mardi 24 août 2010

Un roi sans divertissement


En rugby, ça s'appelle des "fondamentaux" ; en littérature, simplement des "classiques". Giono, ça nous ramène à nos années de lycée : "Colline", "Le hussard sur le toit", etc. On prenait alors le temps de s'interroger sur "ce que l'auteur a voulu dire", "les mots et le rythme qui traduisent une impression particulière" ; bref, ce que véhicule l'écriture. Aujourd'hui, c'est un peu plus compliqué : le temps presse, plus de cours de français, ... Heureusement, les blogs et le Square Littéraire existent !
Donc "un roi sans divertissement". Si vous allez sur le web, vous trouverez des pages entières et érudites sur ce roman qui est "parti parfaitement au hasard, sans aucun personnage. Le personnage, c'était l'Arbre, le Hêtre. Le départ, brusquement, c'est la découverte d'un crime, d'un cadavre qui se trouva dans les branches de cet arbre", nous explique Giono. Un polar alors ? Je n'y avais pas pensé.
Au centre du roman, il y a Langlois ; capitaine de gendarmerie dépêché au village pour résoudre ces crimes à répétition ; ce "roi sans divertissement" qui ne semble vivre véritablement que dans la chasse à l'homme ou à la bête furieuse. Autour de Langlois, Giono dépeint un village avec ses personnages hauts en couleur : la dynastie des "Frédéric" patrons de la scierie, Saucisse l'ancienne prostituée, le procureur, le curé... Le récit n'est pas conventionnel : plusieurs personnes différentes, à des époques différentes interviennent pour composer le tableau de ce roman. Le style est d'une richesse rare, ou plutôt "comme on n'en fait plus" ; il suffit de lire les premières lignes du livre dans lesquelles Giono décrit un hêtre, l'"Apollon citharède des hêtres".
L'impression qu'une lecture pareille donne : j'imagine celle d'une plongée avec des bouteilles et un mélange très riche en oxygène !
Dernière phrase du roman : Qui a dit :" Un roi sans divertissement est un homme plein de misères"* ?
* Pascal

dimanche 22 août 2010

Dernières livraisons du DIP

Somnambule
On raconte sur les somnambules des histoires à dormir debout : il paraîtrait que si vous mettez le petit doigt d'un somnambule dans un verre d'eau, il fait pipi illico ! Jamais essayé !

Sénèque
De son petit nom Lucius Annaeus, Sénèque était un cumulard : philosophe, dramaturge, homme d'état. Depuis 21 siècles, seul Bernard Tapie a tenté le même parcourt (en sautant la philosophie). Sénèque naquit en Espagne au 1er siècle av JC. Il se faisait surnommé "le Tragique" ou "le Jeune" ; surnoms qu'il avait préféré à "le Calamiteux" ou "le Pète sec", conscient qu'il était d'une probable postérité. Il fut en effet le précepteur de Caligula et de Néron ; il appris au premier à rester stoïque devant un spectacle d'empalement collectif (très prisé à cette époque), et au second à mépriser des évènements extérieurs comme l'éclairage à base de chrétiens crucifiés (dispositif précurseur en terme de développement durable).
La fin de Sénèque fut tragique : il se suicida. La morale de cette histoire est que, dans le Conseil, il faut se méfier des clients ingrats.

Savants
Quand les savants seront payés plus chers que les joueurs de foot, on commencera à y voir un peu plus clair !

Saturnales
Rev Party

mardi 17 août 2010

Seul le silence


Tout individu normalement constitue qui s'est engagé dans la lecture de "Seul le silence" de R.J. Ellory ne peut l'interrompre que sous la menace terroriste, en cas de force majeure (désastre écologique, cataclysme, ou, contamination nucléaire) ou, a la rigueur, si Léonard Cohen sonne à l'improviste à sa porte pour savoir si quelqu'un aurait retrouvé un fameux imperméable bleu égaré il y a quelques années ...
Je ne prétends pas être un spécialiste du polar,  néanmoins il y a dans ce livre tout ce que l'on est en droit d'attendre du genre : du suspens (jusqu'au bout), une histoire qui se tient avec des meurtres particulièrement épouvantables, mais aussi des personnages avec de l'épaisseur, une vraie réflexion sur des thèmes humains fondamentaux (la guerre, la relation sociale, le lien familial, l'amour), une écriture (style, rythme) remarquable, aucune vulgarité, aucune exploitation du sordide ; plutôt une mélancolie, une tristesse infinie, de l'amour trop pur pour vivre longtemps, et de l'intelligence littéraire.
Je ne vous dit rien de l'histoire ; un conseil : ne lisez pas la 4ème de couverture et plongez en apnée dans la Géorgie profonde de 1939 pour remonter a la surface a New-York en 1967 - un clin d'œil a Salinger en prime. Il est très peu probable que vous le regrettiez !
 

samedi 14 août 2010

Comment briller dans les salons ?

Une seule solution : lire regulierement Everybody Knows qui se paie le luxe de vous presenter des ouvrages qui ne sont pas encore sortis en librairie !
Retournez donc voir les presentations de "'Ta mere" (parution le 26 aout)* et de "Mon nom est Jamaica" (parution courant septembre)
* "Le Monde magazine en parle seulement maintenant !

jeudi 12 août 2010

Dernières livraisons du DIP

Prêtres
Contrairement à ce que prétendait Flaubert (mais les temps ont changé), les prêtres ne couchent pas avec leur bonne, et ont des enfants qu'ils appellent leurs neveux ; la tendance actuelle serait plutôt qu'ils couchent avec des enfants - et parfois leurs neveux - et délaissent leur bonne ! (je vais me faire des amis !)

Pratique
"Supérieure à la théorie" : comment Flaubert a-t-il pu ecrire une ânerie pareille ?

Pradon
Encore un dramaturge français ! Du 17ème siecle cette fois. Personnage complexe se faisant appeler parfois Jacques alors que son prénom était Nicolas. Il a joui pendant toute sa vie... d'un succès modéré. Il s'est posé en rival de Racine et de Boileau (la réciproque n'étant pas vraie). Une précision : Son frère était curé à Bracquetuit en Seine-Maritime. Pradon était sans doute un con ; vous l'avez compris !

Portrait
Jadis les stars allaient se faire tirer le portrait au Studio Harcourt ; aujourd'hui, elles fréquentent la Clinique Montceau.

Croire ou ne pas croire, telle est la question !

Ne parvenant pas à inscrire un commentaire sur le blog de Gérard, et intéressé par son questionnement sur la manipulation des informations et notre (in)capacité à fonder une opinion, je verse ici quelques idées au dossier.
Trois facteurs sont en cause, me semble-t-il :

1) L'abondance d'informations
2) L'obligation que nous nous donnons de réagir dans l'instant
3) La mise en cause de la notion d'objectivité scientifique

Concernant le 1er facteur, j'ai pour ma part cessé de tout vouloir lire et surtout je ne regarde plus le JTV. Rien n'est pire que l'info zapping : elle agit comme la publicité en imprimant dans nos cerveaux (disponibles, voir Mr Lelay) des messages primaires sans épaisseur autre que celle du tragique ou du plaisir (sacro-saint).

Pour ce qui est du 2ème facteur, chaque jour qui passe me fait prendre conscience de la valeur fondamentale du temps. Rien n'est bien fait (ou si rarement) dans la précipitation. La civilisation de la production à outrance impose pour sa survie que l'échelle du temps soit comprimée au maximum. Cette échelle-là, atrophiée, n'est pas celle de l'homme. A un moment, il faut choisir !

Le 3ème facteur est un détournement du doute, cette disposition plutôt positive qui devrait participer à l'équilibre de notre jugement. Plus personne ne croit en l'objectivité scientifique, à la démonstration logique, à l'honnêteté intellectuelle. Et le doute institutionnalisé chez les imbéciles crée les nouveaux mythes que sont les théories du complot.

Je crois que le contre-pouvoir est une force indispensable au démocratie et à tout système d'organisation en général. Tous les exemples (politiques ou financiers) où un contre-pouvoir n'a pas pu s'exercer se soldent par un désastre. Je comparerai volontiers le contre-pouvoir au vent, un vent qui tourne, pas stable du tout. Bien sûr avec un vent établi le bateau trace sa route. Mais il est probable aussi que, trop confiant, le capitaine oublie quelques fondamentaux. Un vent instable oblige à la manœuvre. Il faut louvoyer, être attentif, optimiser.

mercredi 11 août 2010

Requiem pour une cité de verre


Des intrigues qui se déroulent dans le cadre magique de Venise, des références fréquentes à la gastronomie vénitienne et aux bonnes adresses de la lagune, des romans qui semblent plébiscités par la critique : autant d'arguments aptes à tenter plus d'un diable ; et moi le premier !
Pour mon baptême avec Donna Léone, grosse déception. "Requiem pour une cité de verre" est un roman bavard, sans suspens, où je découvre un commissaire Brunetti sympathique, mais sans grand caractère ni profondeur (les autres personnages en sont également dépourvus), une Sérinissime dont ni le charme ni les secrets de chacune de ses ruelles ne sont franchement mis en valeur.
Faut-il évoquer le style ? Quel style ? Bien sûr on n'atteint pas les vertiges d'un Lévy ou d'un Musso ...
Pour résumé, il n'est guère probable que les étagères de ma bibliothèque ploie dans le futur sous la charge des romans de cette dame de 68 ans, née dans le New-Jersey, dont j'apprends - grâce à l'éditeur - qu'elle enseigne la littérature dans une base de l'armée américaine !... Je fais le rapprochement entre ce probable sacerdoce et certains propos "limites" distillés dans le livre comme le retour des touristes au Printemps comparé à la migration des gnous, et les "roms" aux chacals et aux hyènes attirés par eux !...
Bilan : lecture qu'il est possible d'éviter

3000 !

