vendredi 29 octobre 2010

Le siège de Bogota


Un livre dont le titre emprunte à l'une des deux nouvelles qu'il contient, et que l'on peut dévorer sans modération.
Deux textes écrits dans des registres très différents : une enquête menée par un duo de journalistes (une magnifique créature islandaise portée sur la coke et la vodka, et un maltais timide, amoureux refoulé de la belle) dans les eaux troubles d'un Bogota en ruines, et une autre "Histoire tragique de l'homme qui tombait amoureux dans les aéroports" dans laquelle un grand reporter se trouve pris dans la toile d'araignée complexe tissée par de drôles de mantes religieuses : des hôtesses de l'air...Erotisme, suspens et sensation aux balcons

mercredi 27 octobre 2010

Amok



Un amok est « un Malais, n’importe quel brave homme plein de douceur » qui, subitement et pour une raison inconnue, « bondit, saisit son poignard et se précipite dans la rue…il court tout droit devant lui (…) Ce qui passe sur son chemin, homme ou animal, il l’abat avec son kris et l’odeur du sang le rend encore plus violent… Tandis qu’il court, la bave lui vient aux lèvres, il hurle comme un possédé (…) Les gens des villages savent qu’aucune puissance au monde ne peut arrêter un amok, (…) ils vocifèrent : « Amok, Amok ! » et tout s’enfuit…(…) jusqu’à ce qu’on l’abatte comme un chien enragé ou qu’il s’effondre, anéanti et tout écumant… »
C’est ainsi que Stephan Zweig fait parler cet étrange médecin alcoolique qu’il rencontre par hasard à bord d’un paquebot de retour des Indes vers l’Europe, une nuit « d’un bleu d’acier si métallique et pourtant tout éclatant (…) débordant de lumière, d’une lumière qui tombait, comme voilée, de la lune et des étoiles, et qui semblait brûler, en quelque sorte, à un foyer mystérieux. » Cet homme, embarqué clandestin, devenu misérable, lui livre jusqu’à l’aube un secret terrible, né d’une passion tragique qui le transforma en Amok.
Ecrit dans un style pour lequel le qualificatif de « parfait » semble être simplement juste, cette nouvelle traite donc de la passion – c’est-à-dire une attitude humaine incontrôlée, tour à tour délicieuse et douloureuse – d’un homme vers une femme. Elle nait de la beauté et de l’orgueil ; elle périt par l’aveuglement et le déshonneur.
Il existe, semble-t-il, deux humanités : celle capable de succomber à la passion - au risque de se transformer à un degré plus ou moins intense en Amok - et l’autre. Quelle est la plus humaine des deux ?

dimanche 24 octobre 2010

Le Centre Pompidou de Metz

"Turlututu chapeau pointu...".
Œuvre de l'architecte japonais Shigeru Ban, en association avec l'architecte français Jean de Gastines, le Centre Pompidou de Metz se découvre dès la sortie de la gare comme un curieux chapiteau blanc aux ondulations savantes percé de parallélépipèdes superposés, et coiffé d'un dispositif métallique assez banal sur le plan esthétique (et plutôt sophistiqué s'il s'agit d'un paratonnerre).

La structure porteuse de l'édifice est un exploit sur le plan technique et répond assez bien à l'objectif métaphorique qui lui était assigné : rappeler le tressage des chapeaux de paille coniques en usage en extrême-orient (au cas où vous ne l'auriez pas compris, un tel couvre-chef est présenté dans une petite salle du rez-de-chaussée).
Une fois passée l'admiration pour cette résille bois et les quatre points d'appui dont les nervures s'entrelacent avec volupté, force est de constater que le reste est assez décevant.

On regrette d'abord qu'il ne soit pas possible de faire le tour complet du bâtiment ; bien que, compte tenu de la maladresse avec laquelle sont traités les gaines et les locaux techniques floqués en façade arrière, on peut comprendre cette mesure de clémence.
On s'interroge sur le peu d'attention portée au dessin des consoles métalliques qui supportent les énormes gaines de ventilation (peu élégantes également) placées de part et d'autre des porte-à-faux rectangulaires ; lesquels ne demandaient qu'à être parfaitement purs, dégagés de toute contamination technologique (est-ce un rappel des tuyaux du grand-frère parisien ?)

Le hall est immense, glacial quand il fait froid dehors (est-il brûlant sous la canicule ?), équipé d'une paroi extérieure de type industriel : portes mobiles de plate-forme de fret en partie inférieure et réglite translucide en partie supérieure (toujours un clin d'œil au grand-frère ?).
Le programme a, semble-t-il, oublié une cafétéria digne de ce nom ; on peut donc se restaurer (mal) sous une tente en plastique.
Mais un musée, c'est avant tout fait pour les collections et les expositions. Pour les premières, on a le sentiment d'un sympathique saupoudrage de bonne qualité permettant à tout visiteur de ressortir avec le sentiment de disposer d'un aperçu assez général de l'art reconnu du XXème siècle.

On regrette que le chef d'œuvre suprême de l'exposition - le triptyque bleu de Miro - soit si mal mis en valeur, et présenté dans un couloir avec un recul ridicule.
Les lieux d'expositions : en fait trois galeries identiques en forme de parallélépipèdes très longs (70 à 80m ?) qui transpercent l'édifice de part en part, sans porteurs intermédiaires, ce qui offre sans doute un grand degré de liberté dans leur agencement.
La perspective sur la cathédrale est effectivement spectaculaire ; celles sur les voies ferrées et le parvis : légèrement moins ...
En résumé : Metz n'est pas Paris (je veux parler des Centres Pompidou) ; l'émotion n'était pas à ce 1er rendez-vous ; l'ingéniosité et la plastique de la résille bois relèvent véritablement du Chef d'œuvre.
PS : la beauté des piliers bois est en partie assassinée par les énormes descentes d'eau pluviale et leur dispositif de maintien (dommage !)

La carte et le territoire (1ères impressions)


La dernière production de "l'auteur des Particules élémentaires" comme il se désigne lui-même dans ce roman où il se met en scène ne laissera personne indifférent, bien entendu : Houellebecq ça dérange toujours ; ça doit déranger !
On retrouve dans "La carte et le territoire" ce regard féroce (mais essentiellement contre la bêtise), distant (l'homme se revendique misanthrope), lucide (les dérives de "notre" monde sont bien identifiées et fustigées), un humour où se mélangent cynisme, morgue et indifférence, un style qui sert assez admirablement les invariants de la "marque" Houellebéquienne. Mais le propos semble plus grave que dans "Les particules élémentaires" (roman remarquable) ; l'auteur va au-delà du cynisme et partage avec le lecteur quelques clés de compréhension de l'absurdité du monde actuel ; d'autant que l'action se passe dans le futur (2050 ?).
On y reviendra...mais d'ores et déjà, un avis : à recommander
PS : "Goncourable" certainement (mais l'homme doit s'en foutre totalement...pas si sûr d'ailleurs !)

mardi 19 octobre 2010

Arria Marcella (nouvelle de Théophile Gautier)



En l'an 79 ap. JC, Arria Marcella, jeune fille riche et belle d'une famille patricienne, meurt ensevelie sous les cendres brûlantes du Vésuve.
Son souvenir subsiste dans une vitrine du musée des Studii de Naples : un bloc de cendre au "contour charmant" qui laisse deviner "la coupe d'un sein admirable et d'un flanc aussi pur de style que celui d'une statue grecque". C'est devant ce "cachet de beauté" qu'Octavien, un jeune homme venu avec deux de ses amis pour effectuer le traditionnel "voyage en Italie", reste en "contemplation profonde".
Les trois amis partent pour Pompéi visiter "la ville ressuscitée, ayant secoué un coin de son linceul de cendre". Le guide qu'Octavien suit "machinalement (...) d'un pas de somnambule" tellement il est encore troublé par sa "rencontre" du matin, leur fait découvrir "ces rues où les formes d'une existence évanouie sont conservées intactes" et les amène jusqu'à la villa d'Arrius Diomèdes qu'il parcourt jusqu'à une pièce en sous-sol - un cellier- où, leur dit-il, "c'est ici (...) que l'on trouva, parmi dix sept squelettes, celui de la dame dont l'empreinte se voit au musée de Naples." "...et une larme en retard de deux mille ans tomba (...) sur la place où cette femme, pour laquelle il se sentait un amour rétrospectif, avait péri étouffée par la cendre chaude du volcan."
La nuit suivante Octavien ne parvient pas à trouver le sommeil. Il se lève et se dirige vers la ville morte. Il s'engage dans les décombres et là, il va faire des découvertes proprement hallucinantes : la ville semble s'être relevée de la catastrophe ; les bâtiments sont intacts ; il y croise même des habitants avec lesquels il s'entretient ; vingt siècles après la tragédie, Pompéi revit, et lui, Octavien est le témoin de ce miracle. Il est invité dans un amphithéâtre pour y assister à une représentation d'une pièce de Plaute pendant laquelle il aperçoit soudainement "une créature d'une beauté merveilleuse" ; "elle était brune et pâle (...) et dans son visage d'un ton mat brillaient des yeux sombres et doux, chargés d'une indéfinissable expression de tristesse voluptueuse et d'ennui passionné".
Je dois arrêter ici le récit ; j'en ai déjà trop dit. Ce petit bijou littéraire est à découvrir ; vraiment.

