mercredi 22 juillet 2009

sans commentaire

Tout est calme, reposé, entends-tu les clochettes tintinabulées ? ... Le mois de juillet est d'un calme absolu avant aout qui sera en léthargie totale...pendant ce temps, sournoisement :
1) le virus H1N1 s'exerce a la multiplication des pains
2) les traders bourrent leurs lessiveuses de bonus
3) les banques vides hier redeviennent avides aujourd'hui
4) les pets des vaches bouffent la couche d'ozone
5) les pets des parisiens envahissent les Bouches du Rhone
6) les dépôts sont en rupture de stock de bonbonnes de gaz
7) les banlieusards désertent Les gares
8) A la Villette on ne tranche plus le lard, mais on fait des boeufs
9) A Becon on se les bru hier

A vous ....

Itinéraires


Voici un resto que je mets sur mon blog car, sachant que quasiment personne vient le visiter (le blog), je veux que tous ceux qui ne seront pas venus le visiter (le blog) restent dans un état d'ignorance absolu et passent à côté d'une adresse délicieuse et exceptionnelle (prix, rapport qualité/prix, innovation, service, décors, présentation, goût, ...). Il s'agit du restaurant "Itinéraires", 5 rue de Pontoise à Paris 5ème. Ne le dites à personne et à ne recommander sous aucun prétexte afin qu'il reste toujours des places le jour où l'on souhaite y diner ! Merci Hubert !

mardi 21 juillet 2009

Naufragés

Les yeux gavés de fatigue
Le corps abonné à la douleur
L'esprit crucifié sur l'horizon
Les doigts pétrifiés de sel
La voix condamné au gémissement
L'instinct cannibale de l'espoir
Le jour dissout dans la nuit
L'oubli envahit le souvenir
La promesse dans les habits du mensonge
Et la mer comme linceul
Et la mer comme linceul
Cadel Ubbale

dimanche 19 juillet 2009

George Rousse à Anglet (64)




Photographe, plasticien de l'espace, magicien de la perspective, George Rousse est cet artiste qui revisite un espace, un bâtiment (généralement en déshérence)en y superposant une composition géométrique qui transfigure le lieu, et interroge sur sa relation à l'espace originel en venant contredire les règles naturelles de la perspective.

Il est exposé dans une grande villa 19ème et c'est un pur bonheur.

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi


Dernière livraison d'Arto Paasilinna, l'auteur du "Lièvre de Vatanen" et de "La forêt des renards pendus", assez jubilatoire, il faut bien le dire. Ou l'on voit l'épopée d'un fantasque patron de gauche, qui plus est conseiller économique (titre qui ne veut rien dire bien entendu), auprès d'une dizaine de femmes qu'il honore avec succès (et successivement), au prétexte qu'il fête ses soixante ans ... Au passage quelques "tacles" bien sentis à l'encontre de la société capitaliste (la distribution de stock-options conduit à la rapacité, la spéculation contre productive et polluante, la cotation en bourse qui excite les carnassiers, ...), l'encadrement ("ce n'était pas parce qu'elle était neurasthénique et cinglée qu'elle ne pouvait pas réussir dans la profession d'ingénieur. Il y avait de nombreux exemples édifiants dans différentes branches de l'industrie, en Finlande et ailleurs dans le monde." "Si un cadre veut quitter une firme, tant pis pour lui. Ce sont les ouvriers qui assurent la production, pas les supposées têtes pensantes. Jamais une société ne s'est trouvée à court de dirigeants (...) il y a toujours quelqu'un pour vouloir s'y coller."), et la relation homme-femme (mais là, je laisse la dégustation aux lecteurs).
Mon avis : Un super livre de vacances (oubliez Marc Lévy !!!!)

vendredi 17 juillet 2009

From Biarritz


Juste un mot pour vous dire (à qui au fait ?) que la technologie moderne m'a joué des tours ces derniers jours ; d'où mon silence bloggiste (ou bloggifère ?). Devant la succession de messages vous indiquant que la connection a échoué vous êtes comme un c... Mais c'est pas la mort. Pour se consoler quelques vues de la traine de la tempête sur le littoral biarrot. La mer est rarement plus belle que quand elle est gorgée d'écumes et qu'elle produit ce vacarme dantesque.

vendredi 10 juillet 2009

Concert Léonard Cohen Bercy le 7 juillet 2009


Chronique d'un fan absolu.

Un petit mot pour vous rassurer : j'y étais ! Je ne vous ai pas vus... dommage ! Le concert a été interrompu par plusieurs "standing ovation". La 2ème partie fut époustouflante avec des reprises à la guitare sèche de Suzanne ou du Partisan à se croire au paradis.
Et quand j'ai demandé à Léonard d'interpréter "Famous Blue Raincoat", il m'a laissé imaginer qu'il m'avait entendu. Pourquoi ai-je le pressentiment que c'était notre dernière rencontre ? En tout cas, elle fut magnifique. "Beautiful winners".

See you soon Mr Cohen !

BONE de George Chesbro


Bone, c'est le nom de ce homme retrouvé prostré au milieu de Central Park, et qui va rester 3 jours immobile, sans parler, accroupi avec un os fossilisé de fémur humain dans la main. Mais Bone n'est pas tout à fait un inconnu puisqu'il a été repéré depuis un an par un tandem de bénévoles de l'aide sociale, errant dans un petit périmètre au coeur de Manahattan. Personne ne sait d'où vient Bone. Bone ne parle pas. La paume de ses mains est comme brûlée. Il a de multiples cicatrices au visage et sur le corps. Au bout du 3ème jour, Anne - la femme du tandem - parvient à décider Bone de la suivre pour se faire prendre en charge par les services sociaux.
Depuis quelque temps, plus d'une dizaine de meurtres par décapitation ont été commis dans la population des SDF de Manhattan. Les victimes sont choisies parmi les plus déshérités.
Bone, qui se remet progressivement à communiquer, mais qui semble totalement amnésique, ne serait-il pas en réalité un dangereux psychopathe qui joue un jeu pervers avec la police et les services sociaux ?
Chesbro nous entraine dans un polar palpitant, où il nous donne à méditer sur cette société capable de produire des dizaine de milliers de marginaux dont une partie tente de survivre sous terre, dans le ventre de Manhattan.

dimanche 28 juin 2009

Le grand paradoxe

Lu dans Le monde daté des 28 et 29 juin, la chronique d'Hervé Kempf qui dit en substance que, face à l'obligation qui va s'imposer à nous (peuples des pays riches) de réduire "drastiquement" notre train de vie sous peine d'emmener la planète (et nous avec*, on l'oublie !) à sa perte, nous pourrions bien prendre modèle sur les peuples pauvres d'Afrique, rompus à l'exercice de l'indigence et de la frugalité. Peuples qui possèderaient, par une habitude forcée, une capacité de "résilience" plus forte aux "tourments à venir" que les "sociétés riches". Car, ajoute l'auteur, "Pour y parvenir (ceux du Nord), ils doivent se déconditionner, se désaliéner de l'idéologie consommatoire, selon laquelle plus est mieux." Et d'ajouter : "Le débat ici n'est pas que la simplicité soit subie ou choisie ; l'important est qu'elle forme le fond de sa vie et de sa culture (à l'Occident)."
Bon, quand est-ce qu'on y retourne au Mali ?
* même les pilotes de 4x4 !

Le temps des cerises



Hier après-midi récolte de cerises sauvages dans l'Yonne. Un pur moment de bonheur : soleil à tous les étages, branches ployant sous le fardeau d'une multitude de perles rouges, champ de seigle aux épis murs, presque craquants, roucoulement des tourterelles observant le prédateur, ... et 3 kg de cerises au fond de la bassine qui s'offrent comme un don de la nature pour les confitures de l'automne ! Quelle merveille la nature ! Protégeons-la bordel de merde !

vendredi 26 juin 2009

Epitaphe

"Il faut partir maintenant que je pourrai vivre tranquille ! Quitter mon art maintenant que n'étant plus esclave de la mode, n'étant plus enchaîné par des spéculateurs, je pourrais suivre les impulsions de mes inspirations, et écrire avec indépendance ce que me dicte mon coeur."
Dernières paroles de Mozart que je graverais volontier sur ma pierre tombale si je ne redoutais que l'un quelconque des passants égarés dans mon cimetière marin cède à la facilité d'imaginer un instant que j'ai pu me comparer une seule seconde à ce génie.

