuis une bonne semaine. Donc, le type est dans une situation qui pourrait être pire, mais qui, si le malaise se chiffrait sur l'échelle de Richter frôlerait le 9 avec des répliques de degré 7. Avisez ce qui lui est arrivé en l'espace de quelques heures. Sa femme l'a quitté hier soir pour cette histoire de chaussettes (les femmes sont mesquines). Sa maîtresse (qui veut tout faire comme sa femme) a décidé ce matin de le quitter également (les femmes sont des copieuses). Elle avait ses raisons. En sortant de chez lui, le type a dérapé sur une crotte de chien (il aurait du la voir, sinon la sentir, car elle pesait environ 1 kilo et 750 grammes ; elle venait d'être déposée avec malice, 5' auparavant, par le dogue allemand du voisin danois). Dans sa chute il a heurté avec la mâchoire le bord de la bordure en ciment du trottoir. Il a tenté de nettoyer ses semelles dans un caniveau et d'essuyer son menton couvert de sang, mais il est juste parvenu à se tremper totalement les pieds sans venir à bout des déjections canines, et à répandre des colonies de globules sur sa belle veste. Bien entendu, chahuté par les évènements, à moitié défiguré et nimbé d'une odeur épouvantable, le jeune cadre (il s'agissait d'un jeune cadre) fit une impression désastreuse (euphémisme) auprès de sa maîtresse qui l'attendait, comme tous les matins sauf le week-end, Chez Totoche, bar-tabac PMU des environs de la Place Clichy.
NDR : boudiou que ce fut dur !

mardi 6 mars 2012

X est seul un soir sur la Côte

Dans ce quartier St Jean composé de rues tordues, courtes et maladroites, un soir de mars trop froid pour l'ordinaire de cette saison sur la Côte, X se retrouvait seul dans une villa des années 20 à l'intérieur un peu bricolé. Il était assis sur un fauteuil recouvert d'un tissu vert d'eau devant une table étroite et bancale, cachée par un tissu rouge fatigué qu'un galon de velours d'une teinte plus foncée rehaussait d'une sorte de dignité dérisoire. 
Les murs et le plafond étaient uniformément blancs et sans tableaux inutiles. Une énorme lampe de chevet équipée d'un abat-jour vaste comme un parasol, dominait un lit minuscule devant lequel X commençait à imaginer sa nuit. Sur une étagère tournante, quelques vieux livres empilés semblaient garder pour eux, depuis une éternité, le souvenir des heures lointaines où une main et des yeux attentifs en avaient parcouru les pages. Au sol régnait sans gloire un carrelage hexagonal ordinaire dont les joints transpiraient de laitance. Un silence absolu s'était imposé. Soudain le miaulement d'un chat dans la nuit. Puis le silence à nouveau. X se glissa entre deux draps un peu rêches. Il saisit au hasard sur l'étagère un ouvrage élimé au titre intriguant, "La Bhagavad-Gîtâ", d'un dénommé Shri Aurobindo. 
Il fit le lien immédiatement avec Auroville, cette ville proche de Pondichéry, née d'une utopie ; celle précisément d'Aurobindo, relayée par sa compagne, "La Mère". Ville bâtie dans les années 70 par l'architecte français Roger Anger, aujourd'hui oublié. A présent, l'utopie dérivait, semble-t-il, dans un sorte d'ésotérisme bobo. X ouvrit le livre au hasard : "Par le moi tu dois délivrer le moi, tu ne dois pas déprimer ni abaisser le moi (que ce soit par complaisance ou par suppressions), car le moi est l'ami du moi et le moi l'ennemi."
Edifiant. X ferma les yeux, conjuguant sans remord son ami et son ennemi intérieurs.

dimanche 4 mars 2012

Blogueurs sans bagages

2 suisses ont visité Everybody Knows ce jour : probablement Johnny et Aznavour...

Cette année je me prends au mot et j'écris ! (11)

Rappel pour les nouveaux arrivants : il m'a été offert par des orbites attentives un petit opuscule composé de 48 Post-it sur chacun desquels est écrit une phrase (citation ou tout venant) ; il a pour titre "Cette année je me prends au mot et j'écris !" L'exercice consiste à partir de la phrase du jour d'écrire selon l'inspiration...
Donc, ce jour :
"Avez-vous lu Baruch ?
J'envoie un mail
Pour faire découvrir
Un auteur remarquable."

Baruch, Baruch ?... Baruch ? Est-ce que je connais un tel écrivain ? Non, mais ça ne signifie pas qu'il n'existe pas ; l'étendue de mon inculture étant aussi vaste que l'ensemble des (4 ?) océans réunis !...
Le réflexe des temps moderne face à l'Enigme : le Net !
Bernard Baruch
Donc Baruch. Il existe un dénommé Bernard Baruch (19/08/1870 - 20/06/1965), homme d'affaires et homme politique américain qui, après son succès dans le premier domaine a sévi dans le second, en tant que conseiller économique auprès d'un certain nombre de présidents (Woodrow Wilson et Franklin D. Roosevelt). Mais aucune mention d'écrits remarquables en dehors de quelques messages lapidaires du style : "Vendez tout !", émis 1ère quinzaine d'octobre 1929 ou "Méfiez-vous du moustachu avec une casquette et des petits yeux cruels", émis le 3 février 1945 (à la veille de Yalta).
  