dimanche 17 octobre 2010

Les brumes du passé


348 pages de bonheur, avec comme décor La Havane ; celle d'avant Castro et sa vie mondaine - cabarets, boîtes de nuit, prostituées de luxe, limousines chromées -, et l'actuelle avec ses quartiers aux allures de "ville ravagée par la guerre, plein de fondrières et de gravats, d'édifices en équilibre précaire (...) de bidons débordant d'immondices, (...) de hordes de chiens errants, envahis par la galle (...) et de ses femmes endurcies, aiguisées comme des couteaux, toutes affublées de bermudas en lycra toujours plus collants, parfaits pour faire ressortir les proportions de leurs fesses et le calibre d'un sexe orgueilleusement exhibé. (...) ...un monde au bord d'une apocalypse difficilement réversible."
Mario Conde, dit "le Conde", a une cinquantaine d'années ; c'est un ancien flic. Un idéaliste, un "martien" comme le surnomme son acolyte, Yoyi, avec lequel il s'adonne au "hasardeux négoce de l'achat et de la vente de vieux livres". La hasard ? le destin ? l'amène à découvrir un soir, dans une demeure à la noblesse décatie du Védado, une extraordinaire bibliothèque contenant des milliers d'ouvrages dont de nombreux exceptionnels. Il s'agit de la maison d'un richissime homme d'affaire, Alcides Montes de Oca, gardée, depuis l'exil puis la mort de son propriétaire, par les deux enfants de l'ancienne secrétaire particulière d'Alcides. La crise effroyable que traverse Cuba les oblige, pour ne pas mourir de faim, à négocier quelques livres ; et ce, malgré le serment fait par leur mère - folle et désormais recluse dans une pièce de la maison - de ne jamais en vendre un seul.
Le Conde va découvrir dans l'un des livres une coupure de journal datant de 1960 comportant une photo d'une femme magnifique "Violeta del Rio", chanteuse de boléros, et quelques mots annonçant qu'elle arrête définitivement sa carrière.
Personne ne connait plus Violeta Del Rio. C'est ce qui intrigue le Conde. Comment une femme d'une telle beauté, qui a connu la célébrité et la gloire, peut-elle avoir totalement disparue des mémoires ?
Le flic reprend le dessus : le Conde, que cette femme sublime commence à hanter, va se mettre en chasse pour percer le mystère de cet oubli.
Et c'est dans la quête palpitante d'une vérité qui va se dévoiler progressivement que Léonardo Padura, écrivain cubain de 55 ans, nous entraine tout au long de ce livre au style remarquable, d'une richesse souvent jubilatoire.
L'amitié simple qui emprunte parfois à la tendresse, le regret amer et lucide des années perdues dans l'illusion d'un bonheur révolutionnaire promis, la violence barbare du Cuba d'aujourd'hui, l'amour des livres et de la lecture, sont autant de thèmes que Padura explore dans ce roman avec une vraie fulgurance ; de celle qui fait les œuvres rares.


Merci à mes amis SG et APG pour leurs conseils précieux. Ils me connaissent les bougres ! Ils savent ce qui va me faire vibrer !

mercredi 13 octobre 2010

Le cri


Je me suis réveillé en sursaut. Ce n’est pas dans mes habitudes. J’ai plutôt le réveil calme. Mais j’ai entendu un cri.
Je m’habille. Je me lave, et tout le reste. « Je m’en vais ! A ce soir ! ». Silence. C’est une habitude. Je n’arrive pas à me faire à l’idée que je vis désormais seul.
Je sors de la maison pour prendre mon train. Il y a un oiseau, un jeune martinet, apeuré au pied du mur. Je le prends dans mes mains. Il me regarde ; il est confiant ; c’est étonnant. Alors, je le jette en l’air ; le plus haut possible. L’oiseau s’envole.
C’était quoi ce cri ?
J’arrive sur le quai de la gare. Le printemps a du mal à percer derrière les premières journées de mai. L’hiver insiste.
A cette heure matinale, nous ne sommes qu’une poignée d’habitants sur ce quai : un homme emmitouflé dans un blouson violet à l’épaisseur tibétaine, un petit gros boudiné dans une veste à carreaux qui parcourt sans convictions les pages d’un journal gratuit, un couple de vieux qui semblent égarés et inquiets. Les vieux sont très souvent inquiets.
Sur le quai, une femme s’avance maintenant dans ma direction. Elle est habillée comme un homme ce qui, paradoxalement, lui donne une féminité supplémentaire. Elle est très brune. Ses cheveux sont coupés avec soin, assez court. Elle porte un petit sac en cuir rouge-sang ; elle fume une cigarette qui dessine dans l’air derrière elle comme une route imaginaire. Ses yeux sont cachés derrière des lunettes de soleil très noires, très épaisses.
Elle se rapproche. J’aimerais qu’elle s’arrête maintenant. Malgré le froid, son chemisier blanc est ouvert, dévoilant un triangle de peau blanc, lisse, parfait comme l’intérieur d’un coquillage. Elle s’arrête.
Sa bouche est merveilleusement dessinée, sans rouge à lèvre. Quand elle fume, elle dépose comme un baiser sur le filtre. Elle aspire avec délice la fumée et la retient plusieurs secondes.
Elle enlève ses lunettes. J’aimerais croiser son regard. L’odeur du tabac se mélange avec son parfum sucré, comme celui des belles de nuit ; je cherche à respirer le plus possible de cet air-là.
Quel était ce cri ?
Une voix forte annonce le passage d’un train sans arrêt et invite à se tenir éloigné de la bordure du quai. Elle ne parait pas entendre l’avertissement. Elle est très proche de la voie. Nous nous regardons, mais j’ai l’impression qu’elle ne me voit pas. Elle a des yeux pâles, absents, envahis par une tristesse extrême ; et puis autour, des mèches épaisses qui dessinent sur son visage comme des virgules d’encre de Chine. Elle est étonnamment belle sur ce quai.
Je distingue les phares du train ; deux yeux un peu sales. Le cri d’une sirène immense, affreux perce le froid.
Ce n’est pas ce cri.
Puis le bruit déchainé de roulements métalliques qui va en s’amplifiant.
Soudain le train est là. Un voile noir passe devant mes yeux. J’entends un cri épouvantable.

Je me suis réveillé en sursaut. Ce n’est pas dans mes habitudes. J’ai plutôt le réveil calme. Mais j’ai bien entendu un cri.
Je ne suis pas en avance. "Je m’en vais ! A ce soir ! ». « A ce soir ! » me répond ma femme. Je sors de la maison.
Au pied du mur, il y a un martinet qui m’a vu et qui semble me reconnaître.

mardi 12 octobre 2010

Brassens, Leforestier et Ventura

Quand "émissions de télévision" rimaient avec "émotions"...

"Alors au soir de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ses belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir."

lundi 11 octobre 2010

La France et le syndrome du larbin expliqués par le vénérable professeur Mehlang Chang (en seulement 4' et 10")

Le roi se meurt avec Michel Bouquet à La Comédie des Champs Elysées


Une pièce sur l'acharnement ; pas le thérapeutique exactement, encore que Marie, la seconde, très jeune et très belle épouse du roi, veut lui faire croire que la jeunesse et la beauté peuvent constituer un barrage insubmersible contre la marée du temps.

Une pièce sur les détails de l'existence et la négligence coupable que nous leur témoignons tout au long de notre vie, chaque jour, chaque instant ; merveille de ce dialogue entre le roi et la servante :
La servante : "Je vide les pots de chambre. Je fais les lits."
Le roi : "Elle fait les lits ! On y couche, on s'y rendort, on s'y réveille. Est-ce que tu t'es aperçu que tu te réveillais tous les jours ? Se réveiller tous les jours ... On vient au monde tous les matins."
La servante : "Je frotte les parquets. je balaye, je balaye, je balaye. Ca n'en finit pas."
Le roi (avec ravissement...il se meurt !) : "Ca n'en finit pas !
La servante : "J'en ai mal dans le dos."
Le roi : "C'est vrai. Elle a un dos. nous avons un dos."