lundi 22 juin 2009

Le nouveau quartier du Plessis-Robinson ou la ville lobotomisée

"Lobotomiser : Opération de neurochirurgie visant à sectionner de la substance blanche d'un lobe cérébral entrainant la destruction de circuit de neurones."
Il faut visiter le nouveau quartier d'habitation du Plessis-Robinson pour au moins 2 raisons : la 1ère c'est qu'il n'existe pas en France, à ma connaissance, d'exemple comparable d'un tel urbanisme et ce n'est pas un défaut d'être curieux ; la seconde c'est que cette visite permet d'opérer une réflexion sur le sens de l'architecture.
Le quartier en question comprend 1380 logements bâtis dans un patchwork de styles "néo quelque chose", pastichant les habitats urbains du 19ème siècle (principalement). Le tout est fort bien construit. Les matériaux semblent être de qualité et leur mise en oeuvre également ; on verra quand même à l'usage mais, pour être honnête, il existe ailleurs un grand nombre de constructions de style contemporain plus mal finies et susceptibles de supporter moins bien les outrages du temps !
Tout le vocabulaire d'une architecture vernaculaire urbaine du 19ème figure comme sur un catalogue : pilastres, fenêtres mansardées, chiens-assis, clochetons, kiosques à musique, toits en pentes ardoisés cotoyant une couverture en tuile, porches en arcs plein-cintre, appareillages classiques, tourelles d'angle, consoles en fer forgé, etc. Au milieu de ce décor serpente une fausse rivière sur laquelle flottent, immobiles et inutiles, de fausses-vraies barques (mais il y a de vraies grenouilles !). Quelques passerelles enjambent ces eaux artificielles dont le courant est animé par des pompes invisibles. Les berges fabriquées ont été assez joliment agrémentées d'un projet paysager de qualité. Au détour d'un chemin en béton désactivé (seule concession à la modernité ?), on entre dans un échantillon de "béguinage" fait de gentilles maisons de ville aux volets colorés, dotées de jardins minuscules parfaitement entretenus et disciplinés où toute variante au cahier des charges imposé (mais sans doute librement accepté) est à l'évidence exclue. Tout est propre, tout est calme. Il n'y a pas un cri d'enfant. Pas un banc pour des vieux. Tout est organisé dans une sorte de mise en scène de l'Ennui.
S'agit-il d'architecture ? De mon point de vue, certainement pas.
D'abord l'architecture suppose la création. Et faire acte de création s'oppose à ce travail de reproduction, de combinaison de fraction de styles, de juxtaposition de fragments d'images du passé, de bricolage de clichés.
L'architecture n'existe pas dans la négation du contexte. Et ce décor va encore plus loin car il commet le déni de contexte. Il n'a besoin de rien ; il se construit ex nihilo. On est en studio. On est bien dans le décor et non dans l'architecture. On est au point le plus haut de la ville et une rivière coule comme dans un talweg !
Enfin l'architecture doit apporter une émotion. Et là on est dans le "pittoresque", le "charmant", paradoxalement dans le normatif (il ne suffit pas d'organiser les décrochements et une pseudo variété de façades pour être dans la liberté) ; on est dans l'aseptisé, le terrorisme du goût commun, la mise en scène du vide, la ville lobotomisée !
Que manque-t-il ? Une sonorisation avec le chant des cigales (même en hiver, c'est plus sympa que le cri des corneilles). Des portiques de sécurité. Un immense vélum peint en bleu avec un faux soleil qui brille en permanence. Des milices qui patrouillent.
Cette parade affligeante symbolise ce que la société actuelle nous livre de plus médiocre : l'illusion de l'authentique et du "varié" alors que le pittoresque et le conformisme règnent en maître absolu, une absence définitive d'intelligence ; l'architecture-réalité comme la télé-réalité !

mardi 9 juin 2009

A un poète mineur de 1899 de Jorge Luis borges



Ce matin, au saut du lit, je découvre ce poème que je trouve très beau ; alors, ce soir, j'ai envie de le mettre ici, rien que pour vous et moi...





"La tristesse qui guette à l'heure où le jour fuit
Te demandait un vers. Tu voulus d'une lente
Ligne lier ton nom à la date dolente
Où l'or va se mêlant à l'imprécise nuit.
Dans la lueur qui se soumet et qui s'échange
De quel amour tu dus polir l'étrange vers
Qui, jusqu'à la dispersion de l'univers,
Saurait seul confirmer l'heure d'azur étrange !
Y parvins-tu jamais ? De toi, mon vague aimé,
Que savoir et que dire ? Es-tu mort ? Es-tu né ?
Mais je veux que l'oubli rende à ma solitude
L'ombre légère de la vie, et ton espoir,
Embué par le mien d'un peu de lassitude,
Qu'en quelques mots humains puisse tenir le soir."

dimanche 7 juin 2009

Couvent des Récollets

Dans le cadre de la manifestation "Paris en toutes lettres", je me rends au Couvent des Récollets près de la gare de l'Est, magnifique exemple d'architecture religieuse des 17ème et 18ème, qui accueille depuis sa rénovation en 2003 la Maison des architectes d'Ile de France. Et cet après-midi, 8 juin 2009, plusieurs rencontres sont programmées avec des écrivains. J'ai choisi celle sur le thème "La littérature de l'hospitalité" avec Amin Maalouf, Neil Bissodatt, Abdelkader Djemel et surtout Duong Thu Huong. J'avoue que je viens plutôt pour elle dont je viens de terminer son 1er roman "Itinéraire d'enfance", présenté à la "Première" du Square Littéraire hier soir.
La rencontre-débat se déroule dans une très belle salle à la voute basilicale (si je ne me trompe) dont la charpente en bois, avec ses arcs plein-cintre, est d'une très grande beauté. Je prends place au premier rang, juste devant la longue table qui va recevoir dans quelques instants les quatre écrivains. Derrière la table, il y a un mur immense, dont la surface est comme un palimpseste écorché sur lequel on devine quelques traces timides de domesticité qui paraissent bien sages par rapport aux multiples zébrures, arrachements, délitements qui composent l'essentiel d'un tableau d'une force primitive. L'éclairage qui est assez tamisé apporte un supplément d'inquiétude à cette oeuvre improvisée.

Les quatre écrivains prennent place. Un animateur italien avec une pointe d'accent dans le bavardage présente chaque intervenant puis procède à leur questionnement. C'est Maalouf qui fait l'entame. Duong Thu Huong a un très beau visage emprunt d'une gravité un peu triste. Elle écoute en plissant les cils fréquemment. Elle se retourne et observe le mur derrière elle. Partage-t-elle mes impressions ? Se dit-elle que cette surface est sinistre - quand je lui trouve une certaine beauté ? Ces cicatrices sur la pierre partiellement enduite lui rappellent-elle les murs des prisons vietnamiennes dans lesquelles elle fut enfermée plusieurs mois. J'avoue ne pas avoir retenu grand chose de l'intervention de Maalouf. Il a affirmé ne pas aimer le mot "racines". Pour un écrivain, ce qui est important c'est les routes qu'il prend, dit-il. Puis l'animateur italien interroge Neil Bissodatt, écrivain canadien d'origine jamaïcaine. Il est professeur à Montréal. Il s'exprime en français avec une sympathique pointe d'accent québécois. Il a choisi de quitter la Jamaïque à 18 ans. Ses parents, aisés, lui avaient permis de voyager à travers le monde. A la lisière du monde adulte, cette île des Caraïbes lui ait apparu trop petite. Il écrit ses romans en anglais car tous les personnages dont ils s'inspirent sont des gens qu'il croise et qui vivent en anglais.

Puis vient le tour de Duong Thu Huong. Elle commence par s'excuser de son français "minable" (elle utilisera à plusieurs reprise ce qualificatif). Elle a une voix d'adolescente. Elle se considère comme une "combattante". Elle raconte comment elle a appris le français. Quand elle fut emprisonnée, on lui autorisa d'avoir avec elle un seul livre : soit un livre de pharmacie, soit un dictionnaire franco-vitenamien. Elle choisit le second. Elle parle de son adolescence de jeune fille issue d'un milieu non privilégié (traduire : non communiste de la Nomenklatura) pour lequel l'accès à la littérature était extrêmement limité. Outre les livres d'auteurs russes, quelques classiques de la littérature française trainaient sur une étagère dans un coin de la salle de classe, recouverts d'une méchante couverture en papier bleu clair : "Les Misérables", "Eugénie Grandet", ... Elle nous dit en riant que "Espèce de Grandet" est une insulte en vietnamien ! Apprendre le français fut pour elle l'occasion de s'ouvrir sur l'univers. Elle parle de notre pays qui est très beau, très calme, où chaque ville se vante de ses bons petits plats. Elle déteste seulement Marseille où, à peine arrivée, elle se fait braquer dans une voiture et voler tous ses papiers. Depuis elle est une "sans-papier". "Pour moi, être ici en France, est la seule solution pour vivre de la littérature." A la question de la possibilité d'écrire sur la France et plus sur le Vietnam, Duong Thu Huong semble dire que les plaies sont encore trop vives, que l'écrivain est un être de mémoire, et sa mémoire est à l'évidence là-bas. D'autres phrases sont dites par d'autres intervenants : "Tous les êtres autour de moi sont clairs, et il n'y a que moi qui suis flou" ; "Toute personne a légitimité à parler de tout ce qui est humain." A la question d'un personne de la salle demandant si chaque écrivain pouvait citer une anecdote illustrant la question de l'hospitalité, seul Neil Bissodatt parle du jour de son arrivée au Canada où, complètement perdu, il demande à un "business man" de lui indiquer une adresse, et que cet homme prend tout son temps pour l'amener exactement à l'adresse en question. Maalouf dit en avoir plein, mais n'en trouve pas une sur l'instant. Duong Thu Huong se retranche derrière son français "trop minable". Et Abdelkader Djemel n'en a visiblement pas considérant sans doute, comme il le dit, "Que sur les 100 km qu'il y a à faire entre moi et vous, j'en ai fait 98, et vous n'êtes pas capable d'en faire 2 !". Un peu vrai peut être. Dommage !

Je ne sais pas, je ne suis pas

Je ne sais pas écrire car il faudrait accepter de souffrir.
Je ne suis pas un poète car il faudrait avoir du talent.
Je ne sais pas chanter car seuls les enfants chantent.
Je ne suis pas quelqu'un de célèbre car je n'ai rien à célébrer.
Je ne sais pas compter car je redouterais de finir comptable.
Je ne suis pas un chef car j'ai trop subi l'absurde du commandement.
Je ne sais pas dire la vérité car je crois qu'elle n'existe pas.
Je ne suis pas un menteur non plus ; c'est ma grand-mère qui disait ça.
Je ne sais pas être sérieux car je redoute de me prendre au sérieux.
Je ne suis pas savant car il faudrait tenter de l'être.
Je ne sais pas vieillir car je refuse d'apprendre.
Je ne suis pas révolutionnaire car je ne sais pas haïr.
Je ne sais pas faire la guerre car j'aurais certainement peur.
Je ne suis pas un aventurier car je n'en ai pas la raison.
Je ne sais pas dire non car j'aime tant qu'on me dise oui.
Je ne suis pas à plaindre car ce serait indécent.
Je ne sais pas voler car je ne suis pas un oiseau.
Je ne suis pas mystique car je ne veux pas prier.

