lundi 28 septembre 2009

Qui sommes-nous ?


Une soirée, dans une vie,
Des êtres avec leur histoire absente,
Ces choses partagées, épuisées, oubliées,
- En surface, des tendres ?
Trop d'effleurements, pas assez de caresses -,
Des qui auraient pu blesser en d'autres temps
Et qui par la grâce du temps, justement ...
Une étoile remarquée, plusieurs, le ciel indulgent,
Le dérisoire qui s'essaie à l'amitié,
L'illusion qui frissonne de réalité,
La vie va ainsi de minutes en désirs étouffés,
De choses convenues et d'autres ratées.
Qui sommes nous ?

Cadel Ubbale

Art brut


Il faut prendre le temps de baguenauder dans un vide-grenier de campagne pour prendre la mesure du décalage entre l'univers du bobo parisien et celui de l'habitant des campagnes. Et quand à ce vide-grenier vient s'ajouter en prime une exposition d'art dans les salles du (petit) château du village sous prétexte de journées du patrimoine : c'est une leçon complète. On a envie de sourire (voire plus) à la vue des "oeuvres" exposées.

Mais, j'ai envie de dire que c'est un peu trop facile et pédant. Surtout pour moi qui confond encore Buffet et Dubuffet ! J'ai envie de voir l'homme derrière ces créations. Bien entendu, il est peu probable que la postérité convertisse ces tableaux ou ces sculptures en trésors, mais il y a quelque chose d'indicible dans ce travail : les heures passées que l'on peut imaginer enchantées ou de doute, de plaisir ou de déception, de recherche, d'avancées et de repentirs. Et ces choses invisibles et muettes me plaisent.

lundi 21 septembre 2009

Le château de Maulnes, "Un monument insigne absolument unique...*"



Alors que le concours pour le pentagone français - baptisé par tous « Balargone » du fait de son implantation future sur le site de Balard - bat son plein, je voudrais rendre hommage à cette figure originale de l’architecture. Exceptionnellement, j’abandonnerai les rivages de l’architecture contemporaine, pour aller puiser mon inspiration à la Renaissance et dans l’Yonne. Mais, « la modernité n’a-t-elle pas un cœur ancien ? », dixit Renzo Piano.

« Il est, ce volume pur aux arêtes franches, solides, et tient en lui une ligne, fine, souple et serpentine. » Laurence Carminati.

Construit entre 1566 et 1573 pour Antoine de Crussol et Louise de Clermont, Duc et Duchesse d’Uzès, afin d’en faire un pavillon de chasse, le château de Maulnes est édifié sur un léger promontoire au cœur de la forêt, sur la Commune de Cruzy-le-Châtel à une quinzaine de kilomètres à l’est de Tonnerre.
Un aperçu du projet originel peut être imaginé en consultant la représentation axonométrique établie par l’architecte Jacques Androuet du Cerceau en 1576 dans Les Plus Excellents Bâtiments de France. De cet ambitieux ensemble comprenant également un jardin clos de 17.000 m2 et une galerie à deux niveaux de 45m de longueur, seuls le corps de logis principal conçu sur un plan pentagonal unique en France et une partie des communs érigés en demi-cercle d’environ 200m de diamètre subsistent aujourd’hui. La construction de Maulnes ne fut d’ailleurs jamais achevée ; le château est délaissé par Louise peu après la mort du duc d’Uzès en 1573.

Le premier mystère attaché à Maulnes est celui du nom de son architecte. Il est probable qu’il n’y ait pas eu un concepteur unique.
En premier lieu, l’architecte Peruzzi, auteur du château de Caprarola près de Rome en Italie, édifié aux environs de 1520, dont le logis principal de Maulnes est fortement inspiré : un pentagone, 3 travées d'ouvertures identiques par façade à chaque niveau, autour d'un vide central. Il est vraisemblablement celui qui dressa les premiers plans du château.
Secundo Serlio, architecte d’Ancy-le Franc tout proche pour le compte d’Antoine III de Clermont, frère de Louise, dont il est attesté qu’il fut disciple de Peruzzi et a participé au chantier de Caprarola.
Tertio Philibert Delorme, l’architecte des Tuileries pour la reine Catherine de Médicis qui a visité le chantier de la demeure pentagonale italienne lors d’un séjour à Rome, et qui a également conçu le château d’Anet pour Diane de Poitiers. Ces deux célèbres commanditaires sont des proches de Louise de Clermont.
Quatro enfin Primatice, jeune architecte et peintre italien, élève de Miche-Ange qui prend la suite de Serlio à Ancy-le-Franc et qui participe à la décoration du château de Tanlay distant de quelques kilomètres de Maulnes.
Mais il n’est pas improbable que le duc et le duchesse d’Uzes eux-mêmes soient intervenus pour modifier les plans établis par les hommes de l’art. Il s’agissait en effet d’un couple cultivé, disposant d’une très grande ouverture d’esprit et ayant eu l’occasion par leurs familles respectives de s’intéresser à l’architecture.
S’il est impossible de s’accorder sur le nom de l’illustre architecte, en revanche les identités du maçon et du charpentier avec lesquels un marché de construction est passé le 6 mai 1566 sont connues…

Au rang des mystères il faut évoquer Mélusine. Plusieurs légendes racontent que cette fée maléfique a vécu au Château de Maulnes et qu’elle y est morte après s’être jetée dans le puits central. Depuis, son fantôme hante les environs et il n’est pas un malheur qui ne lui soit pas attribué.

Sur un plan architectural, Maulnes semble avoir été pensé par un esprit supérieur. Les historiens de l’architecture qui l’ont étudié soulignent que le château « reprend en effet des principes « classiques » établis par la Renaissance italienne, tels que les ordres, les règles de composition (répétition, sobriété…) ou encore l’usage de formes géométriques, mais il ne les suit que partiellement et même joue avec comme pour les décaler. Ce jeu avec les formes « classiques » peut le rapprocher des maniéristes, et même annoncer le style baroque. De plus, Il reprend des singularités architecturales françaises de cette période historiques tout en les transformant. »

Outre son plan pentagonal qui constitue déjà une originalité en soi, la bâtisse présente des dispositions subtiles. Elle s’organise, sur toute sa hauteur- c'est-à-dire sur 8 niveaux dont 3 en semi-enterrés -, autour d’un vide central de section circulaire. L’escalier principal, de révolution pentagonale également, vient s’enrouler autour de ce cylindre qui agit comme un double puits : de lumière, et d’eau de pluie également provenant de la terrasse supérieure. Cette eau pouvait être recueillie dans la vasque en partie inférieure ; vasque alimentée par l’une des 3 fontaines sur lesquelles Maulnes est érigé.


