dimanche 24 mai 2009

Sud Est asiatique




L'Asie du Sud-Est regroupe deux ensembles géographiques : l'Asie du Sud-Est continentale ou Indochine, péninsule du continent asiatique située entre la Chine et l'Inde, et l'Asie du Sud-Est insulaire ou Insulinde, vaste archipel s'étendant entre l'Asie et l'Océanie.

Elle comprend les territoires suivants :

le Brunei ;
le Cambodge ;
Timor oriental ;
l'Indonésie ;
le Laos ;
la Malaisie ;
la Birmanie ;
les Philippines ;
Singapour (parfois rattaché, pour des raisons culturelles, à l'Asie de l'Est et au monde chinois) ;
la Thaïlande ;
le Viêt Nam ;


L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) est une organisation politique, économique et culturelle fondée en 1967 qui regroupe l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, le Brunéi, le Viêt Nam, le Laos, le Myanmar, le Cambodge.

La République du Timor oriental n'en fait pas partie.


Pour les voyages internationaux, il faut se référer à la définition de l'Association internationale du transport aérien (IATA).

Selon elle, l'Asie du Sud-est comprend : Brunei , Cambodge, Chine sans Hong Kong SAR et Macau SAR, Taïwan, Île Christmas, Îles Cocos, Guam, la région administrative spéciale (SAR) de Hong Kong, Indonésie, Kazakhstan, Kirghizistan, Laos, la SAR de Macao, Malaisie, Iles Marshall , Micronésie, Mongolie, Myanmar, Îles Mariannes du Nord, Palaos, Philippines, Russie d'Asie, Singapour, Tadjikistan, Thaïlande, Timor oriental, Turkménistan, Ouzbékistan, et Viêt Nam.

Exposition Calder à Beaubourg


Il s'agit des années parisiennes de Calder entre 1926 et 1933. Calder a alors une trentaine d'années. L'expo présente pour l'essentiel ses sculptures de fil de fer où il parvient, en quelques torsades métalliques géniales, à représenter un animal ou croquer une de ces célébrités du tout Montparnasse qu'il fréquente alors. Quelques rares "mobiles" complètent l'exposition.
Bon, volà. C'est sans doute très original pour l'époque, c'est habilement dessiné dans l'espace, ça plait beaucoup aux enfants, mais j'avoue ressentir un peu d'admiration, mais moyennement de l'émotion.

Soigner le mal par le mal

Extrait du petit papier de PA Delhommais dans "le Monde" de ce WE : "Le plus inquiétant, c'est qu'on administre au malade les mêmes drogies que celles qui l'ont envoyé à l'hôpital. Le plus préoccupant pour demain, c'est qu'on soigne le mal par le mal. Qu'on cherche à sortir d'une crise née d'un endettement excessif par de nouvelles dettes. A guérir une économie mondiale rogée par le crédit par une relance du crédit."Et PAL de rappeler que le ratio épargne / endettement par américain est passé de 4 en 1920 à 300 en 2008 ! Et enfin conclure : "La crise des subprimes, c'est d'abord une défaite de l'abstinence et de la privation. Ne pas résister à la tentation de s'offrir le dernier iPod."
Je résiste !

jeudi 21 mai 2009

Passé

Par-dessus le mur du Passé,
C'est un terrain vague et mal cadré
Habité de silhouettes en sfumato,
Des épouvantails
Dont le vent agite les lambeaux,
Et qui ricanent de tes batailles.

Quand tu t'endors sur ton Passé,
Tu suis la trace oubliée
D'un parfum, la caresse d'une main
Qui ondule et s'évanouit
Comme une danseuse résignée à son destin,
A Venise, au bord d'un canal, une nuit.

Quand tu oublies ton Passé
Par ignorance ou infidélité,
Alors il va, entre les rochers d'une île
Sous une lune de regrets,
Vers une rive paisible,
Enfant, sur une barque volée.

Quand tu parles de ton Passé
Il vient devant toi, fatigué ;
Il est fébrile sous le maquillage,
Comme s'il devait s'enfuir de ta vie par les coulisses
Et traverser la ville sans courage
Pour finir, démasqué, au poste de police.

Cadel Ubbale

Test


Je voulais faire ce test depuis longtemps : refermer le journal et écrire immédiatement, en vrac et sans notes, ce que j'ai retenu de sa lecture. Donc, "Le Monde" daté du 21 mai 2009 :
- existence possible d'un foyer autonome de grippe A(H1N1)au Japon compte tenu du nombre de cas enregistré à ce jour (+ de 200); augmentation subite de la contagion après un jour de fête traditionnel à l'occasion duquel de nombreux japonais reviennent dans leur pays ; le virus aurait pu être propagé également par des rencontres sportives scolaire inter-établissements ; le niveau d'alerte est relevé à 6 (niveau pandémie); note perso : il sont fous ces japonais !
- une attaque d'Israel sur les installations nucléaires iraniennes destabiliserait la totalité de la région du Moyen-Orient ; avec étude comparative des missiles des uns et des autres ; portées respectives et capacité de destruction (où on apprend que certains missiles israéliens peuvent traverser 6,00 m de béton avant d'exploser et détruire tout dans un rayon de 100 m de portée ; note perso : vous m'en mettrez une 1/2 douzaine, Mme Sanzot !
- toujours au moyen-Orient, à Abou Dhabi, pub pour l'appel d'offres travaux pour le Louvre éponyme conçu par notre architecte-star Jean Nouvel ; note perso : où l'on voit l'image d'un curieux champignon un peu raide dont la tête - semble-t-il - a été sérieusement entamée par les vers car la lumière passe à travers !
- un reportage sur "Le petit Kaboul" ou le Square Villemin dans le Xème, près du Couvent des Récollets (Maison de l'architecture) et de la gare de l'Est, où 200 SDF d'origine afghane dont les plus jeunes ont 15 ou 16 ans trouvent refuge pour passer la nuit avant de tenter le lendemain de repartir ou d'attendre. Note perso : quoi ?
- la tête (pas sympathique) d'Eric Besson ; note perso : pourquoi a-t-il vraiment la tête d'un félon ?
- Hugo Chavez qui fait de la pub à l'occasion de son talk-show hebdomadaire pour une téléphone made in Vénézuéla dont le nom est à lui seul un slogan vendeur et qui pourrait se traduire en français par Penissimo par ex. ! Note perso : le portable, ce petit engin qui cristallise toutes les aberrations de notre époque (réflexion d'une anonyme revendiquant contre la disparition des cabines téléphoniques)
- le dessin de Plantu : une photocopieuse (j'ai oublié la marque : HP ? RX ?) qui crache des copies d'un chômeur qui se fait éjecter en ramassant un coup de pompe dans le c... ; annonce de 6.500 chomeurs dans cette boîte dont j'ai toujours oublié le nom ! Note perso : j'ai encore oublié la marque, merci Seigneur !
- le scandale des notes de frais à la Chambre des communes en Angleterre ; Note personnelle : et si on enquêtait à l'Assemblée Nationale ?
- les USA veulent limiter les 4x4 ; note perso : et lobotomiser leurs conducteurs ?
- le ministrable Claude Allègre animait un colloque sur le stockage massif de CO2 pour limiter l'acidité des océans afin que l'on puisse encore manger des huitres dans 10 ans ; Note perso : Claude, si tu m'entands : les meilleures huitres sont chez Papin, Place Victor Hugo à Angoulême !
- Air France-KLM dans le rouge ; note perso : le pdg broie forcément du noir !
- Un article sur la belle et franche Sophie Marceau et son commentaire sur la chanson de Souchon qui parlait de ses seins : "il est culotté de m'avoir déculottée !" ; Note perso : Sophie, si tu m'entends : ne change rien, ta parure de rubis de chez Chaumet te va si bien !
- un interview d'Amodovar où l'on apprend que son dernier film, écrit alors qu'il avait du s'enfermer dans le noir pour des raisons de forts maux de tête, est autobiographique, qu'il aime tourner avec Penelope Cruz qui "joue avec ses tripes", et que les câbles, les fils électriques et toute la technique d'un plateau de tournage constituent une véritable poésie ; Note perso : c'est pas forcément les tripes que je préfèrerais dans Pénélope ! Note perso supplémentaire : messieurs les architectes, si vous m'entendez, voyez le grand Almodovar qui frissonne de plaisir à la vue d'un câble électrique !
- un commentaire sur le fil de Bellochio (sauf erreur !) sur la vie tragique de l'épouse de Mussolini qui fut enfermer par le Duce dans un asile et y subit des traitements épouvantables pendant 13 ans ! ; note perso : à voir absolument !
- un autre commentaire sur le dernier film d'Alain Cavalier "Irène", dont l'histoire évoque la disparition de sa mère ; Note perso : à voir impérativement après une cure de sommeil de 3 jours !
- personne de connu (par moi) à la rubrique nécrologique ; Note perso : je parcours systématiquement cette rubrique depuis quelques temps !
- vente de la maison d'Ingmar Bergam (celle qui est sur une île en Suède) chez Christie's ! ; note perso : dommage, on a déjà Piffonds !
Bilan : merci "Le Monde" et celui qui a inventé les jours fériés !

mardi 19 mai 2009

Insomniak night

C'est un fait que l'oeil de la caméra est aussi aveugle que la nuit.
C'est un fait qu'il n'y a que le vrombissement du moteur de l'ordinateur,
Comme celui d'un long-courrier au-dessus du désert de Mongolie.

Le chat de bronze est immobile. Il guette sa proie.

Tes yeux et ton sourire sur la couverture d'un livre
Et je me réfugie des décennies en arrière ;
J'avais ces yeux, ce sourire et le monde possible.

Même l'ombre du chat de bronze est immobile. Elle guette sa proie.

Où est l'homme le plus proche qui dormira ce soir sous la lune ?
Où est le miroir qui me dénoncera ?
Où est passée ma solitude ?

Cadel Ubbale

samedi 16 mai 2009

L. COHEN REVISITED



Comment ? Vous n'avez pas encore acheté le supplément des Inrockuptibles consacré à Léonard, et son CD de 10 chansons interprétées par des artistes tels que : John CALE, Johnny Cash ou Marissa NADER ? Comme vous êtes rares mais somme toute assez sympathiques, je vais vous traduire un monument : "Famous blue raincoat" (il s'agit toujours de MA version bien entendu). Je dédie cette traduction à Marie-Bé (qui m'a alerté) et je vous offre en plus la vidéo que j'aime beaucoup de Marissa Nader qui est sur le CD !