Je sais juste pleurer et rire ; aimer aussi.

Cadel Ubbale

jeudi 4 juin 2009

Le plateau du Kirchberg au Luxembourg : un paradis (fiscal) architectural ?


Le plateau du Kirchberg est une zone d’environ 360 ha situé au Nord-Ouest du centre ville de Luxembourg. Son urbanisation dans les années 60 s’est effectuée principalement via l’édification de plusieurs bâtiments destinés à accueillir les services des institutions européennes.
Puis dans les années 80, vinrent des établissements financiers, et plus récemment ce quartier d’affaires s’est enfin ouvert à l’art et la culture avec la construction de la Philharmonie de Christian de Portzamparc, et le Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean de l’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei (le même que la Pyramide du Louvre, béotiens !).
Aujourd’hui, le site ne cesse d’accueillir de nouveaux bâtiments emblématiques, construits parfois sur les ruines de leurs prédécesseurs, comme la nouvelle Cour de Justice Européenne de Dominique Perrault. Ce dernier, auteur de la très controversée Bibliothèque de France, a connu après ce succès de jeunesse une certaine désaffection de la part de la commande hexagonale. Mais de cet exil forcé, Dominique Perrault ne semble pas trop avoir souffert, car il lui a été donné de concevoir et de réaliser, loin de son Auvergne natale, de nombreux bâtiments prestigieux comme la piscine et le vélodrome olympique de Berlin, une université en Corée du Sud, des hôtels en Espagne et en Italie, ou le pendant de Roland Garros à Madrid.
Avec la Cour Européenne de Justice du Luxembourg, inaugurée en décembre 2008, Perrault signe un véritable manifeste que l’on serait tenté de qualifier davantage de « plastique » que d’architectural, si l’ensemble de plus de 150.000 m2 n’était pas en définitive conçu pour abriter une population d’environ 2.000 fonctionnaires. Manifeste décliné jusqu'au dessin du mobilier et des moindres accessoires ; Perrault est le seul architecte, je crois, à réussir à s'imposer sur le "total look".
On retrouve, dans la composition de ce nouvel ensemble édifié en lieu et place d’un bâtiment des années 70, une très grande rigueur géométrique - un parallélépipède enfermé dans un rectangle épais - amplifiée par le choix d’une palette chromatique réduite à ce que l’on pourrait qualifier d’« ultra-noir », par analogie aux toiles abstraites de Soulages ; encore que cet « ultra-noir-la », contrairement à celui du peintre, ne concède aucune fantaisie, aucun reflet, tant sa teinte et sa matière sont d’un mat absolu.
Abstraction et sacré – il y a un peu de la Kaaba dans le bâtiment central - dialoguent dans une sorte de quête de l’essentiel juste trahie, de mon point de vue, par certains éléments de décor comme le couronnement périmétrique en plaques de verre fumé, ou les accessoires baroques des sas de communication aux salles d’audience.
En opposition à cette composition horizontale de plus de 600 m de long, Perrault a érigé deux tours jumelles de bureaux pour les traducteurs dont l’élancement est impeccable, et dont les façades, enrichies d’une tôle perforée, pliée et teintée bronze-doré, miment l’aléatoire et, au soleil couchant, s’inspirent des tourments du roi Midas.

En pénétrant par l’entrée des visiteurs – presque invisible comme souvent chez Perrault – on accède immédiatement après, à un vaste espace où le noir (encore)règne sans partage ; sorte de salle des pas perdus inquiétante, bridée de structures métalliques dont l’assemblage revendique le vocabulaire d'une ingénierie sans inspiration, où les ventilateurs de désenfumage sont mis en scène comme dans un décor de film de fiction des années 60. Au plafond, des cages grillagées pour l’insonorisation de l’espace, noires ; au sol un béton ciré, encore noir ; juste au-dessus de nos têtes, un luminaire immense – œuvre de l’architecte - en forme de spirale aux allures de ressort mécanique d’une montre gigantesque.

Cet espace, voué à des expositions, offre une perspective en contrebas sur ce que l'on devine devoir être « le clou du spectacle » : la grande salle d’audience et surtout son baldaquin de toile tissée métallique dorée – un matériau fétiche chez Perrault depuis la Très Grande Bibliothèque – qui se déploie avec une certaine solennité baroque dans le vide au-dessus de l’assistance.

Dans la « gestion » des grands espaces, on sent que la main de Dominique Perrault ne tremble pas. Il y aurait même chez lui comme une certaine jubilation à traiter de ces échelles architecturales monumentales.

Mais mon regard a été admiratif pour deux « détails » en particulier : un escalier qui se déploie dans l’espace comme un coquillage, juste guidé par deux tôles d’acier à la manière d’une sculpture de Serra ; les petites passerelles de liaison en verre entre le cœur du dispositif et le péristyle de bureaux qui sont des petits bijoux de précision et de légèreté.


A quelques centaines de mètres de la Cour de Justice, la Philharmonie, qui date de 2005, invite à une promenade dans un univers totalement opposé, construit sur la courbe et la lumière, les couleurs et la profusion d’espaces singuliers.
Vu de l’extérieur la Philharmonie se présente comme un bâtiment sensiblement elliptique, d'un blanc absolu, d’une grande légèreté avec ce déroulé de poteaux très fins qui peut évoquer, sans que la métaphore soit gênante, une harpe monumentale.
Le bâtiment est presque un manifeste également ; on peut y retrouver tout le vocabulaire de Christian de Portzamparc : la rue intérieure comme pratiquée déjà à la Cité de la Musique de la Porte de Pantin, le dessin parfait d’une coursive en béton, la multiplication des intersections complexes de volumes coniques, les couleurs pastel, un souci affirmé de l'esthétisme, ...

On est, là encore, admiratif du talent de certains grands architectes à imaginer, puis maîtriser l'échelle d'espaces aussi complexes.
La salle de concert, dont la réputation acoustique attire aujourd’hui les plus grandes formations mondiales, a des allures de morceaux de ville, avec ses éléments verticaux dessinés comme les façades d’une cour urbaine, munies de loges pareilles à des balcons de maisons particulières.
La seconde salle, celle de la musique de chambre, plus petite, est d’une élégance de courtisane. On y accède par le haut, par une rampe un peu lascive qui glisse dans l’espace comme la traine d’une cantatrice. Christian de Portzamparc a exploré une nouvelle fois les ressources secrètes du ruban de Moebius, dont la surface courbe non focalisante est un accessoire énigmatique à la composition d’espaces musicaux.

Mais il y a aussi quelque chose de mystique dans la conjugaison des formes et des couleurs ; la musique est ici servie par un espace et des matériaux – le bois en particulier - qui lui offre à l’évidence une spiritualité supplémentaire.
Pour évoquer son travail sur les espaces voués à la musique, l’architecte a ces mots : « J’aime concevoir des formes architecturales pour la musique. L’écoute et le regard, deux royaumes de perception y dialoguent et se répondent librement. C’est une grâce de l’espace. L’émotion musicale, c’est la découverte et l’entrée progressive dans un monde autre qui se déploie dans la durée. »

Perrault travaille dans le sériel et une certaine dureté mécanique ; Portzamparc dans la variation et la douceur organique. C’est étonnant de voir successivement l’expression de styles aussi opposés. A l’évidence, l’émotion ne relève d’aucun commandement, d’aucune disposition règlementaire ; elle le fruit du seul talent.

Article à paraître dans la revue "L'Ingénieur Constructeur", N° de jullet ou septembre 2009

lundi 1 juin 2009

Un cimier Bambara en Seine


Une histoire insolite, mais vraie, que j'ai un plaisir non dissimulé à vous conter.
Ca commence par une histoire de jogging sur l'île de la Jatte (l'ex domaine de Sarko). Je viens d'en accomplir un tour complet en petites foulées décontractées et je m'apprête à réaliser quelques étirements sur la petite place qui se situe côté aval de l'ïle, sous le Pont de Levallois, face au bras mort de la Seine. Alors que j'entreprends mes exercices, mon regard se porte sur un objet flottant à quelques encâblures de la berge ; laquelle est inacessible à cet endroit, l'eau croupie vient caresser un perré tristement minéral et accessoirement très pentu. Mon oeil averti de grand collectionneur d'art africain me fait reconnaître, dans ce qui aurait pu être un OFNI pour un béotien qui n'a pas fait les colonies, un cimier antilope bambara de la région de Ségou ! (Je dois avouer que je triche un peu, car je n'ai parfaitement identifié l'objet que bien plus tard, après de laborieuses consultations d'internet et autres ouvrages du musée Dapper). Le courant est à cet endroit quasiment nul, heureusement. Je me mets séance tenante en piste pour trouver un bambou ou une branche suffisamment grande pour attraper ce que je considère être un véritable trésor. Muni d'une perche de bonne dimension j'entreprends la descente en rappel du pérré, m'agrippant aux branches d'un arbuste maigrichon qui a eu la bonne idée de germer à cet endroit improbable. C'est donc avec une main sur l'arbuste et une autre agitant ma perche que je prétends faire revenir vers la berge l'objet qui est devenu en l'espace de quelques minutes celui de mes plus intenses convoitises. Peine perdue : il me manque 2 bons mètres. J'invoque alors le dieu de l'aviron (il passe régulièrement des rameurs qui font le tour de l'ïle), lequel est moins sourd que le dieu normal à l'évidence, puisque moins d'une minute après mes imprécations, rameur fait son apparition sur le théätre des opérations. Je le hêle et, un peu surpris mais discipliné, il stoppe son cigare flottant pour bien comprendre les instructions que je m'apprête à lui donner. Je digresse : c'est assez étonnant la gentillesse des gens ; surtout des rameurs. C'est quand même une activité ingrate et on pourrait imaginer avoir à faire à des êtres aigris ; pas du tout : bien qu'à l'évidence l'homme en question ne soit pas une de nos meilleures chances de médaille dans la discipline de l'aviron individuel, il parvient après quelques manoeuvres disgracieuses à s'approcher de l'objet d'art flottant.
"Prenez-le et lancez- le moi, lui dis-je".
" Ah non, je vais tomber à l'eau", me répond-il.
"Bon, alors essayez de le pousser vers moi".
Finalement le rameur se saisit du cimier et le lance un peu de côté vers la berge. C'est pas merveilleux, mais le type semble avoir senti le spectre d'un bain dans la Seine lui frôler la combinaison, et il repart. Pas ingrat, je luis lance un grand "merci".