Ce jour, le cap des 3000 vient d'être atteint ! Jusqu'où irons-nous ?

samedi 7 août 2010

L'ombre de ce que nous avons été


"L'ombre de ce que nous avons été", de l'écrivain chilien Luis Sepulveda, est un petit roman qui se lit avec délectation tant le style est jubilatoire (je cède au cliché, mais je n'ai pas trouvé d'autres qualificatifs), l'histoire drôle et émouvante, les personnages assez truculents.
Trois anciens militants sexagénaires et de gauche du Chili d'Allende se retrouvent après plus de 35 ans de séparation et d'exil, et attendent le "spécialiste" dont l'expression favorite est "On tente un coup". Mais le "spécialiste" n'arrivera jamais, victime de la chute d'un tourne-disque balancé par la fenêtre d'un appartement par une femme excédée de vivre avec un mari minable ; lequel, pseudo militant de gauche, minable également dans son engagement, va se retrouver malgré lui embarqué avec les trois autres dans un "coup" mis au point par le "spécialiste".
Mais on ne peut pas réduire ce livre seulement au fait qu'il soit "plaisant" à lire ; il évoque les heures sombres du Chili, celles de Pinochet, de la torture, des exécutions sommaires, des disparitions. Il dénonce également l'inégalité extrême de la population chilienne, l'enrichissement crapuleux d'une faction de militaires. Il dépeint avec beaucoup d'humour le socialisme grotesque des Ceaucescu et, d'une manière générale, les excès du militantisme de slogans.
Bref : un petit livre comme on aimerait pouvoir en lire le plus souvent possible.
Extrait (et vous comprendrez mon enthousiasme) :
"...ils se sont éloignés de la foule qui comparait les vertus d'un beau carré de porc préparé à la mode de Chillan, des kilomètres crépusculaires de saucisses, du tressage parfaitement wagnérien des tripes, des tétines présentées avec les hommages d'un lit de persil et des testicules qui, ouverts, exhibaient toute la virilité de la caste des taureaux d'Orsono."
Voir également le commentaire sur "Contrastes et lumières" le blog de Gérard.

La femme en vert


Un bébé qui suce un os humain, et le commissaire Erlandur doit une nouvelle fois (Cf "La cité des jarres") se plonger dans le passé, à l'aube de la seconde guerre mondiale, sur une colline des hauteurs de Reykjavik où un squelette vient d'être découvert dans les fondations d'un chantier. Comme dans chacun de ses romans, Arnaldur Indridason, déroule son intrigue autour d'un thème principal ; dans "La femme en vert", il s'agit de l'horreur des violences conjugales qu'il dénoncent avec passion. Indridason distille les indices de l'énigme policière dans un va-et-vient entre le présent (l'enquête) et le passé, cette histoire, parfois insupportable, d'une épouse terrorisée et battue par son mari. Et puis, il y a la douleur d'un père, Erlandur, dont la fille Eva est dans le coma après une grossesse avortée et à laquelle il confie le naufrage de sa vie.
Deux personnes m'avaient recommandé "La femme en vert" comme étant l'un des romans, sinon le meilleur roman, d'Indridason.
En tout cas, un policier apte à réconcilier toute personne réservée sur l'intérêt du genre. Me semble-t-il.

vendredi 6 août 2010

Le pet (je me marre !)


Tout le monde pète, il ne faut pas se le cacher. Moi, pour commencer, je pète. Le pet est un dénominateur commun de l'humanité.
Le Président de la République, sa femme, l'ensemble des membres du gouvernement jusqu'aux plus obscurs secrétaires d'état, les huissiers des palais ministériels, les cuisiniers, les chauffeurs, tout le monde pète dans les sphères politiques. Ça pète rue du Faubourg Saint Honoré, mais on n'est pas en reste à Bercy ; et que dire de Matignon !
Le pape lui-même ne bénéficie d'aucune dérogations : il pète dès sa descente d'avion, semble-t-il. Son prédécesseur qui avait une drôle de manie d'embrasser le sol de tous les tarmacs d'aéroport, pétait très vraisemblablement avant sa génuflexion.
Toutes les stars d'Hollywood, les "peoples", les bimbos, les nouveaux riches, les rois du pétrole, le ghotta princier, les nouveaux milliardaires chinois sont, d'après leurs biographes, des péteurs sans gênes.
Le pet n'épargne aucun continent. On pète en Amérique avec un chapeau de cowboy sur la tête, au Japon en dégustant des sushis, en Papouasie-Nouvelle Guinée avec un os dans le nez, et en France, bien sûr, avec une baguette sous le bras.
Pète-t-on plus fréquemment quand il pleut que quand il fait beau ? Si c'était avéré, l'islandais ou le londonien auraient, en la matière, un rythme plus soutenu que le Nigérien ou le nomade du désert de Gobi.
Le pet est sensible aux aliments ingérés (normal, voir en fin d'article). Une chose est certaine : n'en déplaise à nos amis belges, le choux de Bruxelles fait plus péter que le melon charentais.
Les vacances sont-elles une période propice pour le pet ? On peut le penser : c'est la période du relâchement, de la décontraction, de la jouissance immodérée des congés payés. Mais je n'en suis pas certain. Une étude sérieuse et documentée pourrait amener à des conclusions diamétralement opposées ; en effet, le pet a besoin de contraintes (ce "marchepied du talent" comme dirait le philosophe). En effet, un pet sans un minimum de contraintes n'a pas de tenu ; j'oserai même dire : aucune éducation. Et sans éducation, pas de valeurs. Vous en voudriez, vous, d'un pet sans valeur ? Et pourquoi un pet serait-il étranger à la notion de valeur ? Moins qu'une spéculation boursière ? (J'entendais l'autre matin à la radio un gestionnaire de fonds quelconque parler de la "valeur sentimentale économique" ! Il se la pétait !). Revenons au sujet.
Le pet est-il plutôt masculin ou féminin ? Il y a, comme dans chacun de nous, une part de féminité ou de virilité dans le pet. Ça dépend des individus. J'en ai connus qui avait le pet matinal tonitruant, bourré de testostérone, et d'autres un pet moins éveillé, comme encore assoupi, maniéré, presque charmant (et oui, comme le vin !).
Le pet du soir est éminemment variable : il dépend des rendez-vous de la journée, de l'humeur de votre patron (ne jamais oublier : il pète gaillardement également !), du menu du soir (cf précéd. le choux de Bruxelles versus le melon charentais, mais on pourrait aussi faire la comparaison entre l'andouillette 5A et le rumsteck), et surtout du programme télé ! Un bon film appelle le pet de satisfaction, un tantinet guilleret (c'est un constat) ; la mauvaise série, le pet de dépit qui semble s'interroger sur le bien-fondé de la redevance télé.
Le questionnement sociologique est d'une richesse inouïe. Le pet caractérise-t-il une classe sociale ? Je veux dire : pète-t-on différemment à Neuilly où 80% de la population vote Sarkozy qu'à Villiers le Bel ou Sarcelles ?
La Révolution française a-t-elle aboli les privilèges en matière de pet ? Le pet en majesté a-t-il un sens ? Subsiste-t-il une aristocratie du pet ? A cette dernière question, la réponse est : affirmatif ! Dans certains milieux on n'émet aucun pet. Mensonge me direz-vous. Non : sémantique. Le pet des beaux quartiers se dénomme "flatulence". Il est parfumé au caviar et au champagne millésimé ; ce qui lui donne une indéniable distinction par rapport au pet de camping, qui ne se hissera jamais au rang de la flatulence, et qui renifle la chipo et le ricou.
Que dire du pet d'intellectuel par rapport à celui de l'ouvrier ? Le premier minaude, se pose des questions (je sors, je sors pas ?), s'interroge sur l'opportunité de se lancer dans une brillante démonstration ; c'est un pet complexe qui appelle l'exégèse, qui sent la "Closerie des Lilas". Celui de l'ouvrier est franc et massif. Il se lâche en une fois, sans remords. Le danger avec le pet de prolétaire, c'est qu'il revendique fréquemment - ce qui peut lasser - et qu'il est susceptible d'en appeler à la mobilisation générale.
Je vous laisse vous interroger sur le pet du terroriste (qui se lâche comme un ultimatum), le pet de la femme de l'agent de police (un phantasme !), le pet du trader (spéculatif), celui du comptable (pointilleux), du notaire (hypothéqué), de l'agent immobilier (flambeur), de l'assureur (garanti), du dentiste (creux et fétide), celui de la prostituée (suspect), de l'écologiste (certifié HQE), du bouddhiste (qui imite le son du dungchen dans les vallées tibétaines), du belge (une fois), du catcheur (que du chiqué !), du suisse (anonyme), du blagueur (contrepet), de l'africain (marabouté), celui encore de la poule de luxe (fantasque), etc. (A vous !)
Le pet le plus spectaculaire est bien entendu le pet flambé (voir illustration).
La langue française fourmille d'expressions dans lequel le pet est célébré :
- "comme un pet sur une toile cirée", dénote la réplique bien envoyée
- "il pète plus haut que son cul", fustige le vantard
- "il pète dans la soie", comme un gestionnaire de fortune par exemple
- "faire le pet", comme à La Courneuve par exemple
- "ça ne vaut pas un pet de lapin"
On pourrait aller jusqu'à substituer le terme "pet" dans certaines expressions comme :
- "à pet moucheté"
- "long comme une journée sans pets"
- "à pets feutrés"
- "il a pris son pied à petits pets"
- "il a le pet mauvais"
- "le pet en est jeté"
- "un pet vaut mieux que deux tu l'auras"
- "ne pas lâcher le pet pour l'ombre"
etc.
On le voit, le pet est un terme d'une richesse insoupçonnée. Mais ça méritait la démonstration !
Aux grincheux qui vont trouver que ce blog ne sait plus se tenir, je les renvoie à certaines chansons du grand Brassens (Quand je pense à Fernande) ou à Ferré (La solitude) ; avec mon respect (bien entendu).