Une pièce sur l'enchantement de la vie, sur le destin inexorable qui nous conduit tous entre les mains de la Mort, la reine Marguerite, celle qui au bout du chemin a la main-mise finale sur notre vie (le roi n'est plus qu'un pantin entre ses mains) et la pièce s'achève sur ce constat désespérant :
La Reine Marguerite au Roi qui vient de mourir : " Et voilà, tu vois, tu n'as plus la parole, ton coeur n'a plus besoin de battre, plus la peine de respirer. C'était une agitation inutile, n'est-ce pas ? Tu peux prendre place."

"Le silence infini de ces espaces m'effraie" disait Blaise Pascal.

Et les comédiens ? Michel Bouquet est un roi immense, tour à tour cabotin, grave, lucide, anéanti, profond.
Les 4 autres sont magnifiques et ne déméritent pas, mais la "statue du commandeur" est imposante !

mercredi 6 octobre 2010

Rodin, tout le temps que dure le jour

Si on pense quelques secondes à la somme de coïncidences qu'il faut pour qu'une rencontre se fasse, c'est à la fois vertigineux et étonnant ; c'est aussi formidable.
Tenez : Roger Anger. Si je dis : Marx, Berlin, Panama, Erasmus, Architecture, Golf, Vernissage d'une exposition de photos, Naja, Développement Durable, etc., sans évoquer toutes les personnes qui sont associées, ce n'est qu'une courte sélection d'éléments qui ont contribué à une rencontre (posthume) avec Roger Anger.
Pour "Rodin, tout le temps que dure le jour", une petite pièce de théâtre que m'a fait parvenir son auteure - qui m'était inconnue il y a encore quelques jours - je devrais citer : Roland Garros, Un ticket restaurant, Le soleil, La littérature, La Place des Vosges, La Chine, l'architecture (encore !), etc.


Les trois personnages de la pièce sont : Rodin ; Marie, une jeune femme fascinée par Rodin - elle lui sert de modèle et voudrait elle-même être sculpteur - ; l'écrivain et poète Reiner Maria Rilke, qui est alors secrétaire du grand sculpteur.
Rodin a 65 ans, Marie 30 et Reiner Maria Rilke, 35.
Le sculpteur est au fait de sa gloire. Il a la maîtrise de la matière et croit pouvoir disposer de toutes les matières ; même celle représentée par une femme vivante. Le poète est fragile, malmené par Rodin qui ne lui laisse aucun répit pour créer, pour écrire. Il est amoureux de Marie ; timidement, à l'opposé de Rodin, presque grossier dans ses avances. Marie est charmée, presque aveuglée par l'immense talent du sculpteur, démiurge qui sculpte les gens, non comme ils se voient mais "comme ils sont". Mais Rodin est aussi un homme fragile, ridicule, petit, orgueilleux dont le génie s'oublie face à la féminité.

Dans ce jeu du dialogue entre l'art et l'amour, le génie et la sensualité, entre les deux humanités, il semble que la femme, encore une fois, naturellement, triomphe ; sans prétention, sans amertume, avec pour seules armes son regard, son intelligence et son charme qui lui font percevoir l'essentiel : que la porte de l'Enfer est bien vivante !
"Rodin, tout le temps que dure le jour". Pièce écrite par Françoise Cadol. Editions Fabert.

samedi 2 octobre 2010

Le Guépard


Quel livre ! Aragon prétendait qu'il s'agissait d'"un des plus grands romans de ce siècle." Giuseppe Tomasi Di Lampedusa mourra pourtant avant de recevoir le bon à tirer pour son œuvre. Il s'éteint à Rome le 23 juillet 1957 d'une tumeur au cerveau. Le Guépard, c'est le Prince de Salina, Don Fabrizio, le dernier représentant d'une aristocratie sicilienne qui va être balayée par la naissance de l'Italie moderne. L'histoire de cet homme, du regard qu'il porte sur un monde qu'il a toujours soumis avec élégance mais fermeté, des valeurs qu'il incarne - valeurs qui se voudraient éternelles -, du jeu de pouvoir fatal entre cette noblesse institutionnelle et les nouveaux riches, de la chute de la maison Salina, constituent la trame du roman. Di Lampedusa, descendant de cette aristocratie, s'est inspiré de personnages qu'il a connus dans son enfance. Il parvient à rendre parfaitement l'ambiance d'un monde qui, définitivement, ne va plus appartenir qu'au passé, avec les accents emphatiques d'une certaine nostalgie, les détails érigés en éléments essentiels, les rites et les postures obligés et reconnus de tous. Tout ce récit, qui pourrait reprendre le titre de Garcia Marquez "Chronique d'une mort annoncée", est servi par un style qui emprunte au baroque le dessin habile de ses volutes, l'extraordinaire profusion de son décor, en y instillant dans chaque phrase une grâce supplémentaire et un esprit digne du travail d'un sculpteur génial, un Rodin, qui parvient à insuffler la vie à un bloc de glaise.
Extraits :
"...; de la fontaine entière, des eaux tièdes, des pierres revêtues de mousses veloutées émanait la promesse d'un plaisir qui ne se muerait jamais en douleur."

Chevalley est venu proposer au Prince un poste au sénat. Il s'en retourne en diligence. "Il faisait à peine jour ; le peu de lumière qui parvenait à percer le matelas des nuages était de nouveau retenu par la saleté immémoriale des portières. Chevalley était seul ; entre les chocs et les secousses, il mouilla de salive le bout de son index, nettoya une vitre, juste la largeur d'un œil. Il regarda ; devant lui, sous la lumière de cendre, le paysage cahotait, sans rachat."

La dernière phrase du roman est une métaphore de la chute misérable et définitive du Guépard - ou plutôt de tout ce qu'il a pu représenter - transfiguré dans la sinistre carcasse empaillée de son chien que l'on jette à la benne.
"...au cour de son vol par la fenêtre sa forme se recomposa un instant : on aurait pu voir danser dans l'air un quadrupède aux longues moustaches et la patte droite antérieure semblait lancer une imprécation. Puis tout s'apaisa dans un petit tas de poussière livide."

J'ai choisi cette photo de Lampedusa qui traduit un certain désenchantement : solitude, assis en marge d'un très beau banc de pierre, costume sombre, une main qui se distingue et qui semble vouloir retenir la fuite du temps, nostalgie, une certaine noblesse, l'incompréhension.

jeudi 30 septembre 2010

Dans quel pays sommes-nous ?

Mardi matin, avenue des Champs-Elysées aux abords du carrefour avec l'avenue de Marigny (celle qui conduit à l'Elysée). Deux feux distants de 200 à 300 m. Premier feu : 2 jeunes noirs et une jeune fille ; tous les trois équipés d'un gilet fluo vert, d'une tablette et d'un stylo. Ils attendent que les voitures s'arrêtent au feu pour se précipiter vers les conducteurs et leur proposer un questionnaire. On les voit qui griffonnent à toute allure sur leur feuille de papier fixée à la tablette. Et puis le feu passe au vert. Les voitures démarrent à fond comme il se doit et les jeunes n'ont plus qu'à tenter de regagner au plus vite les trottoirs en courant et en se faufilant entre le flot des voitures qui dévalent à présent en trombe l'avenue. Second feu : encore deux jeunes noirs, mais cette fois-ci il y a avec eux un homme d'origine maghrébine d'une cinquantaine d'années. Même gilet fluot vert, même tablette et stylo. Et même scénario. Attente de l'arrêt des voitures. Ruée vers les chauffeurs. Recueil précipité des données. Les voitures redémarrent. On s'écarte et on tente de ne pas se faire renverser en se rapatriant fissa vers le trottoir...
De quel questionnaire s'agit-il ? Quel sondage mérite un exercice aussi stupide et dangereux ?
Quelques minutes plus tard sur la voie sur berge. Avant de plonger sous le tunnel des Tuileries, le SDF qui "loge" sur une grille d'aération sur le trottoir est de retour. Il a du y passer la nuit. Caractéristique : il n'a pratiquement jamais de couverture. Même quand il pleut. Il y a largement plus d'un an qu'il vit la, sur ce bout de trottoir indigne.
Sortie du tunnel des Tuileries. Sur le bas côté de la voie rapide, il y a un escalier en pierre qui permet d'accéder au quai François Mitterrand et au Pont Neuf. Sur cet escalier encore deux jeunes noirs. Equipés du même gilet fluo. Cette fois ils ont un appareil enregistreur devant la bouche. Ils ont les yeux fixés sur le flot continu des voitures et parlent dans leur appareil. Que comptent-ils ? Que repèrent-ils ? Les marques de voiture ? Les conducteurs seuls ou accompagnés ? Les femmes ? les hommes ? Les blancs ? Les noirs ? J'oubliais : derrière eux il y a un homme d'un certain âge ; leur chef probablement ; il ne fait rien, il contrôle sans doute. Il est blanc.
J'oubliais encore : grille d'aération, cette fois celle en haut de l'avenue de la Grande-Armée avec vue imprenable sur le rond-point de l'Arc de Triomphe, à ras du bitume et des pavés (mieux encore que celles que l'on peut avoir depuis les hôtels particuliers de la contre-allée circulaire) ; une femme ensevelie sous une bâche en plastique entourée d'immondices tout autour d'elle ; un caddie débordant de rebus et de déchets de toute sorte semble abandonné.
Précision : je sais que c'est une femme car il y a plusieurs semaines, je l'ai vue ; cinq ou six flics l'entouraient - à une certaine distance quand même !- et l'obligeaient sans doute à évacuer cette place de rêve...
Dans quel pays sommes-nous ?