Bon, il y a encore du boulot, car, si le cimier dont je distingue bien la sculpture d'antilope maintenant s'est rapproché de la berge, je ne peux pas rester là où je suis pour l'atteindre, il faut que je réescalade le perré et me fasse une nouvelle descente quelques mètres plus loin. Ce que j'effectue avec une maitrise quasi parfaite ; un autre arbuste ayant également eu le bon gout de pousser à cet endroit précis. C'est un jeu d'enfant de me saisir de ce trophée magnifique dont le ciel et la Seine réunis m'ont fait don.
Voyez sur la photo ; c'est pas mal quand même : il mesure environ 40 cm de haut ; il est assez bien sculpté et ses lignes sont plutôt jolies.
Après quelques ablutions qui lui ont permis de retrouver un petit air moins crado que quand il stagnait dans les eaux troubles du fleuve, et un parfum compatible avec la civilisation occidentale béconnaise, il trône désormais dans mon jardin. Les feuilles de bambous lui caressent les courbes. Quel bonheur ! Je l'envie presque !

dimanche 24 mai 2009

Sud Est asiatique




L'Asie du Sud-Est regroupe deux ensembles géographiques : l'Asie du Sud-Est continentale ou Indochine, péninsule du continent asiatique située entre la Chine et l'Inde, et l'Asie du Sud-Est insulaire ou Insulinde, vaste archipel s'étendant entre l'Asie et l'Océanie.

Elle comprend les territoires suivants :

le Brunei ;
le Cambodge ;
Timor oriental ;
l'Indonésie ;
le Laos ;
la Malaisie ;
la Birmanie ;
les Philippines ;
Singapour (parfois rattaché, pour des raisons culturelles, à l'Asie de l'Est et au monde chinois) ;
la Thaïlande ;
le Viêt Nam ;


L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) est une organisation politique, économique et culturelle fondée en 1967 qui regroupe l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, le Brunéi, le Viêt Nam, le Laos, le Myanmar, le Cambodge.

La République du Timor oriental n'en fait pas partie.


Pour les voyages internationaux, il faut se référer à la définition de l'Association internationale du transport aérien (IATA).

Selon elle, l'Asie du Sud-est comprend : Brunei , Cambodge, Chine sans Hong Kong SAR et Macau SAR, Taïwan, Île Christmas, Îles Cocos, Guam, la région administrative spéciale (SAR) de Hong Kong, Indonésie, Kazakhstan, Kirghizistan, Laos, la SAR de Macao, Malaisie, Iles Marshall , Micronésie, Mongolie, Myanmar, Îles Mariannes du Nord, Palaos, Philippines, Russie d'Asie, Singapour, Tadjikistan, Thaïlande, Timor oriental, Turkménistan, Ouzbékistan, et Viêt Nam.

Exposition Calder à Beaubourg


Il s'agit des années parisiennes de Calder entre 1926 et 1933. Calder a alors une trentaine d'années. L'expo présente pour l'essentiel ses sculptures de fil de fer où il parvient, en quelques torsades métalliques géniales, à représenter un animal ou croquer une de ces célébrités du tout Montparnasse qu'il fréquente alors. Quelques rares "mobiles" complètent l'exposition.
Bon, volà. C'est sans doute très original pour l'époque, c'est habilement dessiné dans l'espace, ça plait beaucoup aux enfants, mais j'avoue ressentir un peu d'admiration, mais moyennement de l'émotion.

Soigner le mal par le mal

Extrait du petit papier de PA Delhommais dans "le Monde" de ce WE : "Le plus inquiétant, c'est qu'on administre au malade les mêmes drogies que celles qui l'ont envoyé à l'hôpital. Le plus préoccupant pour demain, c'est qu'on soigne le mal par le mal. Qu'on cherche à sortir d'une crise née d'un endettement excessif par de nouvelles dettes. A guérir une économie mondiale rogée par le crédit par une relance du crédit."Et PAL de rappeler que le ratio épargne / endettement par américain est passé de 4 en 1920 à 300 en 2008 ! Et enfin conclure : "La crise des subprimes, c'est d'abord une défaite de l'abstinence et de la privation. Ne pas résister à la tentation de s'offrir le dernier iPod."
Je résiste !

jeudi 21 mai 2009

Passé

Par-dessus le mur du Passé,
C'est un terrain vague et mal cadré
Habité de silhouettes en sfumato,
Des épouvantails
Dont le vent agite les lambeaux,
Et qui ricanent de tes batailles.

Quand tu t'endors sur ton Passé,
Tu suis la trace oubliée
D'un parfum, la caresse d'une main
Qui ondule et s'évanouit
Comme une danseuse résignée à son destin,
A Venise, au bord d'un canal, une nuit.

Quand tu oublies ton Passé
Par ignorance ou infidélité,
Alors il va, entre les rochers d'une île
Sous une lune de regrets,
Vers une rive paisible,
Enfant, sur une barque volée.

Quand tu parles de ton Passé
Il vient devant toi, fatigué ;
Il est fébrile sous le maquillage,
Comme s'il devait s'enfuir de ta vie par les coulisses
Et traverser la ville sans courage
Pour finir, démasqué, au poste de police.

Cadel Ubbale

Test


Je voulais faire ce test depuis longtemps : refermer le journal et écrire immédiatement, en vrac et sans notes, ce que j'ai retenu de sa lecture. Donc, "Le Monde" daté du 21 mai 2009 :
- existence possible d'un foyer autonome de grippe A(H1N1)au Japon compte tenu du nombre de cas enregistré à ce jour (+ de 200); augmentation subite de la contagion après un jour de fête traditionnel à l'occasion duquel de nombreux japonais reviennent dans leur pays ; le virus aurait pu être propagé également par des rencontres sportives scolaire inter-établissements ; le niveau d'alerte est relevé à 6 (niveau pandémie); note perso : il sont fous ces japonais !
- une attaque d'Israel sur les installations nucléaires iraniennes destabiliserait la totalité de la région du Moyen-Orient ; avec étude comparative des missiles des uns et des autres ; portées respectives et capacité de destruction (où on apprend que certains missiles israéliens peuvent traverser 6,00 m de béton avant d'exploser et détruire tout dans un rayon de 100 m de portée ; note perso : vous m'en mettrez une 1/2 douzaine, Mme Sanzot !
- toujours au moyen-Orient, à Abou Dhabi, pub pour l'appel d'offres travaux pour le Louvre éponyme conçu par notre architecte-star Jean Nouvel ; note perso : où l'on voit l'image d'un curieux champignon un peu raide dont la tête - semble-t-il - a été sérieusement entamée par les vers car la lumière passe à travers !
- un reportage sur "Le petit Kaboul" ou le Square Villemin dans le Xème, près du Couvent des Récollets (Maison de l'architecture) et de la gare de l'Est, où 200 SDF d'origine afghane dont les plus jeunes ont 15 ou 16 ans trouvent refuge pour passer la nuit avant de tenter le lendemain de repartir ou d'attendre. Note perso : quoi ?
- la tête (pas sympathique) d'Eric Besson ; note perso : pourquoi a-t-il vraiment la tête d'un félon ?
- Hugo Chavez qui fait de la pub à l'occasion de son talk-show hebdomadaire pour une téléphone made in Vénézuéla dont le nom est à lui seul un slogan vendeur et qui pourrait se traduire en français par Penissimo par ex. ! Note perso : le portable, ce petit engin qui cristallise toutes les aberrations de notre époque (réflexion d'une anonyme revendiquant contre la disparition des cabines téléphoniques)
- le dessin de Plantu : une photocopieuse (j'ai oublié la marque : HP ? RX ?) qui crache des copies d'un chômeur qui se fait éjecter en ramassant un coup de pompe dans le c... ; annonce de 6.500 chomeurs dans cette boîte dont j'ai toujours oublié le nom ! Note perso : j'ai encore oublié la marque, merci Seigneur !
- le scandale des notes de frais à la Chambre des communes en Angleterre ; Note personnelle : et si on enquêtait à l'Assemblée Nationale ?
- les USA veulent limiter les 4x4 ; note perso : et lobotomiser leurs conducteurs ?
- le ministrable Claude Allègre animait un colloque sur le stockage massif de CO2 pour limiter l'acidité des océans afin que l'on puisse encore manger des huitres dans 10 ans ; Note perso : Claude, si tu m'entands : les meilleures huitres sont chez Papin, Place Victor Hugo à Angoulême !
- Air France-KLM dans le rouge ; note perso : le pdg broie forcément du noir !
- Un article sur la belle et franche Sophie Marceau et son commentaire sur la chanson de Souchon qui parlait de ses seins : "il est culotté de m'avoir déculottée !" ; Note perso : Sophie, si tu m'entends : ne change rien, ta parure de rubis de chez Chaumet te va si bien !
- un interview d'Amodovar où l'on apprend que son dernier film, écrit alors qu'il avait du s'enfermer dans le noir pour des raisons de forts maux de tête, est autobiographique, qu'il aime tourner avec Penelope Cruz qui "joue avec ses tripes", et que les câbles, les fils électriques et toute la technique d'un plateau de tournage constituent une véritable poésie ; Note perso : c'est pas forcément les tripes que je préfèrerais dans Pénélope ! Note perso supplémentaire : messieurs les architectes, si vous m'entendez, voyez le grand Almodovar qui frissonne de plaisir à la vue d'un câble électrique !
- un commentaire sur le fil de Bellochio (sauf erreur !) sur la vie tragique de l'épouse de Mussolini qui fut enfermer par le Duce dans un asile et y subit des traitements épouvantables pendant 13 ans ! ; note perso : à voir absolument !
- un autre commentaire sur le dernier film d'Alain Cavalier "Irène", dont l'histoire évoque la disparition de sa mère ; Note perso : à voir impérativement après une cure de sommeil de 3 jours !
- personne de connu (par moi) à la rubrique nécrologique ; Note perso : je parcours systématiquement cette rubrique depuis quelques temps !
- vente de la maison d'Ingmar Bergam (celle qui est sur une île en Suède) chez Christie's ! ; note perso : dommage, on a déjà Piffonds !
Bilan : merci "Le Monde" et celui qui a inventé les jours fériés !

