jeudi 30 avril 2009

Un grand pas vers le Grand Pari(s) ?

Si l'on en croit la plupart des commentaires relatifs au discours de Mr Sarkozy dans le cadre de l'inauguration de l'exposition sur "le Grand Pari(s)", les grandes (cet adjectif est devenu incontournable en France) décisions prises se focalisent sur la stratégie des transports, plus que sur le volet explicitement architectural des projets. En particulier, c'est l'Annonce avec un grand "A", d'un "Grand huit" (130 km de métro) qui fait figure d'annonce-phare. On se souviendra que cette idée provient directement du "laboratoire" de M. Christian Blanc qui ne faisait partie d'aucune équipe en lice, mais a tracé son "concours" de son côté, avec la bénédiction de l'Elysée. On se souviendra également que la 1ère présentation de ce projet, il y a quelques semaines, avait soulevé un petit vent (une brise) de contestation chez les "stars" de l'architecture qui, bien entendu, se rendaient compte qu'on les avait fait bosser pendant plusieurs mois pour rendre des jolies "pers en 3D", et qu'on les mettait ipso facto devant l'évidence : ce projet de métro souterrain était plus qu'avancé et structurant pour le développement du "Grand Paris". Hier, le projet de M. Blanc a été légèrement aménagé, et plutôt que de voyager comme des taupes, les franciliens se régaleront - "où ce sera possible" - du paysage des pavillons de banlieue aggrandis de quelques m2 (et probablement sans le concours d'un architecte !).
On regrettera donc la choucroute de Gehry sur la Tour Montparnasse (mérite-t-elle tant d'infâmie ?) et les tours-hlm de Castro mal désherbées se mirant dans l'eau d'un lac improbable sur lequel glisse un sloop (on a évité le bateau à moteur ... politiquement moins "durable").
J'ajouterai que je partage le point de vue consistant à penser que les transports constituent l'une des données majeures de la question du Grand Paris (pas besoin d'être diplômé de l'ENPC), mais que la question concomitante est celle-ci : pour desservir quoi ? (et là l'architecture devrait avoir quelque chose à dire).
Suis-je le seul ce matin à avoir cette lecture des "évènements" ?

samedi 25 avril 2009

Lectures de vacances


Que c'est bon les vacances, même une petite semaine ; ce "temps libre" libéré pour lire.
M. Vertigo de Paul Auster, commencé un peu avant le départ vers le Pays basque fut achevé le 1er. C'est l'un des plus beaux romans d'Auster, me semble-t-il. C'est le récit d'une épopée extraordinaire à travers l'Amérique des années 30 d'un enfant des rues à qui "le Maître" avait promis de voler. (J'y reviendrai plus longuement).
Un petit intermédiaire avec un court opuscule d'Emmanuel Bove (l'auteur de "Mes amis") au titre captivant s'il en est :"Bécon les Bruyères". 80 pages parfaitement "troussées", loin des éloges classiques de ce genre de littératures, redondantes de nostalgies, ennuyeuses par leur dithyrambes. Non, là, que le charme discret de l'exercice littéraire pur.

Enfin, une découverte, un cadeau de notre ami Pierre Léglise Costa (que je ne cesserai de louer pour m'avoir permis de découvrir Lobo Antunes): "Les mangeurs de perles", de Joao Aguiar, petit pollar déguisé en journal de bord d'un journaliste-écrivain (en devenir ?) portugais qui s'embarque un jour pour Macao à des fins thérapeutiques et qui se retrouve embringué dans une histoire de pirates et d'amour. Un régal qui se lit d'une traite (ou au maximum deux coups !). (j'y reviendrai aussi...au Square Littéraire !)

mercredi 15 avril 2009

Peter Zumthor Pritzker Price 2009 (version 2)


Voilà, je me suis planté dans mes pronostics : j'avais annoncé les japonais de Sanaa et c'est Zumthor ... Impardonnable. Et ce, pour 2 raisons : 1) je considère Zumthor comme l'un des plus grands architectes au monde (sinon le plus grand), en tout cas celui qui m'émeut le plus 2) J'étais persuadé qu'il avait eu le Pritzker alors que j'avais publié la liste complète des architectes lauréats sur mon blog ! Mon admiration pour Zumthor aurait-elle alimenté mon inattention ?
(Je m'aperçois que je tente de justifier mon inexcusable étourderie sur un blog que personne ne consulte - à part Gérard - sur un sujet qui n'intéresse presque personne - à part Gérard peut-être).
J'ai une petite histoire avec Zumthor dont je suis fier. Je travaillais il y a plus d'une dizaine d'années avec un architecte français de talent dont l'écriture peut être qualifiée de proche de celle de Zumthor. A cette époque, je ne commaissais pas ce dernier. Je reçus un jour sur ma table un exemplaire du "Moniteur" sur la couverture duquel il y avait une photo des thermes de Vals. Je fus saisi dans l'instant, et cette photo m'apparut immédiatement comme représentant une architecture exceptionnelle, d'une qualité supérieure à celle (déjà excellente) que pouvait produire l'architecte avec lequel je travaillais.
Depuis le temps que je veux me programmer une petite tournée en Suisse et en particulier une nuit aux Thermes de Vals, la visite du musée de Bregenz, et celle de cette chapelle en bois noir ... Il faut que je me replonge dans la lecture des deux derniers ouvrages de Zumthor traduits en français (deux petites perles) qui parlent avec des mots et des images simples de sa relation à l'architecture.
Et si Nouvel, Pritzker 2008, célébrait les années folles et Zumthor, le temps de la Raison ? Suis-je iconoclaste ? Je dois me tromper car Nouvel a téléphoné à Zumthor et ce dernier a indiqué qu'il admirait Nouvel... Ce qui me surprend un peu.
"J'espère que cela donnera de l'espoir aux jeunes qui se disent : Zumthor l'a fait, nous pourrons le faire aussi, construire la totalité de l'édifice, et pas seulement fournir des images ou des façades", a dit le lauréat en recevant son prix.