mercredi 22 septembre 2010

Place des Vosges

Elle est assise à une table à la terrasse d'un café. Elle prend des notes. Il y a plusieurs petits livres et carnets éparpillés sur la table. Elle a un verre de vin rosé et quelques olives. Elle attend quelqu'un. Un homme arrive sur la terrasse, regarde autour de lui, voit cette femme et se dirige vers elle.
Lui : Bonjour. Ah, c'est vous. Je ne pensais pas. Vous êtes...vous êtes aussi
Elle : Oui, je suis...
Lui : Le "souvenir"
Elle : Oui, mais aussi la trapéziste
Lui : Non, je préfère le "souvenir". Vous permettez que je vous appelle "Souvenir"?
Elle : Bien sûr, mais je préfèrerais que vous m'appeliez F.
Lui : Est-ce un accident ?
Elle :Quoi ?
Lui : Et bien cette chute du trapèze !
Elle : (silence) vous voulez dire dans la pièce ?
Lui : Oui, dans la pièce, si vous voulez, quand vous tombez ; je suis certain que vous le faites exprès, ou plus exactement que vous laissez le destin agir ; et comme le destin n'est pas forcément acrobate ! En fait, vous ne vouliez plus rien faire au moment où vous vous êtes lancée dans le vide. Vous ne vouliez plus rien commander de votre vie.
Elle : Mais, ...
Lui : Et il l'a bien senti, je vous l'assure : il nous l'a dit, vous vous souvenez ? "J'étais sur ma corde, je la regardais, je l'aimais mais je pensais qu'il était possible que je la perde, ce soir, car il y avait dans l'obscurité qui nous séparait une chose étrange, une impression, comme une alerte"
Elle : Une alerte ?
Lui : Oui, une alerte, silencieuse, sournoise, qui s'était installée depuis quelques secondes, portée par les centaines de regards en-dessous de nous qui, les autres soirs, étaient inquiets sans être inquiets... Vous voyez ce que je veux dire ?
Elle : oui, j'ai eu aussi cette impression : une alerte qui se gonflait en-dessous de nous et qui montait lentement comme un brouillard dans une vallée
Lui : comment est-ce possible ?
Elle : je ne sais pas, mais rapidement mon cœur s'est mis à battre et, simultanément, j'ai ressenti une immense lassitude ; vous ne prenez rien ?
Lui : mais ce n'est pas possible ! Une immense lassitude, ça ne se ressent pas subitement, ça monte lentement, oui, comme un brouillard dans une vallée
Elle : c'est drôle que vous repreniez cette image ; je me suis retrouvé il y a quelques années dans un région montagneuse du Japon
Lui : ce n'est pas très original
Elle : non, peut-être, mais c'était une région qui ressemblait aux paysages de certaines estampes japonaises où l'espace semble dilaté, les cascades immenses, quelques maisons en paille posées dans un pli de la montagne, et des personnages à cheval au premier plan qui vont rejoindre sans doute ces maisons
Lui : oui, mais le trapèze ; pourquoi l'avez lâchez ?
Elle : attendez, vous êtes tellement impatient...

mardi 21 septembre 2010

Les soeurs Brelan


Voici un livre de la rentrée littéraire parmi les 700 et quelques ouvrages qui tentent de se faire une place, sinon au soleil, du moins sur les gondoles des libraires, et pour une durée supérieure à quelques jours.
Qu'en dire ? Son auteur, François Vallejo, a déjà écrit 7 romans ; ce n'est donc pas un débutant ; plusieurs ont été primés dont "Ouest", Livre Inter 2007. Pour ma part, c'est (encore) la 1ère fois que je lis cet écrivain.
Une histoire étrange, une écriture simple où se succèdent des phrases courtes, dans un style souvent "parlé" ; des dialogues qui s'intercalent sans guillemets (sans prévenir ?) entre deux éléments de description, une atmosphère particulière.
Trois sœurs, une relation quasi-fusionnelle entre elles, mais des caractères bien différents, dont on suit la vie chaotique, incertaine, mue par une détermination qui provient certainement de cette fusion qui les transcende.
Il y est question de cabinet d'architecte et de bureaux d'études techniques, d'assassin récidiviste et d'agitation révolutionnaire en mai 68, de dépucelage dans une bibliothèque et de "5 à 7" dus au hasard, de recherche d'absolu et d'ambition personnelle, du mur de Berlin et de sanatorium, ...
Est-ce un chef d'œuvre ? Je ne le crois pas. Un livre à recommander ? Pourquoi pas ? Car, tout au long des 285 pages, on poursuit mollement l'auteur avec cette question lancinante : mais où veut-il en venir ?

dimanche 19 septembre 2010

Le mystère Roger Anger


Roger Anger était une sorte d'aventurier ; c'est Claude Parent qui nous l'a dit à l'occasion de son introduction à la conférence de l'architecte indienne Anupama Kundoo qui a travaillé plusieurs années avec l'architecte en chef d'Auroville, et qui a écrit le livre "Roger Anger, recherche sur la beauté".
Il y a un mystère Roger Anger : un début de carrière tonitruant, des quantités de réalisations - surtout dans le logement, et surtout en région parisienne - caractérisées par cette écriture reconnaissable entre toutes inspirée de l'art cinétique autant que sériel, une sorte de tissage simple et savant à la fois, toujours différent et pourtant toujours "signé", un exercice de plastique jubilatoire parfaitement maîtrisé

; et puis le départ pour l'Inde, du côté de Pondichery, Auroville, une cité utopique, inspirée par "la Mère", la possibilité (ou l'illusion ?) de disposer de tout ce dont peut rêver un architecte : un terrain de jeu immense, aucun règlement d'urbanisme imposé, aucune contrainte budgétaire, un programme unique et varié, ...une nouvelle vie qui ressemble à un engagement (comment pourrait-il en être autrement ?), un engagement définitif, sans retour à la vie d'avant, celle des salons parisiens, des cocktails mondains en costume-cravate ; exit alors l'esprit de ces façades traitées en trompe-l'œil alternant le minéral et le végétalisé dans une composition toujours harmonieuse, disparue la géométrie précise de ces décrochements subtils, seul reste le goût pour la conjugaison intime de l'art et de la technique, mais déclinée dans une architecture de volutes ésotériques, dans laquelle le cercle et l'ellipse triomphent définitivement de l'angle droit.

Comment cette révolution a-t-elle été possible ? Comment un seul homme peut-il, presque instantanément, se radicaliser dans une posture si opposée au travail qu'il avait développé quelques années plus tôt ?
Voilà ce que j'appelle le "Mystère Roger Anger".

mercredi 15 septembre 2010

Quoi de neuf ? Roger Anger !

L'œuvre et l'héritage de Roger Anger, architecte oublié, auteur de très nombreux bâtiments dans les années 60-70 dont les façades, qui vieillissent parfaitement bien, expriment un "tissage spatial" remarquable, seront présentés par l'architecte indienne Anupama Kundoo, ce vendredi à l'Arsenal.
A ne rater sous aucun prétexte !!!!!!!!!!!!!!!