Certaines fenêtres de grande hauteur situées dans les murs extérieurs sont positionnées précisément en fonction des solstices d’automne et d’hiver afin de bénéficier des meilleurs ensoleillements pendant les périodes de chasse.
Entre ces ouvertures périphériques et le puits de lumière central s’organise un jeu remarquable de l’éclairage naturel qui ne peut être du au hasard.

Un système astucieux de circulation de l’air chaud à l’intérieur de certains murs creux, et la présence d’une salle de bains chauffée par un faux-plancher en dalle comme dans les thermes romains font de ce relais de chasse un lieu pensé dans un réel souci du confort.

L’implantation elle-même de Maulnes n’a pas été improvisée : l’architecte a évaluer les vents dominants, mesuré tout le partie qu’il pouvait tirer de la présence de trois sources sur le site, et joué avec la déclivité du terrain pour insérer la construction dans son environnement.
Les spécialistes de Maulnes indiquent que « le tracé directeur de cette composition de la seconde renaissance française est d'une simplicité géométrique extraordinaire qui marque bien la place de la « mathématique » dans le mouvement humaniste de la Renaissance. D'autre part le pentagone, par son orientation cosmologique est un véritable calendrier solaire, sinon même une horloge... »

Les matériaux de construction proviennent du site : le bois de charpente des forêts de chênes qui entouraient jadis le château, les pierres de textures et de couleurs différentes des couches géologiques variées du sous-sol.

Alors « HQE » avant l’heure ? Dans tous les cas, ce site, propriété du Conseil Général de l’Yonne depuis 1997 et qui fait l’objet d’un important programme de restructuration et d'études architecturales, historiques et archéologiques, est une destination parfaitement recommandable pour tous les amateurs de belle ouvrage… et de mystères !



* Ce sont les termes même du rapport de la commission supérieure des Monuments historiques à propos de ce château, qui "occupe une place importante dans l'histoire de l'architecture et dans l'histoire de l'art.".

Remerciements à Jean-François Bonne et son épouse qui m’ont permis de découvrir Maulnes.

vendredi 18 septembre 2009

Le masque funèbre


Le poète René Char (1907-1988) propose dans son recueil de poésie "Les matinaux" publié en 1950, un texte de quelques lignes qui, en ces temps d'alerte écologique et de cynisme financier, prend une étonnante dimension prophétique.

"Il était un homme, une fois, qui n'ayant plus faim, plus jamais faim, tant il avait dévoré d'héritages, englouti d'aliments, appauvri son prochain, trouva sa table vide, son lit désert, sa femme grosse, et la terre mauvaise dans le champ de son coeur.
N'ayant pas de tombeau et se voulant en vie, n'ayant qui à donner et moins à recevoir, les objets le fuyant, les bêtes lui mentant, il vola la famine et s'en fit une assiette qui devient son miroir et sa propre déroute."

mardi 15 septembre 2009

Pour sauver la planète sortons du capitalisme



Hervé Kempf, journaliste au Monde et auteur de "Comment les riches détruisent la planète", livre avec "Pour sauver la planète sortons du capitalisme" un nouvel essai cinglant où urgence écologique et justice sociale sont les indissociables composants du projet politique. Il dénonce avec pertinence que le concept de "rivalité ostentatoire" qui est l'un des avatars obligés du capitalisme, par la surconsommation et les inégalités qu'il induit, nous emmène tous dans le mur. Privatisation de l'espace public, névrose des marchés, échange sans parole, perte du lien social, abrutissement médiatique, sont autant de facteurs qui caractérisent cette période de l'Humanité dans laquelle nous sommes entrés au sortir des "Trente glorieuses" : l'anthropocène ; la 1ère fois dans l'histoire de cette planète où l'humanité peut être considérée comme un agent géologique apte à transformer la nature de la biosphère.
Kempf appelle à un sursaut qui n'est pas seulement une démarche intellectuelle, mais une obligation à baisser significativement notre standing de vie ; nous, les riches.
Au passage, il démonte le concept de "croissance verte" qui n'est qu'un énième leurre de l'oligarchie pour déguiser de juteux profits en démarche vertueuse.
Extraits :
"La difficulté propre à la génération (la jeunesse actuelle NDLR)... est de devoir réinventer des solidarités quand le conditionnement social lui répète sans cesse que l'individu est tout."
"La corruption répand dans l'esprit public qu'est le plus estimable non pas le plus vertueux mais le plus malin."
Et 2 citations ;
""Une bonne partie de l'oppression contemporaine est une oppression sur le temps (...)Nous sommes contraints a un temps découpé, discontinu, dispersé, dans lequel la rapidité est l'élément majeur. ce temps n'est pas celui du projet, mais de la consommation, du salariat. le courage pourrait consister à essayer d'imposer une autre temporalité." Alain Badiou. Philosophe
A propos de l'argument consistant à dire qu'il n'y a qu'à "revenir aux bougies", Ingmar Granstedt dit : "Ce ne serait pas un "retour à la bougie", mais la reconnaissance honnête et courageuse que le refus de la concurrence sans fin et sans frein nous oblige à inventer une nouvelle modernité technologique, ouverte elle aussi à la curiosité scientifique et à l'imagination technique, mais compatible avec la vie dans des territoires à échelle humaine."

Rafael Leonidas Trujillo Molina

Je n'ai pas lu "La fête au bouc" de Vargas Llosa, mais j'en ai lu le commentaire de Gérard sur Contrastes et lumières, accompagné de la photo du dictateur.
M'est revenu à l'esprit ce "poème" de Cohen : "Tout ce qu'il faut savoir sur Eichmann"


Yeux : Moyens
Cheveux : Moyens
Poids : Moyen
Taille : Moyenne
Signes particuliers : Néant
Nombre de doigts : 10
Nombre d'orteils : 10
Intelligence : Moyenne

Qu'attendiez-vous ?
Des griffes ?
Des incisives démesurées ?
De la salive verte ?