mardi 19 mai 2009

Insomniak night

C'est un fait que l'oeil de la caméra est aussi aveugle que la nuit.
C'est un fait qu'il n'y a que le vrombissement du moteur de l'ordinateur,
Comme celui d'un long-courrier au-dessus du désert de Mongolie.

Le chat de bronze est immobile. Il guette sa proie.

Tes yeux et ton sourire sur la couverture d'un livre
Et je me réfugie des décennies en arrière ;
J'avais ces yeux, ce sourire et le monde possible.

Même l'ombre du chat de bronze est immobile. Elle guette sa proie.

Où est l'homme le plus proche qui dormira ce soir sous la lune ?
Où est le miroir qui me dénoncera ?
Où est passée ma solitude ?

Cadel Ubbale

samedi 16 mai 2009

L. COHEN REVISITED



Comment ? Vous n'avez pas encore acheté le supplément des Inrockuptibles consacré à Léonard, et son CD de 10 chansons interprétées par des artistes tels que : John CALE, Johnny Cash ou Marissa NADER ? Comme vous êtes rares mais somme toute assez sympathiques, je vais vous traduire un monument : "Famous blue raincoat" (il s'agit toujours de MA version bien entendu). Je dédie cette traduction à Marie-Bé (qui m'a alerté) et je vous offre en plus la vidéo que j'aime beaucoup de Marissa Nader qui est sur le CD !



"Il est quatre heure du matin, c'est la fin décembre.
Je t'écris juste pour savoir si tu vas mieux.
New York est glacial mais j'aime cette ville où je vis aujourd'hui.
Il y a de la musique dans Clinton Street au travers de la nuit.
J'ai entendu dire que tu avais construit une petite maison au fond du désert.
Et que ta vie est vide à présent.
J'espère que tu écris une sorte de journal.

Te souviens-tu que Jane était revenue avec une boucle de tes cheveux ?
Elle disait que tu la lui avais donnée la nuit où tu avais décidé de t'éloigner.
As-tu réussi à partir vraiment ?


La dernière fois que nous t'avons vu tu paraissais tellement vieilli.
Ton inséparable imperméable bleu froissé sur tes épaules.
A la gare tu attendais tous les trains mais tu es revenu chez toi sans une Lily Marlene.
Et finalement tu as traité ma femme comme une paillette de ta vie.
Quand elle est revenue ici elle n'était plus la femme de personne.

Je t'imagine là-bas avec une rose entre les dents, comme un petit voleur de gitan.
Tiens, voilà que Jane se réveille. Elle t'adresse ses amitiés.


Et que puis-je encore te dire mon frère, mon assassin ?
Que puis-je vraiment te dire ? Je crois que tu me manques.
Je crois que je t'ai pardonné. Je suis heureux que tu te sois trouvé sur mon chemin.
Si jamais tu reviens par ici pour Jane ou pour moi,
Je veux que tu saches que ton ennemi dort.
Je veux que tu saches que sa femme est libre.

Et merci pour la peur que tu as enlevée de ses yeux.
Je pensais que c'était naturel aussi n'ai-je jamais rien fait.


Te souviens-tu que Jane était revenue avec une boucle de tes cheveux ?
Elle disait que tu la lui avais donnée la nuit où tu avais décidé de t'éloigner.
As-tu réussi à partir vraiment ?


Cordialement. L. Cohen

NDR : L'imperméable Burberry bleu de Cohen a été volé à Londres en 1968.

mardi 12 mai 2009

Bécon les Bruyères Chapitre 1


En mai 1927, était publié aux Editions Emile-Paul frères, dans la collection "Portraits de France", un petit texte de 80 pages au titre lapidaire et prêtant à sourire : "Bécon les Bruyères". Il prenait place aux côtés d'opuscules plus urbains traitant de Toulon (Paul Morand), Rouen (André Maurois) ou Bayonne (Jean Cassou). L'auteur en était Emmanuel Bove, alors âgé de 29 ans et déjà célèbre avec "Mes amis", dont on comparait le talent à Proust ou Dostoeivski.
Les rituels permettent parfois au hasard de se justifier ; je m'explique. Quand je viens à Biarritz - et ça fait plus de 30 ans que je commets cette habitude - je m'oblige, sans que cette obligation tienne du devoir ou relève de la contrainte, à parcourir la ville selon un itinéraire toujours à peu près identique, jalonné d'étapes incontournables.
La première est inévitablement la Côte des Basques, que j'attaque par le haut, par ce belvédère équipé depuis peu d'un kiosque providentiel : "Les 100 marches". Lieu de rencontres du "Tout Biarritz bon chic-bien branché", on peut s'y régaler en panoramique de ce que je me plais à considérer comme "la plus belle vue du monde" : la plage de la Côte des Basques. Cette langue de sable versatile, lovée sous la falaise, déploie sa courbe sensuelle depuis la Villa Belsa jusqu'aux rochers de la Milady, comme la traîne négligée d'une mariée dont on regretterait l'inaccessibilité.
La seconde étape correspond souvent aux Halles centrales, paradant de pittoresque, avec ses commerçants choisis devenus complices et familiers au fil des années.
La troisième au classement - mais seulement par son éloignement de notre domicile - c'est la Plage du Miramar, ultime refuge au bout de la ville marine, et ses rochers habités du vacarme de l'écume, semblables à deux immenses épaves ennuyées.
Quatrième escale, plus intime : le Bookstore ; cet espace de librairie aux faux air de Western, placée juste à l'endroit où la ville cesse d'être urbaine pour devenir résolument estivale.
J'entre donc au Bookstore. A la seconde où j'en franchis le seuil, je me sens un peu dans une sorte de second "chez moi" ; c'est inévitable. Il y a cette cabine minuscule sur la droite qui me fait penser à la caisse d'un manège d'enfants ; il y a les livres recommandés par la maison, ou ceux qui sont le plus demandés, rangés sur une petite table au pied de l'escalier ; il y a cet escalier qui se dédouble à partir d'un palier intermédiaire pour vous conduire au premier étage ; et enfin cet espace du premier étage où trônent un grand Chesterfield complice et une autre cabine en bois verni noire, érigée comme la vigie d'un navire, accessible aux seuls membres de "l'équipage". La plupart du temps, il règne à cet étage un silence recueilli au milieu d'un désordre rassurant constitué de dizaines de piles de livres de hauteurs inégales posées à même le sol.
Cette fois, le silence était bien là, mais c'était un silence vide. Non seulement, les piles étaient plus rares, mais également beaucoup moins hautes. Les murs garnis d'étagères qui, jadis, regorgeaient d'ouvrages installés sans hiérarchie et avec une fantaisie plutôt sympathique, frôlaient l'anémie. Le silence d'hier avait perdu de son charme en perdant le voisinage de tous ces drames, ces vies, ces émotions, ces couleurs ou ces parfums contenus dans les milliers de pages des livres désormais absents. On ne lit pas de la même façon dans un espace vide et dans un lieu habité par les livres. Mais peut-être ne devrai-je parler que pour moi ?
Après avoir fait quelques pas sans conviction, je m'apprêtai à redescendre quand le hasard plaça avec malice sous mes yeux un ouvrage de petite taille avec une couverture banale, sans titre. Je le retournai et parvenai assez difficilement à lire
"PAR
EMMANUEL BOVE
BECON-
LES-BRUYERES
EDITIONS CENT PAGES
COSAQUES
2009"

mercredi 6 mai 2009

Paris d'or et de lumière

Ignorant les cascades de zinc
Des immeubles en vrac,
Sous un ciel violet de hontes incertaines,
Le miroir des tours
Usurpe l'or du couchant
Et dilapide sur la Seine
Des millions de pépites indolentes.

C'est l'heure des impasses,
Celle de la mémoire des mélancolies
Qui glisse à l'horizon du fleuve
Comme une voile perdue,
Comme le souffle d'une promesse absente.

Toutes ces heures criminelles
Qui répandent mécaniquement
Leurs sentences ultimes ;
Dieu, ne peux-tu nous en extraire,
Et offrir enfin à ta cause
Une preuve fatale de dignité ?