mardi 14 avril 2009

L'Apsara et la soupe de potiron de Cadel Ubbale

"Depuis quelques temps mes rêves sont habités de situations et de personnages dont le contenu ou l’apparence est extrêmement détaillé. Bien entendu, comme dans tout rêve qui se respecte, il n’y a pas plus de cohérence dans la composition des faits et des protagonistes qu’il y en avait auparavant, mais ce qui m’étonne, c’est l’accumulation de détails insignifiants d’une précision injustifiée (à moins qu’il ne s’agisse de détails injustifiés d’une précision insignifiante ?).
Par exemple, cette nuit, ce rêve où je suis dans une pièce avec trois autres personnes : une vieille tante éloignée (pourquoi elle ?), mon frère et une femme qui se révèle être la dernière maîtresse de mon père,
ou peut-être une ancienne conquête.
La pièce est une cuisine ; l’espace est immense, comme un couloir sans fin. Tout au fond je sais (sans la distinguer, mais je le sais) qu’il y a une vaste salle d’eau avec une très grande baignoire, dont le sol et les murs sont recouverts de carreaux de faïence noirs et blancs posée en damier. Il y fait toujours un peu sombre, et l’été délicieusement frais, surtout pendant certaines journées d’aout accablées par une chaleur sèche et blanche.
Au centre de la cuisine, une table très longue recouverte d’une toile cirée décorée de motifs floraux psychédéliques. Une fausse lampe à pétrole est suspendue au plafond par un invraisemblable système de fils et de poulies. Des insectes morts sont figés sur les fils comme sur ces rubans tue-mouches que l’on suspendait autrefois à la campagne, du temps où il y avait encore des mouches. La lampe projette un disque parfait de lumière qui éclaire une énorme marmite en métal, luisante de reflets cuivrés, et remplie d’une soupe épaisse de potiron que la vieille tante agite, méthodiquement, avec une cuillère en bois. Cette redoutable soupe de potiron que j’avais en horreur, dont je n’ai pas oublié l’odeur forcée de muscade, et les grumeaux de lait caillé qu’il me fallait obligatoirement avaler sous peine de devoir quitter le dîner pour un exil prématuré et sans retour (jusqu’au lendemain) dans ma chambre.
Mon frère est en pyjama. La braguette de son pantalon est ouverte – encore une fois - et son sexe mou pendouille. Il est assis un peu à l’écart et lit un roman policier. La maîtresse de mon père lui fait remarquer qu’il pourrait rester décent et cacher son « engin ». Mon frère la regarde par-dessus son livre et ricane. Il est pieds nus dans des savates en toile usées. Bien que je remarque l’incongruité de la chose, le sol de la cuisine est bien constitué de pavés ronds et moussus comme ceux que l’on trouve encore dans certaines cours intérieures des vieux quartiers de Paris.
Soudain la sonnette de la porte d’entrée. Nous savons tous qu’il s’agit de mon père. Nous l’attendions. Sans surprise, et pourtant ça fait 40 ans qu’il est mort. Je me souviens m’être dit qu’il devait sans doute avoir beaucoup changé. Je vais lui ouvrir. En fait, curieusement, mon père n’a pas beaucoup changé, peut-être est-il un peu plus petit, un peu plus voûté. Il est en costume ; une étiquette en tissu « Emigliano Zegna » sur la manche. C’est une faute de gout.
« tu as raison, c’est une faute de goût »,
et il arrache le morceau de tissu avec un sourire de conquérant. Il a l’air détendu, sûr de lui, pas vraiment surpris d’être là sur le pas de cette porte, devant son plus jeune fils, vieilli lui aussi de 40 ans. Il arbore, comme c’était la mode dans les années cinquante et comme je lui ai toujours vu dans les années 70, son éternelle pochette blanche qui souligne, impeccable, d’un trait blanc de bristol, le haut de la poche de son veston. Il porte ses anciennes lunettes en écaille noire à monture épaisse, trop enfoncées sur les yeux, à la façon
à la façon d’Yves Saint Laurent sur la célèbre photo où il pose nu.
Je sais que ce port de lunettes signifie que mon père est condamné. Il entre dans la pièce. Personne n’est étonné de le revoir. Mon frère lève à peine les yeux de son livre. Lui aussi est maintenant paré dans un costume impeccable. Sur la manche il y a également l’étiquette « Emigliano Zegna ». Mon frère a adopté le même parfum que mon père : « Monsieur » de Caron. Je n’aime pas ce parfum aux allures prétentieuses et démodées. C’est sans doute parce qu’il ne me rappelle que les choses détestables de mon enfance. Nous sommes maintenant autour de la table. L’une de mes anciennes conquêtes
comment s’appelait-elle déjà : Christine ? Marie ? Suzette ?
s’est substituée à la maîtresse de mon père. Je suis juste à côté de lui et je remarque ses mains
(mon père a toujours été très fier de ses mains qu’il lavait vingt fois par jour exclusivement au savon de Marseille) ; elles sont boursouflées et tavelées de tâches de vieillesse. Curieusement il y a quelques poils bruns, longs, épars sur le dessus. Mon père n’avait pas les mains poilues ; l’âge probablement. Pour le reste, il ne semble rien avoir cédé, ou si peu.
Il s’est installé d’autorité en bout de table et tend son assiette pour avoir de la soupe.
« C’est ta soupe aux potirons, Jeannette ? »
Tante Jeannette est aux anges, mais elle rectifie
« la soupe de potiron »,
et ajoute :
« Tiens mon grand, tu vas guérir »
elle le sert copieusement et mon père, sans attendre, commence à laper sa soupe. Il s’explique en indiquant qu’en Indochine, à la Légion, il fallait manger sa soupe comme ça. Et puis après c’était la « corvée de bois », dit-il en m’accordant un clin d’oeil complice. Et nous trouvons, tous les trois autour de la table, son explication plausible.
Et puis ma tante vient au-dessus de moi. Elle commence à beurrer une biscotte, lentement comme elle le faisait jadis pour le goûter, quand elle me gardait pendant les vacances
avec des gestes comptés comme dans un rituel initiatique
elle veille à ne mettre sur la biscotte qu’une infime pellicule de beurre
« tu crois que c’est bien de te mettre autant de beurre sur ta tartine ? Tu ne vois pas que nous sommes pauvres ? »
Le couteau crisse sur la biscotte ; une plainte caillouteuse. Elle a pris soin de placer deux biscottes l’une sur l’autre afin de ne pas faire de « brisures », comme elle dit. Et j’entends le bruit de sa bouche au-dessus de moi, un bruit gourmand et inquiétant de succion salivaire. Je sais en même temps qu’elle a le menton qui pique. Je redoute ces baisers quand il faut dire « bonjour Tante Jeannette », « bonsoir Tante Jeannette ». Et puis elle prend le pot de gelée de groseilles
elle faisait une incomparable gelée de groseilles
elle enlève l’élastique, le papier sulfurisé, et la rondelle de paraffine. Elle fait glisser une petite noisette de gelée et l’étale sur le beurre. Des petites perles qui brillent comme des larmes de rubis.
Mon père parle beaucoup, mais ses paroles sont incompréhensibles. Tout le monde autour de la table fait semblant de comprendre (ou peut-être comprend). Mon frère est à nouveau en pyjama. Mon ancienne conquête
la maîtresse de mon père
lui glisse un mot à l’oreille en montrant mon frère. Toujours cette histoire de braguette. Cette négligence perpétuelle, et ce sexe à l’air comme une provocation. Elle se tourne vers moi
mon ancienne conquête se tourne vers moi
« tu n’auras jamais la statuette de l’Apsara que ton père a rapportée d’Angkor après l’avoir volée dans un temple ».
Mon père acquiesce avec soumission tout en finissant de laper sa soupe. Mon frère hisse lentement un regard incrédule par dessus le roman policier. Ma vieille tante fait mine de vouloir poursuivre sa distribution de soupe avec un air blasé de cantinière. La maîtresse
ou bien s’agit-il de mon ancienne conquête ?
laisse entrevoir deux petits seins trop parfaits sous le voile de sa chemise de nuit en tulle rose. Sur le dessus de la cheminée, face à moi, dans la cuisine immense comme un couloir sans fin, la statuette est là. Personne, semble-t-il, ne s’est aperçu de sa présence. Elle est comme avant, partiellement enveloppée dans un tissu rouge de Chine et posée sur un socle de bois sombre. C’est une pierre gris clair sculptée d’une vingtaine de centimètres de haut, et presque autant de large, qui représente le buste d’une Apsara – une jeune danseuse cambodgienne – avec deux petits seins trop parfaits. Elle aussi. L’un de ses bras a été brisé (probablement lors du forfait, quand mon père l’a extraite du mur du temple). J’ai l’impression qu’elle me regarde et me sourit.
Ma tante me commande à présent, sans ménagement, de tendre mon assiette. Elle a encore ce tic de la bouche et cette pointe de salive à la commissure des lèvres, comme quand elle préparait les biscottes.
« Tu prends de la soupe et tu récupèreras l’Apsara »