"Il est quatre heure du matin, c'est la fin décembre.
Je t'écris juste pour savoir si tu vas mieux.
New York est glacial mais j'aime cette ville où je vis aujourd'hui.
Il y a de la musique dans Clinton Street au travers de la nuit.
J'ai entendu dire que tu avais construit une petite maison au fond du désert.
Et que ta vie est vide à présent.
J'espère que tu écris une sorte de journal.

Te souviens-tu que Jane était revenue avec une boucle de tes cheveux ?
Elle disait que tu la lui avais donnée la nuit où tu avais décidé de t'éloigner.
As-tu réussi à partir vraiment ?


La dernière fois que nous t'avons vu tu paraissais tellement vieilli.
Ton inséparable imperméable bleu froissé sur tes épaules.
A la gare tu attendais tous les trains mais tu es revenu chez toi sans une Lily Marlene.
Et finalement tu as traité ma femme comme une paillette de ta vie.
Quand elle est revenue ici elle n'était plus la femme de personne.

Je t'imagine là-bas avec une rose entre les dents, comme un petit voleur de gitan.
Tiens, voilà que Jane se réveille. Elle t'adresse ses amitiés.


Et que puis-je encore te dire mon frère, mon assassin ?
Que puis-je vraiment te dire ? Je crois que tu me manques.
Je crois que je t'ai pardonné. Je suis heureux que tu te sois trouvé sur mon chemin.
Si jamais tu reviens par ici pour Jane ou pour moi,
Je veux que tu saches que ton ennemi dort.
Je veux que tu saches que sa femme est libre.

Et merci pour la peur que tu as enlevée de ses yeux.
Je pensais que c'était naturel aussi n'ai-je jamais rien fait.


Te souviens-tu que Jane était revenue avec une boucle de tes cheveux ?
Elle disait que tu la lui avais donnée la nuit où tu avais décidé de t'éloigner.
As-tu réussi à partir vraiment ?


Cordialement. L. Cohen

NDR : L'imperméable Burberry bleu de Cohen a été volé à Londres en 1968.

mardi 12 mai 2009

Bécon les Bruyères Chapitre 1


En mai 1927, était publié aux Editions Emile-Paul frères, dans la collection "Portraits de France", un petit texte de 80 pages au titre lapidaire et prêtant à sourire : "Bécon les Bruyères". Il prenait place aux côtés d'opuscules plus urbains traitant de Toulon (Paul Morand), Rouen (André Maurois) ou Bayonne (Jean Cassou). L'auteur en était Emmanuel Bove, alors âgé de 29 ans et déjà célèbre avec "Mes amis", dont on comparait le talent à Proust ou Dostoeivski.
Les rituels permettent parfois au hasard de se justifier ; je m'explique. Quand je viens à Biarritz - et ça fait plus de 30 ans que je commets cette habitude - je m'oblige, sans que cette obligation tienne du devoir ou relève de la contrainte, à parcourir la ville selon un itinéraire toujours à peu près identique, jalonné d'étapes incontournables.
La première est inévitablement la Côte des Basques, que j'attaque par le haut, par ce belvédère équipé depuis peu d'un kiosque providentiel : "Les 100 marches". Lieu de rencontres du "Tout Biarritz bon chic-bien branché", on peut s'y régaler en panoramique de ce que je me plais à considérer comme "la plus belle vue du monde" : la plage de la Côte des Basques. Cette langue de sable versatile, lovée sous la falaise, déploie sa courbe sensuelle depuis la Villa Belsa jusqu'aux rochers de la Milady, comme la traîne négligée d'une mariée dont on regretterait l'inaccessibilité.
La seconde étape correspond souvent aux Halles centrales, paradant de pittoresque, avec ses commerçants choisis devenus complices et familiers au fil des années.
La troisième au classement - mais seulement par son éloignement de notre domicile - c'est la Plage du Miramar, ultime refuge au bout de la ville marine, et ses rochers habités du vacarme de l'écume, semblables à deux immenses épaves ennuyées.
Quatrième escale, plus intime : le Bookstore ; cet espace de librairie aux faux air de Western, placée juste à l'endroit où la ville cesse d'être urbaine pour devenir résolument estivale.
J'entre donc au Bookstore. A la seconde où j'en franchis le seuil, je me sens un peu dans une sorte de second "chez moi" ; c'est inévitable. Il y a cette cabine minuscule sur la droite qui me fait penser à la caisse d'un manège d'enfants ; il y a les livres recommandés par la maison, ou ceux qui sont le plus demandés, rangés sur une petite table au pied de l'escalier ; il y a cet escalier qui se dédouble à partir d'un palier intermédiaire pour vous conduire au premier étage ; et enfin cet espace du premier étage où trônent un grand Chesterfield complice et une autre cabine en bois verni noire, érigée comme la vigie d'un navire, accessible aux seuls membres de "l'équipage". La plupart du temps, il règne à cet étage un silence recueilli au milieu d'un désordre rassurant constitué de dizaines de piles de livres de hauteurs inégales posées à même le sol.
Cette fois, le silence était bien là, mais c'était un silence vide. Non seulement, les piles étaient plus rares, mais également beaucoup moins hautes. Les murs garnis d'étagères qui, jadis, regorgeaient d'ouvrages installés sans hiérarchie et avec une fantaisie plutôt sympathique, frôlaient l'anémie. Le silence d'hier avait perdu de son charme en perdant le voisinage de tous ces drames, ces vies, ces émotions, ces couleurs ou ces parfums contenus dans les milliers de pages des livres désormais absents. On ne lit pas de la même façon dans un espace vide et dans un lieu habité par les livres. Mais peut-être ne devrai-je parler que pour moi ?
Après avoir fait quelques pas sans conviction, je m'apprêtai à redescendre quand le hasard plaça avec malice sous mes yeux un ouvrage de petite taille avec une couverture banale, sans titre. Je le retournai et parvenai assez difficilement à lire
"PAR
EMMANUEL BOVE
BECON-
LES-BRUYERES
EDITIONS CENT PAGES
COSAQUES
2009"

mercredi 6 mai 2009

Paris d'or et de lumière

Ignorant les cascades de zinc
Des immeubles en vrac,
Sous un ciel violet de hontes incertaines,
Le miroir des tours
Usurpe l'or du couchant
Et dilapide sur la Seine
Des millions de pépites indolentes.

C'est l'heure des impasses,
Celle de la mémoire des mélancolies
Qui glisse à l'horizon du fleuve
Comme une voile perdue,
Comme le souffle d'une promesse absente.

Toutes ces heures criminelles
Qui répandent mécaniquement
Leurs sentences ultimes ;
Dieu, ne peux-tu nous en extraire,
Et offrir enfin à ta cause
Une preuve fatale de dignité ?

Cadel Ubbale

lundi 4 mai 2009

Grand Pari(s)



Je m'interroge beaucoup sur cette histoire de "Grand Pari(s)" :
- s'agit-il d'une question majeure dont l'examen doit s'imposer aujourd'hui ?
- quels sont les ressorts de cette question et la hiérarchie des priorités : économiques ? humaines ? politiques ?
- la consultation des 10 équipes conduites par des "stars" de l'architecture n'est-elle pas un leurre, un alibi (j'ai consulté, les meilleurs ont été sollicités, le débat d'idées a lieu, ...) et puis (comme d'habitude ?) on fait passer ce qu'on veut ? Sinon, pourquoi la mesure-phare serait cette idée de métro automatique périurbain qui n'est sortie d'aucune des équipes consultées ?
- n'eut-il pas fallu intégrer cette donnée essentielle (ce "grand huit") dans les consultations ?
- est-ce qu'une méga-cité constitue une réponse pertinente aux questions du mieux vivre demain ? Est-ce bien le "sens de l'histoire" ?
- Paris, ville-monde a-t-elle un sens, sauf à flatter notre égo ? Pourquoi concentrer 20 ou 30 millions de personnes dans un territoire réduit pour les faire (sur)vivre à une époque où toute la technologie est orientée pour communiquer à distance ?
- La création d'une méga-cité ne va-t-elle pas nuire au développement des autres cités ?
- l'homme de demain n'a-t-il pas plus besoin de retrouver une échelle à sa mesure plutôt que de devoir s'adapter à un espace démesuré ?
- la concentration est-elle un facteur d'amélioration de la vie sur Terre ? S'agit-il d'un concept inéluctable ?
- concentrer l'homme n'a-t-il pas comme conséquence obligée la réduction de ses libertés ?

dimanche 3 mai 2009

Amours en marge de Yoko Ogawa


"- Je voudrais te demander quelque chose, lui dis-je.
- Quoi ?
- Je voudrais m'endormir en serrant tes doigts.
- Ca c'est facile.
Il a posé ses doigts sur ma poitrine. je me suis endormie en les serrant."

Rétrospective Kandinsky à Beaubourg


Je n'étais pas un inconditionnel de sa peinture (pour ce que j'en connaissais), mais les tableaux présentés sont, pour certains (la plupart), d'une telle beauté que ... j'y retournerai forcément !

Expo "Une image peut en cacher une autre"


Toujours au Grand Palais, une expo très riche où Dali se taille une part de roi, et où l'on peut admirer la conjugaison des intelligences artistiques et techniques, ainsi que l'inépuisable imaginaire de l'homme.

Expo Andy Warhol au Grand Palais


Une petite promenade plutôt intéressante au milieu de la galerie de portraits du pape du Pop Art dont les oeuvres semblent avoir été vues, revues et revues encore. Mais certains tableaux expriment une fulgurance étonnante (Lénine, Basquiat, le portrait en grand d'un indien, ...) et les coups de pinceaux du patron de "La Fabrique" sont à observer de visu (ce qui est impossible sur les reproductions).

jeudi 30 avril 2009

Un grand pas vers le Grand Pari(s) ?