L'Hôtel des roches noires


C'est une pièce de théâtre qui sera peut être jouée en 2012. En attendant, elle se répète, elle se peaufine et elle cherche... une production solide (des sous !).
C'est l'histoire d'un hôtel en bord de mer, sans doute décrépi et vieillot, sans doute "authentique" et pittoresque, mais déserté par une clientèle qui recherche du standardisé. Un promoteur a jeté son dévolu (ses serres, ses crocs)sur la bâtisse et projette de la démolir pour y réaliser un complexe immobilier dont un incontournable centre commercial. Mais voilà qu'il est victime d'un très grave accident de la route qui le plonge dans un coma, et le transporte dans un "entre-deux" en compagnie de quatre personnages (bientôt cinq) qui sont en réalité morts (des fantômes) et qui ont quelque chose à voir avec l'Hôtel des Roches Noires ou avec sa vie.
Parmi ces cinq personnages, il y a son ancienne compagne du temps où il était trapéziste. Elle est morte par accident (est-ce bien un accident ?) lors d'une représentation. Le promoteur est toujours amoureux de cette femme qui se morfond de n'être qu'un "souvenir".
Il y a aussi une autre femme, un peu ronde comme un modèle de Renoir, et qui sourit toujours ; jeune fille abandonnée, sans nom, trouvée un jour sur la plage et recueillie par les gens de l'Hôtel des Roches Noires, dont le visage est celui d'une courtisane d'un tableau que le promoteur a repéré.
Un dandy anglais, écrivain raté, qui s'est suicidé. Une chanteuse de bal populaire, la grande Lala, gouailleuse et écorchée vive. Un jeune groom de l'Hôtel, ex amoureux transit de la chanteuse.
Tous ces morts vont tenter de convaincre le promoteur de ne pas se laisser mourir, et de vivre pour faire revivre l'Hôtel. Car ce qu'ils aiment par-dessus tout, c'est entendre des histoires d'amour, des histoires qui se passent dans leur hôtel.
Il y a cette relation intime, invisible, secrète et passionnante entre un lieu et les vies qu'il a abritées ; "tous ces petits moments magiques de l'existence, qu'on met dans des sacs plastiques et puis qu'on balance" comme le chante Souchon !
La pièce, qui laisse une part belle à des dialogues chantés (très belles mélodies souvent mélancoliques), est magnifiquement interprétée par de jeunes comédiens.
Dès qu'elle est montée, je vous préviens tous !
Nota : les spécialistes (et surtout les auteurs) de cette pièce me pardonneront mes approximations ou mes inexactitudes éventuelles

Praemium Imperiale


Il s'agit d'un prix prestigieux descerné chaque année par l'Association japonaise des beaux-arts à des artistes dont l'oeuvre est remarquable, dans les cinq domaines suivants : la peinture, la sculpture, l'architecture, la musique et enfin le théâtre et/ou le cinéma. Ce prix peut-être éventuellement considéré comme le Prix Nobel dans le domaine des arts, nous dit Wikipédia.
Cette année, dans notre art de prédilection, c'est Toyo Ito, architecte de nationalité japonaise qui a été récompensé.
Une salle entière de l'Arsenal à la Biennale de Venise est consacrée à son travail sur l'opéra de Taichung.
Maquettes, dessins, esquisses, coupes techniques, etc. constituent un ensemble remarquable qui met clairement en évidence l'importance du travail entre l'architecte et l'ingénieur dans la conception d'une architecture totale ; esthétique, spatiale, humaine. Un exemple parfait "d'intelligence constructive".
Jean Nouvel est le seul français à avoir obtenu cette distinction.
Pour les curieux, dans les autres disciplines, en 2010, ont été honorés :
Peinture : Enrico Castellani
Sculpture : Rebecca Horn
Musique : Maurizio Pollini
Théâtre et cinéma :Sophia Loren

dimanche 12 septembre 2010

Le Président est un con !

Je teste ici "Big Brother" (Cf PS du texte précédent).
Va-t-il s'employer en urgence à retirer de la vue de vos orbites délicates ce titre qui stigmatise la connerie insondable du Président...
celui de la ligue de boules lyonnaises de St Ravine sur Barbigeon ?

Fête de l'Humanité


Combien étions-nous ? 60.000, 80.000, plus encore ? à écouter les yeux brillants "Foule sentimentale", "L'amour en machine", "Sous les jupes des filles" ou "On avance", avec ces paroles implacables ;
"C'est une évidence
Tu vois pas tout ce qu'on dépense. On avance
Faut pas qu'on réfléchisse ni qu'on pense
Il faut qu'on avance."
Les yeux ne brillaient pas avec la même intensité dans l'"Espace collectivités" dont les stands à 10.000 € le m2 étaient désertés dès 15H30 ce samedi. Quelques rares commerciaux oubliés de leurs clients, désœuvrés, jouent avec leur Blackberry, une coupe de champagne en plastique à portée de mains, ils jettent régulièrement un œil inquiet à leur Rolex (ils ont moins de 50 ans pour la plupart et ont le sentiment, cet après-midi, de ne pas avoir totalement réussi leur vie), comme pour tenter d'accélérer le temps, et de précipiter la fin de ce calvaire. Les petits fours, comme les hôtesses, s'ennuient et sont fatigués. Le responsable commercial, face à une telle déroute, constate : "la cotisation est non seulement chère mais est-elle bien utile ? Oui, mais si je n'y suis pas, mes concurrents y seront et, on ne sait jamais, je peux passer à côté d'une "affaire".... Dérisoire.

Si j'étais à leur place, je plierais ma cravate, j'enfilerais le jean et le T-shirt planqué dans mon attaché-case (éviter le polo de golfeur siglé Ralph Loren), je remiserais mes Weston pour chausser des "tennis", et je m'enfuirais vers la fête elle-même, ses nuages de merguez, ses barbecues géants,

ses slogans de manif alignés comme à la parade - celle des prolos, fiers de ne pas avoir honte de trinquer sous des banderoles avec des mots insensés : "Lutte", "solidarité", "travailleurs", "Parti communiste", etc. -, les discours enflammés sur les scandales des riches ou les géants de l'industrie agro-alimentaire dépeceurs de paysans qui se télescopent avec des concerts plus ou moins improvisés, son salon des livres avec une cinquantaine d'auteurs présents, son "Village du monde", concentré de planète subversive, baignant dans les odeurs de grillades et les musiques exotiques ; si j'étais à leur place...
PS : je viens de m'apercevoir que ce blog est sous surveillance (vraisemblablement comme tous les autres, comme nous tous d'ailleurs), et voilà pourquoi : j'avais mis à la fin de ce texte une photo représentant une table sur laquelle trônaient 4 ou 5 sexes masculins en résine (un bleu, un rouge, un jaune, etc.) utilisés à des fins éducatives dans le stand de la sensibilisation aux dangers des rapports sexuels sans préservatif de la Fête de l'Huma... Et la photo a disparu ! C'est un stand dont l'accès était autorisé à tout le monde ; il n'y avait pas de rideau rouge avec des grosses lettres vulgaires "Sex-Shop" ! Mais qui est ce "Big Brother" ? Je me permets d'attirer sa vigilance sur la photo de droite "Concept" avec la légende "masculin", qui est un zizi (c'est vrai, artistique et au repos !) ; il s'agit d'un détail de la sculpture de l'enfant nu à la grenouille qui est à la Pointe de la Douane de Mer à Venise.

samedi 11 septembre 2010

Mort à Venise

En hommage à Thomas Mann et à Visconti (rien que ça !) et surtout pour donner des idées à mes amis, photo d'une ultime promenade sur le Grand Canal : la classe (fatale) !

vendredi 10 septembre 2010

Grand Prix National d'Architecture

Distinction initiée en 1975, abandonnée en 1999 et réhabilitée en 2004, elle a honoré successivement, et tous les deux ans depuis : Patrick Berger, auteur de la future "Canopée" des Halles à Paris, Rudy Ricciotti, le pirate de Bandol, auteur du Pavillon noir de Preljokaj à Aix en Provence, architecte du MUCEM de Marseille et du futur stade Jean Bouin à Paris, et Lacaton-Vassal, les apôtres du minimaliste discount, architecte du Palais de Tokyo et de l'Ecole d'architecture de Nantes.
Quel sera le lauréat 2010 dont on dit qu'il devrait être désigné en novembre ? Quand on exclut les récipiendaires précédents (les Nouvel, de Portzamparc, Hauvette, Soller, etc.)
M'est avis qu'il pourrait s'agir d'Yves Lion.

Et si cette corporation de machos voulait se refaire une honorabilité en désignant une femme ? Alors ce serait Odile Decq, bien sûr ; Manuelle Gautrand, plus jeune, devra sans doute patienter.

Autres challengers possibles : Ibos & Vitart, Jean-Marie Dutilleul, Jacques Ferrier, Guervilly, Chaix & Morel, Marc Mimram ou Philippe Gazeau.

Cohen est de retour ! Alléluhia !


Il revient, le jeune homme de 76 ans pour une tournée en province et ce, dans quelques jours. Alors, si vous n'avez jamais vu Cohen sur scène, si l'adjectif "exceptionnel" et si le mot "talent" ont un sens pour vous : foncez le voir ou vous risquez de le regretter toute votre vie !
(Cohen, si tu m'entends, tu pourrais m'offrir des places gratuites pour le concert à Tours !)