Et pour ceux qui ne me croit pas (que tout le monde pète et qu'il s'agit d'une question essentielle) j'en appelle à Wikipédia dont sont extraites les quelques phrases suivantes (et pan, et proutt !)

"En moyenne, une personne libère par jour de 0,5 à 1,5 litre de gaz, en 12 à 25 occasions. Les pets (ou flatulences) sont le résultat de la fermentation des matières décomposées ; on y trouve notamment des gaz non odorants : du méthane (gaz inflammable produit par des bactéries), du dioxyde de carbone, de l'azote, de l'oxygène, de l'hydrogène, et des gaz odorants sulfurés.[réf. nécessaire]

Leur intensité, et notamment celle des gaz odorants, dépend de nombreux facteurs : la constipation, et certaines autres maladies.

Issus de la fermentation intestinale, ces gaz sont d'autant plus présents que les aliments se décomposent : les protéines complexes, notamment. Chez l'être humain, la consommation de légumes secs (flageolets, cassoulet, soja, lentilles, pois cassés) et de viandes rouges en augmente donc la production. La mauvaise absorption de certains glucides (lactose, fructose...) peut aussi provoquer des flatulences. Plus rarement, la giardiase, une parasitose bénigne de l'intestin, peut causer des flatulences."

lundi 2 août 2010

Les réflexions architecturales d'un chauffeur de taxi


On dit des chauffeurs de taxi qu'ils ne savent parler que de banalités et que, souvent, leur intérieur ressemble au comptoir du Café du Commerce. Je suis tombé l'autre soir sur un spécimen assez rare qui m'a entretenu pendant 1/2 H des styles en architecture, et plus précisément de sa vision de ce que devait être l'architecture parisienne. Je suis, hélas, obligé de résumer !
La leçon inaugurale s'est engagée dès la sortie de la gare Montparnasse et l'éloge de la Place de Catalogne dont le style romain, impérial, représentait la seule exception de réalisation moderne qu'il pouvait tolérer à Paris. "Je n'aime pas du tout les immeubles des années 60, 70 et 80 ; 90 aussi d'ailleurs." Me dit-il. "Si : certaines façades en brique, celle des HLM proches du périf (les HBM ; NDR) sont travaillées ; il y a des décrochements, de l'allure, un rythme. Mais regardez-moi c'est façades (il me montre un immeuble d'habitation effectivement banal), c'est laid. Paris est une ville que le monde entier nous envie. Et Paris, c'est la pierre de taille, les sculptures, les beaux balcons." Je lui dit que ce n'est plus possible de construire les immeubles en pierre de taille (ma 1ère et avant-dernière contribution au débat).
"Mais si c'est possible."
Et il embraye sur un autre sujet, La Défense, qu'il considère un peu comme une "réserve" où il est toléré de mettre des spécimens rares de l'architecture délirante en verre et en acier. Mais surtout pas en dehors.
"Il parait qu'il y a quatre couches superposées. On ne s'y retrouve pas. J'ai des collègues qui sont des spécialistes de La Défense. Mais ils connaissent rien au Marais. Moi je connais par cœur le Marais. Mais, ne me demandez pas d'aller à La Défense ! Tiens, la Pyramide du Louvre ; moi j'aurais fait une sorte de très grande lampe, très ronde, très ouvragée, avec des beaux montants en cuivre (là, frayeur car il lâche le volant pour me montrer une idée de la taille de la lampe en cuivre ouvragé), qui aurait été au centre d'une grande spirale abritée où les visiteurs auraient pu attendre à l'abri."
Je me dis à cet instant : on l'a échappé belle quand même ! Imaginez un référendum populaire. une idée comme ça, avec la culture architecturale du bon peuple de France... (Là je joue un peu les snobs, je l'avoue, mais ça me démangeait...la facilité !).
"Au lieu de ça, il y a cette pyramide en verre. Savez-vous de combien de plaques elle est composée ?"
"Non", je lui réponds.
"666". (...) Et oui, le chiffre des francs-maçons."
Je me dis que je suis sans doute le dernier à ignorer ce détail que je vais, rapidement, tenter de vérifier*.
Et le trajet s'est poursuivi, la logorrhée également. Il en a même oublié de changer de tarification en quittant Paris !
En final, sur le trottoir, le Michel-Ange des faubourgs m'a déclaré fièrement qu'il avait acquis un petit pavillon des années soixante dont le toit à deux pentes venait à l'origine jusqu'à terre. Il a déposé le toit et travaillé une charpente de façon à disposer d'un comble aménageable avec fenêtres à la Mansard, et surtout il a fait porter sa charpente par des étais de chêne visibles de l'extérieur, qui se croisent comme dans un logis normand du 17ème siècle.
J'avais très fortement envie de me coucher et j'ai pensé qu'il valait mieux, pour interrompre cette leçon d'architecture, y aller d'un compliment facile : "Et ainsi, vous avez créé une architecture qui remonte le temps !"
J'ai senti mon homme rassuré et fier en remontant dans son taxi. Son enthousiasme et ma patience m'avaient fait gagner environ 10€ !

* après vérification, c'est une vrai connerie (Dan Brown l'a repris, c'est vous dire)

Mon nom est Jamaïca


Heureux lecteurs de ce blog : en avant-première, puisque ce livre n'est pas encore sorti en vente en librairie (prévue début septembre seulement), vous allez pouvoir briller dans les salons !
José Manuel FAJARDO est un auteur espagnol de 53 ans qui, pour ce roman de 302 pages que j'ai dévoré en quelques heures, et cul-sec (à Liège on dirait "aphoné" ou "affoné", je ne m'engage pas sur l'orthographe), s'est mis dans la peau d'une femme, Dana, juive, professeur d'histoire, qui se rend à un congrès en Israël sur les marannes*, y retrouve le mari d'une de ses anciennes amies morte d'un cancer, professeur d'histoire également. Lui, c'est Santiago Barani, Tiago, un homme effondré de douleur car, deux ans après avoir vu mourir son épouse, il vient de perdre son fils unique, tué dans un accident de voiture. Après une nuit d'amour désespéré, Tiago s'enfuit et Dana est prévenu le lendemain soir que la police militaire détient un homme - un fou ! - qui prétend s'appeler Jamaïca, tient des propos incohérents, mais dont les papiers et le portrait ne laissent aucun doute sur l'identité : il s'agit bien de Tiago.
Dana parvient à ramener à Tel-Aviv un Tiago-Jamaïca méconnaissable, à l'évidence fou, et qui se déclare investi d'une mission sacrée : être un rédempteur et lutter contre toutes les oppressions.
Le lendemain ils se rapatrient en France et dans les jours qui suivent (cinq, mais qui vont paraître une éternité), le couple va s'embarquer dans un périple assez fou guidé uniquement par la détresse de Tiago-Jamaïca.
Mais une seule phrase dans le le délire de Tiago : "J'ai décidé d'être un tigre", évoque subitement chez Dana le souvenir d'un texte qu'elle possède, écrit par un Inca né en 1599, Diégo Atauchi, batard d'un espagnol et d'une indienne, et qui est le récit d'une véritable épopée, de sa propre vie.
Dana va relire ce texte, et vont apparaître alors des "passerelles" troublantes entre le délire de Tiago et l'histoire de Diégo, séparés de plus de quatre siècles.
Au-delà de ces aventures - l'une moderne et l'autre de la conquête espagnole du continent sud-américain -, ce livre est riche de connaissances - sur l'histoire des juifs en particulier -, de réflexions sur le thème de la victime ("à quoi rimait...se désir de s'afficher en victime ?"), de l'identité ("cette obsession pour l'identité, cette manie d'appartenir"). Et que dire du regard posé sur notre société par Bertrand, un prolo : "...il est terrible de prendre conscience que nos mains ne servent à rien.(...)Nous sommes à une époque de pirates." ? Et dans les délires de Tiago, cette illumination : "Nous vivons dans une tempête de mots qui emporte nos vies au milieu des tromperies et des pantomimes, nous vivons en nous fiant à l'omnipotence, nous rêvons que nous sommes capables de tout.(...) Nous sommes une espèce suicidaire, et au pays des suicidés, le criminel est roi."
Un livre lumineux, formidable, épique, inoubliable.