Si le réveil n’avait pas sonné à cet instant, j’étais prêt à tout pour emporter avec moi l’Apsara , même absorber une redoutable soupe de potiron avec cette odeur forcée de muscade, même avaler les grumeaux de lait caillé en écoutant au-dessus de ma tête le bruit gourmand et inquiétant de succion salivaire d’une tante au menton piquant qui avait l’habitude d’étaler la gelée de groseille sur une double biscotte, car je savais, à cet instant, juste avant que le réveil …
Je savais, je savais que la soupe, la muscade et les grumeaux ne valaient rien, que la vieille tante était morte depuis longtemps,avec son reflexe salivaire et ses deux biscottes l'une sur l'autre, que l'on regretterait cette incomparable gelée de groseille, et que tout ça n’existait vraiment que dans mon imagination, ... ou presque."

mardi 7 avril 2009

Apprentis écrivains à l'âme sensible s'abstenir ou l'écriture selon Lobo Antunes


Extrait du "livre de chroniques IV" :
"Quand j'étais étudiant en médecine, on m'a raconté qu'autrefois on enlevait les calculs de la vessie par le biais d'un procédé désigné sous le nom de "lythotritie", et qui consistait à introduire dans l'urêtre une sorte de pinces et, ensuite, d'écraser lesdits calculs à l'aveuglette, ce que, évidemment, on ne parvenait à faire que très rarement. L'écriture, c'est un peu ça, sauf qu'il faut insister jusqu'à ce qu'on ait écrasé tous les calculs. Il n'y a pas de compulsion ni d'inspiration qui vaille : il y a le métier et la méthode. Et ce n'est même pas romantique : c'est les bras salis jusqu'au coude."

lundi 6 avril 2009

L'hirondelle avant l'orage


Les déportés que les tchékistes entassaient dans des wagons à bestiaux à destination de la Kolyma faisaient 2 choses étonnantes durant leur voyage :
1) ils tentaient d'écrire quelques mots (ultimes le plus souvent) sur des morceaux de papier arrachés à des livres qu'ils étaient parvenus à sauvegarder ; pliaient ces "lettres" sur lesquelles ils inscrivaient une adresse (un être cher, un parent), puis les glissaient par le trou des cabinets du wagon afin qu'elles tombent sur les rails et soient ramassées par hasard par un inconnu qui - peut-être - réussirait à les faire parvenir à leur destinataire. A l'époque des colonies pénitentiaires des tsars, les condamnés à l'exil transportés dans des wagons similaires pratiquaient déjà cette "technique" ; il était également d'usage pour les paysans d'aller ramasser ces petits feuillets sur les voies ferrées...
2)au passage dans les villes ou les villages, les femmes accrochaient aux jours des portes des wagons ou entre les planches, des lambeaux de sous-vêtements qui flottaient ainsi au vent et devaient indiquer aux populations des zones traversées quelle était la véritable nature de la cargaison enfermée dans ces wagons...