Persol, les lunettes de l'artiste



Le dénommé Pergame porte des "Persol" ; vous les entendez tous, comme moi, se moquer !

Booremans, Dumas et Tuymans

De retour de Venise, quelques coups de cœur pour 3 artistes de la collection Pinault (le déserteur breton).
Michael BORREMANS, Marlène DUMAS et Luc TUYMANS.
Présentation :




Ménilmontant

Ménilmontant. Je devrais venir plus souvent à Ménilmontant. Le monde, le vrai, est là, avec ses terrasses garnies d'un soleil tranquille de septembre et de gens qui se sentent d'ici et qui viennent d'ailleurs. Tout le monde vient "d'ailleurs", et pas seulement dans ces quartiers ; c'est une évidence. Ça crève les yeux. Si ça ne crève pas les yeux, alors il y a risque de consanguinité. A vous de choisir !
Une femme en boubou multicolore, et puis des jeunes sans casques qui font pétarader leurs mobylettes, un type en Marcel dont les bras sont tatoués sauvagement qui sort d'une porte cochère et porte avec indolence une natte comme une queue de rat sur le dos et une chaise en bois peint (il va où ?) ; une ruelle oubliée conquise par des tags sauvages et qui doit accueillir les soirs d'été des barbecues (sauvages forcément), une galerie d'art brut qui annonce son arrivée prochaine dans un ancien dépôt de pièces détachées, des types ordinaires qui ne semblent rien demander sinon de vivre pénards ; sur les boulevards des faux cerisiers aux greffes maladroites plantés au milieu d'un disque de terre, et des acacias fleuris comme des couronnes de mariée. Des immeubles qui se foutent pas mal de l'esthétique règlementaire et qui, de fissures apparentes en enduits cloqués, de cages à serins sur le rebord de la fenêtre en terrasses improvisées, assument leur physique ingrat, libérés d'une charte de catalogue du prêt-à-habiter. Une densité moindre de boutiques franchisées (mais hélas, on pressent la contamination rampante), de celles qui lobotomisent l'ambiance de nos paysages urbains ; voilà aussi la marque de l'authenticité. Je devrais venir plus souvent à Ménilmontant.


Deux petits bonheurs aujourd'hui (en plus de Ménilmontant) : la lecture - je devrais dire, le parcours - d'un livre de photographies "Paris Journal" de Raymond Depardon, et l'écoute d'une "lecture", celle d'une pièce en préparation, "L'hôtel des roches noires" dans un petit théâtre, rue des Plâtrières, précisément à Ménilmuche.

De la tendresse, de l'émotion, de la mélancolie, des petites choses, des choses simples (qui sont si grandes et si simples parfois qu'elles nous submergent), la vie, la mort, le noir et le blanc, de l'essentiel, de la beauté, une attention du regard, une musique, des lieux que l'on voudrait abandonner et qui rechignent à perdre la mémoire, bref : de la poésie. Ce qu'on pourrait appeler : un certain enchantement.
Et sur la table rouge cerclée de métal doré du café, la couverture du "Monde Magazine" avec la photo grotesque et pitoyable d'un homme qui préside aux destinées de l'Italie, pays de culture et d'histoire : Silvio Berlusconi, sous le titre : "Europe, la droite sans complexe". Comment peut-on faire confiance à un homme dont le visage n'est qu'un mensonge : implants capillaires, teinture, Botox à tous les étages, dentition artificielle, ... ?

Il faudra que je reparle de "L'hôtel des roches noires".

jeudi 9 septembre 2010

Zéro commentaires

Blog, terre de partage... mon cul ! "O commentaires" + "O commentaires" + "O commentaires" + ...
Mais tout le monde sait que ce n'est pas pour avoir des commentaires que Pergame écrit, ni pour être lu (un peu quand même, par certains...) ; il écrit pour écrire !

Fin de la crise, crise des fins


Un article de Marc Augé dans le supplément "M" du Monde du 9 septembre qui me plait bien (énormément). Coincé entre une pub pour Dior, un énoncé des "tendances" et un reportage sur le Kimchi coréen (choux fermenté, épicé et macéré dans une mixture à base de saumure de poisson, piment rouge, sel, gingembre et ail !). Savez-vous que ce Kimchi à une odeur tellement âcre et persistante (une odeur dégueulasse donc) que les fabricants de réfrigérateurs coréens ont du élaborer un compartiment réservé à son usage ?... Vous vous en foutez ? Revenons aux propos de l'ethnologue, directeur d'études à l'EHESS.
L'être humain a trois dimensions : individuelle, culturelle et générique. La relation, le dosage entre ces trois dimensions est au cœur de la problématique de la situation de l'homme dans la société. Chacune peut-être "faussée, manipulée ou subvertie" par la société. Aujourd'hui, le consommateur ne s'est-il pas substitué à l'individu, le local au culturel et le global au générique ? La crise actuelle est révélatrice du déplacement de ces dimensions. Crise, à la fois de conscience planétaire, de relation et crise des fins.
Conscience planétaire : place de l'homme sur une planète que l'on découvre maltraitée, et, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, dotée d'une fin perceptible que peut précipiter l'écart menaçant et toujours croissant entre les plus riches et les plus pauvres.
Crise de la relation : une société qui, par les technologies de la communication, nourrit l'illusion de l'évidence et de la transparence, fausse la connaissance de l'autre et donc la relation ; la dissipation de l'illusion peut être dramatique et violente.
Crise des fins : fondée sur un 1er paradoxe, celui d'une progression toujours plus accélérée de la science et l'écart qui se creuse vertigineusement entre les acteurs de cette science et ceux qui devront la subir ; un 2nd paradoxe est la concomitance entre le développement de cette science, source d'une nouvelle interrogation sur les rapports entre la matière et la vie, et le fondamentalisme religieux. La "fin de l'histoire" imaginée par Fukuyama, avec l'avènement d'un accord unanime fondée sur la combinaison de la démocratie représentative et du marché libéral est une idée fausse. C'est une aristocratie ou une oligarchie planétaire qui risque de régner, issue des 3 "classes", politique, économique et scientifique qui gouvernent le monde et qui se concentrent d'avantage chaque jour, nourries des consommateurs qui s'obligent à consommer et subies par les exclus ; et non la démocratie.
"Nous vivons à l'envers, nous marchons sur la tête. Il n'est en effet pas déraisonnable de penser que, si nous décidons de tout sacrifier à l'éducation, à la recherche, à la science, en faisant des investissements massifs dans le secteur de l'enseignement à tous les niveaux, nous aurions les emplois et la prospérité en plus. L'idéal de connaissance n'a pas besoin d'inégalités sociales ou économiques. Bien au contraire, au regard de cet idéal, ces inégalités sont des facteurs de stagnation, des obstacles, une considérable perte d'énergie, une atteinte au potentiel de l'humanité.(...) On peut faire l'hypothèse que le refus de penser ensemble le problèmes de l'économie et de l'éducation est la cause profonde de nos échecs dans les deux domaines.(...) ...la crise apparait comme un révélateur de ce qu'est la vraie richesse, de ce que sont les vraies négligences écologiques, la véritable différence sociale ou encore les vraies finalités de communication/consommation qui monopolise les écrans de nos télévisions."
"L'utopie noire de l'aristocratie planétaire" s'accomplira-t-elle ou bien est-il encore possible d'imaginer un "renversement historique imprévu" par lequel "des convergences nouvelles s'esquisseront entre pensée de l'universel, conscience politique et révolution éducative" ?