Si l'on en croit la plupart des commentaires relatifs au discours de Mr Sarkozy dans le cadre de l'inauguration de l'exposition sur "le Grand Pari(s)", les grandes (cet adjectif est devenu incontournable en France) décisions prises se focalisent sur la stratégie des transports, plus que sur le volet explicitement architectural des projets. En particulier, c'est l'Annonce avec un grand "A", d'un "Grand huit" (130 km de métro) qui fait figure d'annonce-phare. On se souviendra que cette idée provient directement du "laboratoire" de M. Christian Blanc qui ne faisait partie d'aucune équipe en lice, mais a tracé son "concours" de son côté, avec la bénédiction de l'Elysée. On se souviendra également que la 1ère présentation de ce projet, il y a quelques semaines, avait soulevé un petit vent (une brise) de contestation chez les "stars" de l'architecture qui, bien entendu, se rendaient compte qu'on les avait fait bosser pendant plusieurs mois pour rendre des jolies "pers en 3D", et qu'on les mettait ipso facto devant l'évidence : ce projet de métro souterrain était plus qu'avancé et structurant pour le développement du "Grand Paris". Hier, le projet de M. Blanc a été légèrement aménagé, et plutôt que de voyager comme des taupes, les franciliens se régaleront - "où ce sera possible" - du paysage des pavillons de banlieue aggrandis de quelques m2 (et probablement sans le concours d'un architecte !).
On regrettera donc la choucroute de Gehry sur la Tour Montparnasse (mérite-t-elle tant d'infâmie ?) et les tours-hlm de Castro mal désherbées se mirant dans l'eau d'un lac improbable sur lequel glisse un sloop (on a évité le bateau à moteur ... politiquement moins "durable").
J'ajouterai que je partage le point de vue consistant à penser que les transports constituent l'une des données majeures de la question du Grand Paris (pas besoin d'être diplômé de l'ENPC), mais que la question concomitante est celle-ci : pour desservir quoi ? (et là l'architecture devrait avoir quelque chose à dire).
Suis-je le seul ce matin à avoir cette lecture des "évènements" ?

samedi 25 avril 2009

Lectures de vacances


Que c'est bon les vacances, même une petite semaine ; ce "temps libre" libéré pour lire.
M. Vertigo de Paul Auster, commencé un peu avant le départ vers le Pays basque fut achevé le 1er. C'est l'un des plus beaux romans d'Auster, me semble-t-il. C'est le récit d'une épopée extraordinaire à travers l'Amérique des années 30 d'un enfant des rues à qui "le Maître" avait promis de voler. (J'y reviendrai plus longuement).
Un petit intermédiaire avec un court opuscule d'Emmanuel Bove (l'auteur de "Mes amis") au titre captivant s'il en est :"Bécon les Bruyères". 80 pages parfaitement "troussées", loin des éloges classiques de ce genre de littératures, redondantes de nostalgies, ennuyeuses par leur dithyrambes. Non, là, que le charme discret de l'exercice littéraire pur.

Enfin, une découverte, un cadeau de notre ami Pierre Léglise Costa (que je ne cesserai de louer pour m'avoir permis de découvrir Lobo Antunes): "Les mangeurs de perles", de Joao Aguiar, petit pollar déguisé en journal de bord d'un journaliste-écrivain (en devenir ?) portugais qui s'embarque un jour pour Macao à des fins thérapeutiques et qui se retrouve embringué dans une histoire de pirates et d'amour. Un régal qui se lit d'une traite (ou au maximum deux coups !). (j'y reviendrai aussi...au Square Littéraire !)

mercredi 15 avril 2009

Peter Zumthor Pritzker Price 2009 (version 2)


Voilà, je me suis planté dans mes pronostics : j'avais annoncé les japonais de Sanaa et c'est Zumthor ... Impardonnable. Et ce, pour 2 raisons : 1) je considère Zumthor comme l'un des plus grands architectes au monde (sinon le plus grand), en tout cas celui qui m'émeut le plus 2) J'étais persuadé qu'il avait eu le Pritzker alors que j'avais publié la liste complète des architectes lauréats sur mon blog ! Mon admiration pour Zumthor aurait-elle alimenté mon inattention ?
(Je m'aperçois que je tente de justifier mon inexcusable étourderie sur un blog que personne ne consulte - à part Gérard - sur un sujet qui n'intéresse presque personne - à part Gérard peut-être).
J'ai une petite histoire avec Zumthor dont je suis fier. Je travaillais il y a plus d'une dizaine d'années avec un architecte français de talent dont l'écriture peut être qualifiée de proche de celle de Zumthor. A cette époque, je ne commaissais pas ce dernier. Je reçus un jour sur ma table un exemplaire du "Moniteur" sur la couverture duquel il y avait une photo des thermes de Vals. Je fus saisi dans l'instant, et cette photo m'apparut immédiatement comme représentant une architecture exceptionnelle, d'une qualité supérieure à celle (déjà excellente) que pouvait produire l'architecte avec lequel je travaillais.
Depuis le temps que je veux me programmer une petite tournée en Suisse et en particulier une nuit aux Thermes de Vals, la visite du musée de Bregenz, et celle de cette chapelle en bois noir ... Il faut que je me replonge dans la lecture des deux derniers ouvrages de Zumthor traduits en français (deux petites perles) qui parlent avec des mots et des images simples de sa relation à l'architecture.
Et si Nouvel, Pritzker 2008, célébrait les années folles et Zumthor, le temps de la Raison ? Suis-je iconoclaste ? Je dois me tromper car Nouvel a téléphoné à Zumthor et ce dernier a indiqué qu'il admirait Nouvel... Ce qui me surprend un peu.
"J'espère que cela donnera de l'espoir aux jeunes qui se disent : Zumthor l'a fait, nous pourrons le faire aussi, construire la totalité de l'édifice, et pas seulement fournir des images ou des façades", a dit le lauréat en recevant son prix.

mardi 14 avril 2009

L'Apsara et la soupe de potiron de Cadel Ubbale

"Depuis quelques temps mes rêves sont habités de situations et de personnages dont le contenu ou l’apparence est extrêmement détaillé. Bien entendu, comme dans tout rêve qui se respecte, il n’y a pas plus de cohérence dans la composition des faits et des protagonistes qu’il y en avait auparavant, mais ce qui m’étonne, c’est l’accumulation de détails insignifiants d’une précision injustifiée (à moins qu’il ne s’agisse de détails injustifiés d’une précision insignifiante ?).
Par exemple, cette nuit, ce rêve où je suis dans une pièce avec trois autres personnes : une vieille tante éloignée (pourquoi elle ?), mon frère et une femme qui se révèle être la dernière maîtresse de mon père,
ou peut-être une ancienne conquête.
La pièce est une cuisine ; l’espace est immense, comme un couloir sans fin. Tout au fond je sais (sans la distinguer, mais je le sais) qu’il y a une vaste salle d’eau avec une très grande baignoire, dont le sol et les murs sont recouverts de carreaux de faïence noirs et blancs posée en damier. Il y fait toujours un peu sombre, et l’été délicieusement frais, surtout pendant certaines journées d’aout accablées par une chaleur sèche et blanche.
Au centre de la cuisine, une table très longue recouverte d’une toile cirée décorée de motifs floraux psychédéliques. Une fausse lampe à pétrole est suspendue au plafond par un invraisemblable système de fils et de poulies. Des insectes morts sont figés sur les fils comme sur ces rubans tue-mouches que l’on suspendait autrefois à la campagne, du temps où il y avait encore des mouches. La lampe projette un disque parfait de lumière qui éclaire une énorme marmite en métal, luisante de reflets cuivrés, et remplie d’une soupe épaisse de potiron que la vieille tante agite, méthodiquement, avec une cuillère en bois. Cette redoutable soupe de potiron que j’avais en horreur, dont je n’ai pas oublié l’odeur forcée de muscade, et les grumeaux de lait caillé qu’il me fallait obligatoirement avaler sous peine de devoir quitter le dîner pour un exil prématuré et sans retour (jusqu’au lendemain) dans ma chambre.
Mon frère est en pyjama. La braguette de son pantalon est ouverte – encore une fois - et son sexe mou pendouille. Il est assis un peu à l’écart et lit un roman policier. La maîtresse de mon père lui fait remarquer qu’il pourrait rester décent et cacher son « engin ». Mon frère la regarde par-dessus son livre et ricane. Il est pieds nus dans des savates en toile usées. Bien que je remarque l’incongruité de la chose, le sol de la cuisine est bien constitué de pavés ronds et moussus comme ceux que l’on trouve encore dans certaines cours intérieures des vieux quartiers de Paris.
Soudain la sonnette de la porte d’entrée. Nous savons tous qu’il s’agit de mon père. Nous l’attendions. Sans surprise, et pourtant ça fait 40 ans qu’il est mort. Je me souviens m’être dit qu’il devait sans doute avoir beaucoup changé. Je vais lui ouvrir. En fait, curieusement, mon père n’a pas beaucoup changé, peut-être est-il un peu plus petit, un peu plus voûté. Il est en costume ; une étiquette en tissu « Emigliano Zegna » sur la manche. C’est une faute de gout.
« tu as raison, c’est une faute de goût »,
et il arrache le morceau de tissu avec un sourire de conquérant. Il a l’air détendu, sûr de lui, pas vraiment surpris d’être là sur le pas de cette porte, devant son plus jeune fils, vieilli lui aussi de 40 ans. Il arbore, comme c’était la mode dans les années cinquante et comme je lui ai toujours vu dans les années 70, son éternelle pochette blanche qui souligne, impeccable, d’un trait blanc de bristol, le haut de la poche de son veston. Il porte ses anciennes lunettes en écaille noire à monture épaisse, trop enfoncées sur les yeux, à la façon
à la façon d’Yves Saint Laurent sur la célèbre photo où il pose nu.
Je sais que ce port de lunettes signifie que mon père est condamné. Il entre dans la pièce. Personne n’est étonné de le revoir. Mon frère lève à peine les yeux de son livre. Lui aussi est maintenant paré dans un costume impeccable. Sur la manche il y a également l’étiquette « Emigliano Zegna ». Mon frère a adopté le même parfum que mon père : « Monsieur » de Caron. Je n’aime pas ce parfum aux allures prétentieuses et démodées. C’est sans doute parce qu’il ne me rappelle que les choses détestables de mon enfance. Nous sommes maintenant autour de la table. L’une de mes anciennes conquêtes
comment s’appelait-elle déjà : Christine ? Marie ? Suzette ?
s’est substituée à la maîtresse de mon père. Je suis juste à côté de lui et je remarque ses mains
(mon père a toujours été très fier de ses mains qu’il lavait vingt fois par jour exclusivement au savon de Marseille) ; elles sont boursouflées et tavelées de tâches de vieillesse. Curieusement il y a quelques poils bruns, longs, épars sur le dessus. Mon père n’avait pas les mains poilues ; l’âge probablement. Pour le reste, il ne semble rien avoir cédé, ou si peu.
Il s’est installé d’autorité en bout de table et tend son assiette pour avoir de la soupe.
« C’est ta soupe aux potirons, Jeannette ? »
Tante Jeannette est aux anges, mais elle rectifie
« la soupe de potiron »,
et ajoute :
« Tiens mon grand, tu vas guérir »
elle le sert copieusement et mon père, sans attendre, commence à laper sa soupe. Il s’explique en indiquant qu’en Indochine, à la Légion, il fallait manger sa soupe comme ça. Et puis après c’était la « corvée de bois », dit-il en m’accordant un clin d’oeil complice. Et nous trouvons, tous les trois autour de la table, son explication plausible.
Et puis ma tante vient au-dessus de moi. Elle commence à beurrer une biscotte, lentement comme elle le faisait jadis pour le goûter, quand elle me gardait pendant les vacances
avec des gestes comptés comme dans un rituel initiatique
elle veille à ne mettre sur la biscotte qu’une infime pellicule de beurre
« tu crois que c’est bien de te mettre autant de beurre sur ta tartine ? Tu ne vois pas que nous sommes pauvres ? »
Le couteau crisse sur la biscotte ; une plainte caillouteuse. Elle a pris soin de placer deux biscottes l’une sur l’autre afin de ne pas faire de « brisures », comme elle dit. Et j’entends le bruit de sa bouche au-dessus de moi, un bruit gourmand et inquiétant de succion salivaire. Je sais en même temps qu’elle a le menton qui pique. Je redoute ces baisers quand il faut dire « bonjour Tante Jeannette », « bonsoir Tante Jeannette ». Et puis elle prend le pot de gelée de groseilles
elle faisait une incomparable gelée de groseilles
elle enlève l’élastique, le papier sulfurisé, et la rondelle de paraffine. Elle fait glisser une petite noisette de gelée et l’étale sur le beurre. Des petites perles qui brillent comme des larmes de rubis.
Mon père parle beaucoup, mais ses paroles sont incompréhensibles. Tout le monde autour de la table fait semblant de comprendre (ou peut-être comprend). Mon frère est à nouveau en pyjama. Mon ancienne conquête
la maîtresse de mon père
lui glisse un mot à l’oreille en montrant mon frère. Toujours cette histoire de braguette. Cette négligence perpétuelle, et ce sexe à l’air comme une provocation. Elle se tourne vers moi
mon ancienne conquête se tourne vers moi
« tu n’auras jamais la statuette de l’Apsara que ton père a rapportée d’Angkor après l’avoir volée dans un temple ».
Mon père acquiesce avec soumission tout en finissant de laper sa soupe. Mon frère hisse lentement un regard incrédule par dessus le roman policier. Ma vieille tante fait mine de vouloir poursuivre sa distribution de soupe avec un air blasé de cantinière. La maîtresse
ou bien s’agit-il de mon ancienne conquête ?
laisse entrevoir deux petits seins trop parfaits sous le voile de sa chemise de nuit en tulle rose. Sur le dessus de la cheminée, face à moi, dans la cuisine immense comme un couloir sans fin, la statuette est là. Personne, semble-t-il, ne s’est aperçu de sa présence. Elle est comme avant, partiellement enveloppée dans un tissu rouge de Chine et posée sur un socle de bois sombre. C’est une pierre gris clair sculptée d’une vingtaine de centimètres de haut, et presque autant de large, qui représente le buste d’une Apsara – une jeune danseuse cambodgienne – avec deux petits seins trop parfaits. Elle aussi. L’un de ses bras a été brisé (probablement lors du forfait, quand mon père l’a extraite du mur du temple). J’ai l’impression qu’elle me regarde et me sourit.
Ma tante me commande à présent, sans ménagement, de tendre mon assiette. Elle a encore ce tic de la bouche et cette pointe de salive à la commissure des lèvres, comme quand elle préparait les biscottes.
« Tu prends de la soupe et tu récupèreras l’Apsara »