Cadel Ubbale

lundi 4 mai 2009

Grand Pari(s)



Je m'interroge beaucoup sur cette histoire de "Grand Pari(s)" :
- s'agit-il d'une question majeure dont l'examen doit s'imposer aujourd'hui ?
- quels sont les ressorts de cette question et la hiérarchie des priorités : économiques ? humaines ? politiques ?
- la consultation des 10 équipes conduites par des "stars" de l'architecture n'est-elle pas un leurre, un alibi (j'ai consulté, les meilleurs ont été sollicités, le débat d'idées a lieu, ...) et puis (comme d'habitude ?) on fait passer ce qu'on veut ? Sinon, pourquoi la mesure-phare serait cette idée de métro automatique périurbain qui n'est sortie d'aucune des équipes consultées ?
- n'eut-il pas fallu intégrer cette donnée essentielle (ce "grand huit") dans les consultations ?
- est-ce qu'une méga-cité constitue une réponse pertinente aux questions du mieux vivre demain ? Est-ce bien le "sens de l'histoire" ?
- Paris, ville-monde a-t-elle un sens, sauf à flatter notre égo ? Pourquoi concentrer 20 ou 30 millions de personnes dans un territoire réduit pour les faire (sur)vivre à une époque où toute la technologie est orientée pour communiquer à distance ?
- La création d'une méga-cité ne va-t-elle pas nuire au développement des autres cités ?
- l'homme de demain n'a-t-il pas plus besoin de retrouver une échelle à sa mesure plutôt que de devoir s'adapter à un espace démesuré ?
- la concentration est-elle un facteur d'amélioration de la vie sur Terre ? S'agit-il d'un concept inéluctable ?
- concentrer l'homme n'a-t-il pas comme conséquence obligée la réduction de ses libertés ?

dimanche 3 mai 2009

Amours en marge de Yoko Ogawa


"- Je voudrais te demander quelque chose, lui dis-je.
- Quoi ?
- Je voudrais m'endormir en serrant tes doigts.
- Ca c'est facile.
Il a posé ses doigts sur ma poitrine. je me suis endormie en les serrant."

Rétrospective Kandinsky à Beaubourg


Je n'étais pas un inconditionnel de sa peinture (pour ce que j'en connaissais), mais les tableaux présentés sont, pour certains (la plupart), d'une telle beauté que ... j'y retournerai forcément !

Expo "Une image peut en cacher une autre"


Toujours au Grand Palais, une expo très riche où Dali se taille une part de roi, et où l'on peut admirer la conjugaison des intelligences artistiques et techniques, ainsi que l'inépuisable imaginaire de l'homme.

Expo Andy Warhol au Grand Palais


Une petite promenade plutôt intéressante au milieu de la galerie de portraits du pape du Pop Art dont les oeuvres semblent avoir été vues, revues et revues encore. Mais certains tableaux expriment une fulgurance étonnante (Lénine, Basquiat, le portrait en grand d'un indien, ...) et les coups de pinceaux du patron de "La Fabrique" sont à observer de visu (ce qui est impossible sur les reproductions).

jeudi 30 avril 2009

Un grand pas vers le Grand Pari(s) ?

Si l'on en croit la plupart des commentaires relatifs au discours de Mr Sarkozy dans le cadre de l'inauguration de l'exposition sur "le Grand Pari(s)", les grandes (cet adjectif est devenu incontournable en France) décisions prises se focalisent sur la stratégie des transports, plus que sur le volet explicitement architectural des projets. En particulier, c'est l'Annonce avec un grand "A", d'un "Grand huit" (130 km de métro) qui fait figure d'annonce-phare. On se souviendra que cette idée provient directement du "laboratoire" de M. Christian Blanc qui ne faisait partie d'aucune équipe en lice, mais a tracé son "concours" de son côté, avec la bénédiction de l'Elysée. On se souviendra également que la 1ère présentation de ce projet, il y a quelques semaines, avait soulevé un petit vent (une brise) de contestation chez les "stars" de l'architecture qui, bien entendu, se rendaient compte qu'on les avait fait bosser pendant plusieurs mois pour rendre des jolies "pers en 3D", et qu'on les mettait ipso facto devant l'évidence : ce projet de métro souterrain était plus qu'avancé et structurant pour le développement du "Grand Paris". Hier, le projet de M. Blanc a été légèrement aménagé, et plutôt que de voyager comme des taupes, les franciliens se régaleront - "où ce sera possible" - du paysage des pavillons de banlieue aggrandis de quelques m2 (et probablement sans le concours d'un architecte !).
On regrettera donc la choucroute de Gehry sur la Tour Montparnasse (mérite-t-elle tant d'infâmie ?) et les tours-hlm de Castro mal désherbées se mirant dans l'eau d'un lac improbable sur lequel glisse un sloop (on a évité le bateau à moteur ... politiquement moins "durable").
J'ajouterai que je partage le point de vue consistant à penser que les transports constituent l'une des données majeures de la question du Grand Paris (pas besoin d'être diplômé de l'ENPC), mais que la question concomitante est celle-ci : pour desservir quoi ? (et là l'architecture devrait avoir quelque chose à dire).
Suis-je le seul ce matin à avoir cette lecture des "évènements" ?

samedi 25 avril 2009

Lectures de vacances


Que c'est bon les vacances, même une petite semaine ; ce "temps libre" libéré pour lire.
M. Vertigo de Paul Auster, commencé un peu avant le départ vers le Pays basque fut achevé le 1er. C'est l'un des plus beaux romans d'Auster, me semble-t-il. C'est le récit d'une épopée extraordinaire à travers l'Amérique des années 30 d'un enfant des rues à qui "le Maître" avait promis de voler. (J'y reviendrai plus longuement).
Un petit intermédiaire avec un court opuscule d'Emmanuel Bove (l'auteur de "Mes amis") au titre captivant s'il en est :"Bécon les Bruyères". 80 pages parfaitement "troussées", loin des éloges classiques de ce genre de littératures, redondantes de nostalgies, ennuyeuses par leur dithyrambes. Non, là, que le charme discret de l'exercice littéraire pur.

Enfin, une découverte, un cadeau de notre ami Pierre Léglise Costa (que je ne cesserai de louer pour m'avoir permis de découvrir Lobo Antunes): "Les mangeurs de perles", de Joao Aguiar, petit pollar déguisé en journal de bord d'un journaliste-écrivain (en devenir ?) portugais qui s'embarque un jour pour Macao à des fins thérapeutiques et qui se retrouve embringué dans une histoire de pirates et d'amour. Un régal qui se lit d'une traite (ou au maximum deux coups !). (j'y reviendrai aussi...au Square Littéraire !)

mercredi 15 avril 2009

Peter Zumthor Pritzker Price 2009 (version 2)


Voilà, je me suis planté dans mes pronostics : j'avais annoncé les japonais de Sanaa et c'est Zumthor ... Impardonnable. Et ce, pour 2 raisons : 1) je considère Zumthor comme l'un des plus grands architectes au monde (sinon le plus grand), en tout cas celui qui m'émeut le plus 2) J'étais persuadé qu'il avait eu le Pritzker alors que j'avais publié la liste complète des architectes lauréats sur mon blog ! Mon admiration pour Zumthor aurait-elle alimenté mon inattention ?
(Je m'aperçois que je tente de justifier mon inexcusable étourderie sur un blog que personne ne consulte - à part Gérard - sur un sujet qui n'intéresse presque personne - à part Gérard peut-être).
J'ai une petite histoire avec Zumthor dont je suis fier. Je travaillais il y a plus d'une dizaine d'années avec un architecte français de talent dont l'écriture peut être qualifiée de proche de celle de Zumthor. A cette époque, je ne commaissais pas ce dernier. Je reçus un jour sur ma table un exemplaire du "Moniteur" sur la couverture duquel il y avait une photo des thermes de Vals. Je fus saisi dans l'instant, et cette photo m'apparut immédiatement comme représentant une architecture exceptionnelle, d'une qualité supérieure à celle (déjà excellente) que pouvait produire l'architecte avec lequel je travaillais.
Depuis le temps que je veux me programmer une petite tournée en Suisse et en particulier une nuit aux Thermes de Vals, la visite du musée de Bregenz, et celle de cette chapelle en bois noir ... Il faut que je me replonge dans la lecture des deux derniers ouvrages de Zumthor traduits en français (deux petites perles) qui parlent avec des mots et des images simples de sa relation à l'architecture.
Et si Nouvel, Pritzker 2008, célébrait les années folles et Zumthor, le temps de la Raison ? Suis-je iconoclaste ? Je dois me tromper car Nouvel a téléphoné à Zumthor et ce dernier a indiqué qu'il admirait Nouvel... Ce qui me surprend un peu.
"J'espère que cela donnera de l'espoir aux jeunes qui se disent : Zumthor l'a fait, nous pourrons le faire aussi, construire la totalité de l'édifice, et pas seulement fournir des images ou des façades", a dit le lauréat en recevant son prix.