* juifs espagnols et portugais qui se convertirent au christianisme pour tenter d'échapper à la barbarie de l'Inquisition

dimanche 1 août 2010

Profondeurs


Henning Mankell est un romancier et dramaturge suédois de 62 ans à la superbe crinière blanche, dont la vie se partage entre son pays natal et le Mozambique. Il s'est imposé comme le premier auteur de romans policiers suédois nous indique l'éditeur. Télérama a célébré pour "Profondeurs", "un roman d'amour forcené, une célébration de la langueur et de la fureur, de la tendresse et du désarroi".
Concernant la langueur, l'histoire m'a paru décoller qu'à partir de la page 100, soit, sur un livre qui en comporte 345, presque 1/3 de l'ouvrage... La fureur, celle d'un capitaine hydrographe de la marine suédoise, alcoolique, enfermé dans une vie conjugale qui lui est étrangère et qu'il subit par lâcheté ; un homme qui devient subitement amoureux-fou d'une femme sauvage, sans grâce particulière à l'exception de l'inconnu qu'elle représente et une image de la liberté ; étranger à lui-même ("un jour, dans un avenir lointain, je pourrai peut-être lui expliquer qu'elle a épousé un homme qui n'est jamais entièrement visible, pas même à ses propres yeux"),un homme qui croise et provoque la mort, brutalement de manière irraisonnée. La tendresse, celle d'un homme encore enfant qui se berce du souvenir du parfum de son épouse, et qui est capable de gestes d'amour pour sa maîtresse improbable. Le désarroi, celui d'un officier sans cesse au bord du gouffre, happé par un destin dont il est conscient, qu'il accompagne mais qu'il ne peut maîtriser.
Si j'ose la métaphore facile de l'iceberg, la vie de Lars Tobiasson-Svartman, est comparable à ces blocs de glace dont la part immergée, invisible, est incroyablement plus importante que la partie apparente.

Que recherche cet hydrographe, maniaque de la mesure, dans l'identification des hauteurs des fonds marins sinon, simultanément, à se rassurer et à découvrir des mondes inconnus (les siens), à des profondeurs insoupçonnées ?
"La mer, l'émergence des terres, tout ce mystère ressemble au lent mouvement de l'enfance vers la maturité et la mort. En chaque être humain, la terre sort des eaux. (...) La mer est un rêve qui ne rend pas les armes."
Belle réflexion, profonde, sur l'âme humaine. Le mensonge comme espérance de vie ? Sur la part cachée dans chacun d'entre nous. Voir "Invisible" de Paul Auster également.

mercredi 28 juillet 2010

Toutes dernières livraisons du "DIP" !

Plique polonaise
Toujours la meilleure, surtout à l'herbe de bison !

Place
"Il s'est fait une place au soleil" : (trad) "Il a baisé les autres et sans doute truandé le fisc."

Pitié
La pitié : un prétexte à l'inaction ?

Philosophie
A mettre au cœur de l'enseignement.

Philippe d'Orléans-Egalité
Oxymore, probablement.

mardi 27 juillet 2010

Dictionnaire des idées perçues : dernières livraisons !

Penser
Je n'y pense que rarement !

Peinture sur verre
Et pourquoi pas poterie sur macramé ?

Pédérastie
Inclinaison masculine consistant a prendre la vie par un seul bout.

Invisible


L'été a ceci de vertueux qu'il nous redonne du temps. N'est-ce pas d'ailleurs le temps des vacances, de la "vacance" ? Redonner du temps, retrouver cette faculté d'avoir une emprise sur cette horloge diabolique, en prendre - enfin !- la mesure, alors que le quotidien - l'accélération impitoyable du quotidien - en rend son déroulement invisible.
"Invisible", justement, c'est le titre du dernier roman de Paul Auster. La lecture de cet écrivain américain auteur d'une formidable "Trilogie new-yorkaise" (mais aussi de "Tombouctou", de "Mr Vertigo", ou de "Moon Palace"), ne laisse jamais indifférent. Une image qui m'est venue à l'esprit au terme de ma lecture est celle d'un parcours effectué sur un chemin de grande randonnée dans un paysage accidenté et à moitié sauvage. La route (le style) est toujours agréable, mais parfois le décors, la vue, sont moins excitants qu'à d'autres moments du périple. Et puis, il y a toujours, de belles perspectives, des lieux qui surprennent, des émotions indicibles, des stations dérangeantes.
"Invisible" est le récit de plusieurs vies qui se croisent, dans l'espace et dans le temps. C'est l'interrogation sur l'autre ; qui est-il "pour de vrai" ? Plutôt ce type honnête et sincère, ou plutôt un affabulateur, mythomane, dont les fantasmes ont envahi la vie jusqu'à en constituer une nouvelle réalité ?
J'ai personnellement connu un "Rudolf Born" dont on ne savait pas très bien si, derrière une vie chaotique, ne s'en cachait pas une autre, une secrète, comme la seule permanente, mais invisible également.
Bien sûr on peut ne pas apprécier le goût récurrent d'Auster pour l'emploi de termes crus, en particulier dans le domaine sexuel (que ne faut-il pas faire pour bousculer la pudibonderie des américains ?). Mais c'est un livre qui, en final, laisse une impression forte, dérangeante, et la certitude d'avoir poursuivi votre apprentissage de la connaissance : la vôtre et celle des autres.
N'est-ce pas en définitif ce qu'il faut attendre, pour l'essentiel, d'un roman ?

dimanche 25 juillet 2010

La cité des jarres


"La cité des jarres" est le premier roman paru en 2000 de l'écrivain islandais Arnaldur Indridanson. L'inspecteur Erlandur mène une enquête sur l'assassinat d'un homme âgé qui se révèle avoir été un violeur et un détraqué sexuel. Trois mots écrits sur un morceau de papier sur les lieux de l'assassinat - "Je suis Lui"-, une photo, cachée entre deux tiroirs du bureau de la victime, représentant la tombe d'une enfant, vont conduire Erlandur à revenir trente années en arrière et remuer un passé assez glauque. Dans ce "polar" bien mené, il sera question de recherche sur le génome humain, de vol du cerveau d'un cadavre, de la fuite et de la disparition d'une mariée en plein mariage, des errances pitoyables de la fille d'Erlendur, d'odeurs pestilentielles qui pourraient être dues à la présence d'anciens marais - ou bien provenant d'une autre origine, plus macabre..., etc.
Ne pas rechercher dans "La cité des jarres" un suspens à vous glacer le sang, ni un style littéraire inoubliable. C'est plutôt un bon polar qui sait vous amener jusqu'au bout de ses 328 pages (version "Points") sans vous ennuyer, et avec plutôt un certain plaisir de lecture.

lundi 19 juillet 2010

La Côte des basques

La Côte des Basques est noyée sous une mer nacrée d'écume.
Juste au-dessus de la ville, le ciel est d'un bleu parfait, comme un mensonge.
L'horizon est indécis, pris en otage entre un ciel boursouflé de grisailles, et un océan couleur mastic.
Face à cette cavalcade bouillonnante, la Villa Belza adopte un stoïcisme aristocratique.
Ce matin la mer est entêtée comme une enfant gâtée.
Elle déverse en continu ses divisions bruyantes contre les enrochements de la digue.
Certaines écumes - les moins braves - caracolent un instant sur la crête de la vague avant de s'étouffer.
D'autres plus sauvages, comme un flot de bave à la gueule d'un étalon, s'amplifient dans une sorte de rage capricieuse jusqu'à se projeter dans un râle ultime contre les blocs de pierre.
La mer a des allures de débarquement barbare constitué en hordes aveugles jetées à l'assaut d'un continent qui ne craignent ni la mort ni le temps.

'Ta mère


Bande de veinards ! Je veux parler de vous, lecteurs d'Everybody Knows : en avant premiere (le livre ne sortira que le 26 aout !), un petit mot, rien que pour vous sur "'Ta mère", le dernier roman de l'écrivain brésilien Bernardo Carvalho paru aux éditions Métailié. C'est le premier livre que je lis de cet auteur de 50 ans tout juste, qui vit à Sao Paulo. Les habitués de ce blog constateront qu'il s'agit très souvent de la 1ère fois chez moi ; c'est sans doute ce qui me permet de rester jeune ! Curieusement, il ne s'agit pas d'une aventure sud-américaine. L'histoire - les histoires - se passe principalement à Saint-Pétersbourg, la ville aux 300 ponts, "un pour chaque année, mais aucun ne mène nulle part", la "ville la plus artificielle de toutes. En trois siècles on a essayé vainement de la nommer trois fois.". Plusieurs vies se mêlent autour des thèmes de l'abandon (maternel), de la sauvagerie, du délitement de la famille, du mensonge, de la haine, et de l'homosexualité qui constitue tour à tour la seule marque d'amour véritable et a contrario l'obscénité la plus dégradante. C'est un livre qui parle de l'envers du décor - celui des façades baroques de la ville touristique-, mais aussi du vide inhumain laissé par le stalinisme ; vide absolu puisque même sa chute laisse la plaie béante. Ce n'est pas un livre très gai, mais il est bouleversant. Il prend aux tripes, souvent. Le style est beau, sans fioritures ; juste. Quelques phrases parmi les dernières du roman : "Les histoires d'amour peuvent ne pas avoir d'avenir,mais elles ont toujours un passé. Voilà pourquoi les gens s'accrochent à tout ce qui les renvoie à ce qu'ils ont perdu. (...) Les gens ont besoin de se raccrocher à ce qu'ils connaissent déjà. Les modernismes ne pouvaient pas durer. Personne ne construit une maison au bord de l'abîme."

mardi 13 juillet 2010

Dernières livraisons du "Dictionnaire des idées perçues"

Ouvrier
Espèce non protégée en voie d'extinction. Les spécimens à col bleu qui étaient beaucoup plus nombreux jadis dans nos contrées, semblent avoir émigrés vers des pays tels que la Chine, l'Inde ou le Maghreb ; ils ont été remplacés par des spécimens à col blanc, plus souples, plus domestiques et moins agités.