La folie ?"

mercredi 9 septembre 2009

Villes et architectures sensuelles

Un colloque de 2 jours (2 jours !) au Collège de France (au Collège de France !) va traiter de la "Ville sensuelle", avec comme support le Pavillon de la France pour l'exposition universelle de Shangaï de l'architecte Jacques Ferrier.
Les différents thèmes abordés seront :
- L'usage des sens dans la ville
- L'architecture moderne est-elle ennemie de la sensualité ?
- Sensualité et société de consommation urbaine
- Ville sensuelle et ville rationnelle
- Sensualité urbaine : entre espace public et privé

Je me suis exercé à "travailler" chacun des thèmes selon deux modes : le premier, celui de l'humour (????); et le second, en essayant de dire 2 ou 3 choses. Merci de votre indulgence.

1) L'usage des sens dans la ville
1.1 Il existe principalement 3 formes de sens dans la ville : le sens interdit qui vaut un retrait ; le sens giratoire, inventé par les derviches ; le sens unique qui ne supporte pas la contradiction ; j'aimerais qu'il existe des sens intouchables, des sens à triple sens, des sens de l'essence (pratique), des sens futiles, des sens absolus, des sens majeurs, des sens de l'innocence, des sens insensés, des sens insouciants, des sens en partance, des sens en devenir, un 7ème sens et surtout plein de sens cachés.
1.2 Chaque ville a sa personnalité que nos sens détectent immédiatement. Prenons Venise. On fait abstraction des hordes de touristes. Venise, c'est le reflet des façades décrépites sur l'eau trouble des canaux, un parfum indicible de lagune, la foule du rio Alto et le recueillement de la Fondation Querini Stampalia,

les drappés mouvants du marché de la Pescheria et l'exposition raide des trophées de Saint Marc.

Venise, c'est le syndrôme de Stendhal à chaque coin de rue. Venise nous oblige à la spiritualité. Les ombres des passage transpirent le mystère. Avec un peu de patience, chaque pierre nous parle. Chaque palais a son histoire de prince héroïque. Et puis c'est l'odeur des vongoles et des petits sablés à l'orange en forme de couronne que l'on grignote en se perdant. Le soir nous surprend à la terrasse du Florian, dégustant un americano décidément trop cher. Il y a les valses désuètes des orchestres accrédités. Le souvenir de cette soie aux couleurs incroyables qui glisse entre nos mains avant d'échouer fatalement au cou d'une femme (fatale ?), et la caresse du galbe d'un verre de Murano. Mais surtout : user de ses sens à Venise c'est monter dans le Vaporetto 1 ou 82, s'installer à l'avant et oublier le temps.

2) L'architecture moderne est-elle ennemie de la sensualité ?
2.1 La question est-elle bien posée ? La problématique n'est-elle pas plutôt : la sensualité est-elle l'ennemie de l'architecture moderne ? Réponse : tapez "sensualité" sur google et voyez. Autre réponse : non, les peep-show ne s'intègrent pas plus mal que les Mac-do !
2.2 En dénonçant l'ornement comme un crime, Loos n'a-t-il pas voulu donner à l'architecture moderne une posture exclusivement spirituelle, l'éloigner de toutes tentations de se confondre avec un simple décor, tout en apparence, vidée de son épaisseur et de son sens ? Car le jeu des sens - la sensualité - n'est-il pas en quelque sorte exclusif du "sens" ? Ce que recherchait Loos, c'était de redonner à l'architecture une dimension fondamentale. L'accessoire, les accessoires, devaient disparaître au profit de la seule vérité spatiale qui livre l'émotion. L'histoire de l'architecture jusqu'à l'époque moderne est riche de styles variés qui offrent tous une large place à la sensualité (des temples égyptiens ou grecs aux vertiges du baroque, des frontons de cathédrale aux volutes de l'art nouveau. La façade du Palais de Sans Soucis à Postdam (début du 19ème)comporte un alignement extraordinaire de cariatides dénudées et de faunes lubriques. Oui, la sensualité (débridée) est ici au rendez-vous. Et puis il y a la rupture, avec l'amplification du "Less is more" de Mies Van der Rohe. Mais, peut-on dire que le Pavillon de Barcelone,

les Thermes de Vals, les chapelles de Tadao Ando ou le magasin Prada d'Herzog et de Meuron à Tokyo

sont dénuées de toute sensualité ? Je ne crois pas. N'est-ce pas plutôt notre appréhension de la sensualité qui a changé ? A l'instar de notre gout qui a évolué dans d'autres arts comme la peinture ou la sculpture ? Serra, Rothko, sont-ils des artistes ennemis de la sensualité ? Il faut se glisser entre les plis d'une sculpture de Serra et toucher de la main ces tonnes d'acier aux couleurs incroyables
pour savoir que la sensualité existe sans la profusion. La "sensualité moderne" est une forme de sensualité qui a évolué et s'est enrichie - ou a amplifié - l'un des sens profondément humain qui est celui de l'imaginaire. La sensualité de l'architecture appelle un sixième sens ; celui de l'émotion imaginaire. Mais : sensualité ou volupté ?
Je veux dire un mot de la salle de piano de la philharmonie de C. de Portzamparc au Luxembourg qui a des allures de courtisane avec sa rampe déployée comme une longue robe de soirée. Et puis de ce test que j'ai réalisé ; visiter à la suite deux oeuvres fortes et opposées d'architecture contemporaine : La cour européenne des droits de l'homme et cette Philharmonie. Ma sensation fut comparable à celle que peut procurer la dégustation simultanée de deux grands crus ; sans doute un Bordeaux et un Bourgogne.
Et si l'architecture contemporaine et héritière de l'architecture moderne avait simplement oublié l'échelle de l'Homme ? La sensualité suppose un rapport intime à l'Homme. En dehors des 5 sens traditionnels dont on verra plus loin dans le récit qu'ils ne peuvent constituer les seuls composants de la sensualité, les éléments susceptibles d'établir ce rapport sont, me semble-t-il, 1) le sens 2) l'échelle 3)l'histoire 4) la matière.
Par ailleurs, l'architecture moderne s'est fondée sur le triptyque suivant 1) le positivisme (croyance dans le bonheur par la technique) 2) l'universalisme (notre société = référence absolue) 3) la négation de l'ornement (au prétexte du fondamental). Les composants de ce triptyque, s'ils ont eu leur raisin d'être (ou plutôt d'émerger) sont aujourd'hui caduques. Les fondements d'une architecture sensuelle résident plutôt dans 1) le doute 2) la singularité 3) la poésie