mardi 14 avril 2009

L'Apsara et la soupe de potiron de Cadel Ubbale

"Depuis quelques temps mes rêves sont habités de situations et de personnages dont le contenu ou l’apparence est extrêmement détaillé. Bien entendu, comme dans tout rêve qui se respecte, il n’y a pas plus de cohérence dans la composition des faits et des protagonistes qu’il y en avait auparavant, mais ce qui m’étonne, c’est l’accumulation de détails insignifiants d’une précision injustifiée (à moins qu’il ne s’agisse de détails injustifiés d’une précision insignifiante ?).
Par exemple, cette nuit, ce rêve où je suis dans une pièce avec trois autres personnes : une vieille tante éloignée (pourquoi elle ?), mon frère et une femme qui se révèle être la dernière maîtresse de mon père,
ou peut-être une ancienne conquête.
La pièce est une cuisine ; l’espace est immense, comme un couloir sans fin. Tout au fond je sais (sans la distinguer, mais je le sais) qu’il y a une vaste salle d’eau avec une très grande baignoire, dont le sol et les murs sont recouverts de carreaux de faïence noirs et blancs posée en damier. Il y fait toujours un peu sombre, et l’été délicieusement frais, surtout pendant certaines journées d’aout accablées par une chaleur sèche et blanche.
Au centre de la cuisine, une table très longue recouverte d’une toile cirée décorée de motifs floraux psychédéliques. Une fausse lampe à pétrole est suspendue au plafond par un invraisemblable système de fils et de poulies. Des insectes morts sont figés sur les fils comme sur ces rubans tue-mouches que l’on suspendait autrefois à la campagne, du temps où il y avait encore des mouches. La lampe projette un disque parfait de lumière qui éclaire une énorme marmite en métal, luisante de reflets cuivrés, et remplie d’une soupe épaisse de potiron que la vieille tante agite, méthodiquement, avec une cuillère en bois. Cette redoutable soupe de potiron que j’avais en horreur, dont je n’ai pas oublié l’odeur forcée de muscade, et les grumeaux de lait caillé qu’il me fallait obligatoirement avaler sous peine de devoir quitter le dîner pour un exil prématuré et sans retour (jusqu’au lendemain) dans ma chambre.
Mon frère est en pyjama. La braguette de son pantalon est ouverte – encore une fois - et son sexe mou pendouille. Il est assis un peu à l’écart et lit un roman policier. La maîtresse de mon père lui fait remarquer qu’il pourrait rester décent et cacher son « engin ». Mon frère la regarde par-dessus son livre et ricane. Il est pieds nus dans des savates en toile usées. Bien que je remarque l’incongruité de la chose, le sol de la cuisine est bien constitué de pavés ronds et moussus comme ceux que l’on trouve encore dans certaines cours intérieures des vieux quartiers de Paris.
Soudain la sonnette de la porte d’entrée. Nous savons tous qu’il s’agit de mon père. Nous l’attendions. Sans surprise, et pourtant ça fait 40 ans qu’il est mort. Je me souviens m’être dit qu’il devait sans doute avoir beaucoup changé. Je vais lui ouvrir. En fait, curieusement, mon père n’a pas beaucoup changé, peut-être est-il un peu plus petit, un peu plus voûté. Il est en costume ; une étiquette en tissu « Emigliano Zegna » sur la manche. C’est une faute de gout.
« tu as raison, c’est une faute de goût »,
et il arrache le morceau de tissu avec un sourire de conquérant. Il a l’air détendu, sûr de lui, pas vraiment surpris d’être là sur le pas de cette porte, devant son plus jeune fils, vieilli lui aussi de 40 ans. Il arbore, comme c’était la mode dans les années cinquante et comme je lui ai toujours vu dans les années 70, son éternelle pochette blanche qui souligne, impeccable, d’un trait blanc de bristol, le haut de la poche de son veston. Il porte ses anciennes lunettes en écaille noire à monture épaisse, trop enfoncées sur les yeux, à la façon
à la façon d’Yves Saint Laurent sur la célèbre photo où il pose nu.
Je sais que ce port de lunettes signifie que mon père est condamné. Il entre dans la pièce. Personne n’est étonné de le revoir. Mon frère lève à peine les yeux de son livre. Lui aussi est maintenant paré dans un costume impeccable. Sur la manche il y a également l’étiquette « Emigliano Zegna ». Mon frère a adopté le même parfum que mon père : « Monsieur » de Caron. Je n’aime pas ce parfum aux allures prétentieuses et démodées. C’est sans doute parce qu’il ne me rappelle que les choses détestables de mon enfance. Nous sommes maintenant autour de la table. L’une de mes anciennes conquêtes
comment s’appelait-elle déjà : Christine ? Marie ? Suzette ?
s’est substituée à la maîtresse de mon père. Je suis juste à côté de lui et je remarque ses mains
(mon père a toujours été très fier de ses mains qu’il lavait vingt fois par jour exclusivement au savon de Marseille) ; elles sont boursouflées et tavelées de tâches de vieillesse. Curieusement il y a quelques poils bruns, longs, épars sur le dessus. Mon père n’avait pas les mains poilues ; l’âge probablement. Pour le reste, il ne semble rien avoir cédé, ou si peu.
Il s’est installé d’autorité en bout de table et tend son assiette pour avoir de la soupe.
« C’est ta soupe aux potirons, Jeannette ? »
Tante Jeannette est aux anges, mais elle rectifie
« la soupe de potiron »,
et ajoute :
« Tiens mon grand, tu vas guérir »
elle le sert copieusement et mon père, sans attendre, commence à laper sa soupe. Il s’explique en indiquant qu’en Indochine, à la Légion, il fallait manger sa soupe comme ça. Et puis après c’était la « corvée de bois », dit-il en m’accordant un clin d’oeil complice. Et nous trouvons, tous les trois autour de la table, son explication plausible.
Et puis ma tante vient au-dessus de moi. Elle commence à beurrer une biscotte, lentement comme elle le faisait jadis pour le goûter, quand elle me gardait pendant les vacances
avec des gestes comptés comme dans un rituel initiatique
elle veille à ne mettre sur la biscotte qu’une infime pellicule de beurre
« tu crois que c’est bien de te mettre autant de beurre sur ta tartine ? Tu ne vois pas que nous sommes pauvres ? »
Le couteau crisse sur la biscotte ; une plainte caillouteuse. Elle a pris soin de placer deux biscottes l’une sur l’autre afin de ne pas faire de « brisures », comme elle dit. Et j’entends le bruit de sa bouche au-dessus de moi, un bruit gourmand et inquiétant de succion salivaire. Je sais en même temps qu’elle a le menton qui pique. Je redoute ces baisers quand il faut dire « bonjour Tante Jeannette », « bonsoir Tante Jeannette ». Et puis elle prend le pot de gelée de groseilles
elle faisait une incomparable gelée de groseilles
elle enlève l’élastique, le papier sulfurisé, et la rondelle de paraffine. Elle fait glisser une petite noisette de gelée et l’étale sur le beurre. Des petites perles qui brillent comme des larmes de rubis.
Mon père parle beaucoup, mais ses paroles sont incompréhensibles. Tout le monde autour de la table fait semblant de comprendre (ou peut-être comprend). Mon frère est à nouveau en pyjama. Mon ancienne conquête
la maîtresse de mon père
lui glisse un mot à l’oreille en montrant mon frère. Toujours cette histoire de braguette. Cette négligence perpétuelle, et ce sexe à l’air comme une provocation. Elle se tourne vers moi
mon ancienne conquête se tourne vers moi
« tu n’auras jamais la statuette de l’Apsara que ton père a rapportée d’Angkor après l’avoir volée dans un temple ».
Mon père acquiesce avec soumission tout en finissant de laper sa soupe. Mon frère hisse lentement un regard incrédule par dessus le roman policier. Ma vieille tante fait mine de vouloir poursuivre sa distribution de soupe avec un air blasé de cantinière. La maîtresse
ou bien s’agit-il de mon ancienne conquête ?
laisse entrevoir deux petits seins trop parfaits sous le voile de sa chemise de nuit en tulle rose. Sur le dessus de la cheminée, face à moi, dans la cuisine immense comme un couloir sans fin, la statuette est là. Personne, semble-t-il, ne s’est aperçu de sa présence. Elle est comme avant, partiellement enveloppée dans un tissu rouge de Chine et posée sur un socle de bois sombre. C’est une pierre gris clair sculptée d’une vingtaine de centimètres de haut, et presque autant de large, qui représente le buste d’une Apsara – une jeune danseuse cambodgienne – avec deux petits seins trop parfaits. Elle aussi. L’un de ses bras a été brisé (probablement lors du forfait, quand mon père l’a extraite du mur du temple). J’ai l’impression qu’elle me regarde et me sourit.
Ma tante me commande à présent, sans ménagement, de tendre mon assiette. Elle a encore ce tic de la bouche et cette pointe de salive à la commissure des lèvres, comme quand elle préparait les biscottes.
« Tu prends de la soupe et tu récupèreras l’Apsara »

Si le réveil n’avait pas sonné à cet instant, j’étais prêt à tout pour emporter avec moi l’Apsara , même absorber une redoutable soupe de potiron avec cette odeur forcée de muscade, même avaler les grumeaux de lait caillé en écoutant au-dessus de ma tête le bruit gourmand et inquiétant de succion salivaire d’une tante au menton piquant qui avait l’habitude d’étaler la gelée de groseille sur une double biscotte, car je savais, à cet instant, juste avant que le réveil …
Je savais, je savais que la soupe, la muscade et les grumeaux ne valaient rien, que la vieille tante était morte depuis longtemps,avec son reflexe salivaire et ses deux biscottes l'une sur l'autre, que l'on regretterait cette incomparable gelée de groseille, et que tout ça n’existait vraiment que dans mon imagination, ... ou presque."

mardi 7 avril 2009

Apprentis écrivains à l'âme sensible s'abstenir ou l'écriture selon Lobo Antunes


Extrait du "livre de chroniques IV" :
"Quand j'étais étudiant en médecine, on m'a raconté qu'autrefois on enlevait les calculs de la vessie par le biais d'un procédé désigné sous le nom de "lythotritie", et qui consistait à introduire dans l'urêtre une sorte de pinces et, ensuite, d'écraser lesdits calculs à l'aveuglette, ce que, évidemment, on ne parvenait à faire que très rarement. L'écriture, c'est un peu ça, sauf qu'il faut insister jusqu'à ce qu'on ait écrasé tous les calculs. Il n'y a pas de compulsion ni d'inspiration qui vaille : il y a le métier et la méthode. Et ce n'est même pas romantique : c'est les bras salis jusqu'au coude."

lundi 6 avril 2009

L'hirondelle avant l'orage


Les déportés que les tchékistes entassaient dans des wagons à bestiaux à destination de la Kolyma faisaient 2 choses étonnantes durant leur voyage :
1) ils tentaient d'écrire quelques mots (ultimes le plus souvent) sur des morceaux de papier arrachés à des livres qu'ils étaient parvenus à sauvegarder ; pliaient ces "lettres" sur lesquelles ils inscrivaient une adresse (un être cher, un parent), puis les glissaient par le trou des cabinets du wagon afin qu'elles tombent sur les rails et soient ramassées par hasard par un inconnu qui - peut-être - réussirait à les faire parvenir à leur destinataire. A l'époque des colonies pénitentiaires des tsars, les condamnés à l'exil transportés dans des wagons similaires pratiquaient déjà cette "technique" ; il était également d'usage pour les paysans d'aller ramasser ces petits feuillets sur les voies ferrées...
2)au passage dans les villes ou les villages, les femmes accrochaient aux jours des portes des wagons ou entre les planches, des lambeaux de sous-vêtements qui flottaient ainsi au vent et devaient indiquer aux populations des zones traversées quelle était la véritable nature de la cargaison enfermée dans ces wagons...