Ours
On connait l'ours polaire, mais cet animal ne serait-il pas en réalité bi-polaire ? Il peut en effet désigner un individu bourru, désagréable comme être le symbole d'un animal protecteur et câlin, ami des enfants...

Orthographe
"La science des ânes" me rappelait mon père.

vendredi 9 juillet 2010

"Krak des ouvriers" ou "Krak des bobos" ?


Dans la présentation du projet de Jean Nouvel pour la remise à flots (immobiliers) de l'île Seguin, il est difficile de retrouver l'élan quasi-sartrien du même Jean Nouvel quelques dix années plus tôt, appelant au devoir de résistance urbain envers la mémoire ouvrière du lieu. Quel programme aujourd'hui sur les 11,5 ha de l'île ? "Ce sera l'Ile-Saint-Louis du XXIe siècle", promet Patrick Devedjian (un visionnaire, parait-il, en matière architecturale). Un programme qui veut "déplacer la culture vers l'Ile Séguin", selon le maire UMP de Boulogne , Pierre-Christophe Baguet (autre visionnaire qui a quitté assez opportunément l'UDF pour l'UMP).
Alors quoi ? On est grincheux ? On aura : une cité musicale, une résidence qui ratisse assez large ("artistes, créateurs, étudiants, actifs et visiteurs occasionnels", ... mon cousin, sa tante et son chien...), un hôtel international, une antenne de la Fondation Cartier, une Fondation pour le fonds d'art moderne de Renault (collection remarquable des années 60 et 70), un inévitable complexe cinématographique et, comme un alibi populaire (parfum de merguez et de barbe-à-papa garanti), un cirque qualifié de "futuriste" qui devrait sentir bon le crottin de cheval, des boutiques et des commerces (le temple, les marchands du temple, et même, peut-être, les renards du même temple !). Ne pas oublier la nature sauvage reconstituée sur les sols dépollués (on l'espère !) avec un travail paysager, mi-serre mi-ouvert, de Michel Desvignes, et une mise en lumière de l'incontournable Yann Kersalé.
Pourquoi ai-je le sentiment diffus que tout ça sent le "Krak à bobos", le prêt-à-consommer, le "all-include", le sans surprises, ... ? Oui, c'est vrai, Jean, t'as oublié : et le Club Méd, 5 tridents +, avec la "baignade Jacques Chirac" dans la Seine (remboursée si pas satisfait)?
Bien sûr, faut voir ; on peut espérer une densification moins banale que sur le Trapèze d'en face où la collection d'objets architecturaux tente de faire oublier l'impérieux souci de "création de valeur" immobilière. C'est vrai aussi que nous aurions pu hériter d'un programme majoritairement de bureaux, forcément HQE, voire à "énergie positive", labellisée. Donc, confiance ; il faut se faire une raison : l'ouvrier est une race en voie de disparition dans nos contrées développées, et le bobo est à tous les étages ! Mais surtout, Messieurs les grands urbanistes : ne pas désespérer Billancourt !

PS : en attendant qu'il ne soit trop tard, vous pouvez toujours aller humer (hummer ?) l'air des jardins ouvriers (des vrais !) de l'extrémité sud de l'île Saint-Germain, à un jet de pierre (de pavé ?) de la future "île industrieuse" (?)

jeudi 8 juillet 2010

Laurent Terzieff

Il y a quelques jours disparaissait le comédien Laurent Terzieff. "Le Monde", dans son édition du 6 juillet, reprenait une série d'extraits d'entretiens. J'ai sélectionné les réflexions suivantes :
L'homme :
"Je crois que, si la littérature du 20ème siècle a évolué, c'est parce qu'on a compris, grâce à des gens comme Gogol ou Pirandello, que le déterminisme psychologique, c'est une connerie. On n'est pas un, mais mille...On peut très bien se réveiller intelligent, être abruti à midi, cynique à 6 heures du soir et romantique à minuit."
La souffrance :
"La souffrance, l'expérimentaton du mal sont toujours enrichissantes. Sinon, on serait heureux à paître comme des vaches dans les prairies suisses."

vendredi 2 juillet 2010

Quoi de neuf ? Bréhat !


Arrivée à marée haute, donc à la cale N°1 du Port Clos. Le soleil est bien présent, à peine voilé. Premiers jours de juillet ; la vedette livre son lot modeste de vacanciers - résidents et touristes de passage - sur le quai minéral où les anneaux métalliques flambants neufs ont un petit côté "m'as-tu vus" que leurs prédécesseurs chenus, dont la silhouette reste encore profondément inscrite dans la pierre, auraient détesté. Je regarde à tribord, un peu en contrebas sur le sable humide encombré de goémons, le fantôme du requin-pèlerin échoué le long du quai sur le dos râpeux duquel nous étions partis en escalade, nous-autres enfants de l'île, sous l'œil goguenard des adultes. C'était il y a près de 50 ans. Un peu plus loin, la plage de mes premières nages a conservé son aspect sans charme particulier. Nous y allions pourtant régulièrement, ma grand-mère et moi ; souvent seuls usagers de ces quelques mètres carrés de sable contaminés par des éclats de galets assassins. Nous y déchiffrions le langage des nuages qui déboulaient par dessus les pins joufflus de la citadelle. Elle tricotait inlassablement des jacquards aux couleurs criardes, assise dans un transat bayadère. Dans cette baie minuscule du Port-Clos (mais tout semble en miniature à Bréhat !) nous avions un matin très tôt, avec mon camarade Thierry, embarqué sur le canot de son père et effectué la traversée en godillant d'une berge à l'autre. Cet acte correspond à mon premier souvenir de liberté. Je revois la rame, comme une lame, se glisser en silence dans l'eau encore noire et les ridelles propager notre délit entre les bateaux encore en sommeil. Notre forfait de liberté fut accueilli par nos pères avec très peu d'enthousiasme.
Au bout du quai, immuables, il y a toujours un hôtel aux volets bleus et un hôtel aux volets rouges. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai toujours perçu cette opposition de couleur, comme une rivalité évidente. Un tracteur équipé d'une remorque attend ce couple de parisiens accompagné de leur fille ; équipage qu'il était difficile de ne pas remarquer sur la vedette : pantalon de toile claire, veste ample, bleue, et Panama pour Monsieur, la cinquantaine performante et accomplie, parée de lunettes en écaille et de mèches grisonnantes ; une robe unie assez chic et quelques bijoux choisis pour Madame, la cinquantaine décolorée ; un chemisier strict et une jupe très large pour la jeune fille, la vingtaine étudiante bcbg.
La maison que l'on nous prête pour quelques jours est accessible par un petit sentier de terre assez raide qui quitte rapidement, et sans regrets, la route principale de l'île. Il y aurait un livre entier à consacrer aux sentiers de Bréhat ; les orgies de plantes, de couleurs et de parfums qui vous font, de part et d'autre du chemin, une incomparable haie d'honneur ; les murets sympathiques couronnés de mousse et de pâquerettes et qui laissent le regard se délecter de jardins extraordinaires ; les murs plus hauts, plus aristocratiques - et peut-être plus parisiens ? - qui masquent d'autres propriétés de rêve, ...

Quelques mètres encore et voilà la maison ; simple avec ces fenêtres mansardées dessinées comme une vague d'ardoise et cette conjugaison heureuse entre modernité et vernaculaire : une structure apparente en béton brut et l'appareillage classique des pierres de granit. Une maison qui respire l'amitié.

mercredi 23 juin 2010

Panem et circences


La dernière fois que j'ai assisté à un match de foot (mais je crois que ça devait être la première également), ça doit remonter à près de 10 ans ; PSG-Nantes au Parc des Princes. J'avais réussi à me procurer 3 places quasiment "VIP" et j'avais amené avec moi deux enfants. Les gosses se faisaient un plaisir de participer à une telle fête. Je dois avouer que je n'ai jamais été un grand amateur de foot. Je lui préfère le rugby ; une tradition remontant aux années de lycée. Pour être honnête, je ne crache pas sur une belle retransmission d'un match du style Finale de la Coupe d'Europe, voire un Brésil-Allemagne ou un Argentine-Angleterre !
Ce soir-là j'ai observé le visage de la Haine. Et encore, nous n'étions pas dans les "virages" envahis par des hordes de barbares déchainés ! Quand un ballon sortait en touche, près de nous, pour les Nantais, il y avait toujours, dévalant les gradins, un ou deux excités qui se précipitaient au plus près du joueur - heureusement pour lui il y avait un fossé et des grilles métalliques dissuasives - pour déverser un flot d'injures et le menacer de mort ; lui et sa mère.