3) Sensualité et société de consommation urbaine
3.1 "Et avec mes pop-corn, vous me rajouterez 33cl de sensualité SVP". "Je consomme donc je suis sensuel" s'est substitué au "Je pense donc je suis".
3.2 La société de consommation urbaine se caractérise par deux choses : une surabondance de signes dans laquelle l'architecture est l'une des composantes majeures, une "éphémérisation" de ces mêmes signes car le temps est aussi un élément de consommation. Comme tout phénomène de trop-plein, elle s'accompagne également du "trop-vide" (SDF, exclus en tout genre, absence de repères, ...). La sensualité, en tant que vecteur du plaisir, constitue un attribut fort de la société de consommation urbaine. Le risque d'une architecture complice sans nuance de la société de consommation urbaine, c'est celui, fatal, d'une double perte : celle du Sens et celle de l'échelle du temps ; deux notions fondatrices de la notion d'architecture.

4) Ville sensuelle et ville rationnelle
4.1 Demander à un fakir s'il préfère un divan moelleux ou sa planche à clous ! Tout est une affaire de point de vue. Et si une ville rationnelle était une ville sensuelle qui s'ignore ?
4.2 Faut-il opposer "ville sensuelle" à "ville rationnelle" ? Une ville des sens à une ville de la raison ? Les sens que développent l'homme ne se distinguent-ils pas des instincts par l'obligation de raison propre à l'homme ? Et la raison, n'est-elle pas un "sens" à part entière émanant de l'intelligence ? On peut comprendre la ville rationnelle comme une ville matricielle, efficace, ordonnée ; une ville d'ingénieur, obéissant dans sa nature et sa composition exclusivement à des paramètres contrôlés, sans odeur ni saveur. On peut comprendre la ville sensuelle comme une ville libre, féminine dans ses courbes, inattendue, contaminée, parfumée, jouissive, volupteuse. La ville rationnelle est masculine quand la sensuelle déborde de féminité.

5) Sensualité urbaine : entre espace public et privé
5.1 Vous avez une autre question ? "La propriété privée c'est le vol".
5.2 Et si la sensualité urbaine était la forme ultime de résistance à la privatisation rampante des espaces publics ; de tous les espaces publics ?

Mon chat


La famille s'est agrandie. Orpheline de notre précédent chat depuis plusieurs mois, j'ai l'honneur de vous présenter son dernier membre à l'identité incertaine car nous ne parvenons pas à nous accorder sur son nom : Suchi, Mintz, Mies, Douchka, ...
Ca y est, voilà que je me crois sur "Facebook" !
Mais j'aime les chats et me reviennent les paroles du "Testament" du grand Georges :

Dieu veuille que ma veuve s'alarme
En enterrant son compagnon,
Et que pour lui faire verser des larmes
Il n'y ait pas besoin d'oignon...
Qu'elle prenne en secondes noces
Un époux de mon acabit:
Il pourra profiter de mes bottes,
Et de mes pantoufles et de mes habits.

Qu'il boive mon vin, qu'il aime ma femme,
Qu'il fume ma pipe et mon tabac,
Mais que jamais - mort de mon âme! -
Jamais il ne fouette mes chats...
Quoique je n'aie pas un atome,
Une ombre de méchanceté,
S'il fouette mes chats, y'a un fantôme
Qui viendra le persécuter.

L'oeil aiguisé du travailleur (1)


Confronté au succès de ma rubrique précédente ("L'oeil aiguisé du vacancier") et contraint, comme le disait Victor Hugo, de mener tout à la fois une "oeuvre et une besogne", j'ai du remettre mes habits de salarié et mon oeil ne va plus s'aiguiser désormais - et pour quelque temps - que sur des détails laborieux.
Illustration avec la photo de la semaine extraite d'une visite dans les ruines d'un des antres du capitalisme paternaliste du XIXème siècle : les anciennes usines Saint Frères de Flexicourt. Je laisse le soin au lecteur curieux (forcément curieux, autrement il ne serait pas ici) de tapoter "Saint Frères" ou "Flexicourt" sur son provider (je ne sais pas exactement ce que signifie ce mot, mais je lui trouve une sonorité barbare qui me plait) pour en savoir plus sur cette épopée industrielle qui, comme toute chose en ce bas monde, a deux visages : ici, celui du progrès, et là celui de l'indécence.

De ma visite un jour de pluie abondante qui donnait aux espaces intérieurs cette illusion supplémentaire de désespoir, j'ai rapporté quelques photos-souvenirs de la mémoire des travailleurs, contaminée avec poésie par les assauts du temps.



jeudi 27 août 2009

L'oeil aiguisé du vacancier (Chapitre 4)

Toujours à Francfort, dans un Centre commercial.
"Ecce homo" ou "La vie de l'homme" ou "On vit une époque formidable" ou ... à vous !

L'oeil aiguisé du vacancier (chapitre 3)

"Flower power". Hommage d'une marchande de fruits et légumes du marché de Francfort ; au choix :
- 40ème anniversaire de Woodstock ?
- clin d'oeil à Andy Warrol ?

mardi 25 août 2009

L'oeil aiguisé du vacancier (Chapitre 2)


Ce n'est pas parce qu'on est en vacances qu'on n'est plus sensible à la poésie ! Ce poème, court et délicat, figure à l'entrée d'un marais salant, sur un petit chemin en marge de la piste cyclable, entre le Martrais et Ars (à vos GPS !).
Au-delà (ou en deçà, on ne sait plus depuis que Le Clézio est Prix Nobel) de la fulgurance poétique qui sublime ce modeste panneau de bois de contreplaqué (il y a un décalage énorme et fascinant entre la force du message et la simplicité du support), la problématique grammaticale jaillit littéralement de l'oeuvre : voyez cette mise en perspective de l'impératif final qui est amené après 2 infinitifs d'une violence irréfutable* ; observez le jeu de la faute d'orthographe au verbe "foutre" qui en révèle toute l'iconoclastie.
Admirez enfin l'ironie subversive de la politesse finale qui parachève cette altercation muette et qui claque véritablement comme un 11ème commandement sur une table de la loi d'une modernité absolue.
Et quoi dire de ce point d'exclamation qui s'invite au bal balayant d'un trait et d'un point toutes les conventions ?
Et ce contraste entre l'ultra-noir des signes typographiques et le blanc absolu du support ?
Je prétends que nous tenons là une oeuvre préfiguratrice d'un mouvement artistique majeur qui va marquer de son empreinte organique ce 21ème siècle.
Mouvement que j'ai déjà eu l'occasion de repérer dans les toilettes du Lieu Unique à Nantes (Cf photo ci-dessous).