mercredi 8 septembre 2010

Naissance d'un pont


Qu'en même : une histoire avec un ingénieur spécialisé s'béton originaire de Bécon-les-Bruyères ! Toutes les rentrées littéraires ne nous servent pas un tel morceau de choix ! Ça ne se rate pas ! D'autant qu'une critique en première page du supplément littéraire du Monde spécial Rentrée, avec une photo de l'auteur - une femme plutôt jeune et jolie, dotée d'un nom tellement aristocratique qu'il est impossible de l'oublier - fait un éloge appuyé du roman.
Le récit est construit (c'est le cas de le dire) autour de l'édification d'un pont à haubans, gigantesque - 230 m de hauteur pour les tours qui supportent les câbles - dans une ville imaginaire - Coca. Le hasard et la nécessité impérieuse de (sur)vivre vont (encore !) se faire croiser des destins qui n'ont a priori rien à voir les uns avec les autres.
Le style est étonnant, parsemé de quelques fulgurances et d'images plutôt bien trouvées, mais trop souvent composé d'une procession de mots orphelins de leur article, finissant par produire des phrases interminables, entrecoupées de la seule ponctuation admise : la virgule.(Maylis : le point-virgule est une ponctuation merveilleuse !).
Un peu de sexe (une mannequin russe et un grutier qui font l'amour dans l'exiguïté de la cabine à plusieurs centaines de mètres du sol), des mots crus houellbecquiens, une pincée d'atrocités (une histoire d'étudiante que son ami laisse se faire dévorée par un ours !), quelques affreux technocrates, ...
On a un peu de mal à croire à cette histoire de pont qui se décide sur un claquement de doigt (c'est vrai, un pont de 230 m en construction dans le monde, je devrais être au courant !) et dont les dispositions constructives, notamment en terme de dilatation, ne sont arrêtées que le jour où le tablier va être coulé... (mais c'est un détail mesquin ; pour le reste, sur la technique, il faut reconnaître que notre auteure est parfaitement documentée).
Dommage aussi qu'il ne soit pas plus mis en évidence la beauté de la conception technique (juste effleurée). L'architecte est un mauvais poète et un beau parleur ; le patron de chantier un type droit et honnête, dont le seul souci ne serait que de livrer le pont en temps et en heure, au prix fixé... si l'amour...
Peut se lire avec un certain intérêt ; mais ce n'est pas le coup de foudre attendu ! Mais il est possible qu'on y revienne...

Ouragan


Le précédent livre de Laurent Gaudé, "La porte des enfers", retraçait le périple d'un homme qui devait retourner en enfer pour faire revivre un autre homme (son père ?). J'avoue ne plus me souvenir précisément de l'histoire. Ce dont je me souviens en revanche très bien, c'est de la description assez fantastique que Gaudé avait faite de l'enfer, lui-même. En dehors de ça, l'histoire était assez invraisemblable ; mais la qualité d'écriture de Gaudé offrait une lecture agréable de cet ouvrage.
Avec son dernier roman, l'auteur nous plonge une nouvelle fois en Enfer ; celui de l'ouragan Katrina qui a dévasté la Louisiane en aout 2005.
On suit les considérations d'une "négresse" sur la vie en générale, et le racisme en particulier, la fuite d'un groupe de taulards plus ou moins sympathiques,les délires d'un prêtre fanatique psychopathe, et le retour dans la tornade d'un employé à l'extraction de pétrole off-shore, gaillard déserteur du foyer familial, poussé par le remord, qui veut retrouver cette femme qu'il a abandonnée sans véritables raisons, six années auparavant ; six ans environ, c'est également l'âge de cet enfant "douteux" dont cette femme, sa mère, assume seule la protection.
Le style pourrait être agréable si Gaudé n'en rajoutait pas un peu dans le "pathos". Tous ces personnages se croisent évidemment, et les rencontres sont parfois tragiques. Les alligators envahissent les rues de la Nouvelle-Orléans et déchiquettent les égarés, etc.
Pourquoi est-ce un livre qui ne m'a pas enthousiasmé plus que ça ?

C'est la rentrée, on a changé les photos !

lundi 6 septembre 2010

Quoi de neuf ? Venise !


Venise est un lieu qui ne peut s'apprécier pleinement que si l'on est amoureux ou poète ; le mieux étant de cumuler ces deux états que le monde contemporain tend à ignorer ou à déprécier ; surtout le second d'ailleurs !
Puisqu'il parait qu'un blog est un lieu de partage, je vais donc m'employer à partager. Sur Venise. Ainsi, je propose un petit guide à l'usage exclusif de ceux qui veulent en user.
1) Logez à Venise : vous profiterez ainsi des quartiers dont la magnificence est la plus évidente en toute tranquillité (la Place St Marc, le Rialto), le matin ou le soir, avant ou après la transhumance touristique

2) Prenez un "pass" vaporetto car à Venise, sauf à vouloir vous gondoler, le vrai luxe est la croisière populaire sur le devant de ces caboteurs géniaux qui vous conduisent de palaces en Salute, de Rialto en Zattere, sans manières, dans un glissement fluvial d'une incomparable élégance ; aristocratique le jour, et romantique la nuit

3) Accostez au marché du Rialto par le traguetto ; l'approche des étals gavés de poulpes noyées d'encre, ou la contemplation des bouquets de piments patriotiques dominateurs de brassées d'innocentes fleurs de courgette et de grappes charnelles d'un raisin dodu et sucré, dans un flirt muet avec l'eau libertine du Grand Canal, vous en seront que plus sensuelles
4) Foncez au musée de la "Pointe de la Douane de mer" où l'architecte japonais Tadao Ando fait dialoguer la mesure de tatamis en béton parfait avec l'appareillage artisanal d'une brique intemporelle, sous la protection muette d'une charpente en bois dressée comme une promesse de paix ; dans cet espace d'architecture totale laissez libre cours à votre interrogation face aux œuvres contemporaines d'un milliardaire déserteur, et néanmoins breton
5) Venez oublier les clichés de Venise à la Fondation Querini Stampalia où Scarpa, dans un jeu discret d'eau, de matière et de lumière a livré tout son génie architectural, et où Bellini, au 2ème étage de cette institution, avec une adoration de l'enfant Jésus, peut se rendre coupable de provocation au syndrome de Stendhal
6) Mais le meilleur conseil : écoutez ce que vos yeux vous disent, contemplez l'invisible, stoppez le temps sur un reflet de porte, ...

mardi 24 août 2010

Un roi sans divertissement


En rugby, ça s'appelle des "fondamentaux" ; en littérature, simplement des "classiques". Giono, ça nous ramène à nos années de lycée : "Colline", "Le hussard sur le toit", etc. On prenait alors le temps de s'interroger sur "ce que l'auteur a voulu dire", "les mots et le rythme qui traduisent une impression particulière" ; bref, ce que véhicule l'écriture. Aujourd'hui, c'est un peu plus compliqué : le temps presse, plus de cours de français, ... Heureusement, les blogs et le Square Littéraire existent !
Donc "un roi sans divertissement". Si vous allez sur le web, vous trouverez des pages entières et érudites sur ce roman qui est "parti parfaitement au hasard, sans aucun personnage. Le personnage, c'était l'Arbre, le Hêtre. Le départ, brusquement, c'est la découverte d'un crime, d'un cadavre qui se trouva dans les branches de cet arbre", nous explique Giono. Un polar alors ? Je n'y avais pas pensé.
Au centre du roman, il y a Langlois ; capitaine de gendarmerie dépêché au village pour résoudre ces crimes à répétition ; ce "roi sans divertissement" qui ne semble vivre véritablement que dans la chasse à l'homme ou à la bête furieuse. Autour de Langlois, Giono dépeint un village avec ses personnages hauts en couleur : la dynastie des "Frédéric" patrons de la scierie, Saucisse l'ancienne prostituée, le procureur, le curé... Le récit n'est pas conventionnel : plusieurs personnes différentes, à des époques différentes interviennent pour composer le tableau de ce roman. Le style est d'une richesse rare, ou plutôt "comme on n'en fait plus" ; il suffit de lire les premières lignes du livre dans lesquelles Giono décrit un hêtre, l'"Apollon citharède des hêtres".
L'impression qu'une lecture pareille donne : j'imagine celle d'une plongée avec des bouteilles et un mélange très riche en oxygène !
Dernière phrase du roman : Qui a dit :" Un roi sans divertissement est un homme plein de misères"* ?
* Pascal

dimanche 22 août 2010

Dernières livraisons du DIP

Somnambule
On raconte sur les somnambules des histoires à dormir debout : il paraîtrait que si vous mettez le petit doigt d'un somnambule dans un verre d'eau, il fait pipi illico ! Jamais essayé !

Sénèque
De son petit nom Lucius Annaeus, Sénèque était un cumulard : philosophe, dramaturge, homme d'état. Depuis 21 siècles, seul Bernard Tapie a tenté le même parcourt (en sautant la philosophie). Sénèque naquit en Espagne au 1er siècle av JC. Il se faisait surnommé "le Tragique" ou "le Jeune" ; surnoms qu'il avait préféré à "le Calamiteux" ou "le Pète sec", conscient qu'il était d'une probable postérité. Il fut en effet le précepteur de Caligula et de Néron ; il appris au premier à rester stoïque devant un spectacle d'empalement collectif (très prisé à cette époque), et au second à mépriser des évènements extérieurs comme l'éclairage à base de chrétiens crucifiés (dispositif précurseur en terme de développement durable).
La fin de Sénèque fut tragique : il se suicida. La morale de cette histoire est que, dans le Conseil, il faut se méfier des clients ingrats.