On va me dire que c'est un jeu. Mais je ne parviens pas à me faire à l'idée que tout ça est sans importance.
Aujourd'hui certains matchs se jouent à huis clos avec 600 CRS qui ceinturent le stade pour interdire son accès aux supporters ! Pour une finale de la Ligue, sur chacun des ponts au-dessus de l'autoroute A6 jusqu'à 150 km au sud de Paris il y a une camionnette de flics, et au péage les cars des supporters de l'OM sont parqués entourés d'une cinquantaine de gendarmes ! Je l'ai constaté moi-même.
Pour revenir à cet ultime spectacle in vivo dans l'arène de Taillibert, je me souviens également qu'à chaque fois que le gardien dégageait aux 6 mètres, sa course d'élan et son shoot final étaient accompagnés d'un énorme "enculé !" hurlé à l'unisson par tous les supporters du PSG.
Je me suis promis de ne plus jamais remettre les pieds dans un stade où se jouerait une compétition de foot ; de peur d'en repartir une nouvelle fois avec les postillons des barbares sur mes vêtements.
Vous comprendrez pourquoi je regarde ce "naufrage" de l'équipe de France comme un sujet annexe ; que les termes souffrances, débacle, cataclysme, catastrophe, humiliation, etc. qui fleurissent dans les commentaires, je les trouve indécents face à la vraie souffrance, aux vraies débacles, aux vraies humiliations que d'autres hommes doivent subir par la faute de l'égoïsme des nantis que nous sommes.

mardi 22 juin 2010

Comme la caresse timide des vagues


Il est minuit sur le Pont Neuf. Le vent glisse au-dessus d'une Seine noire et crépue comme le crâne d'un africain. Son souffle disperse les mots évadés des passants dont les ombres fébriles s'enfuient sur les dalles luisantes du pont. Parfois le regard mécanique de l'un d'entre eux semble interroger la nuit à la manière d'un aveugle désorienté. Des refuges circulaires accueillent des couples épuisés qui somnolent contre la pierre dans la lumière malade des réverbères. Sur les façades aristocratiques des immeubles grand-siècle, une fenêtre, une seule, est ouverte sur une indiscrétion ou la promesse d'une vie étrangère. La statue équestre d'Henri IV est accoutrée de néons. Le sceptre est bleu fluo ; quelle tragédie ! A ce spectacle, la colonnade de Perrault reste impassible ;la silhouette muette des toitures du Louvre aussi. Soudain, au pied de la Samaritaine, un feu d'artifices s'enflamme et, simultanément, l'obscurité blessée résonne du tintamarre absurde des sirènes de police. Et ce sac en plastique qui semble agoniser dans une mise en scène grotesque ! Vient jusqu'à moi le bruissement épais du vent dans les arbres posés sur la berge du fleuve, comme la caresse timide des vagues estivales sur le sable de la Côte des Basques.

dimanche 20 juin 2010

Loin du foot...

Lu dans le JDD de ce WE, ces quelques phrases d'Hubert Védrine, grand lecteur (je l'atteste : je me suis retrouvé avec lui à "l'Ecume des pages" et j'ai été impressionné par la quantité de livres qu'il achetait en une seule fois) ; phrases que je partage totalement.
"Il existe dans la lecture une lenteur et une densité nécessaires à la construction de l'homme.(...) Je crois qu'il faut réintroduire l'éblouissement de la lecture dans les vies d'aujourd'hui."
Parmi les auteurs qu'Hubert Védrine aime tout particulièrement : Marguerite Yourcenar, Albert Camus, Garcia Marquez, André Malraux, Irène Némirovsky (Suite française), Ed McBain, Paul Gadenne (les Hauts-Quartiers).

Tours jumelles de luxe à La Défense.


Bonne nouvelle pour nos gouvernants : y'a de l'argent ! Et du "lourd". Plus de 2 milliards d'Euros mis sur la table (c'est signé, craché) par un fond Russe, Mirax (non, ce n'est pas un mirage, encore que ...).
On nous rapporte donc ce matin que le deal pour la construction de 2 tours jumelles de 320 m de haut, et "de luxe", a été passé.
"Jamais les français l'auraient fait" (dixit Philippe Chaix, directeur général de l’Etablissement public d’aménagement de la Défense). Est-ce un compliment en ces temps où la France a du vague à l'âme ?
Ce monsieur (qui "semble fasciné" par le projet nous dit la dépêche) ajoute que "Ca apporte un nouveau concept, la grande tour mixte de luxe."

Pour ma part je considère ce projet comme un non sens absolu :
- sur le plan urbain (le site est juste à droite du pont de Neuilly quand vous allez sur La Défense), on ne verra plus que ces deux tours gigantesques sur la moitié de la perspective de La Défense
- la nature même du projet : un ensemble "de luxe" ; une arrogance supplémentaire ; la priorité est-elle là ?
Un fond russe...après la vente du siège de Météo France au Pont de l'Alma pour y construire une église orthodoxe, Paris serait-il à vendre aux "fonds" russes ?
Sur le plan purement plastique, je vous laisse juge...
A noter que le perspectiviste aurait pu se fouler un peu plus : ça fait intérieur de programme immobilier foireux sur la Costa Brava !


Ne vous inquiétez pas : le spa ce ne sera pas pour vous !

Surface : 250 000 m² dont 150 000 m² de logement, 35 000 m² d’un hôtel 5 étoiles, 30 000m² de bureaux et 35 000 m² de centre commercial comportant une salle de spectacle de 1 300 places, une galerie d’art de 1 500 m².

Tour A : 91 étages qui hébergent un hôtel cinq étoiles de 204 chambres (de très grand standing), un centre de thalasso et des appartements (de luxe)
Tour B : 89 étages qui accueillent des bureaux et des appartements (de luxe)

J'allais oublier : l'architecte, il s'agit de Sir Norman Foster... quand on vous disait que "jamais les français l'auraient fait !"...
Aux armes, citoyens !
PS1 : Mr Balkany doit être "vert" : il avait lui aussi un projet très vilain de "tours" à Levallois, mais les fonds provenaient d'un cheik (et pas d'un Chaix !) qui s'est avéré sans provision probablement ...
PS2 : Mirax, c'est ce même promoteur raffiné qui, il y a 3 ou 4 ans, avait mis en scène pour le MIPIM à Cannes deux jeunes femmes magnifiques déguisées en femmes enceintes, qui arpentaient l'entrée du Palais des festivals en poussant un landau, duquel émergeaient des maquettes de projets immobiliers tape à l'œil ! La classe.

samedi 19 juin 2010

De architectura et les idoles du sport !


Magnifique ce petit texte de Vitruve figurant au courrier des lecteurs de Télérama (N°3153). Non pas seulement par le lapsus du commentaire qui présente Vitruve comme un ingénieur (mais après tout, au 1er siècle ap JC, y avait-il cette différence - voire cette opposition - que nous mettons aujourd'hui entre architecte et ingénieur ?), mais surtout par le contenu du texte extrait de "De architectura" évoquant la disproportion des honneurs rendus aux athlètes par rapport à celui réservé aux écrivains, et que je m'autorise à reproduire partiellement ci-dessous (un régal !) :
"Non seulement ils reçoivent des louanges avec palme et couronne (...), mais encore, lorsqu'ils retournent dans leur cité, ils sont portés en triomphe dans des quadriges (...), et ils jouissent pendant toute leur vie de rentes instituées sur le fonds de l'Etat. Quand je constate cela, je me demande avec étonnement pourquoi des honneurs aussi grands ou même plus grands n'ont pas été décernés aux écrivains, qui rendent des services infinis, pour tous les temps à venir, à tous les hommes. Il serait d'autant plus digne que cette mesure soit instituée que les athlètes rendent seulement leur propre corps plus fort par leurs exercices, tandis que les écrivains perfectionnent non seulement leur talent et leur intelligence, mais encore ceux de tous les autres hommes ...

vendredi 18 juin 2010

José Saramago

J'avais évoqué dans ce blog, en quelques lignes (voir en fin d'article), le dernier livre de José Saramago, auteur portugais et prix Nobel de littérature 1998.
Il s'agissait d'une compilation des textes d'une année de son blog.
J'avais trouvé formidable la jeunesse de ce vieillard d'à peine 88 ans. Qu'est ce qu'en définitive que la jeunesse sinon la capacité, demeurée intacte malgré l'usure du temps, de se révolter et de s'enthousiasmer ?
Cet après-midi, alors que je prenais l'ascenseur, mon IPhone a "bipé" ; deux coups brefs. En général c'est un décès ou une catastrophe. Sur mon écran un message lapidaire : "José Saramago est mort". "José Saramago est mort" ai-je dit aux 3 personnes qui m'accompagnaient dans la cabine. Personne ne le connaissait. Remarquez, je n'ai pas à me vanter : je ne le connaissais pas il y a encore quelques mois !

Texte paru le 7 mars 2010
"Le cahier", qui reprend les textes parus sur le blog du Prix Nobel de Littérature 1998, le portugais, José Saramago, entre mars 2008 et mars 2009, entre dans la catégorie des livres dont la lecture est un bonheur. Ce Monsieur d'à peine 88 ans nous donne à espérer à chaque ligne : à un âge où la tentation de la résignation est courante, voilà un jeune homme encore révolté contre l'injustice (économique, contre les femmes, contre les palestiniens, ...), qui croit naïvement en la bonté, l'espoir, la solidarité ou la tolérance, et parvient à nous convaincre qu'il est possible de vieillir tout en conservant intacte les attributs mentaux de la jeunesse - et en particulier l'utopie et l'enthousiasme ! En cela, il n'y a pas d'hérésie.
"Si tu peux regarder, vois
Si tu peux voir, observe."

Sujets du bac philo 2010 (et leurs corrections)

- La recherche de la vérité peut-elle être désintéressée ? Rép. : pas toujours !

- Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ? Rép. : ce serait trop simple !