Si le réveil n’avait pas sonné à cet instant, j’étais prêt à tout pour emporter avec moi l’Apsara , même absorber une redoutable soupe de potiron avec cette odeur forcée de muscade, même avaler les grumeaux de lait caillé en écoutant au-dessus de ma tête le bruit gourmand et inquiétant de succion salivaire d’une tante au menton piquant qui avait l’habitude d’étaler la gelée de groseille sur une double biscotte, car je savais, à cet instant, juste avant que le réveil …
Je savais, je savais que la soupe, la muscade et les grumeaux ne valaient rien, que la vieille tante était morte depuis longtemps,avec son reflexe salivaire et ses deux biscottes l'une sur l'autre, que l'on regretterait cette incomparable gelée de groseille, et que tout ça n’existait vraiment que dans mon imagination, ... ou presque."

mardi 7 avril 2009

Apprentis écrivains à l'âme sensible s'abstenir ou l'écriture selon Lobo Antunes


Extrait du "livre de chroniques IV" :
"Quand j'étais étudiant en médecine, on m'a raconté qu'autrefois on enlevait les calculs de la vessie par le biais d'un procédé désigné sous le nom de "lythotritie", et qui consistait à introduire dans l'urêtre une sorte de pinces et, ensuite, d'écraser lesdits calculs à l'aveuglette, ce que, évidemment, on ne parvenait à faire que très rarement. L'écriture, c'est un peu ça, sauf qu'il faut insister jusqu'à ce qu'on ait écrasé tous les calculs. Il n'y a pas de compulsion ni d'inspiration qui vaille : il y a le métier et la méthode. Et ce n'est même pas romantique : c'est les bras salis jusqu'au coude."

lundi 6 avril 2009

L'hirondelle avant l'orage


Les déportés que les tchékistes entassaient dans des wagons à bestiaux à destination de la Kolyma faisaient 2 choses étonnantes durant leur voyage :
1) ils tentaient d'écrire quelques mots (ultimes le plus souvent) sur des morceaux de papier arrachés à des livres qu'ils étaient parvenus à sauvegarder ; pliaient ces "lettres" sur lesquelles ils inscrivaient une adresse (un être cher, un parent), puis les glissaient par le trou des cabinets du wagon afin qu'elles tombent sur les rails et soient ramassées par hasard par un inconnu qui - peut-être - réussirait à les faire parvenir à leur destinataire. A l'époque des colonies pénitentiaires des tsars, les condamnés à l'exil transportés dans des wagons similaires pratiquaient déjà cette "technique" ; il était également d'usage pour les paysans d'aller ramasser ces petits feuillets sur les voies ferrées...
2)au passage dans les villes ou les villages, les femmes accrochaient aux jours des portes des wagons ou entre les planches, des lambeaux de sous-vêtements qui flottaient ainsi au vent et devaient indiquer aux populations des zones traversées quelle était la véritable nature de la cargaison enfermée dans ces wagons...

"L'hirondelle avant l'orage ", titre du nouveau roman de Robert Littell, est tiré d'un vers du poète Ossip Mandelstam assassiné par les sbires de Staline.
Mandelstam est au centre du réçit. Il est entouré de sa femme, de sa maîtresse, d'autres poètes ; il croise sur son chemin de croix un hercule de cirque, le garde du corps de Staline, l’écrivain Boris Pasternak (futur auteur du Docteur Jivago), et bien entendu celui qui conduit ses interrogatoires. Chaque personnage parle à tour de rôle et raconte un morceau du réçit. Mandelstam prétend que la poésie peut tuer un tyran, et compose un épigramme pour dénoncer cette barbarie.
Il y a un jeu de fascination réciproque entre le poète et le dictateur qui se rencontrent 2 fois (fiction ou réalité ?).
C'est évidemment la question de l'engagement de l'artiste qui est également au centre de ce livre. La folie du poète Mandelstam peut-elle servir la cause de la vérité ? "On ne peut parler d'art comme s'il s'agissait d'un tuyau d'écoulement ou d'un chantier de construction et le réduire à une question technique. Parle de la technique de l'écriture poétique, c'est parler de la technique de création du désastre. Il ne faut pas oublier qu'on doit prendre des risques ; rien n'existe sur terre sans prise de risque." dit-il.
La solution pour abattre Staline n'était-elle pas de commettre véritablement les crimes dont la police politique va vous accuser ?
"Personne n'est innocent", proclamait Staline.
Fascinant....

jeudi 2 avril 2009

Rien de spécial à dire

Quand on a rien de spécial à dire sinon des trucs épouvantables, alors on se tait. Mais ce n'est pas si facile quand les mots ne demandent qu'à exister. Ils piaffent sous le clavier. Ils se bousculent derrière l'écran. Ils hurlent leur désir de reconnaissance : apparaître, s'unir, composer, par affinités, dans un ordre stylé : article, sujet, verbe, complément ou bien verbe, sujet, article, complément ; pourquoi pas ? Il est probable qu'à ce petit jeu, une conjonction cède à la tentation de faire l'intéressante. Une préposition peut se pousser un peu du col ! J'ai vu des phrases qui perdaient tout leur sens, titubaient, asphyxiées par un excès d'efforts - une virgule qui peine à arriver, un point qui se fait attendre, des parenthèses qui s'emboîtent comme des poupées russes, un sens que l'on ne retrouve plus : interdit, giratoire, unique, insensé, au-delà du sens, indésens...
C'est parfois triste de voir passer une phrase sinistre aux accents graves, avec une mine désolée de commis voyageur sans bagages. Mais c'est sympathique de constater que - même de nos jours - il y en a qui n'hésite pas à sauter à la ligne, à tenter une échappée dans un paragraphe tout neuf en klaxonnant avec des accents aigus à n'en plus finir, comme sur la route des vacances. Mais gare aux imprudences : une intonation un peu trop appuyée, un mot plus haut que l'autre, et c'est le dérapage verbal !
Un jour - un matin précisément - j'en observais une du coin de l'oeil, silencieuse, offrant aux premiers rayons du soleil une moue délicieuse et ss silhouette latine ; j'appris qu'elle se prénommait : "motus et bouche cousue" et que son exercice de prédilection consistait à se glisser dans le cercle des rumeurs pour tenter de saisir un non-dit susceptible de se disculper dans des points de suspension ; parfois même il lui arrivait de dénoncer une médisance prise au piège d'une parenthèse.
Si vous avez un peu de patience, à la tombée d'un texte, vous pouvez rencontrer la phrase-reine, la conclusive, la lyrique, celle qui se rengorge en imaginant que toute l'assemblée n'a de regard que pour sa sortie ; que chaque lettre de chaque mot de chaque phrase de chaque paragraphe qui la précède n'existe que pour déguster sa chute.
Point final.
Conclusion : quand on a rien de spécial à dire sinon des trucs épouvantables, alors on devrait vraiment se taire.