"L'hirondelle avant l'orage ", titre du nouveau roman de Robert Littell, est tiré d'un vers du poète Ossip Mandelstam assassiné par les sbires de Staline.
Mandelstam est au centre du réçit. Il est entouré de sa femme, de sa maîtresse, d'autres poètes ; il croise sur son chemin de croix un hercule de cirque, le garde du corps de Staline, l’écrivain Boris Pasternak (futur auteur du Docteur Jivago), et bien entendu celui qui conduit ses interrogatoires. Chaque personnage parle à tour de rôle et raconte un morceau du réçit. Mandelstam prétend que la poésie peut tuer un tyran, et compose un épigramme pour dénoncer cette barbarie.
Il y a un jeu de fascination réciproque entre le poète et le dictateur qui se rencontrent 2 fois (fiction ou réalité ?).
C'est évidemment la question de l'engagement de l'artiste qui est également au centre de ce livre. La folie du poète Mandelstam peut-elle servir la cause de la vérité ? "On ne peut parler d'art comme s'il s'agissait d'un tuyau d'écoulement ou d'un chantier de construction et le réduire à une question technique. Parle de la technique de l'écriture poétique, c'est parler de la technique de création du désastre. Il ne faut pas oublier qu'on doit prendre des risques ; rien n'existe sur terre sans prise de risque." dit-il.
La solution pour abattre Staline n'était-elle pas de commettre véritablement les crimes dont la police politique va vous accuser ?
"Personne n'est innocent", proclamait Staline.
Fascinant....

jeudi 2 avril 2009

Rien de spécial à dire

Quand on a rien de spécial à dire sinon des trucs épouvantables, alors on se tait. Mais ce n'est pas si facile quand les mots ne demandent qu'à exister. Ils piaffent sous le clavier. Ils se bousculent derrière l'écran. Ils hurlent leur désir de reconnaissance : apparaître, s'unir, composer, par affinités, dans un ordre stylé : article, sujet, verbe, complément ou bien verbe, sujet, article, complément ; pourquoi pas ? Il est probable qu'à ce petit jeu, une conjonction cède à la tentation de faire l'intéressante. Une préposition peut se pousser un peu du col ! J'ai vu des phrases qui perdaient tout leur sens, titubaient, asphyxiées par un excès d'efforts - une virgule qui peine à arriver, un point qui se fait attendre, des parenthèses qui s'emboîtent comme des poupées russes, un sens que l'on ne retrouve plus : interdit, giratoire, unique, insensé, au-delà du sens, indésens...
C'est parfois triste de voir passer une phrase sinistre aux accents graves, avec une mine désolée de commis voyageur sans bagages. Mais c'est sympathique de constater que - même de nos jours - il y en a qui n'hésite pas à sauter à la ligne, à tenter une échappée dans un paragraphe tout neuf en klaxonnant avec des accents aigus à n'en plus finir, comme sur la route des vacances. Mais gare aux imprudences : une intonation un peu trop appuyée, un mot plus haut que l'autre, et c'est le dérapage verbal !
Un jour - un matin précisément - j'en observais une du coin de l'oeil, silencieuse, offrant aux premiers rayons du soleil une moue délicieuse et ss silhouette latine ; j'appris qu'elle se prénommait : "motus et bouche cousue" et que son exercice de prédilection consistait à se glisser dans le cercle des rumeurs pour tenter de saisir un non-dit susceptible de se disculper dans des points de suspension ; parfois même il lui arrivait de dénoncer une médisance prise au piège d'une parenthèse.
Si vous avez un peu de patience, à la tombée d'un texte, vous pouvez rencontrer la phrase-reine, la conclusive, la lyrique, celle qui se rengorge en imaginant que toute l'assemblée n'a de regard que pour sa sortie ; que chaque lettre de chaque mot de chaque phrase de chaque paragraphe qui la précède n'existe que pour déguster sa chute.
Point final.
Conclusion : quand on a rien de spécial à dire sinon des trucs épouvantables, alors on devrait vraiment se taire.

mercredi 1 avril 2009

Léonard COHEN lance l'idée d'un nouveau "Woodstock" en France

Léonard Cohen, dont les places pour le concert du 7 juillet à Bercy se revendent déjà au marché noir à plus de 300 Euros, vient de faire une très courte conférence de presse avec son ami Bono, le leader de U2, dans laquelle ils évoquent ensemble l'idée de monter un "Woodstock" en France en juillet. Cohen indiquant qu'il avait été surpris du succès incroyable de son retour sur scène, que ses finances étaient OK, et qu'il avait quelques scrupules à faire payer aussi cher les places de ses concerts (mais il est sous contrat jusqu'en juin). Comme il aime la France, que le public français lui a fait un accueil extraordinaire, l'idée lui est venu, avec Bono lors d'un dîner bien arrosé à Los Angeles, de monter ce projet un peu fou. "Le temps s'y prête. Je veux montrer que l'on peut faire de grandes choses sans toujours "taxer" les gens", a-t-il ajouté.
Bono a poursuivi en disant que déjà un grand nombre d'artistes s'étaient déclarés partants, et en particulier : Pink Floyd (Waters), King Crimson, Led Zeppelin, Clapton, Madeleine Peyroux, E. Winehouse, Lou Reed, Ten Years After, Bonga, Joe Cocker, Santana, Police, etc. ...
Reste à fixer la date et le lieu (qui devrait être proche de Paris).

mardi 31 mars 2009

Lobo Antunes (encore !)



Et vous savez quoi ? 24H après avoir écrit mon petit mot en guise de mea culpa pour avoir ignoré jusqu'à ce jour sur mon blog cet auteur fantastique, et bien, comme un incroyable remerciement, ce grand Monsieur de la littérature portugaise sort le Tome 4 de ses "Chroniques" et, fait rarissime, se fend d'une interview à France Inter (décidément cette radio est "top") dans l'émission de Bruno Duvic "Et pourtant elle tourne" (que je n'arrive pas à "podcaster" : caramba !)
Et merci à Marie-Bé de m'avoir prévenu !