"L'hirondelle avant l'orage ", titre du nouveau roman de Robert Littell, est tiré d'un vers du poète Ossip Mandelstam assassiné par les sbires de Staline.
Mandelstam est au centre du réçit. Il est entouré de sa femme, de sa maîtresse, d'autres poètes ; il croise sur son chemin de croix un hercule de cirque, le garde du corps de Staline, l’écrivain Boris Pasternak (futur auteur du Docteur Jivago), et bien entendu celui qui conduit ses interrogatoires. Chaque personnage parle à tour de rôle et raconte un morceau du réçit. Mandelstam prétend que la poésie peut tuer un tyran, et compose un épigramme pour dénoncer cette barbarie.
Il y a un jeu de fascination réciproque entre le poète et le dictateur qui se rencontrent 2 fois (fiction ou réalité ?).
C'est évidemment la question de l'engagement de l'artiste qui est également au centre de ce livre. La folie du poète Mandelstam peut-elle servir la cause de la vérité ? "On ne peut parler d'art comme s'il s'agissait d'un tuyau d'écoulement ou d'un chantier de construction et le réduire à une question technique. Parle de la technique de l'écriture poétique, c'est parler de la technique de création du désastre. Il ne faut pas oublier qu'on doit prendre des risques ; rien n'existe sur terre sans prise de risque." dit-il.
La solution pour abattre Staline n'était-elle pas de commettre véritablement les crimes dont la police politique va vous accuser ?
"Personne n'est innocent", proclamait Staline.
Fascinant....

jeudi 2 avril 2009

Rien de spécial à dire

Quand on a rien de spécial à dire sinon des trucs épouvantables, alors on se tait. Mais ce n'est pas si facile quand les mots ne demandent qu'à exister. Ils piaffent sous le clavier. Ils se bousculent derrière l'écran. Ils hurlent leur désir de reconnaissance : apparaître, s'unir, composer, par affinités, dans un ordre stylé : article, sujet, verbe, complément ou bien verbe, sujet, article, complément ; pourquoi pas ? Il est probable qu'à ce petit jeu, une conjonction cède à la tentation de faire l'intéressante. Une préposition peut se pousser un peu du col ! J'ai vu des phrases qui perdaient tout leur sens, titubaient, asphyxiées par un excès d'efforts - une virgule qui peine à arriver, un point qui se fait attendre, des parenthèses qui s'emboîtent comme des poupées russes, un sens que l'on ne retrouve plus : interdit, giratoire, unique, insensé, au-delà du sens, indésens...
C'est parfois triste de voir passer une phrase sinistre aux accents graves, avec une mine désolée de commis voyageur sans bagages. Mais c'est sympathique de constater que - même de nos jours - il y en a qui n'hésite pas à sauter à la ligne, à tenter une échappée dans un paragraphe tout neuf en klaxonnant avec des accents aigus à n'en plus finir, comme sur la route des vacances. Mais gare aux imprudences : une intonation un peu trop appuyée, un mot plus haut que l'autre, et c'est le dérapage verbal !
Un jour - un matin précisément - j'en observais une du coin de l'oeil, silencieuse, offrant aux premiers rayons du soleil une moue délicieuse et ss silhouette latine ; j'appris qu'elle se prénommait : "motus et bouche cousue" et que son exercice de prédilection consistait à se glisser dans le cercle des rumeurs pour tenter de saisir un non-dit susceptible de se disculper dans des points de suspension ; parfois même il lui arrivait de dénoncer une médisance prise au piège d'une parenthèse.
Si vous avez un peu de patience, à la tombée d'un texte, vous pouvez rencontrer la phrase-reine, la conclusive, la lyrique, celle qui se rengorge en imaginant que toute l'assemblée n'a de regard que pour sa sortie ; que chaque lettre de chaque mot de chaque phrase de chaque paragraphe qui la précède n'existe que pour déguster sa chute.
Point final.
Conclusion : quand on a rien de spécial à dire sinon des trucs épouvantables, alors on devrait vraiment se taire.

mercredi 1 avril 2009

Léonard COHEN lance l'idée d'un nouveau "Woodstock" en France

Léonard Cohen, dont les places pour le concert du 7 juillet à Bercy se revendent déjà au marché noir à plus de 300 Euros, vient de faire une très courte conférence de presse avec son ami Bono, le leader de U2, dans laquelle ils évoquent ensemble l'idée de monter un "Woodstock" en France en juillet. Cohen indiquant qu'il avait été surpris du succès incroyable de son retour sur scène, que ses finances étaient OK, et qu'il avait quelques scrupules à faire payer aussi cher les places de ses concerts (mais il est sous contrat jusqu'en juin). Comme il aime la France, que le public français lui a fait un accueil extraordinaire, l'idée lui est venu, avec Bono lors d'un dîner bien arrosé à Los Angeles, de monter ce projet un peu fou. "Le temps s'y prête. Je veux montrer que l'on peut faire de grandes choses sans toujours "taxer" les gens", a-t-il ajouté.
Bono a poursuivi en disant que déjà un grand nombre d'artistes s'étaient déclarés partants, et en particulier : Pink Floyd (Waters), King Crimson, Led Zeppelin, Clapton, Madeleine Peyroux, E. Winehouse, Lou Reed, Ten Years After, Bonga, Joe Cocker, Santana, Police, etc. ...
Reste à fixer la date et le lieu (qui devrait être proche de Paris).

mardi 31 mars 2009

Lobo Antunes (encore !)



Et vous savez quoi ? 24H après avoir écrit mon petit mot en guise de mea culpa pour avoir ignoré jusqu'à ce jour sur mon blog cet auteur fantastique, et bien, comme un incroyable remerciement, ce grand Monsieur de la littérature portugaise sort le Tome 4 de ses "Chroniques" et, fait rarissime, se fend d'une interview à France Inter (décidément cette radio est "top") dans l'émission de Bruno Duvic "Et pourtant elle tourne" (que je n'arrive pas à "podcaster" : caramba !)
Et merci à Marie-Bé de m'avoir prévenu !

Au pays


Le dernier roman de Tahar Ben Jelloun nous introduit dans l'univers d'un émigré d'origine marocaine, Mohamed, venu en France en 1962, un peu par hasard, pour travailler aux usines Renault. Mohamed est musulman, pieux sans être intégriste. Sa femme (ils ont été mariés à 15 ans et ils sont cousins) l'a rejoint et lui a donné 5 ou 6 enfants avec lesquels il n'a jamais vraiment eu de relations paternelles : départ pour l'usine tôt le matin, fatigue du soir. Et puis, les épanchements ne sont pas dans la nature de Mohamed ; pas dans sa culture de laisser transparaître ses sentiments. Sa vie aurait du être celle que ses parents avant lui ont connue ; réglée sur le devoir, le respect (de la religion, du père), la fatalité. Mais ce voyage en "Lafrance", cette vie sur une terre étrangère qui finit par lui arracher ses enfants en les intégrant, sera toujours une sorte d'exil. Sa vie, la vraie, est au bled. Il sait pourtant qu'"au pays", ce n'est pas le paradis et que, par exemple, il ne sera pas soigné dans des hôpitaux gratuits, que la corruption existe, que les villageois se jalousent, etc. ...
Et puis "lentraite" arrive ; à 60 ans. Alors que pour tous ceux qui ont eu le même parcours que Mohamed, c'est enfin la possibilité de prendre un repos bien mérité, pour lui, c'est une nouvelle fracture. Sa vie était jusque là réglée sur le travail - bien fait -, la prière, les rites familiaux - même si la famille s'était réduite avec le temps et le départ des enfants, détournés par la "Lafrance". "Lentraite", c'est un jour le départ au pays avec un rêve...
Tahar Ben Jelloun utilise un vocabulaire simple, alternant phrases courtes et phrases longues, ces dernières coorespondant très souvent à la description des sensations qui habitent ou que perçoit Mohamed ; celles de son univers ou celle du monde de "Lafrance" qui est "autre", définitivement. De nombreux personnages traversent le roman et composent comme une galerie du regret : Nabile, cet enfant mongolien adopté par Mohamed et qui, seul, lui est fidèle ; Katy, la prostituée marocaine également, devant la roulotte de laquelle les ouvriers font la queue, et puis certains de ses camarades qui trahissent leur culture, d'autres qui finissent abandonnés de tous, alcooliques ; les syndicalistes, les faux imams.
C'est un livre très attachant qui nous aide à comprendre le regard de l'autre, celui de l'émigré. Difficile dorénavant de croiser un maghrébin d'un certain âge sans penser au Mohamed de Tahar Ben Jelloun.
Nota : la traduction du titre de la version italienne (plus courte) était : "Elle l'a tué"