mercredi 1 avril 2009

Léonard COHEN lance l'idée d'un nouveau "Woodstock" en France

Léonard Cohen, dont les places pour le concert du 7 juillet à Bercy se revendent déjà au marché noir à plus de 300 Euros, vient de faire une très courte conférence de presse avec son ami Bono, le leader de U2, dans laquelle ils évoquent ensemble l'idée de monter un "Woodstock" en France en juillet. Cohen indiquant qu'il avait été surpris du succès incroyable de son retour sur scène, que ses finances étaient OK, et qu'il avait quelques scrupules à faire payer aussi cher les places de ses concerts (mais il est sous contrat jusqu'en juin). Comme il aime la France, que le public français lui a fait un accueil extraordinaire, l'idée lui est venu, avec Bono lors d'un dîner bien arrosé à Los Angeles, de monter ce projet un peu fou. "Le temps s'y prête. Je veux montrer que l'on peut faire de grandes choses sans toujours "taxer" les gens", a-t-il ajouté.
Bono a poursuivi en disant que déjà un grand nombre d'artistes s'étaient déclarés partants, et en particulier : Pink Floyd (Waters), King Crimson, Led Zeppelin, Clapton, Madeleine Peyroux, E. Winehouse, Lou Reed, Ten Years After, Bonga, Joe Cocker, Santana, Police, etc. ...
Reste à fixer la date et le lieu (qui devrait être proche de Paris).

mardi 31 mars 2009

Lobo Antunes (encore !)



Et vous savez quoi ? 24H après avoir écrit mon petit mot en guise de mea culpa pour avoir ignoré jusqu'à ce jour sur mon blog cet auteur fantastique, et bien, comme un incroyable remerciement, ce grand Monsieur de la littérature portugaise sort le Tome 4 de ses "Chroniques" et, fait rarissime, se fend d'une interview à France Inter (décidément cette radio est "top") dans l'émission de Bruno Duvic "Et pourtant elle tourne" (que je n'arrive pas à "podcaster" : caramba !)
Et merci à Marie-Bé de m'avoir prévenu !

Au pays


Le dernier roman de Tahar Ben Jelloun nous introduit dans l'univers d'un émigré d'origine marocaine, Mohamed, venu en France en 1962, un peu par hasard, pour travailler aux usines Renault. Mohamed est musulman, pieux sans être intégriste. Sa femme (ils ont été mariés à 15 ans et ils sont cousins) l'a rejoint et lui a donné 5 ou 6 enfants avec lesquels il n'a jamais vraiment eu de relations paternelles : départ pour l'usine tôt le matin, fatigue du soir. Et puis, les épanchements ne sont pas dans la nature de Mohamed ; pas dans sa culture de laisser transparaître ses sentiments. Sa vie aurait du être celle que ses parents avant lui ont connue ; réglée sur le devoir, le respect (de la religion, du père), la fatalité. Mais ce voyage en "Lafrance", cette vie sur une terre étrangère qui finit par lui arracher ses enfants en les intégrant, sera toujours une sorte d'exil. Sa vie, la vraie, est au bled. Il sait pourtant qu'"au pays", ce n'est pas le paradis et que, par exemple, il ne sera pas soigné dans des hôpitaux gratuits, que la corruption existe, que les villageois se jalousent, etc. ...
Et puis "lentraite" arrive ; à 60 ans. Alors que pour tous ceux qui ont eu le même parcours que Mohamed, c'est enfin la possibilité de prendre un repos bien mérité, pour lui, c'est une nouvelle fracture. Sa vie était jusque là réglée sur le travail - bien fait -, la prière, les rites familiaux - même si la famille s'était réduite avec le temps et le départ des enfants, détournés par la "Lafrance". "Lentraite", c'est un jour le départ au pays avec un rêve...
Tahar Ben Jelloun utilise un vocabulaire simple, alternant phrases courtes et phrases longues, ces dernières coorespondant très souvent à la description des sensations qui habitent ou que perçoit Mohamed ; celles de son univers ou celle du monde de "Lafrance" qui est "autre", définitivement. De nombreux personnages traversent le roman et composent comme une galerie du regret : Nabile, cet enfant mongolien adopté par Mohamed et qui, seul, lui est fidèle ; Katy, la prostituée marocaine également, devant la roulotte de laquelle les ouvriers font la queue, et puis certains de ses camarades qui trahissent leur culture, d'autres qui finissent abandonnés de tous, alcooliques ; les syndicalistes, les faux imams.
C'est un livre très attachant qui nous aide à comprendre le regard de l'autre, celui de l'émigré. Difficile dorénavant de croiser un maghrébin d'un certain âge sans penser au Mohamed de Tahar Ben Jelloun.
Nota : la traduction du titre de la version italienne (plus courte) était : "Elle l'a tué"

vendredi 27 mars 2009

Antonio Lobo Antunes. Et dire que je ne vous en ai toujours pas parlé !


J'ai découvert Antonio Lobo Antunes à la radio, un soir dans ma voiture, alors que j'écoutais (incidemment à l'époque) France Culture. C'était une émission en hommage à l'éditeur Christian Bourgois qui venait de mourir. On rediffusait une interview de lui. Le journaliste lui demandait quel était le souvenir qui l'avait le plus marqué dans sa carrière. Christian Bourgois dit alors que c'était le jour où l'un de ses traducteurs d'oeuvres portugaises, Pierre l'Eglise Costa, était entré dans son bureau, un livre à la main, en lui disant qu'ils venaient de rater un chef d'oeuvre. C'était "Fado Alexandrino" d'Antonio Lobo Antunes. Je notais fébrilement le titre de l'ouvrage et le nom de l'auteur dont j'ignorais l'existence quelques secondes auparavant. Pierre est un ami de mon épouse et un homme de très grande qualité et culture (ce qui n'est pas "automatique" !).
C'était un vendredi soir, et le lendemain je n'avais de cesse que de me précipiter à la Fnac pour acquérir l'ouvrage en question. Je le trouvais, mais 586 pages, ça me paraissait un peu téméraire ! J'avisais alors des livres du même auteur, mais moins "compétitifs" ; il s'agissait d'un des tomes du "livre des Chroniques". Je dévorais le livre dans le week-end et me précipitais le lundi matin pour acquérir "Fado Alexandrino" que je dévorais à son tour, mais sur plusieurs jours quand même ! Depuis, j'ai lu je crois, toutes ses Chroniques. Lobo Antunes est médecin-psychiatre, mais surtout un très grand écrivain, blessé à vie par les trois années de service militaire obligatoire passées en Agola alors qu'il n'avait pas 25 ans, qu'il était déjà marié et papa d'une petite fille. C'est un Monsieur qui a plus de 70 ans maintenant, mais qui continue à aller chaque jour à l'hôpital de Lisbonne où il a exercé, pour écrire toute la journée en s'acccordant une pause au déjeuner qu'il prend à la cantine du personnel hospitalier. Le style de Lobo Antunes est parfois déroutant, moins dans ses Chroniques que dans ses livres plus "épais" : des phrases sans ponctuation qui peuvent se dérouler sur plusieurs pages, dans lesquelles se télescopent des pensées, des dialogues, des flash-back, des diversions, à la façon d'objets hétéroclites entrainés dans le courant d'un fleuve bouillonnant. Mais c'est aussi un regard original et toujours affuté sur les personnages qui peuplent ses écrits ; une nostalgie poignante pour sa jeunesse. J'ai trébuché sur un ou deux de ces livres ; mais ils m'attendent, et un jour je vaincrai : Lobo Antunes, ça se mérite ! J'ai vraiment été beaucoup touché par ses "Entretiens" dans lesquels il livre toutes ses blessures, et notamment cet incroyable amour qu'il a eu pour la (seule ?) vraie femme de sa vie. (A suivre)

Quoi de neuf ? L. Cohen....


Et voilà, le dernier CD de Cohen est sorti (merci Adeline). Enregisttement à Londres le 17 juillet 2008, 10 jours après Montreux. Sublissime... Simples curieux, s'abstenir (comme on dit dans les meilleures annonces de voitures d'occase !).
Une seule manque à l'appel : Famous Blue Raincoat qu'il nous a chanté à l'Olympia ! Respects Mister Cohen.

Pritzker Price 2009

Pour ceux qui ne savent pas ce que représente le "Pritzker Price", il s'agit de l'équivalent du Prix Nobel pour l'architecture. Deux français (seulement) ont été distingués par ce prix prestigieux : Christian de Portzamparc (1994) et Jean Nouvel (2008). Toutes les "stars" de l'architecture (ou presque) ont été reconnues par l'assemblée sponsorisée par la Fondation Hyatt (les hôtels) :

1979 Philip Johnson États-Unis
1980 Luis Barragán Mexique
1981 James Stirling Royaume-Uni
1982 Kevin Roche Irlande
1983 Ieoh Ming Pei États-Unis
1984 Richard Meier États-Unis
1985 Hans Hollein Autriche
1986 Gottfried Böhm Allemagne
1987 Kenzō Tange Japon
1988 Gordon Bunshaft
Oscar Niemeyer États-Unis
Brésil
1989 Frank Gehry États-Unis
1990 Aldo Rossi Italie
1991 Robert Venturi États-Unis
1992 Alvaro Siza Portugal
1993 Fumihiko Maki Japon
1994 Christian de Portzamparc France
1995 Tadao Andō Japon
1996 Rafael Moneo Espagne
1997 Sverre Fehn Norvège
1998 Renzo Piano Italie
1999 Norman Foster Royaume-Uni
2000 Rem Koolhaas Pays-Bas
2001 Jacques Herzog
Pierre de Meuron Suisse
2002 Glenn Murcutt Australie
2003 Jørn Utzon Danemark
2004 Zaha Hadid Royaume-Uni
2005 Thom Mayne États-Unis
2006 Paulo Mendes da Rocha Brésil
2007 Richard Rogers Royaume-Uni
2008 Jean Nouvel France