* les agrégés de Lettres Modernes me corrigeront éventuellement

lundi 17 août 2009

L'oeil aiguisé du vacancier

J'entame cet article au titre alléchant par un hommage à la cité de Gland, modeste bourgade du département de l'Yonne, établie à quelques encablures de Tonnerre et à un jet de pierre de Cruzy-le-Chatel. "Pour aller à Gland, il faut le vouloir", disait un célèbre philosophe dont l'Histoire n'a retenu que cette phrase fameuse ; comme quoi, il est possible d'être exclu de la postérité bien qu'auteur d'une vérité irréfutable.

De Gland, il ne m'a été donné d'en apercevoir qu'une partie très limitée ; juste le bout...de la rue principale. En effet, nous sommes arrivés sur les lieux vers 14H00, le soleil dardait déjà sans complaisance ses rayons sur Gland qui paraissait tout replié sur lui-même, comme rabougri. Aucun glandu dans la rue ; pas même quelques vieux glandeurs. Me croirez-vous si je vous apprends que la spécialité de Gland est le moult ? Sélectionné et pressé uniquement à la main, le moult de Gland (ou "du Gland" comme on dit en patois local) exige une assez longue préparation et beaucoup d'attention. Jadis son élaboration était exclusivement réservée aux jeunes vierges de Gland. Les spécialistes prétendent que ce n'est qu'après plusieurs dizaines d'années que "Le Moult du Gland" (AOC) atteint son apogée ; et encore, certains millésimes ne parviennent jamais à maturité.
Gland est une ville d'avant-garde en terme culturel. Ci-dessous, vue d'une récente exposition sur le thème de la pesanteur.

Enfin, à l'occasion de la "Grande Glandouille" (il s'agit de la fête annuelle de Gland qui se déroule entre le 15 juillet et le 15 aout), il est possible d'assister à l'élection du "Gland de l'année". Cette compétition, dont le succès ne cesse de s'amplifier à chaque édition, peut s'enorgueillir de présenter un palmarès incomparable : hommes politiques, personnalités du show-bizz, traders, agents immobiliers, ... sont les professions les plus régulièrement honorées.
On peut voir ici une installation extraordinaire d'un artiste local présentée dans le cadre de la "Grande Glandouille" ; un artiste recommandé par Jacques Glan lui-même (à ne pas confondre avec Jacques Lang).
Je poursuis cette ballade estivale par une oeuvre d'art vraisemblablement conçue par l'un des fils naturels de Magritte. Il y est écrit "Je suis un goéland". Le lecteur aura saisi toute la subtilité de l'enchaînement avec l'article précédent.


La sculpture (env. 2,00 m x 1,50 m) est située au bord d'une piste cyclable. Depuis son installation, il a été dénombré plus d'une centaine de collisions entre usagers de la piste. L'artiste nous a fait la confidence - sous le sceau de l'anonymat - qu'il considérait son oeuvre et les traumatismes qu'elle entrainait comme une performance à part entière dont l'originalité consistait, au-delà de sa plasticité formelle, à mettre en scène, non pas l'auteur de la performance mais les voyeurs de sa performance.

De l'art, toujours de l'art ! Je poursuis avec une oeuvre très probablement crypto-suprématiste du siècle dernier.


"Nothing is written" a été conçue par un collectif dont l'une des particularités est de s'habiller en treillis, plutôt le week-end et de marcher dans les bois avec des fusils et des carabines.

Il n'y a pas que l'oeil du vacancier qui est aiguisé ; son goût également. Successivement sont exposées : un plat de VRAIES tomates (provenance : agriculteur bio de Dixmont 89).

et une andouillette homologuée 5A de chez Collin, charcutier à Chablis, qui s'apprête à nous faire le don de son corps brûlant et épicé (celui de l'andouillette, pas du charcutier !).

mardi 4 août 2009

"Changement à Bellegarde"


A question stratégique : Patrice Novarina est-il surtout : un architecte, un artiste, un hédoniste, un peintre, un dessinateur, ou un écrivain, ... ou encore un amateur d'andouille basque ?
Réponse biblique : Il est surtout "tout à la fois" et, cerise sur le gâteau : un homme extrêmement sympathique.
Son petit livre, "Changement à Bellegarde", est une promenade dans le cerveau de cet individu très recommandable, savoyard de coeur et parisien de ... (de raison ?), membre d'une illustre famille d'intellectuels et de constructeurs, et modeste malgré ce handicap (ah, moi qui vient du ruisseau !), homo sapiens qui ne sait - en aristocrate de la condition masculine - faire apparaître de femme au détour d'une page que belle et forcément séductrice, lynchien généreux qui offre à l'imagination du lecteur la liberté de poursuivre son réçit vers d'autres espaces interlopes, curieux invétéré des choses de la vie, de tous ces "détails" qui sont autant d'absolus, animiste poète (ça y est j'ai trouvé !) ...
Vous n'avez pas de "bonus" ? Lisez "Changement à Bellegarde" sur la plage, dans les cabinets, sur votre vélo, en haut du Mont-Blanc, au milieu de l'Atlantique, en dégustant un turbot grillé sur le port de Guétaria, à la Closerie, avant 50 ans ou après, avec une Rolex ou sans, et vous ne risquerez pas le malaise vagal , vous risquerez en revanche de "donner a votre esprit l'occasion d'exister" (comme disait le Maître MVDR), ce que nous ne saurions que vous recommander !...

lundi 3 août 2009

Nous sommes tous des berlinois ?