- L'art peut-il se passer de règles ? Rép. : "la contrainte est le marchepied du talent"

- Dépend-il de nous d'être heureux ? Rép. : non, il y a toujours des jaloux

- Une vérité scientifique peut-elle être dangereuse ? Rép. : qu'est ce qu'une vérité scientifique ?

- Le rôle de l'historien est-il de juger ? Rép. : et pourquoi pas ?

- Une vie heureuse est-elle une vie de plaisir ? Rép. : ni tyrannie du plaisir, ni éloge du sacrifice

- L'art peut-il se passer d'une maîtrise technique ? Rép. : bien sûr

Dictionnaire des idées perçues

A ce jour, 416 mots.
Les 5 derniers sont :
- Musée : on s'impose ceux qui sont au bout du monde et on délaisse ceux qui sont à portée de mains
- Musicien : potentiellement le plus heureux des hommes
- Musique : voir Mathématiques ; Peter Zumthor la place au-dessus de l'architecture
- Nations : sont-elles vraiment indispensables ?
- Navire : plus aristocratique que bateau

A retrouver sur le lien "Dictionnaire des idées perçues"
ou http://pergame-dip.blogspot.com/

jeudi 17 juin 2010

LOG de 1

(Inspiré d'une histoire vécue)
Votre enfant est en pleine révision de l'épreuve de mathématiques du baccalauréat et il ne parvient pas à retenir que Log de 1 = zéro. Rien n'est perdu !
Dites lui : "Quand tu vois Log(1), tu penses très fort à une personne que tu trouves nulle, car Log(1) = zéro !"
Chacun peut penser à qui il veut (même à l'auteur de ce blog !). Initialement, puisque "l'enfant" en question était amateur de foot, j'avais pensé à Mr. Domenech que j'avais mis en exergue (et en photo). Mais je me suis rendu compte que c'était trop nul de tirer sur une ambulance (merci Gérard !). Et j'ai donc changé mon texte d'origine.

mercredi 16 juin 2010

Comment j'ai liquide le siècle


La Chine va anéantir l'empire américain et tout le système capitaliste. C'est la conviction de Mme Krudson, la grande prêtresse de la finance mondiale. Pour pallier à cette fatalité, un seul remède : détruire le système avant que les chinois s'en emparent. Ce sera la mission qu'elle confie à Pierre, mathématicien génial, polytechnicien bien sûr, et trader vedette du Crédit Général (oui, le même que pour l'affaire Tréviel et dont l'ancien PDG était un dénommé Mouton...). Pierre, bien qu'acteur-profiteur de cette machine à enrichir toujours plus, porte un regard désabusé sur la salle des marchés, ses golden-boys incultes que seule la soif d'argent semble motiver. Sa vie privée est un désastre. Il est divorcé. Sa fille est anorexique, au bord du suicide. Sa vie sentimentale est réglée par une magnifique prostituée métis. Toutes les contingences matérielles sont assurées par un majordome pakistanais. "J'appartiens à une oligarchie motivée par l'ambition, avec le conservatisme comme idéal et la technologie pour rêve. J'ai la plus belle performance du floor. c'est tout ce qui compte, le montant du cash à l'instant t, la maximisation de mon gain individuel. Mon hédonisme est relatif : je n'ai aucune spiritualité ni conviction. je vis dans une bulle inviolable, dans l'ultra-présent. N'importe où et toujours seul."
Mme Krudson va lui confier une clé USB qui contient un programme algorithmique HK 2010 dont l'introduction et la multiplication dans les programmes financiers doivent déclencher une apocalypse financière.
Ecrit dans un style très simple, avec des phrases courtes (trop ?) et précises (souvent sujet-verbe-complément), ce petit thriller (le 2ème roman de Flore Vasseur) qui vous dénonce l'absurdité des dérives du monde de la finance se lit frénétiquement, avec beaucoup de plaisir.
De mon point de vue, il devrait figurer dans toutes les bibliothèques des grandes écoles - et en particulier de commerce.
En ces temps pré-estivaux, je le recommande aux baigneurs de l'île de ré, Biarritz, Saint-Palais et Royan (et aux autres bien entendu).

mercredi 9 juin 2010

Double rêve


C'est l'écoute du "Masque et la Plume" qui m'a incité à lire cette nouvelle d'Arthur Schnitzler écrite en 1925. Albertine et Fridolin forment un couple d'une trentaine d'années installé dans une vie conjugale que l'on peut qualifier de "sans histoires". La révélation par Albertine d'un désir amoureux sans lendemains amène Fridolin, médecin, a être saisi par la jalousie puis par le désir de fréquenter des univers interlopes (la prostitution, les soirées privées à thèmes érotiques, ...). Ce petit livre est passionnant ; l'écriture est fluide ; le scénario palpitant. Ce n'est pas par hasard que Stanley Kubrick s'est inspiré de l'histoire pour le scénario de son dernier film : Eyes Wide Shot
Sans compter sur l'image de la Femme qui, tout au long de ce texte, est mise en valeur.

dimanche 30 mai 2010

Bâlade architecturale

Bâle constitue pour l’amateur d’architecture en général, et d’architecture contemporaine en particulier, une destination de rêve.
Il y a les « incontournables » : le Campus Vitra - et sa toute nouvelle star la Vitra House - et la Fondation Bayeler. A eux seuls, ces deux ensembles méritent le déplacement.

Nicholas Grimshaw, le premier à relever le défi
Le Campus Vitra est situé un peu en-dehors de la ville elle-même, mais d’accès facile (Tram N°6). C’est en 1981, après un incendie qui détruit pratiquement 60% des stocks du site, que la société Vitra, éditeur de meubles depuis les années 50 avec Charles et Ray Eames, s’engage dans la commande de bâtiments « griffés », confiés à des architectes de renom.
Nicholas Grimshaw est le premier à relever le défi, et réalise en quelques mois un premier hall de stockage dont l’enveloppe de métal argenté, dans un vocabulaire à peine « High-tech », semble aussi simple qu’efficace.


Les premiers pas de F.O. Gerhy en Europe
En 1989, Vitra s’engage avec Franck Gerhy et lui propose de dessiner le musée de la marque : le Vitra Design Museum. En réalisant ici son premier bâtiment sur le vieux continent, l’architecte californien donne une véritable impulsion à la notoriété de la marque et du site ; et à la sienne au passage. Le monde découvre alors ce que les critiques ont dénommé : le déconstructivisme.

Viendront plus tard en 1993 l’American Center de Bercy (une déception), en 1997 le Guggenheim de Bilbao (une réussite), et un nombre très important de curieux édifices posés un peu partout sur la planète, reconnaissables entre tous par ces incroyables arabesques de volumes enchevêtrés dont la fantaisie plastique est (paradoxe ?) calculée grâce à un outil informatique d’une rigueur absolue : Catia, un logiciel développé pour l’aéronautique.
L’échelle du bâtiment n’est pas comparable à celle de Bilbao, ou même de la future Fondation Louis Vuitton pour l’art contemporain (sensiblement le gabarit de Beaubourg) logée au Jardin d’acclimatation. Dans la production de Gerhy, il s’agit plutôt d’une sorte d’échantillon. La matière reste assez conformiste : béton revêtu d’un enduit blanc et zinc en couverture. Mais les déhanchements sont au rendez-vous et les volumes se télescopent créant des arêtes improbables. L’architecte a revisité le modèle de la marquise d’entrée en y substituant un cube évidé en suspension audacieuse.


Dans les années 93, 94, le Campus Vitra s’enrichit de trois nouvelles œuvres qui témoignent de la richesse et de la variété de l’architecture contemporaine. Comme le soulignait Christian de Portzamparc dans son discours inaugural de la chaire de Création artistique au Collège de France le 2 février 2006, sur le plan architectural, l’époque actuelle est caractérisée par le fait qu’il n’y a plus de style admis par tous, de doctrine ; « C’est le trait majeur de notre nouvelle modernité. » Parole à méditer, au-delà du seul champ architectural évidemment…

Minimalisme et fulgurance plastique

Deux architectures opposées vont surgir sur le campus : l’une minimaliste, inspirée par la philosophie Zen, due à l’architecte japonais Tadao Ando, l’autre, dans un vocabulaire plus agité, propre à l’architecte irako-britannique, Zaha Hadid.

Tadao Ando, qui aurait du coiffer la poupe de l’île Seguin par la fondation Pinault, a conçu un centre de conférences minimaliste que l’on mérite après un parcours gentiment initiatique à travers une prairie peuplée de cerisiers.

Comme pour se préserver de la contamination possible de son ainé, le Vitra Museum situé à proximité immédiate, l’architecte a placé entre eux un mur assez long, imprimant à son tour sa marque de fabrique : un béton dans lequel les trous de banches forment une matrice d’une rigueur et d’une propreté imparable.
Plusieurs petits corps de bâtiment distincts reliés entre eux par un jeu de cours et d’escaliers, composent l’ensemble. Chacun abrite une salle de travail. L’ensemble a été conçu dans le respect de l’unité de mesure japonais, le jo ; soit 91 cm x 182 cm, les dimensions d’un tatami.
Toute cette attention et cette retenue ne suffisent pas à créer l’atmosphère si particulière de certaines œuvres d’Ando. La cour intérieure a des allures de promenade carcérale. On peut regretter l’absence d’un bassin de lotus et d’agapanthes ; ses reflets et sa fraîcheur poétiques.