Au pays


Le dernier roman de Tahar Ben Jelloun nous introduit dans l'univers d'un émigré d'origine marocaine, Mohamed, venu en France en 1962, un peu par hasard, pour travailler aux usines Renault. Mohamed est musulman, pieux sans être intégriste. Sa femme (ils ont été mariés à 15 ans et ils sont cousins) l'a rejoint et lui a donné 5 ou 6 enfants avec lesquels il n'a jamais vraiment eu de relations paternelles : départ pour l'usine tôt le matin, fatigue du soir. Et puis, les épanchements ne sont pas dans la nature de Mohamed ; pas dans sa culture de laisser transparaître ses sentiments. Sa vie aurait du être celle que ses parents avant lui ont connue ; réglée sur le devoir, le respect (de la religion, du père), la fatalité. Mais ce voyage en "Lafrance", cette vie sur une terre étrangère qui finit par lui arracher ses enfants en les intégrant, sera toujours une sorte d'exil. Sa vie, la vraie, est au bled. Il sait pourtant qu'"au pays", ce n'est pas le paradis et que, par exemple, il ne sera pas soigné dans des hôpitaux gratuits, que la corruption existe, que les villageois se jalousent, etc. ...
Et puis "lentraite" arrive ; à 60 ans. Alors que pour tous ceux qui ont eu le même parcours que Mohamed, c'est enfin la possibilité de prendre un repos bien mérité, pour lui, c'est une nouvelle fracture. Sa vie était jusque là réglée sur le travail - bien fait -, la prière, les rites familiaux - même si la famille s'était réduite avec le temps et le départ des enfants, détournés par la "Lafrance". "Lentraite", c'est un jour le départ au pays avec un rêve...
Tahar Ben Jelloun utilise un vocabulaire simple, alternant phrases courtes et phrases longues, ces dernières coorespondant très souvent à la description des sensations qui habitent ou que perçoit Mohamed ; celles de son univers ou celle du monde de "Lafrance" qui est "autre", définitivement. De nombreux personnages traversent le roman et composent comme une galerie du regret : Nabile, cet enfant mongolien adopté par Mohamed et qui, seul, lui est fidèle ; Katy, la prostituée marocaine également, devant la roulotte de laquelle les ouvriers font la queue, et puis certains de ses camarades qui trahissent leur culture, d'autres qui finissent abandonnés de tous, alcooliques ; les syndicalistes, les faux imams.
C'est un livre très attachant qui nous aide à comprendre le regard de l'autre, celui de l'émigré. Difficile dorénavant de croiser un maghrébin d'un certain âge sans penser au Mohamed de Tahar Ben Jelloun.
Nota : la traduction du titre de la version italienne (plus courte) était : "Elle l'a tué"

vendredi 27 mars 2009

Antonio Lobo Antunes. Et dire que je ne vous en ai toujours pas parlé !


J'ai découvert Antonio Lobo Antunes à la radio, un soir dans ma voiture, alors que j'écoutais (incidemment à l'époque) France Culture. C'était une émission en hommage à l'éditeur Christian Bourgois qui venait de mourir. On rediffusait une interview de lui. Le journaliste lui demandait quel était le souvenir qui l'avait le plus marqué dans sa carrière. Christian Bourgois dit alors que c'était le jour où l'un de ses traducteurs d'oeuvres portugaises, Pierre l'Eglise Costa, était entré dans son bureau, un livre à la main, en lui disant qu'ils venaient de rater un chef d'oeuvre. C'était "Fado Alexandrino" d'Antonio Lobo Antunes. Je notais fébrilement le titre de l'ouvrage et le nom de l'auteur dont j'ignorais l'existence quelques secondes auparavant. Pierre est un ami de mon épouse et un homme de très grande qualité et culture (ce qui n'est pas "automatique" !).
C'était un vendredi soir, et le lendemain je n'avais de cesse que de me précipiter à la Fnac pour acquérir l'ouvrage en question. Je le trouvais, mais 586 pages, ça me paraissait un peu téméraire ! J'avisais alors des livres du même auteur, mais moins "compétitifs" ; il s'agissait d'un des tomes du "livre des Chroniques". Je dévorais le livre dans le week-end et me précipitais le lundi matin pour acquérir "Fado Alexandrino" que je dévorais à son tour, mais sur plusieurs jours quand même ! Depuis, j'ai lu je crois, toutes ses Chroniques. Lobo Antunes est médecin-psychiatre, mais surtout un très grand écrivain, blessé à vie par les trois années de service militaire obligatoire passées en Agola alors qu'il n'avait pas 25 ans, qu'il était déjà marié et papa d'une petite fille. C'est un Monsieur qui a plus de 70 ans maintenant, mais qui continue à aller chaque jour à l'hôpital de Lisbonne où il a exercé, pour écrire toute la journée en s'acccordant une pause au déjeuner qu'il prend à la cantine du personnel hospitalier. Le style de Lobo Antunes est parfois déroutant, moins dans ses Chroniques que dans ses livres plus "épais" : des phrases sans ponctuation qui peuvent se dérouler sur plusieurs pages, dans lesquelles se télescopent des pensées, des dialogues, des flash-back, des diversions, à la façon d'objets hétéroclites entrainés dans le courant d'un fleuve bouillonnant. Mais c'est aussi un regard original et toujours affuté sur les personnages qui peuplent ses écrits ; une nostalgie poignante pour sa jeunesse. J'ai trébuché sur un ou deux de ces livres ; mais ils m'attendent, et un jour je vaincrai : Lobo Antunes, ça se mérite ! J'ai vraiment été beaucoup touché par ses "Entretiens" dans lesquels il livre toutes ses blessures, et notamment cet incroyable amour qu'il a eu pour la (seule ?) vraie femme de sa vie. (A suivre)

Quoi de neuf ? L. Cohen....


Et voilà, le dernier CD de Cohen est sorti (merci Adeline). Enregisttement à Londres le 17 juillet 2008, 10 jours après Montreux. Sublissime... Simples curieux, s'abstenir (comme on dit dans les meilleures annonces de voitures d'occase !).
Une seule manque à l'appel : Famous Blue Raincoat qu'il nous a chanté à l'Olympia ! Respects Mister Cohen.

Pritzker Price 2009

Pour ceux qui ne savent pas ce que représente le "Pritzker Price", il s'agit de l'équivalent du Prix Nobel pour l'architecture. Deux français (seulement) ont été distingués par ce prix prestigieux : Christian de Portzamparc (1994) et Jean Nouvel (2008). Toutes les "stars" de l'architecture (ou presque) ont été reconnues par l'assemblée sponsorisée par la Fondation Hyatt (les hôtels) :

1979 Philip Johnson États-Unis
1980 Luis Barragán Mexique
1981 James Stirling Royaume-Uni
1982 Kevin Roche Irlande
1983 Ieoh Ming Pei États-Unis
1984 Richard Meier États-Unis
1985 Hans Hollein Autriche
1986 Gottfried Böhm Allemagne
1987 Kenzō Tange Japon
1988 Gordon Bunshaft
Oscar Niemeyer États-Unis
Brésil
1989 Frank Gehry États-Unis
1990 Aldo Rossi Italie
1991 Robert Venturi États-Unis
1992 Alvaro Siza Portugal
1993 Fumihiko Maki Japon
1994 Christian de Portzamparc France
1995 Tadao Andō Japon
1996 Rafael Moneo Espagne
1997 Sverre Fehn Norvège
1998 Renzo Piano Italie
1999 Norman Foster Royaume-Uni
2000 Rem Koolhaas Pays-Bas
2001 Jacques Herzog
Pierre de Meuron Suisse
2002 Glenn Murcutt Australie
2003 Jørn Utzon Danemark
2004 Zaha Hadid Royaume-Uni
2005 Thom Mayne États-Unis
2006 Paulo Mendes da Rocha Brésil
2007 Richard Rogers Royaume-Uni
2008 Jean Nouvel France