Qui sera le lauréat 2009 ? Il parait (presque) évident que la distinction ne peut échapper à Kazuyo SEJIMA et Ryue NISHIZAWA, créateurs de l'agence SANAA. Actuellement Sanaa réalise l'antenne du Louvre à Lens. L'architecture de l'agence est caractéristique de la nouvelle architecture japonaise, héritière d'une école fortement marquée par le style de Tadao Ando (celui qui faillit réaliser la Fondation Pinault sur l'île Seguin), et composée d'autres figures comme Toyo Ito ou Kengo Kuma. Comment essayer de définir cette architecture ? Légèreté, jeu autour de l'évanescence (exemple de la boutique Dior sur Omotesando à Tokyo), utilisation de matériaux authentiques comme le bois et le verre "revisités", mais aussi maîtrise absolue du béton servie par une exécution qui se doit d'être irréprochable. Moins connus que des stars comme Piano, Foster, Nouvel, Gehry ou Zaha Hadid, l'agence semble très exigente dans le choix des projets sur lesquels elle s'engage : nature et taille du programme.
Outsiders : Santiago Calatrava, Maximiliano Fuksas, Mario Botta, Helmut Jahn, Toyo Ito, ...

lundi 23 mars 2009

La forêt des renards pendus



Imaginez une cabane de bûcheron perdue au fin fond de la forêt finlandaise, dans laquelle vont vivre deux personnages que tout oppose a priori : un gangster, Rafael, qui se cache de ses complices avec lesquels il refuse de partager pas moins d'une trentaine de kilos d'or pur, et un major de l'armée, Remes, alcoolique à la bigarade, et qui a décidé de prendre une année sabatique ...Viennent s'associer au duo la plus vieille Lapone skolte de Finlande - et son chat - qui s'est échappée d'un enfermement administratif en asile de vieillards, un militaire un peu borné dont on achètera le silence grace à une part du butin secret, deux prostituées auxquelles la vieille apprendra quelques rudiments de maîtresse de maison, et "cinq cent balles" le renard familier de la cabane.
Tout ce petit monde, après quelques "ajustements", mène une vie plutôt agréable, dans un intérieur de standing avec tout le confort d'une époque moderne. Mais Siira, l'ancien complice de Rafael, meutrier récidiviste et qui nourrit "plus d'amertume qu'un millier de féministes", n'a de cesse depuis qu'il est enfin sorti de prison, de retrouver Rafel pour lui loger une balle dans le crâne et le déposséder de son trésor... Suspens !
Et le titre me direz-vous ?
"On peut aujourd'hui y voir une troupe de squelettes qui, par temps de vent, se balancent en cliquetant au bout de leur noeud coulant. L'hiver, poudré de givre, ils offrent sur l'écrin de la toundra enneigée un spectacle d'une prodigieuse et surnaturelle beauté." (Presque) tout Paasilinna est dans ces 2 phrases.
Je recommande (sans modération).

dimanche 22 mars 2009

Est-ce ainsi que les femmes meurent ?



Roman captivant de Didier Decoin qui vous prend aux tripes et vous secoue un peu la honte ; celle d'être vraisemblablement capable d'une lâcheté comparable à celle des 38 "complices" du crime épouvantable et sordide de "Kitty".
La dernière phrase de l'épilogue est une citation d'Albert Einstein : "La monde est un endroit redoutable. Non pas tant à cause de ce qui font le mal, qu'à cause de ceux qui le voient et ne font rien pour l'empêcher."
Si vous allez sur la "toile", les commentaires des internautes sur le livre font souvent référence à "American Psycho". C'est un livre que j'ai eu un week-end entre les mains, dont j'ai lu une centaine de pages (soit pas grand chose) et que j'ai rendu le lundi matin à la personne qui me l'avait prêté (et recommandé). J'avais l'impression d'être un voyeur de scènes de sadisme du niveau des scènes pornos de SAS, distillées dans le bouquin à intervalles réguliers, paramétrées (comme SAS) pour maintenir excité le lecteur.
Dans le roman de Didier Decoin, tiré d'un fait divers des années 60 à New-York, et qui a secoué l'Amérique (syndrome Kitty Genovese), c'est plus le phénomène de société et le point de vue psychologique qui m'ont intéressé : le "bystander effect". Cette réflexion sur notre attitude au quotidien, avec nos "petites" lâchetés qui peuvent avoir de grandes conséquences. Il n'est évidemment pas utile d'avoir un crime infect au pied de son immeuble pour tester sa capacité à réagir. Est-ce une chance que notre époque - mais sans doute autant que les autres ? - nous donne l'occasion au quotidien de tester notre niveau de "bystanding" ?
Je n'ai rien dit sur le style, et j'ai tort, car il est précis, agréable, intelligent, rythmé par les scènes du procès et l'histoire vue par les principaux protagonistes. Il se déroule à la manière d'un parfait scénario de film.
Je recommande vivement.

samedi 21 mars 2009

La vie d'un homme inconnu



Le livre est composé selon 2 parties. Dans la 1ère, Andreï Makine nous invite à partager le regard de Choutov, écrivain quinqua au succès très moyen, ancien dissident et exilé russe à Ménilmontant, hanté par Tchékhov et qui vient d'être plaqué par sa compagne "qui a l'age d'être sa fille", sur la société russe d'aujourd'hui. Car Choutov (sa jeune compagne l'a définitivement "assassiné" en lui disant que la racine de son nom signifiait "clown") veut retrouver, dans une sorte de tentative ultime de se retrouver lui, Iana, son amour d'il y a 30 ans qui vit désormais à Saint-Pétersbourg. Mais Choutov trouvera dans ce voyage (c'est la 2ème partie du livre, la plus riche et la plus émouvante) quelque chose d'inestimable : l'amour humain ? pour reprendre le titre d'un précédent roman de Makine. Cette incroyable raison d'espérer (ou résistance à espérer ?), que l'homme peut avoir malgré, parfois, l'extraordinaire acharnement de la vie à le rendre malheureux et misérable. Et c'est un vieil homme, Volski, rescapé de la bataille de Stalingrad et des camps, qui sera son guide.
C'est un livre qui vient également nous faire réfléchir, en ces temps de (relatif) chaos, à la hiérarchie des choses, à la confrontation entre le fondamental (souvent très simple) et le dérisoire (souvent clinquant).
"Non, il ne faut rien expliquer, pensa-t-il, juste reconnaître dans l'autre cet être étonnant qui dépasse infiniment ce qu'il a vécu et ce qu'il vit, et ce qu'on voit de lui, et ce que le monde fait de lui. reconnaître et aimer cette part invisible d'une femme, cet instant-là sous une lente chute de pétales, ce corps meurtri et dont la tendresse est encore intacte, ces yeux dont la clarté me rend vivant."
"Nous avons eu finalement une vie si légère ! dit le vieil homme. nous ne possédions rien et pourtant nous savions être heureux. Entre deux sifflements de balles en quelque sorte..." Il sourit et ajoute sur un ton de boutade (il regarde à la télévision une réception dans un palace londonien): "Non, mais regardez ces pauvres gens, ils souffrent !"

vendredi 20 mars 2009

Grand Paris (encore !)

Je suis allé sur ce site du Pavillon de l'Arsenal. J'ai visionné la vidéo. Ca se marre pas mal ; ça fait des "mea culpa" sur des ignorances de débutant (aucun bâtiment de Le Corbusier à Boulogne-Billancourt !) ; ça résume les propositions du Grand Paris, mais je me demande s'il faut les résumer car, à vrai dire, depuis que je m'intéresse au sujet, j'ai peur qu'à trop vouloir résumer il ne reste plus rien (mais on va aller sur le site du gouvernement, il parait que les études y sont intégralement consultables)!
Remarque : chacun y va de sa réflexion sur Paris en ce moment : M. S., Balladur, Delanoé, etc.,...on attendait la grippe aviaire et c'est une pandémie urbanistique qui sévit ! On attend le "Pschitttttt" !

http://www.pavillon-arsenal.com/videosenligne/collection-5-248.php

mardi 17 mars 2009

Devenez abonné fidèle de mon blog


et recevez un cadeau secret...
Quelques jours plus tard...toujours rien, aucun(e) abonné(e) "fidèle" de plus ...est-ce le mot "fidèle" qui dérange ("fidèle, fidèle, je suis resté fidèle, à des choses sans importance pour vous ...")? est-ce la notion de "cadeau" avec son inconscient de compromission potentielle qui est en cause ( se rassurer : ce ne sera pas une Rolex !) ? est-ce le qualificatif de "secret" qui résonne douteusement également ?
est-ce que mon blog fait ch... le lecteur ? En tout cas, moi, ça me plait !

Auroville vs Grand Paris




"Auroville (Grand Paris)wants to be a universal town where men and women of all countries are able to live in peace and progressive harmony above all creeds, all politics and all nationalities. The purpose of Auroville (Grand paris) is to realise human unity."

Tours de 164m à Levallois



Au moment où, sous l'impulsion de notre Président (bénis soient son dynamisme et son pragmatisme), le "Tout Paris" architectural disserte sur le Paris du Futur, la qualité de vie, le beau, le plus environnemental, etc., ... le sexe des anges ?, on s'apprête à édifier 2 tours que je trouve très vilaines (mais je dois être le seul...), de rien moins que 164 m de haut sans qu'il y ait eu - que je sache - de consultation architecturale, en bordure de Seine, à Levallois, dans l'indifférence la plus générale, et avec le soutien du Président (bénies soient sa vision architecturale et sa Rolex) puisque Mme Christine Lagarde était à la signature du "cheick" d'1 milliard. On vit une époque formidable !

dimanche 15 mars 2009

Le Grand Paris. Petit essai critique.




JDD Paris du dimanche 15 mars "La capital Nouvel prend forme" avec le sous-titre "L'architecte dévoile ses propositions pour l'avenir du Grand Paris". Voyons voir. Jean Nouvel propose 9 "mesures". J'ai tenté d'y apporter un peu de contradiction.

1) Matérialiser les "lisières" de la métropole
Comme pour le "fortifs", il sera créé un anneau végétal protecteur dont l'objectif est double a) arrêter la progression de l'urbanisation b) donner un espace "écolo" pour promenades, maraîchages, ...
Questions : ne va-t-on pas créer une sorte de capitale-fortifiée propice à la surenchère immoilière ? (j'habite dans le "vrai" Paris, j'ai un apparte qui donne sur la ceinture verte, ...); n'aurait-il pas plutôt fallu développer des "radiales" vertes afin de fluidifier le tissu urbain ? quid du périff ? quid de l'A86 ?
Mon point de vue : plutôt OK pour le côté petits oiseaux, mais...