Comment qualifier Berlin : Ville de liberté, ville des libertés ? Silence dans les rues, dans la ville. Trottoirs très larges conçus pour y accueillir des terrasses et y dresser des tables et des chaises longues. Interdit d'interdir ? Culture classique (Vermeer, Holbein, Cranach, Bruegel, Canaletto, Rubens, Rembrandt, Rafael, Bellini, ...), architectures et squatts taggés. Parcs multiples pour barbecues plus ou moins improvisés. Espaces urbains libérés des carcans normatifs. Piercings, tatouages, bières et Wurtz à tous les étages !

mercredi 22 juillet 2009

sans commentaire

Tout est calme, reposé, entends-tu les clochettes tintinabulées ? ... Le mois de juillet est d'un calme absolu avant aout qui sera en léthargie totale...pendant ce temps, sournoisement :
1) le virus H1N1 s'exerce a la multiplication des pains
2) les traders bourrent leurs lessiveuses de bonus
3) les banques vides hier redeviennent avides aujourd'hui
4) les pets des vaches bouffent la couche d'ozone
5) les pets des parisiens envahissent les Bouches du Rhone
6) les dépôts sont en rupture de stock de bonbonnes de gaz
7) les banlieusards désertent Les gares
8) A la Villette on ne tranche plus le lard, mais on fait des boeufs
9) A Becon on se les bru hier

A vous ....

Itinéraires


Voici un resto que je mets sur mon blog car, sachant que quasiment personne vient le visiter (le blog), je veux que tous ceux qui ne seront pas venus le visiter (le blog) restent dans un état d'ignorance absolu et passent à côté d'une adresse délicieuse et exceptionnelle (prix, rapport qualité/prix, innovation, service, décors, présentation, goût, ...). Il s'agit du restaurant "Itinéraires", 5 rue de Pontoise à Paris 5ème. Ne le dites à personne et à ne recommander sous aucun prétexte afin qu'il reste toujours des places le jour où l'on souhaite y diner ! Merci Hubert !

mardi 21 juillet 2009

Naufragés

Les yeux gavés de fatigue
Le corps abonné à la douleur
L'esprit crucifié sur l'horizon
Les doigts pétrifiés de sel
La voix condamné au gémissement
L'instinct cannibale de l'espoir
Le jour dissout dans la nuit
L'oubli envahit le souvenir
La promesse dans les habits du mensonge
Et la mer comme linceul
Et la mer comme linceul
Cadel Ubbale

dimanche 19 juillet 2009

George Rousse à Anglet (64)




Photographe, plasticien de l'espace, magicien de la perspective, George Rousse est cet artiste qui revisite un espace, un bâtiment (généralement en déshérence)en y superposant une composition géométrique qui transfigure le lieu, et interroge sur sa relation à l'espace originel en venant contredire les règles naturelles de la perspective.

Il est exposé dans une grande villa 19ème et c'est un pur bonheur.

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi


Dernière livraison d'Arto Paasilinna, l'auteur du "Lièvre de Vatanen" et de "La forêt des renards pendus", assez jubilatoire, il faut bien le dire. Ou l'on voit l'épopée d'un fantasque patron de gauche, qui plus est conseiller économique (titre qui ne veut rien dire bien entendu), auprès d'une dizaine de femmes qu'il honore avec succès (et successivement), au prétexte qu'il fête ses soixante ans ... Au passage quelques "tacles" bien sentis à l'encontre de la société capitaliste (la distribution de stock-options conduit à la rapacité, la spéculation contre productive et polluante, la cotation en bourse qui excite les carnassiers, ...), l'encadrement ("ce n'était pas parce qu'elle était neurasthénique et cinglée qu'elle ne pouvait pas réussir dans la profession d'ingénieur. Il y avait de nombreux exemples édifiants dans différentes branches de l'industrie, en Finlande et ailleurs dans le monde." "Si un cadre veut quitter une firme, tant pis pour lui. Ce sont les ouvriers qui assurent la production, pas les supposées têtes pensantes. Jamais une société ne s'est trouvée à court de dirigeants (...) il y a toujours quelqu'un pour vouloir s'y coller."), et la relation homme-femme (mais là, je laisse la dégustation aux lecteurs).
Mon avis : Un super livre de vacances (oubliez Marc Lévy !!!!)

vendredi 17 juillet 2009

From Biarritz


Juste un mot pour vous dire (à qui au fait ?) que la technologie moderne m'a joué des tours ces derniers jours ; d'où mon silence bloggiste (ou bloggifère ?). Devant la succession de messages vous indiquant que la connection a échoué vous êtes comme un c... Mais c'est pas la mort. Pour se consoler quelques vues de la traine de la tempête sur le littoral biarrot. La mer est rarement plus belle que quand elle est gorgée d'écumes et qu'elle produit ce vacarme dantesque.

vendredi 10 juillet 2009

Concert Léonard Cohen Bercy le 7 juillet 2009


Chronique d'un fan absolu.

Un petit mot pour vous rassurer : j'y étais ! Je ne vous ai pas vus... dommage ! Le concert a été interrompu par plusieurs "standing ovation". La 2ème partie fut époustouflante avec des reprises à la guitare sèche de Suzanne ou du Partisan à se croire au paradis.
Et quand j'ai demandé à Léonard d'interpréter "Famous Blue Raincoat", il m'a laissé imaginer qu'il m'avait entendu. Pourquoi ai-je le pressentiment que c'était notre dernière rencontre ? En tout cas, elle fut magnifique. "Beautiful winners".

See you soon Mr Cohen !

BONE de George Chesbro


Bone, c'est le nom de ce homme retrouvé prostré au milieu de Central Park, et qui va rester 3 jours immobile, sans parler, accroupi avec un os fossilisé de fémur humain dans la main. Mais Bone n'est pas tout à fait un inconnu puisqu'il a été repéré depuis un an par un tandem de bénévoles de l'aide sociale, errant dans un petit périmètre au coeur de Manahattan. Personne ne sait d'où vient Bone. Bone ne parle pas. La paume de ses mains est comme brûlée. Il a de multiples cicatrices au visage et sur le corps. Au bout du 3ème jour, Anne - la femme du tandem - parvient à décider Bone de la suivre pour se faire prendre en charge par les services sociaux.
Depuis quelque temps, plus d'une dizaine de meurtres par décapitation ont été commis dans la population des SDF de Manhattan. Les victimes sont choisies parmi les plus déshérités.
Bone, qui se remet progressivement à communiquer, mais qui semble totalement amnésique, ne serait-il pas en réalité un dangereux psychopathe qui joue un jeu pervers avec la police et les services sociaux ?
Chesbro nous entraine dans un polar palpitant, où il nous donne à méditer sur cette société capable de produire des dizaine de milliers de marginaux dont une partie tente de survivre sous terre, dans le ventre de Manhattan.