Qui sera le lauréat 2009 ? Il parait (presque) évident que la distinction ne peut échapper à Kazuyo SEJIMA et Ryue NISHIZAWA, créateurs de l'agence SANAA. Actuellement Sanaa réalise l'antenne du Louvre à Lens. L'architecture de l'agence est caractéristique de la nouvelle architecture japonaise, héritière d'une école fortement marquée par le style de Tadao Ando (celui qui faillit réaliser la Fondation Pinault sur l'île Seguin), et composée d'autres figures comme Toyo Ito ou Kengo Kuma. Comment essayer de définir cette architecture ? Légèreté, jeu autour de l'évanescence (exemple de la boutique Dior sur Omotesando à Tokyo), utilisation de matériaux authentiques comme le bois et le verre "revisités", mais aussi maîtrise absolue du béton servie par une exécution qui se doit d'être irréprochable. Moins connus que des stars comme Piano, Foster, Nouvel, Gehry ou Zaha Hadid, l'agence semble très exigente dans le choix des projets sur lesquels elle s'engage : nature et taille du programme.
Outsiders : Santiago Calatrava, Maximiliano Fuksas, Mario Botta, Helmut Jahn, Toyo Ito, ...

lundi 23 mars 2009

La forêt des renards pendus



Imaginez une cabane de bûcheron perdue au fin fond de la forêt finlandaise, dans laquelle vont vivre deux personnages que tout oppose a priori : un gangster, Rafael, qui se cache de ses complices avec lesquels il refuse de partager pas moins d'une trentaine de kilos d'or pur, et un major de l'armée, Remes, alcoolique à la bigarade, et qui a décidé de prendre une année sabatique ...Viennent s'associer au duo la plus vieille Lapone skolte de Finlande - et son chat - qui s'est échappée d'un enfermement administratif en asile de vieillards, un militaire un peu borné dont on achètera le silence grace à une part du butin secret, deux prostituées auxquelles la vieille apprendra quelques rudiments de maîtresse de maison, et "cinq cent balles" le renard familier de la cabane.
Tout ce petit monde, après quelques "ajustements", mène une vie plutôt agréable, dans un intérieur de standing avec tout le confort d'une époque moderne. Mais Siira, l'ancien complice de Rafael, meutrier récidiviste et qui nourrit "plus d'amertume qu'un millier de féministes", n'a de cesse depuis qu'il est enfin sorti de prison, de retrouver Rafel pour lui loger une balle dans le crâne et le déposséder de son trésor... Suspens !
Et le titre me direz-vous ?
"On peut aujourd'hui y voir une troupe de squelettes qui, par temps de vent, se balancent en cliquetant au bout de leur noeud coulant. L'hiver, poudré de givre, ils offrent sur l'écrin de la toundra enneigée un spectacle d'une prodigieuse et surnaturelle beauté." (Presque) tout Paasilinna est dans ces 2 phrases.
Je recommande (sans modération).

dimanche 22 mars 2009

Est-ce ainsi que les femmes meurent ?



Roman captivant de Didier Decoin qui vous prend aux tripes et vous secoue un peu la honte ; celle d'être vraisemblablement capable d'une lâcheté comparable à celle des 38 "complices" du crime épouvantable et sordide de "Kitty".
La dernière phrase de l'épilogue est une citation d'Albert Einstein : "La monde est un endroit redoutable. Non pas tant à cause de ce qui font le mal, qu'à cause de ceux qui le voient et ne font rien pour l'empêcher."
Si vous allez sur la "toile", les commentaires des internautes sur le livre font souvent référence à "American Psycho". C'est un livre que j'ai eu un week-end entre les mains, dont j'ai lu une centaine de pages (soit pas grand chose) et que j'ai rendu le lundi matin à la personne qui me l'avait prêté (et recommandé). J'avais l'impression d'être un voyeur de scènes de sadisme du niveau des scènes pornos de SAS, distillées dans le bouquin à intervalles réguliers, paramétrées (comme SAS) pour maintenir excité le lecteur.
Dans le roman de Didier Decoin, tiré d'un fait divers des années 60 à New-York, et qui a secoué l'Amérique (syndrome Kitty Genovese), c'est plus le phénomène de société et le point de vue psychologique qui m'ont intéressé : le "bystander effect". Cette réflexion sur notre attitude au quotidien, avec nos "petites" lâchetés qui peuvent avoir de grandes conséquences. Il n'est évidemment pas utile d'avoir un crime infect au pied de son immeuble pour tester sa capacité à réagir. Est-ce une chance que notre époque - mais sans doute autant que les autres ? - nous donne l'occasion au quotidien de tester notre niveau de "bystanding" ?
Je n'ai rien dit sur le style, et j'ai tort, car il est précis, agréable, intelligent, rythmé par les scènes du procès et l'histoire vue par les principaux protagonistes. Il se déroule à la manière d'un parfait scénario de film.
Je recommande vivement.