2) Instaurer un "code d'identité"
Des éléments de design urbain sont mis en place pour que l'on reconnaisse immédiatement que l'on "est " à Paris.
Questions : comme à Disneyland, où on sait tout de suite qu'on est à Disneyland ? Quel est l'intérêt de cette gadgétisation urbaine ? (Paris est constitué de dizaines de "villages" et pourtant Paris se reconnait immédiatement)
Mon point de vue : (bof)



3) Mettre fin au "Zoning"
Encourager la "mixité d'usage" ; en quelque sorte, celle qui existait jadis quand les usines et les ateliers étaient au coeur des villes ; c'est la spéculation immobilière qui a balayé tout ça.
Questions : le "Grand Paris" est-il un problème architectural ? N'est-il pas essentiellement politique ?
Mon point de vue : plutôt OK

4) Désenclaver les cités et les grands ensembles (en s'y prenant comme ça ?)
On renove tout, on remet des commerces au rez-de-chaussée et des bureaux sur les 3 1ers étages et on arrête de tout casser.
Questions : quid des transports ? quid des emplois ? voir question précédente
Mon point de vue : plutôt OK, mais le titre de la "mesure" et son contenu me paraisse décaler

5) Connecter les principaux centres du Grand Paris
C'est à dire Roissy, Le Bourget, St Denis, La Défense, Orly, Villacoublay à moins d'1/2 les uns des autres
Questions : aucunes
Mon point de vue : OK, YAKA (des RSGV : radiales souterraines à Grande vitesse ?)

6) Créer des "hauts lieux" en moyenne couronne
Des sortes de villes-nouvelles bis mais constituées de tours seraient créées dans les villes de la proche couronne (Vitry, Villacoublay, La Courneuve
Questions : ne va-t-on pas créer de nouveaux ghettos ?
Mon point de vue : bof (M. Balkany prévoit de construire prochainement de très jolies tours en bord de Seine ...)

7) Développer des sites d'attractivité pour la recherche, les entreprises de pointes, ...
Question : n'est-ce pas un peu en contradiction avec la mesure 3) ?
Mon point de vue : réserves

8) Ne pas laisser le "Paris historique" s'endormir
Des tours dans la ville (Porte Dauphine, Père Lachaine, entre Gare du Nord et de l'Est, entre Gare de Lyon et Austerlitz) et fini les toits en zinc, vive la pelouse !
Questions : Barcelone s'est-il "réveillé" grace à la tour Agbar ? Les toits en zinc ne sont-ils pas un des éléments de repères majeurs de l'identité visuel de Paris (voir mesure 2) ?
Mon point de vue : plutôt OK

9) Concevoir l'art contemporain en fonction des lieux
Mettre de l'art au coeur de la ville
Mon point de vue : OK, obviously !

10) Composer avec la Seine (Ca c'est moi qui ajoute !)

Welcome



Vincent Lindon crève l'écran dans ce film qui donne à voir, d'un côté, toute la détresse de ces émigrés que l'on parque et brutalise à Sangatte ou Calais, omnubilés par une "terre promise" qui n'en est plus une, de l'autre, l'humanité qui subsiste (il faut le croire) en chacun de nous. Mais le MNS-Lindon aurait-il été sensible à cette détresse s'il n'était pas lui-même un peu naufragé de la vie ? Y a-t-il une solution, autre que la répression, pour éviter Lampédusa ou Sangatte ? Dans notre histoire, notre développement a profité de la plupart des pays dont sont issus ces hommes et ces femmes ? Ne serait-il pas juste que nous pratiquions aujourd'hui autre chose que la brutalité ? Et puisque, définitivement, nous sommes égoïstes : ne serait-il pas dans notre intérêt ultime de les aider ?
Nota : Luc Besson, invité à l'avant-première de "Welcome" a quitté au bout de 10' la salle ; c'est donc un très bon film !

Extrait du blog de l'Express. Juillet 2008. (c'est précisément ce que montre le film)

"Après la fermeture du centre de transit, les autorités françaises jouent, sur place, le pourrissement

Calais: son beffroi, son port... ses migrants. Depuis la fermeture du centre de Sangatte, en décembre 2002, la situation de ces immigrés, massés face au détroit dans l'espoir d'une vie meilleure en Angleterre, est officiellement réglée. Dans les faits, une dizaine de migrants arrivent chaque jour dans ce cul-de-sac de l'Europe. En ce mois de juillet, ils sont 120 à errer dans les rues. Kurdes irakiens, Afghans, Iraniens, Soudanais, ils vivent dans des conditions exécrables. La nuit, ils s'abritent dans un hangar désaffecté, une camionnette éventrée ou des canalisations en béton abandonnées; deux fois par jour, ils quémandent de la nourriture, distribuée par une poignée de bénévoles.

Depuis la fin d'avril, ils n'ont même plus de douche pour se laver. Les installations, prêtées par le Secours catholique, ont été démontées à la suite de plaintes de riverains. Conséquence: la gale a refait son apparition, les maladies de peau se multiplient. En mai, un jeune Afghan a failli mourir d'hydrocution en se baignant dans un canal. «On ne cesse de demander un lieu d'hébergement temporaire pour les accueillir autrement que comme des chiens, raconte Véronique Desenclos, du Collectif de soutien d'urgence aux réfugiés (C'sur). Mais les autorités ne veulent pas d'un Sangatte bis.» Après avoir plaidé leur cause durant trois heures auprès du préfet, les associations viennent d'obtenir une petite victoire: la réinstallation de deux douches et de deux WC. A la condition de ne pas divulguer le lieu, sous peine d'un nouvel afflux de migrants. Ceux-ci y seront conduits quatre par quatre, en fourgonnette. Le gouvernement mise sur le pourrissement de la situation. Et sa stratégie est en passe de triompher. Les «humanitaires» sont à bout de souffle; les migrants perdent espoir. Chaque nuit, la police procède à une dizaine d'interpellations, prélude à l'expulsion. Une minorité finit par demander l'asile - sans garantie. D'autres croient encore au miracle. Mais le port ressemble de plus en plus à une forteresse infranchissable, avec sa centaine de vigiles et ses barbelés. Le budget consacré à la sécurité atteint... 6,5 millions d'euros. L'impasse, en somme.

samedi 14 mars 2009

Seule Venise




"Seule Venise" est un roman de Claudie Gallay, l'auteure des "Déferlantes" qui connait un grand succès. Il m' a été offert par quelqu'un qui m'est très chère, qui connait ma très grande attirance pour Venise, et qui aime beaucoup Claudie Gallay. J'ai retenu un passage en particulier.L'héroïne est en tête à tête avec Vladimir Pofkovitchine, Prince de Russie, un vieil homme, pensionnaire avec elle du palais des Bragadin. Elle lui demande : "Prince, pourquoi avoir choisi Venise ?" Et le texte est celui-ci : "Un instant, son visage, fatigué. Ses doigts ne bougent plus. Les papiers retombent. Il ferme les yeux. Et ces mots, arrachés.
- Parce que seule Venise me console de ce que je suis vraiment.
- Qui êtes-vous vraiment ?
Il sourit.
- Un homme en exil."
Ne sommes-nous pas, parfois, dans certaines circonstances, dans certains lieux, comme cet homme, en exil ? C'est à dire loin d'une "terre" qui est la nôtre, et obligé, dans une autre qui nous est forcément étrangère. "Seule Venise me console de ce que je suis vraiment..."
Autre chose qui m'a particulièrement ému dans ce livre : l'héroïne est hébergée au palais Bragadin ; sa chambre est "la chambre aux anges" dont le plafond bleu est décoré de peintures représentant des anges ; il s'agit de la même chambre du même palais dans laquelle nous avons passé plusieurs jours, la première fois que je suis venu à Venise !...
Bragadin était un Prince vénitien qui fut capturé par les turcs (sans doute au 16ème siècle), écorché vif entièrement et promené ainsi sur un âne ; je crois même qu'il fut en final empalé ! Sa peau a été soigneusment recueillie et repose dans une urne imposante située sur le mur à droite de l'entrée dans l'église San Giovanni et Paolo, là où sont enterrés tous les doges de Venise.

vendredi 13 mars 2009

Vidéo de M. Roland Castro

Un extrait de la vidéo de l'oral de M. Roland Castro devant le jury dans le cadre des projets du "Grand Paris" est visible sur le net. Vous en pensez quoi ? Comme moi ?

Le temps des cerises

Le dernier ouvrage de M. Juppé a un titre étonnant : "Je ne mangerai plus de cerises en hiver". Pourquoi : il en mangeait avant ? Quelle idée ?

dimanche 8 mars 2009

Le colvert mâle ou le miracle de la nature



Voilà un beau sujet ! Il a fallu encore une fois que j'attende plus d'un demi siècle pour m'apercevoir de la beauté stupéfiante (les jeunes diraient "allucinante")d'un canard Colvert mâle. Des grincheuses vont m'en vouloir de ne considérer que la parure du sexe dominant surtout aux lendemains de célébration de la Femme. Il n'est pas impossible que je reconcilie prochainement tout le monde en écrivant également sur le Colvert femelle ; pas d'impatience, Mesdames, je vous en supplie !

En attendant, avez-vous jamais observé avec attention un colvert mâle, vivant, au coucher du soleil, alors qu'il s'apprête à prendre un peu de repos en équilibre sur un bloc de pierre qui affleure la surface de l'eau juste au bord d'une berge de la Seine ? Son bec est enfoui sous la partie supérieure de son aile gauche ; sa tête, équipée d'un oeil droit aux aguets, émerge du manteau plumeux. L'ensemble de son corps est immobile ; parfois une vaguelette un peu plus forte que les autres l'oblige à légèrement osciller, imperceptiblement, sur ses deux pattes colorées d'un orange vif de clémentine. Le canard dégage assez naturellement une posture aristocratique avec sa tête encapuchonnée d'un vert profond irrisé de bleu-lilas qui cède à la tentation, par instant, du bleu métallique fulgurant ; son collier blanc, comme un col de vicaire, qui délimite radicalement la base du cou de son jabot rond et soyeux semblable à une fourrure de vison, et la palette délicate des gris perles du reste de son plumage qui laisse échapper des nuances de bruns fumés. Pour parachever la description de l'analidé, il faut souligner les détails miraculeux du rectangle violet pointant sous les sous-caudales noires, et des deux houpettes - noires également - qui, telles des virgules précises perchées sur le bas des reins, procèdent à l'évidence de la haute couture.

samedi 7 mars 2009

Pastéis de Nata


Le boulanger près de chez moi fait un Pastéis de Nata délicieux. Ce petit flanc que l'on déguste au Portugal et qui a fait, avec sa très belle tour au bord du Tage, la réputation de Belem près de Lisbonne où il est servi chaud et saupoudré de cannelle, est l'un de mes plaisirs du week-end.
Il faut que sa pâte soit croustillante, sa crême pas trop vanillée - mais suffisamment - et son "dessus" parfaitement marbré de tâches de "cramé" d'une cuisson très probablement parachevée sous la salamandre (à préciser).