dimanche 28 juin 2009

Le grand paradoxe

Lu dans Le monde daté des 28 et 29 juin, la chronique d'Hervé Kempf qui dit en substance que, face à l'obligation qui va s'imposer à nous (peuples des pays riches) de réduire "drastiquement" notre train de vie sous peine d'emmener la planète (et nous avec*, on l'oublie !) à sa perte, nous pourrions bien prendre modèle sur les peuples pauvres d'Afrique, rompus à l'exercice de l'indigence et de la frugalité. Peuples qui possèderaient, par une habitude forcée, une capacité de "résilience" plus forte aux "tourments à venir" que les "sociétés riches". Car, ajoute l'auteur, "Pour y parvenir (ceux du Nord), ils doivent se déconditionner, se désaliéner de l'idéologie consommatoire, selon laquelle plus est mieux." Et d'ajouter : "Le débat ici n'est pas que la simplicité soit subie ou choisie ; l'important est qu'elle forme le fond de sa vie et de sa culture (à l'Occident)."
Bon, quand est-ce qu'on y retourne au Mali ?
* même les pilotes de 4x4 !

Le temps des cerises



Hier après-midi récolte de cerises sauvages dans l'Yonne. Un pur moment de bonheur : soleil à tous les étages, branches ployant sous le fardeau d'une multitude de perles rouges, champ de seigle aux épis murs, presque craquants, roucoulement des tourterelles observant le prédateur, ... et 3 kg de cerises au fond de la bassine qui s'offrent comme un don de la nature pour les confitures de l'automne ! Quelle merveille la nature ! Protégeons-la bordel de merde !

vendredi 26 juin 2009

Epitaphe

"Il faut partir maintenant que je pourrai vivre tranquille ! Quitter mon art maintenant que n'étant plus esclave de la mode, n'étant plus enchaîné par des spéculateurs, je pourrais suivre les impulsions de mes inspirations, et écrire avec indépendance ce que me dicte mon coeur."
Dernières paroles de Mozart que je graverais volontier sur ma pierre tombale si je ne redoutais que l'un quelconque des passants égarés dans mon cimetière marin cède à la facilité d'imaginer un instant que j'ai pu me comparer une seule seconde à ce génie.

lundi 22 juin 2009

Le nouveau quartier du Plessis-Robinson ou la ville lobotomisée

"Lobotomiser : Opération de neurochirurgie visant à sectionner de la substance blanche d'un lobe cérébral entrainant la destruction de circuit de neurones."
Il faut visiter le nouveau quartier d'habitation du Plessis-Robinson pour au moins 2 raisons : la 1ère c'est qu'il n'existe pas en France, à ma connaissance, d'exemple comparable d'un tel urbanisme et ce n'est pas un défaut d'être curieux ; la seconde c'est que cette visite permet d'opérer une réflexion sur le sens de l'architecture.
Le quartier en question comprend 1380 logements bâtis dans un patchwork de styles "néo quelque chose", pastichant les habitats urbains du 19ème siècle (principalement). Le tout est fort bien construit. Les matériaux semblent être de qualité et leur mise en oeuvre également ; on verra quand même à l'usage mais, pour être honnête, il existe ailleurs un grand nombre de constructions de style contemporain plus mal finies et susceptibles de supporter moins bien les outrages du temps !
Tout le vocabulaire d'une architecture vernaculaire urbaine du 19ème figure comme sur un catalogue : pilastres, fenêtres mansardées, chiens-assis, clochetons, kiosques à musique, toits en pentes ardoisés cotoyant une couverture en tuile, porches en arcs plein-cintre, appareillages classiques, tourelles d'angle, consoles en fer forgé, etc. Au milieu de ce décor serpente une fausse rivière sur laquelle flottent, immobiles et inutiles, de fausses-vraies barques (mais il y a de vraies grenouilles !). Quelques passerelles enjambent ces eaux artificielles dont le courant est animé par des pompes invisibles. Les berges fabriquées ont été assez joliment agrémentées d'un projet paysager de qualité. Au détour d'un chemin en béton désactivé (seule concession à la modernité ?), on entre dans un échantillon de "béguinage" fait de gentilles maisons de ville aux volets colorés, dotées de jardins minuscules parfaitement entretenus et disciplinés où toute variante au cahier des charges imposé (mais sans doute librement accepté) est à l'évidence exclue. Tout est propre, tout est calme. Il n'y a pas un cri d'enfant. Pas un banc pour des vieux. Tout est organisé dans une sorte de mise en scène de l'Ennui.
S'agit-il d'architecture ? De mon point de vue, certainement pas.
D'abord l'architecture suppose la création. Et faire acte de création s'oppose à ce travail de reproduction, de combinaison de fraction de styles, de juxtaposition de fragments d'images du passé, de bricolage de clichés.
L'architecture n'existe pas dans la négation du contexte. Et ce décor va encore plus loin car il commet le déni de contexte. Il n'a besoin de rien ; il se construit ex nihilo. On est en studio. On est bien dans le décor et non dans l'architecture. On est au point le plus haut de la ville et une rivière coule comme dans un talweg !
Enfin l'architecture doit apporter une émotion. Et là on est dans le "pittoresque", le "charmant", paradoxalement dans le normatif (il ne suffit pas d'organiser les décrochements et une pseudo variété de façades pour être dans la liberté) ; on est dans l'aseptisé, le terrorisme du goût commun, la mise en scène du vide, la ville lobotomisée !
Que manque-t-il ? Une sonorisation avec le chant des cigales (même en hiver, c'est plus sympa que le cri des corneilles). Des portiques de sécurité. Un immense vélum peint en bleu avec un faux soleil qui brille en permanence. Des milices qui patrouillent.
Cette parade affligeante symbolise ce que la société actuelle nous livre de plus médiocre : l'illusion de l'authentique et du "varié" alors que le pittoresque et le conformisme règnent en maître absolu, une absence définitive d'intelligence ; l'architecture-réalité comme la télé-réalité !

mardi 9 juin 2009

A un poète mineur de 1899 de Jorge Luis borges



Ce matin, au saut du lit, je découvre ce poème que je trouve très beau ; alors, ce soir, j'ai envie de le mettre ici, rien que pour vous et moi...