Marc-Olivier Baruch
né en 1957, est docteur en histoire et ancien élève de l'École polytechnique (comme quoi, il y a des X qui parviennent à échapper à leur destin ...). Il est depuis 2003 directeur d'études au CNRS dans le domaine de l'histoire contemporaine. Il est certainement à l'EHESS également. De la liste de ses écrits et publications longue comme une journée sans pain (je me rends compte que cette comparaison est légèrement surannée ; une actualisation pourrait s'imposer en substituant à pain : MacDo, Nuggets, Pizza, Kebab, ...), j'ai extrait un ouvrage dont le titre gourmand est "Une poignée de misérables : l'épuration de la société française après la Seconde Guerre mondiale", Paris, Fayard, 2003.
Marc-Olivier Baruch
 Bien que son visage me soit particulièrement sympathique, je doute quand même qu'il s'agisse du Baruch, auteur remarquable, de la citation. Il ne m'en voudra certainement pas, d'autant qu'il bénéficie d'une publicité sans équivalent en intégrant les personnalités d'Everybody Knows !

Donc, Baruch ! Quoi de neuf ? Baruch ! Je finis par trouver dans les méandres du Net les traces de ce Baruch dont voici un texte, sinon magnifique, du moins lisible :
"La nuit s'est invitée plus tôt que prévu juste derrière les fenêtres. Le feu se régale dans la cheminée. Depuis la cuisine proviennent des odeurs appétissantes d'oignons revenus dans l'huile d'olive, et puis le délicat grésillement des morceaux d'agneau qui dorent dans la sauteuse. Les figures géométriques d'un grand kilim où le rouge framboise domine, les étagères garnies de livres indisciplinés, quelques notes de jazz et les murs blancs confèrent au salon une atmosphère particulière ; celle du calme pacifique, de l'espace propice à une certaine forme de bonheur."





L'Hôtel des Roches Noires

Je reviens une nouvelle fois sur cette pièce chantée de Françoise Cadol (pour ceux qui sont intéressés, plusieurs petits textes précédents d'Everybody Knows l'ont déjà évoqué).
Elle devait cesser d'être jouée au Vingtième Théâtre début mars, mais la qualité du spectacle a fait que les représentations sont prolongées.

Il est possible que certains d'entre vous ne soient pas très "comédie musicale" ; ce que je peux comprendre, car je suis un de ces "certains". Dans "l'Hôtel des Roches Noires", c'est autre chose : la musique et la chanson ne sont pas là pour gazouiller ou tenter d'emporter le public dans des envolées lyriques ; mais d'avantage - et essentiellement - pour porter un texte juste et une émotion dont la profondeur se nourrit de nostalgie, de regrets et de rêves.
L'Hôtel des Roches Noires - dernier domicile de Marguerite Duras - existe toujours, à Trouville, en bord de mer. Il a été transformé en immeuble résidentiel. Françoise a un rêve : jouer la pièce là-bas, sans doute pour les fantômes, pour rendre hommage à l'attention qu'ils nous portent, à nous autres les  vivants, à nos petites manies, nos amours ou nos peines ordinaires.
J'ai eu la chance de voir (un peu) la pièce se construire, ou plutôt se parachever. C'est un travail inimaginable sur le plan de l'investissement personnel. C'est un travail qui vous met en risque. Quelques auteur(e)s, comme Françoise, ont cette passion. Ils ou elles ne pourraient sans doute pas vivre sans cette passion. Nous non plus...

Alors, un dernier mot : allez voir "l'Hôtel des Roches Noires", il n'y aura aucun regret, et "que du bonheur" !

samedi 3 mars 2012

Cette année je me prends au mot, j'écris ! (10)

Le Post-it du jour : "J'écris pour pouvoir lire ce que je ne savais pas que j'allais écrire." Claude ROY

La page blanche. L'écran vide. Poser des mots qui forment des phrases qui composeront - peut-être - une histoire. Peut-on  imaginer, en decouvrant quelques filets d'eau sourdrent maladroitement d'un talus banal,  le spectacle de l'embouchure du fleuve dont ces ruissellements constituent la source ? (littéraire)
Il y aurait mille histoires à raconter. Elles sont toutes dignes. Existe-t-il pour quelques unes seulement la grace particuliere qui leur permettra d'être lues ?

Il y avait sur une île, un matin peuplé de neige, une grive blessée qui tentait d'échapper au piège des mains tendues d'un enfant. Il l'avait repérée en passant, un peu par hasard, tout prêt d'un buisson figé sous son manteau de glace.
Apres quelques manoeuvres maladroites, les mains cruelles finirent par se saisir du volatile innocent. Quelques jours plus tard l'oiseau fut mangé par l'enfant.  Cette histoire est vraie.

Un séminaire a priori ennuyeux sur un thème rabattu. Un intervenant agé de 75 ans dont le CV mentionne, juste après son nom et sa date de naissance, et bien avant une longue liste de diplômes (dont celui de l'X), de distinctions et de titres professoraux, les éléments suivants : "pupille de la nation, marié, 6 enfants"
L'exigence d'une pensée  intègre comme forme évidente d'intelligence. Un petit bonheur.

Un diner chez un couple - lui est économiste, expert international reconnu, elle, est artiste. Beaucoup d'humilité et d'attention. L'appartement - grand, parisien - est habité par les livres - sur les murs, dans le couloir, au-dessus des portes -, d'objets d'art ou de la vie courante ramenés des multiples séjours à l'étranger, ainsi que d'oeuvres peintes. Délice ? Félicité ? Plaisir ?

vendredi 2 mars 2012

Dmitri Novikov ne sera pas le futur président de la Russie

Et pour cause : Dmitri Novikov est ce jeune juge de Sotchi qui, non seulement s'est opposé à un certain nombre de ses pairs pour des faits de corruption avérée, mais qui les a dénoncés et a obtenu leur condamnation.
Depuis, il a été arrêté à plusieurs reprises et torturé, ce qui peut lui faire dire : "J'aurais pu avoir une carrière invraisemblable, recevoir des millions de dollars et peser 150 kg."
On vit une époque formidable !