Pour ce site industriel de plusieurs hectares, il fallait une caserne de pompiers. Vitra demande à Zaha Hadid de la concevoir. L’architecte, dont le talent reste à cette époque virtuel – elle a produit beaucoup de dessins mais pas ou très peu de réalisations – va concevoir avant tout une œuvre plastique.

On y retrouve l’éloge de la fluidité des lignes, des arêtes vives, de la « fonction oblique » chère à Claude Parent et du béton brut (très brut).
Les soldats du feu ont tenu, semble-t-il, moins de trois ans dans cet univers impitoyable fait de murs penchés, de chicanes, d’angles aigus et de matériaux peu chaleureux (un comble !).

Reste aujourd’hui un espace vide, déserté par les camions astiqués et les casques rutilants, qui se visite comme un prototype architectural.

Architecture et modestie

Dans ces mêmes années, une troisième œuvre vient compléter le dispositif. Alvaro Siza, immense architecte portugais, érige en 1994 une enceinte de briques rouges posée sur un soubassement de pierre grise dont la ligne supérieure est juste soulignée d’un profilé métallique noir.

Cette œuvre d’une très grande modestie, mais d’une force indéniable, cache un atelier de stockage. La façade est percée de grandes ouvertures verticales qui en révèlent l’épaisseur, lui conférant ainsi une matérialité supplémentaire.

Fragmentation-défragmentation du bâti


Et donc, enfin, la star : la Vitra House, le show-room de l’entreprise qui a été livrée au premier trimestre de cette année ; la dernière production de l’agence bâloise Herzog et de Meuron. Imaginez plusieurs maisons (5 ou 6) de forme traditionnelle : un toit à deux pentes, des murs de façade pleins, une volumétrie de longère, et des pignons totalement vitrés. L’extérieur est entièrement peint en noir, couleur bitume. L’intérieur est blanc immaculé. A présent vous vous amusez à empiler ces maisons les une sur les autres et, avec une paire de ciseaux savants, vous les emboitez afin d’obtenir une composition apparemment désordonnée qui fait la part belle aux porte-à-faux.

C’est ainsi que pourrait être résumé cette œuvre spectaculaire qui constitue une sorte d’aboutissement dans le travail de l’agence sur ces quelques dernières années. Cet exercice, qui évoque l’idée d’une fragmentation-défragmentation, et me rappelle la vénus de Millo de Dali ; celle dont le corps est équipé de tiroirs.

La promenade à l’intérieur de cette demeure de milliardaire est une expérience inoubliable : les perspectives sont époustouflantes, les combinaisons de volumes démultiplient les dimensions, les vues sur les collines avoisinantes exaltent les sens. L’émotion est garantie.


Prochaine livraison sur le Campus Vitra : un entrepôt des japonais de l’agence Sanaa, auteur du Louvre à Lens et retenus pour rénover la Samaritaine à Paris.
En définitif, pas moins de six Pritzker Price (équivalent du Prix Nobel d’architecture) sont intervenus sur le Campus Vitra qui constitue désormais, à lui seul, un véritable concentré d’architectures contemporaines.

Second lieu « incontournable » de Bâle : la Fondation Bayeler de l’agence Renzo Piano (Pritzker Price également).

Situé au Nord-Ouest de la ville, en bordure de route et en limite d’une petite agglomération, le bâtiment de grès rouge et ardoise est en léger surplomb par rapport à la campagne immédiate d’où parvient le son bucolique des cloches qui tintinnabulent aux cous des vaches (suisses évidemment). Le plan est très simple : trois travées toute en longueur orientées nord-sud, dessinées par des refends habillés en extérieur de cette merveilleuse pierre marbrée dont chaque élément semble vouloir raconter une histoire ; un niveau principal d’exposition et d’accueil (le RDC), et un sous-sol principalement affecté aux réserves, à des ateliers et partiellement aménagé en espace d’exposition.

Une ombrière blanche, en guise de brise-soleil, composée de panneaux métalliques perforés et parfaitement ajustés, souligne avec élégance le périmètre de la toiture.

Le bâtiment prend place dans un site paysagé luxuriant et, tel Narcisse, contemple son reflet dans l’eau d’un bassin (presque) sauvage.

Les espaces intérieurs sont au service des œuvres et du visiteur. Pour les œuvres : le blanc parfait des grandes surfaces verticales, un espace modulable, et une qualité de lumière exceptionnelle dont le parcours précis au travers des différents filtres d’une sur-toiture savante est ajusté à la luminosité extérieure.
Pour le visiteur : un circuit limpide, des perspectives magnifiques sur l’extérieur, une acoustique et un confort thermique sans faiblesses, des spots en très petit nombre et quasiment invisibles, des expositions de très grande qualité (actuellement une rétrospective Basquiat).

On change tout !

Toutes les photos de droite (ou presque) ont été changées !

mercredi 19 mai 2010

Les Bons Enfants


"Les Bons Enfants", c'est l'histoire d'une seconde passion comme celle d'une seconde vie ; pour François-Pierre Lobies, imprimeur-éditeur, il a fallu trahir (momentanément !) sa relation de toujours avec l'écrit et le livre, pour réaliser un rêve : celui d'inventer un lieu unique où se conjuguent tous les ingrédients d'un certain art de vivre dont le fil rouge serait la Cuisine. Pas n'importe laquelle, celle de l'attention : des produits choisis, de leur préparation, de leur cuisson, de leur présentation, jusqu'à celle qui donne au lieu cette chaleur particulière.
Pour servir cet idéal hédoniste, François-Pierre Lobies est parvenu à convaincre un jeune chef japonais, Keigo Kimura, de délaisser les ors culinaires de la capitale (Le Ritz) où il œuvrait en second, pour s'exercer aux charmes plus intimes d'un piano de province, au cœur d'un gros bourg assoupi des confins de la Bourgogne et du Bassin Parisien, au nom prédestiné pour l'aventure : Saint-Julien du Sault.
"Les Bons Enfants", c'est deux concepts : le "bistrot" et le "restaurant gastronomique". François-Pierre Lobies confie qu'il n'apprécie pas vraiment ce terme "gastronomique" ; il lui trouve une allure prétentieuse qui ne lui convient pas du tout. Il tenterait bien l'anoblissement du plus modeste de ses deux établissements - et de bistrot, nous passerions à restaurant - tandis que le second recevrait une appellation indiquant qu'il s'agit plus d'un lieu de recherche culinaire. A suivre.
Qu'importe, pourrait-on se dire, puisque le plaisir est présent, quelque soit la salle du rendez-vous ! Mais chez le maître de séant, l'attention se conjugue avec une certaine précision, et il ne renierait certainement pas la devise du grand architecte américain, Mies Van der Rohe : "Dieu est dans le détail."

Venons-en aux faits !Commençons par la modestie.
Une petite salle donnant sur une grande place écrasée par la stature gothique d'une collégiale du 12ème siècle. Une banquette en moleskine rouge comme une métaphore de bistrot, de charmantes suspensions animalières au-dessus d'une petite vingtaine de tables, des convives qui se prennent - à raison - pour des invités, et un menu à 28€, qui est à lui seul un prodige.
A la carte ce soir-là :
Au chapitre des entrées :
- un velouté glacé de petits pois, rehaussé de copeaux minuscules de bacon grillé, comme une petite provocation dans une composition végétarienne
- des gambas en papillotes croustillantes et son pistou (inspirée de Robuchon qui s'imposait, pour une clientèle précieuse et fortunée, la langoustine royale)
- foie gras de canard maison (simplement irréfutable)
Dans le corps du menu à présent :
- Une tête de cochon, en roulé, et sa sauce charcutière dite Robert ; le moelleux de la viande et l'acidité du cornichon ne cessant de s'échanger des œillades complices.
- Une joue de bœuf braisée au vin rouge, poire poches au vin rouge, dont le fondant est inoubliable (à se "rouler dedans" pourrait-on dire !)
- Un supion de pintade "manchonné", sauce vin jaune et champignons, comme une réhabilitation goûteuse d'une volaille trop souvent banalisée

Le dessert :
- Un fondant au chocolat, pour bien affirmer la maîtrise des fondamentaux
- Une très simple salade de fruits, sorbets (des fruits frais, et des sorbets qui valent des Berthillon ou des Bernard)
- une crème brulée à la vanille, qui respecte admirablement son cahier des charges : brûlant du croustillant de la cassonade sur le dessus, et fraîcheur du cœur de la crème.
Ce repas s'accompagna du deuil d'un Chinon 2004 "Les Picasses", de chez Catherine et Pierre Breton qui fit un honneur brave à cette jubilation gustative.
Faut-il vous dire que l'apéritif - une coupe de champagne par exemple et sa gougère tiède - est offert ?

Faut-il parler de la seconde table, celle où le chef s'emploie à démultiplier ses talents ? Certainement, mais juste un commentaire : elle dame le pion, haut la main, à un bon nombre de tables chichiteuses qui paradent dans certains guides, à la manière d'un geai paré des plumes du paon ! Je ne citerai pas de noms...
"Les Bons Enfants" dispose également, pour les beaux jours, d'une salle en plein air avec vue imprenable sur les arcs-boutants de la collégiale et ses audacieux pinacles ; d'une terrasse supplémentaire, récemment aménagée, qui se languit aux pieds d'une très ancienne et très vétuste bâtisse dont la restauration prochaine permettra d'offrir des chambres aux hôtes de passage afin de prolonger, in situ, les délices de la table par ceux de la position horizontale.