"La tristesse qui guette à l'heure où le jour fuit
Te demandait un vers. Tu voulus d'une lente
Ligne lier ton nom à la date dolente
Où l'or va se mêlant à l'imprécise nuit.
Dans la lueur qui se soumet et qui s'échange
De quel amour tu dus polir l'étrange vers
Qui, jusqu'à la dispersion de l'univers,
Saurait seul confirmer l'heure d'azur étrange !
Y parvins-tu jamais ? De toi, mon vague aimé,
Que savoir et que dire ? Es-tu mort ? Es-tu né ?
Mais je veux que l'oubli rende à ma solitude
L'ombre légère de la vie, et ton espoir,
Embué par le mien d'un peu de lassitude,
Qu'en quelques mots humains puisse tenir le soir."

dimanche 7 juin 2009

Couvent des Récollets

Dans le cadre de la manifestation "Paris en toutes lettres", je me rends au Couvent des Récollets près de la gare de l'Est, magnifique exemple d'architecture religieuse des 17ème et 18ème, qui accueille depuis sa rénovation en 2003 la Maison des architectes d'Ile de France. Et cet après-midi, 8 juin 2009, plusieurs rencontres sont programmées avec des écrivains. J'ai choisi celle sur le thème "La littérature de l'hospitalité" avec Amin Maalouf, Neil Bissodatt, Abdelkader Djemel et surtout Duong Thu Huong. J'avoue que je viens plutôt pour elle dont je viens de terminer son 1er roman "Itinéraire d'enfance", présenté à la "Première" du Square Littéraire hier soir.
La rencontre-débat se déroule dans une très belle salle à la voute basilicale (si je ne me trompe) dont la charpente en bois, avec ses arcs plein-cintre, est d'une très grande beauté. Je prends place au premier rang, juste devant la longue table qui va recevoir dans quelques instants les quatre écrivains. Derrière la table, il y a un mur immense, dont la surface est comme un palimpseste écorché sur lequel on devine quelques traces timides de domesticité qui paraissent bien sages par rapport aux multiples zébrures, arrachements, délitements qui composent l'essentiel d'un tableau d'une force primitive. L'éclairage qui est assez tamisé apporte un supplément d'inquiétude à cette oeuvre improvisée.

Les quatre écrivains prennent place. Un animateur italien avec une pointe d'accent dans le bavardage présente chaque intervenant puis procède à leur questionnement. C'est Maalouf qui fait l'entame. Duong Thu Huong a un très beau visage emprunt d'une gravité un peu triste. Elle écoute en plissant les cils fréquemment. Elle se retourne et observe le mur derrière elle. Partage-t-elle mes impressions ? Se dit-elle que cette surface est sinistre - quand je lui trouve une certaine beauté ? Ces cicatrices sur la pierre partiellement enduite lui rappellent-elle les murs des prisons vietnamiennes dans lesquelles elle fut enfermée plusieurs mois. J'avoue ne pas avoir retenu grand chose de l'intervention de Maalouf. Il a affirmé ne pas aimer le mot "racines". Pour un écrivain, ce qui est important c'est les routes qu'il prend, dit-il. Puis l'animateur italien interroge Neil Bissodatt, écrivain canadien d'origine jamaïcaine. Il est professeur à Montréal. Il s'exprime en français avec une sympathique pointe d'accent québécois. Il a choisi de quitter la Jamaïque à 18 ans. Ses parents, aisés, lui avaient permis de voyager à travers le monde. A la lisière du monde adulte, cette île des Caraïbes lui ait apparu trop petite. Il écrit ses romans en anglais car tous les personnages dont ils s'inspirent sont des gens qu'il croise et qui vivent en anglais.

Puis vient le tour de Duong Thu Huong. Elle commence par s'excuser de son français "minable" (elle utilisera à plusieurs reprise ce qualificatif). Elle a une voix d'adolescente. Elle se considère comme une "combattante". Elle raconte comment elle a appris le français. Quand elle fut emprisonnée, on lui autorisa d'avoir avec elle un seul livre : soit un livre de pharmacie, soit un dictionnaire franco-vitenamien. Elle choisit le second. Elle parle de son adolescence de jeune fille issue d'un milieu non privilégié (traduire : non communiste de la Nomenklatura) pour lequel l'accès à la littérature était extrêmement limité. Outre les livres d'auteurs russes, quelques classiques de la littérature française trainaient sur une étagère dans un coin de la salle de classe, recouverts d'une méchante couverture en papier bleu clair : "Les Misérables", "Eugénie Grandet", ... Elle nous dit en riant que "Espèce de Grandet" est une insulte en vietnamien ! Apprendre le français fut pour elle l'occasion de s'ouvrir sur l'univers. Elle parle de notre pays qui est très beau, très calme, où chaque ville se vante de ses bons petits plats. Elle déteste seulement Marseille où, à peine arrivée, elle se fait braquer dans une voiture et voler tous ses papiers. Depuis elle est une "sans-papier". "Pour moi, être ici en France, est la seule solution pour vivre de la littérature." A la question de la possibilité d'écrire sur la France et plus sur le Vietnam, Duong Thu Huong semble dire que les plaies sont encore trop vives, que l'écrivain est un être de mémoire, et sa mémoire est à l'évidence là-bas. D'autres phrases sont dites par d'autres intervenants : "Tous les êtres autour de moi sont clairs, et il n'y a que moi qui suis flou" ; "Toute personne a légitimité à parler de tout ce qui est humain." A la question d'un personne de la salle demandant si chaque écrivain pouvait citer une anecdote illustrant la question de l'hospitalité, seul Neil Bissodatt parle du jour de son arrivée au Canada où, complètement perdu, il demande à un "business man" de lui indiquer une adresse, et que cet homme prend tout son temps pour l'amener exactement à l'adresse en question. Maalouf dit en avoir plein, mais n'en trouve pas une sur l'instant. Duong Thu Huong se retranche derrière son français "trop minable". Et Abdelkader Djemel n'en a visiblement pas considérant sans doute, comme il le dit, "Que sur les 100 km qu'il y a à faire entre moi et vous, j'en ai fait 98, et vous n'êtes pas capable d'en faire 2 !". Un peu vrai peut être. Dommage !