Mardi 20 septembre 2005

Retrouvé dans mes carnets.
Mardi 20 septembre 2005, jour de la mort de Simon Wiesenthal, architecte autrichien qui perdit un très grand nombre de membres de sa famille dans la Shoah (89) et passa le reste de sa vie, après la fin de la guerre, à pourchasser les anciens nazis pour les faire juger (Eichmann et + de 1000 autres).
Extrait du Monde daté du 21 : "La petite troupe part vers l'Ouest. Quelques déportés sont tués en cours de route. Un sous-officier lui demande un jour ce qu'il dirait des camps de concentration s'il arrivait jamais jusqu'à New-York. Il répond qu'il raconterait sûrement la vérité. "On ne te croira pas", a rigolé l'allemand. "On dira que tu es fou."

vendredi 6 mars 2009

jeudi 5 mars 2009

L'architecture : ça sert à quoi ?

Petit exercice d'interrogation personnelle à la manière d'un cadavre exquis sur cette question que ne manque pas de se poser la plupart des gens qui ne fréquentent ni le Pavillon de l'Arsenal ni les autres cercles réservés aux initiés.
Concernant les autres formes d'art (mais l'architecture est-elle un art ?), il me semble qu'il n'y a aucun doute pour le cinéma (les stars, le rêve, le frisson, ...), pour la peinture et la sculpture(classique) pas trop (où elle est la Joconde ?), la musique c'est OK (elle adoucit forcément les moeurs), la littérature moyen déjà (ça fait passer le temps, parfois : où il est le dernier Marc Lévy ?), la poésie encore plus moyen (où il est La Fontaine ?), le théâtre très, très moyen mais on y est bien allé au moins une fois en CM2 (où il est Molière ?)...mais l'architecture ? Ca sert à quoi ? En vrac :
- à faire travailler des architectes
- à faire des monuments extraordinaires
- à concevoir des espaces
- à faire des plans de maisons
- à participer à la représentation d'une civilisation à un instant donné
- à donner du sens à l'espace qui abrite les activités des hommes
- à embellir les villes, mais aussi parfois à les enlaidir
- à se faire plaisir
- à donner une échelle à la cité
- à ajouter une prétention d'art à la matière construite
- à laisser une trace pour les civilisations futures
- à créer une émotion
- à permettre à des espaces d'être plus fonctionnels
- à véhiculer une image
- à impressionner les foules
- à (se) raconter une histoire
- à élever l'Homme (comme toute forme d'art)
- à modifier la nature, le paysage naturel
- à servir l'Homme
- à se repérer
- à occuper les personnes très excentriques (de MI)
- à continuer l'histoire (JM Duthilleul)
- à nous préserver de la barbarie
- à écrire, avec des espaces, des morceaux de poésie
- à rien, comme la poésie
- à communiquer
- à s'opposer à l'évidence des choses
- à apprendre à regarder
- à rien "quand on se préocupe essentiellement de rentabilité commerciale, (et à tout) pour introduire le contreproids indispensable à la pression puissante des contraintes techniques et économiques" (Françoise Giroud)
- à "être tout à fait inutile, sa seul utilité est qu'elle aide à vivre" (Claude Roy parlant de la littérature)
- à édifier des limites à l'espace puis, à l'intérieur de ces limites, créér des sous-espaces - autant dire des vides - pour y tenter d'apprivoiser la vie
- à répondre hiérarchiquement à un ensemble de besoins humains à l'image de la pyramide de Maslow 1) physiologiques 2) sécurité 3) reconnaissance et appartenance 4) estime et considération 5) accomplissement et besoin de réalisation (Gérard Morin)
- .........................
(à suivre ; ne pas hésiter à proposer des idées, je les intègrerai)

mercredi 4 mars 2009

La simultanéité de tout et de son contraire ou le bonheur de douter

"Pourquoi faut-il toujours penser une chose et non son contraire en même temps sous peine d'être pris pour un fou ?
Parce que l'expression de la pensée s'inscrit dans un temps linéaire et que l'on ne peut pas dire au même instant une chose et son contraire. Le peintre peut en revanche exprimer deux visions, ou plus encore, qui se superposent et qui rendent compte d'une réalité multiple. Mais ce qui est possible avec l'image ne l'est pas avec les mots : la parole, l'écriture s'inscrivent inexorablement dans le temps. C'est le temps linéaire qui génére la contradiction rationnellement interdite. Si l'expression des contraires étaient simultanée, il n'y aurait pas de problème.
Finalement, De Chirico n'est-il pas en permanente rupture avec lui-même ? N'est-ce pas là que réside l'originalité profonde du visionnaire ?"
Ces interrogations émanant de mon ami Gérard m'interrogent ...
J'aime bien cette idée de la simultanéité de la chose et de son contraire. J'appelle cela tout simplement le "doute" ; attitude que je considère comme nécessaire sinon obligatoire dans le développement d'une idée ou d'une analyse. Et pourtant, comme disait Wolinsky : "Ceux doutent de tout se feront toujours opprimés par ceux qui ne doutent de rien." Jean-Marie Duthilleul, polytechnicien et architecte, disait dans une réçente conférence qu'il espérait que les ingénieurs puissent douter car, ainsi, le dialogue entre architecte et ingénieur pourrait enfin être fructueux. Car le doute (celui qu'on s'impose à soi-même et pas le doute systématique de la pensée d'autrui)ne correspond-il pas à une certaine attitude d'écoute critique qui peut nous empêcher l'autisme d'une analyse unidirectionnelle ?
L'analyse transactionnelle, dans l'exercice qui consiste à s'extraire de son propre personnage pour créer virtuellement un second moi qui observe le premier, cultive positivement le doute. Sauf à être un indécrottable prétentieux, comment peut-on ne pas émettre quelques doutes quand on peut se regarder soi-même ? Je crois que le doute devrait être (plus ?) enseigné dans les écoles, notamment auprès des futurs "managers" qui auront à traiter un jour plus souvent de la "matière humaine" que des intégrales triples. Le contraire du doute, c'est la certitude. Il est très probable qu'il y a vraisemblablement plus d'échecs à mettre au compte des certitudes qu'à celui des doutes. Comme toujours, on a vraisemblablement tort de dresser le doute contre la certitude. Il y a je pense un mouvement alternatif à entretenir entre ces notions, dans le cadre d'une analyse ; il me parait déterminant pour avancer d'une manière clairvoyante.

"Qu'en est-il des architectes ?" demande Gérard. Et bien je pense qu'ils sont comme les autres. De mon point de vue le doute devrait être une de leur vertu cardinale. Mais ils ont également besoin de certitudes afin de porter leur projet. Je me méfie toujours d'un architecte qui a trouvé trop vite son parti : sa réflexion va manquer d'oxygène ; celle du débat qu'il n'aura pas eu sur la pertinence de son parti et les alternatives possibles. Et pourtant, ce serait une erreur de penser que l'idée consisterait à se contenter de "propositions" portées par quelques principes structurants, mais organisées afin d'accepter d'évoluer en fonction des "doutes" issues de la confrontation avec les autres intervenants à l'acte de construire. Il faut, en architecture, avoir à un certain moment une attitude "radicale". Et puis tenir, tenir, tenir parce que l'on sait qu'on a épuisé le doute. Le doute ne doit pas être une fin en soi (surtout pas). C'est un outil de travail ; il ne se confond pas avec l'oeuvre finale.
On n'ira sans doute pas jusqu'au paroxysme poétique de Philippe ROTH, dans "La pastorale américaine" qui érige le doute en condition de vie : "Le fait est que comprendre les autres n'est pas la règle, dans la vie. L'histoire de la vie, c'est se tromper sur leur compte, encore et encore. Encore et toujours, avec acharnement et, après y avoir bien réfléchi, se tromper encore. C'est même comme ça que l'on sait qu'on est bien vivant : on se trompe."
Mais quand même : je doute, donc je suis.

mardi 3 mars 2009

Cria cuervos



C'est invraisemblable mais je découvre, 32 ans plus tard, le vrai visage de "Jeannette" ; j'étais certain qu'elle était belle, mais je hais son manager qui lui imposat de se produire affublée d'une paire de bottines blanches...à moins que ce ne fut des soquettes un peu hautes (il est vrai que la qualité de l'enregistrement laisse à désirer !...).
Conseil : Il existe une reprise croquignolesque et exotique de cette chanson que l'on peut découvrir sur YouTube avec une interprète asiatique, un bellâtre probablement indonésien qui ondule langoureusement du bassin autour de la chanteuse imperturbable, des danseurs noirs torses nus pratiquant au second plan des katas pittoyables, et des "claudettes" en pagnes négociés chez Emmaus, le tout gesticulant dans une chorégraphie de fête patronnale !...
Allez, les paroles (que je découvre également 33 ans + tard !) :

Aujourd'hui par ma fenêtre le soleil brille
Et le cœur
Est triste en contemplant la ville
Pourquoi tu t'en vas ?

Comme chaque nuit je me suis réveillée
En pensant à toi
Et sur ma montre j'ai vu passer toutes les heures
Pourquoi tu t'en vas ? [parce que tu t'en vas plutôt, non?]

Toutes les promesses de mon amour partiront avec toi
Tu m'oublieras
Tu m'oublieras

Près de la gare je pleurerai comme une gamine
Pourquoi tu t'en vas ?
Pourquoi tu t'en vas ?

Dans la pénombre d'un lampion
S'endormiront
Toutes les choses qui restaient à dire
Elles s'endormiront

Près des aiguilles d'une montre
Attendront
Toutes les heures qui restaient à vivre
Elles attendront

Toutes les promesses de mon amour partiront avec toi
Tu m'oublieras
Tu m'oublieras

Près de la gare je pleurerai comme un gamin
Pourquoi tu t'en vas ?
Pourquoi tu t'en vas ?
Pourquoi tu t'en vas ?

Toutes les promesses…