samedi 21 mars 2009

La vie d'un homme inconnu



Le livre est composé selon 2 parties. Dans la 1ère, Andreï Makine nous invite à partager le regard de Choutov, écrivain quinqua au succès très moyen, ancien dissident et exilé russe à Ménilmontant, hanté par Tchékhov et qui vient d'être plaqué par sa compagne "qui a l'age d'être sa fille", sur la société russe d'aujourd'hui. Car Choutov (sa jeune compagne l'a définitivement "assassiné" en lui disant que la racine de son nom signifiait "clown") veut retrouver, dans une sorte de tentative ultime de se retrouver lui, Iana, son amour d'il y a 30 ans qui vit désormais à Saint-Pétersbourg. Mais Choutov trouvera dans ce voyage (c'est la 2ème partie du livre, la plus riche et la plus émouvante) quelque chose d'inestimable : l'amour humain ? pour reprendre le titre d'un précédent roman de Makine. Cette incroyable raison d'espérer (ou résistance à espérer ?), que l'homme peut avoir malgré, parfois, l'extraordinaire acharnement de la vie à le rendre malheureux et misérable. Et c'est un vieil homme, Volski, rescapé de la bataille de Stalingrad et des camps, qui sera son guide.
C'est un livre qui vient également nous faire réfléchir, en ces temps de (relatif) chaos, à la hiérarchie des choses, à la confrontation entre le fondamental (souvent très simple) et le dérisoire (souvent clinquant).
"Non, il ne faut rien expliquer, pensa-t-il, juste reconnaître dans l'autre cet être étonnant qui dépasse infiniment ce qu'il a vécu et ce qu'il vit, et ce qu'on voit de lui, et ce que le monde fait de lui. reconnaître et aimer cette part invisible d'une femme, cet instant-là sous une lente chute de pétales, ce corps meurtri et dont la tendresse est encore intacte, ces yeux dont la clarté me rend vivant."
"Nous avons eu finalement une vie si légère ! dit le vieil homme. nous ne possédions rien et pourtant nous savions être heureux. Entre deux sifflements de balles en quelque sorte..." Il sourit et ajoute sur un ton de boutade (il regarde à la télévision une réception dans un palace londonien): "Non, mais regardez ces pauvres gens, ils souffrent !"

vendredi 20 mars 2009

Grand Paris (encore !)

Je suis allé sur ce site du Pavillon de l'Arsenal. J'ai visionné la vidéo. Ca se marre pas mal ; ça fait des "mea culpa" sur des ignorances de débutant (aucun bâtiment de Le Corbusier à Boulogne-Billancourt !) ; ça résume les propositions du Grand Paris, mais je me demande s'il faut les résumer car, à vrai dire, depuis que je m'intéresse au sujet, j'ai peur qu'à trop vouloir résumer il ne reste plus rien (mais on va aller sur le site du gouvernement, il parait que les études y sont intégralement consultables)!
Remarque : chacun y va de sa réflexion sur Paris en ce moment : M. S., Balladur, Delanoé, etc.,...on attendait la grippe aviaire et c'est une pandémie urbanistique qui sévit ! On attend le "Pschitttttt" !

http://www.pavillon-arsenal.com/videosenligne/collection-5-248.php

mardi 17 mars 2009

Devenez abonné fidèle de mon blog


et recevez un cadeau secret...
Quelques jours plus tard...toujours rien, aucun(e) abonné(e) "fidèle" de plus ...est-ce le mot "fidèle" qui dérange ("fidèle, fidèle, je suis resté fidèle, à des choses sans importance pour vous ...")? est-ce la notion de "cadeau" avec son inconscient de compromission potentielle qui est en cause ( se rassurer : ce ne sera pas une Rolex !) ? est-ce le qualificatif de "secret" qui résonne douteusement également ?
est-ce que mon blog fait ch... le lecteur ? En tout cas, moi, ça me plait !

Auroville vs Grand Paris




"Auroville (Grand Paris)wants to be a universal town where men and women of all countries are able to live in peace and progressive harmony above all creeds, all politics and all nationalities. The purpose of Auroville (Grand paris) is to realise human unity."

Tours de 164m à Levallois



Au moment où, sous l'impulsion de notre Président (bénis soient son dynamisme et son pragmatisme), le "Tout Paris" architectural disserte sur le Paris du Futur, la qualité de vie, le beau, le plus environnemental, etc., ... le sexe des anges ?, on s'apprête à édifier 2 tours que je trouve très vilaines (mais je dois être le seul...), de rien moins que 164 m de haut sans qu'il y ait eu - que je sache - de consultation architecturale, en bordure de Seine, à Levallois, dans l'indifférence la plus générale, et avec le soutien du Président (bénies soient sa vision architecturale et sa Rolex) puisque Mme Christine Lagarde était à la signature du "cheick" d'1 milliard. On vit une époque formidable !

dimanche 15 mars 2009

Le Grand Paris. Petit essai critique.




JDD Paris du dimanche 15 mars "La capital Nouvel prend forme" avec le sous-titre "L'architecte dévoile ses propositions pour l'avenir du Grand Paris". Voyons voir. Jean Nouvel propose 9 "mesures". J'ai tenté d'y apporter un peu de contradiction.

1) Matérialiser les "lisières" de la métropole
Comme pour le "fortifs", il sera créé un anneau végétal protecteur dont l'objectif est double a) arrêter la progression de l'urbanisation b) donner un espace "écolo" pour promenades, maraîchages, ...
Questions : ne va-t-on pas créer une sorte de capitale-fortifiée propice à la surenchère immoilière ? (j'habite dans le "vrai" Paris, j'ai un apparte qui donne sur la ceinture verte, ...); n'aurait-il pas plutôt fallu développer des "radiales" vertes afin de fluidifier le tissu urbain ? quid du périff ? quid de l'A86 ?
Mon point de vue : plutôt OK pour le côté petits oiseaux, mais...

2) Instaurer un "code d'identité"
Des éléments de design urbain sont mis en place pour que l'on reconnaisse immédiatement que l'on "est " à Paris.
Questions : comme à Disneyland, où on sait tout de suite qu'on est à Disneyland ? Quel est l'intérêt de cette gadgétisation urbaine ? (Paris est constitué de dizaines de "villages" et pourtant Paris se reconnait immédiatement)
Mon point de vue : (bof)



3) Mettre fin au "Zoning"
Encourager la "mixité d'usage" ; en quelque sorte, celle qui existait jadis quand les usines et les ateliers étaient au coeur des villes ; c'est la spéculation immobilière qui a balayé tout ça.
Questions : le "Grand Paris" est-il un problème architectural ? N'est-il pas essentiellement politique ?
Mon point de vue : plutôt OK

4) Désenclaver les cités et les grands ensembles (en s'y prenant comme ça ?)
On renove tout, on remet des commerces au rez-de-chaussée et des bureaux sur les 3 1ers étages et on arrête de tout casser.
Questions : quid des transports ? quid des emplois ? voir question précédente
Mon point de vue : plutôt OK, mais le titre de la "mesure" et son contenu me paraisse décaler

5) Connecter les principaux centres du Grand Paris
C'est à dire Roissy, Le Bourget, St Denis, La Défense, Orly, Villacoublay à moins d'1/2 les uns des autres
Questions : aucunes
Mon point de vue : OK, YAKA (des RSGV : radiales souterraines à Grande vitesse ?)