Savants
Quand les savants seront payés plus chers que les joueurs de foot, on commencera à y voir un peu plus clair !

Saturnales
Rev Party

mardi 17 août 2010

Seul le silence


Tout individu normalement constitue qui s'est engagé dans la lecture de "Seul le silence" de R.J. Ellory ne peut l'interrompre que sous la menace terroriste, en cas de force majeure (désastre écologique, cataclysme, ou, contamination nucléaire) ou, a la rigueur, si Léonard Cohen sonne à l'improviste à sa porte pour savoir si quelqu'un aurait retrouvé un fameux imperméable bleu égaré il y a quelques années ...
Je ne prétends pas être un spécialiste du polar,  néanmoins il y a dans ce livre tout ce que l'on est en droit d'attendre du genre : du suspens (jusqu'au bout), une histoire qui se tient avec des meurtres particulièrement épouvantables, mais aussi des personnages avec de l'épaisseur, une vraie réflexion sur des thèmes humains fondamentaux (la guerre, la relation sociale, le lien familial, l'amour), une écriture (style, rythme) remarquable, aucune vulgarité, aucune exploitation du sordide ; plutôt une mélancolie, une tristesse infinie, de l'amour trop pur pour vivre longtemps, et de l'intelligence littéraire.
Je ne vous dit rien de l'histoire ; un conseil : ne lisez pas la 4ème de couverture et plongez en apnée dans la Géorgie profonde de 1939 pour remonter a la surface a New-York en 1967 - un clin d'œil a Salinger en prime. Il est très peu probable que vous le regrettiez !
 

samedi 14 août 2010

Comment briller dans les salons ?

Une seule solution : lire regulierement Everybody Knows qui se paie le luxe de vous presenter des ouvrages qui ne sont pas encore sortis en librairie !
Retournez donc voir les presentations de "'Ta mere" (parution le 26 aout)* et de "Mon nom est Jamaica" (parution courant septembre)
* "Le Monde magazine en parle seulement maintenant !

jeudi 12 août 2010

Dernières livraisons du DIP

Prêtres
Contrairement à ce que prétendait Flaubert (mais les temps ont changé), les prêtres ne couchent pas avec leur bonne, et ont des enfants qu'ils appellent leurs neveux ; la tendance actuelle serait plutôt qu'ils couchent avec des enfants - et parfois leurs neveux - et délaissent leur bonne ! (je vais me faire des amis !)

Pratique
"Supérieure à la théorie" : comment Flaubert a-t-il pu ecrire une ânerie pareille ?

Pradon
Encore un dramaturge français ! Du 17ème siecle cette fois. Personnage complexe se faisant appeler parfois Jacques alors que son prénom était Nicolas. Il a joui pendant toute sa vie... d'un succès modéré. Il s'est posé en rival de Racine et de Boileau (la réciproque n'étant pas vraie). Une précision : Son frère était curé à Bracquetuit en Seine-Maritime. Pradon était sans doute un con ; vous l'avez compris !

Portrait
Jadis les stars allaient se faire tirer le portrait au Studio Harcourt ; aujourd'hui, elles fréquentent la Clinique Montceau.

Croire ou ne pas croire, telle est la question !

Ne parvenant pas à inscrire un commentaire sur le blog de Gérard, et intéressé par son questionnement sur la manipulation des informations et notre (in)capacité à fonder une opinion, je verse ici quelques idées au dossier.
Trois facteurs sont en cause, me semble-t-il :

1) L'abondance d'informations
2) L'obligation que nous nous donnons de réagir dans l'instant
3) La mise en cause de la notion d'objectivité scientifique

Concernant le 1er facteur, j'ai pour ma part cessé de tout vouloir lire et surtout je ne regarde plus le JTV. Rien n'est pire que l'info zapping : elle agit comme la publicité en imprimant dans nos cerveaux (disponibles, voir Mr Lelay) des messages primaires sans épaisseur autre que celle du tragique ou du plaisir (sacro-saint).

Pour ce qui est du 2ème facteur, chaque jour qui passe me fait prendre conscience de la valeur fondamentale du temps. Rien n'est bien fait (ou si rarement) dans la précipitation. La civilisation de la production à outrance impose pour sa survie que l'échelle du temps soit comprimée au maximum. Cette échelle-là, atrophiée, n'est pas celle de l'homme. A un moment, il faut choisir !

Le 3ème facteur est un détournement du doute, cette disposition plutôt positive qui devrait participer à l'équilibre de notre jugement. Plus personne ne croit en l'objectivité scientifique, à la démonstration logique, à l'honnêteté intellectuelle. Et le doute institutionnalisé chez les imbéciles crée les nouveaux mythes que sont les théories du complot.

Je crois que le contre-pouvoir est une force indispensable au démocratie et à tout système d'organisation en général. Tous les exemples (politiques ou financiers) où un contre-pouvoir n'a pas pu s'exercer se soldent par un désastre. Je comparerai volontiers le contre-pouvoir au vent, un vent qui tourne, pas stable du tout. Bien sûr avec un vent établi le bateau trace sa route. Mais il est probable aussi que, trop confiant, le capitaine oublie quelques fondamentaux. Un vent instable oblige à la manœuvre. Il faut louvoyer, être attentif, optimiser.

mercredi 11 août 2010

Requiem pour une cité de verre


Des intrigues qui se déroulent dans le cadre magique de Venise, des références fréquentes à la gastronomie vénitienne et aux bonnes adresses de la lagune, des romans qui semblent plébiscités par la critique : autant d'arguments aptes à tenter plus d'un diable ; et moi le premier !
Pour mon baptême avec Donna Léone, grosse déception. "Requiem pour une cité de verre" est un roman bavard, sans suspens, où je découvre un commissaire Brunetti sympathique, mais sans grand caractère ni profondeur (les autres personnages en sont également dépourvus), une Sérinissime dont ni le charme ni les secrets de chacune de ses ruelles ne sont franchement mis en valeur.
Faut-il évoquer le style ? Quel style ? Bien sûr on n'atteint pas les vertiges d'un Lévy ou d'un Musso ...
Pour résumé, il n'est guère probable que les étagères de ma bibliothèque ploie dans le futur sous la charge des romans de cette dame de 68 ans, née dans le New-Jersey, dont j'apprends - grâce à l'éditeur - qu'elle enseigne la littérature dans une base de l'armée américaine !... Je fais le rapprochement entre ce probable sacerdoce et certains propos "limites" distillés dans le livre comme le retour des touristes au Printemps comparé à la migration des gnous, et les "roms" aux chacals et aux hyènes attirés par eux !...
Bilan : lecture qu'il est possible d'éviter

3000 !

Ce jour, le cap des 3000 vient d'être atteint ! Jusqu'où irons-nous ?

samedi 7 août 2010

L'ombre de ce que nous avons été


"L'ombre de ce que nous avons été", de l'écrivain chilien Luis Sepulveda, est un petit roman qui se lit avec délectation tant le style est jubilatoire (je cède au cliché, mais je n'ai pas trouvé d'autres qualificatifs), l'histoire drôle et émouvante, les personnages assez truculents.
Trois anciens militants sexagénaires et de gauche du Chili d'Allende se retrouvent après plus de 35 ans de séparation et d'exil, et attendent le "spécialiste" dont l'expression favorite est "On tente un coup". Mais le "spécialiste" n'arrivera jamais, victime de la chute d'un tourne-disque balancé par la fenêtre d'un appartement par une femme excédée de vivre avec un mari minable ; lequel, pseudo militant de gauche, minable également dans son engagement, va se retrouver malgré lui embarqué avec les trois autres dans un "coup" mis au point par le "spécialiste".
Mais on ne peut pas réduire ce livre seulement au fait qu'il soit "plaisant" à lire ; il évoque les heures sombres du Chili, celles de Pinochet, de la torture, des exécutions sommaires, des disparitions. Il dénonce également l'inégalité extrême de la population chilienne, l'enrichissement crapuleux d'une faction de militaires. Il dépeint avec beaucoup d'humour le socialisme grotesque des Ceaucescu et, d'une manière générale, les excès du militantisme de slogans.
Bref : un petit livre comme on aimerait pouvoir en lire le plus souvent possible.
Extrait (et vous comprendrez mon enthousiasme) :
"...ils se sont éloignés de la foule qui comparait les vertus d'un beau carré de porc préparé à la mode de Chillan, des kilomètres crépusculaires de saucisses, du tressage parfaitement wagnérien des tripes, des tétines présentées avec les hommages d'un lit de persil et des testicules qui, ouverts, exhibaient toute la virilité de la caste des taureaux d'Orsono."
Voir également le commentaire sur "Contrastes et lumières" le blog de Gérard.