6) Créer des "hauts lieux" en moyenne couronne
Des sortes de villes-nouvelles bis mais constituées de tours seraient créées dans les villes de la proche couronne (Vitry, Villacoublay, La Courneuve
Questions : ne va-t-on pas créer de nouveaux ghettos ?
Mon point de vue : bof (M. Balkany prévoit de construire prochainement de très jolies tours en bord de Seine ...)

7) Développer des sites d'attractivité pour la recherche, les entreprises de pointes, ...
Question : n'est-ce pas un peu en contradiction avec la mesure 3) ?
Mon point de vue : réserves

8) Ne pas laisser le "Paris historique" s'endormir
Des tours dans la ville (Porte Dauphine, Père Lachaine, entre Gare du Nord et de l'Est, entre Gare de Lyon et Austerlitz) et fini les toits en zinc, vive la pelouse !
Questions : Barcelone s'est-il "réveillé" grace à la tour Agbar ? Les toits en zinc ne sont-ils pas un des éléments de repères majeurs de l'identité visuel de Paris (voir mesure 2) ?
Mon point de vue : plutôt OK

9) Concevoir l'art contemporain en fonction des lieux
Mettre de l'art au coeur de la ville
Mon point de vue : OK, obviously !

10) Composer avec la Seine (Ca c'est moi qui ajoute !)

Welcome



Vincent Lindon crève l'écran dans ce film qui donne à voir, d'un côté, toute la détresse de ces émigrés que l'on parque et brutalise à Sangatte ou Calais, omnubilés par une "terre promise" qui n'en est plus une, de l'autre, l'humanité qui subsiste (il faut le croire) en chacun de nous. Mais le MNS-Lindon aurait-il été sensible à cette détresse s'il n'était pas lui-même un peu naufragé de la vie ? Y a-t-il une solution, autre que la répression, pour éviter Lampédusa ou Sangatte ? Dans notre histoire, notre développement a profité de la plupart des pays dont sont issus ces hommes et ces femmes ? Ne serait-il pas juste que nous pratiquions aujourd'hui autre chose que la brutalité ? Et puisque, définitivement, nous sommes égoïstes : ne serait-il pas dans notre intérêt ultime de les aider ?
Nota : Luc Besson, invité à l'avant-première de "Welcome" a quitté au bout de 10' la salle ; c'est donc un très bon film !

Extrait du blog de l'Express. Juillet 2008. (c'est précisément ce que montre le film)

"Après la fermeture du centre de transit, les autorités françaises jouent, sur place, le pourrissement

Calais: son beffroi, son port... ses migrants. Depuis la fermeture du centre de Sangatte, en décembre 2002, la situation de ces immigrés, massés face au détroit dans l'espoir d'une vie meilleure en Angleterre, est officiellement réglée. Dans les faits, une dizaine de migrants arrivent chaque jour dans ce cul-de-sac de l'Europe. En ce mois de juillet, ils sont 120 à errer dans les rues. Kurdes irakiens, Afghans, Iraniens, Soudanais, ils vivent dans des conditions exécrables. La nuit, ils s'abritent dans un hangar désaffecté, une camionnette éventrée ou des canalisations en béton abandonnées; deux fois par jour, ils quémandent de la nourriture, distribuée par une poignée de bénévoles.

Depuis la fin d'avril, ils n'ont même plus de douche pour se laver. Les installations, prêtées par le Secours catholique, ont été démontées à la suite de plaintes de riverains. Conséquence: la gale a refait son apparition, les maladies de peau se multiplient. En mai, un jeune Afghan a failli mourir d'hydrocution en se baignant dans un canal. «On ne cesse de demander un lieu d'hébergement temporaire pour les accueillir autrement que comme des chiens, raconte Véronique Desenclos, du Collectif de soutien d'urgence aux réfugiés (C'sur). Mais les autorités ne veulent pas d'un Sangatte bis.» Après avoir plaidé leur cause durant trois heures auprès du préfet, les associations viennent d'obtenir une petite victoire: la réinstallation de deux douches et de deux WC. A la condition de ne pas divulguer le lieu, sous peine d'un nouvel afflux de migrants. Ceux-ci y seront conduits quatre par quatre, en fourgonnette. Le gouvernement mise sur le pourrissement de la situation. Et sa stratégie est en passe de triompher. Les «humanitaires» sont à bout de souffle; les migrants perdent espoir. Chaque nuit, la police procède à une dizaine d'interpellations, prélude à l'expulsion. Une minorité finit par demander l'asile - sans garantie. D'autres croient encore au miracle. Mais le port ressemble de plus en plus à une forteresse infranchissable, avec sa centaine de vigiles et ses barbelés. Le budget consacré à la sécurité atteint... 6,5 millions d'euros. L'impasse, en somme.

samedi 14 mars 2009

Seule Venise




"Seule Venise" est un roman de Claudie Gallay, l'auteure des "Déferlantes" qui connait un grand succès. Il m' a été offert par quelqu'un qui m'est très chère, qui connait ma très grande attirance pour Venise, et qui aime beaucoup Claudie Gallay. J'ai retenu un passage en particulier.L'héroïne est en tête à tête avec Vladimir Pofkovitchine, Prince de Russie, un vieil homme, pensionnaire avec elle du palais des Bragadin. Elle lui demande : "Prince, pourquoi avoir choisi Venise ?" Et le texte est celui-ci : "Un instant, son visage, fatigué. Ses doigts ne bougent plus. Les papiers retombent. Il ferme les yeux. Et ces mots, arrachés.
- Parce que seule Venise me console de ce que je suis vraiment.
- Qui êtes-vous vraiment ?
Il sourit.
- Un homme en exil."
Ne sommes-nous pas, parfois, dans certaines circonstances, dans certains lieux, comme cet homme, en exil ? C'est à dire loin d'une "terre" qui est la nôtre, et obligé, dans une autre qui nous est forcément étrangère. "Seule Venise me console de ce que je suis vraiment..."
Autre chose qui m'a particulièrement ému dans ce livre : l'héroïne est hébergée au palais Bragadin ; sa chambre est "la chambre aux anges" dont le plafond bleu est décoré de peintures représentant des anges ; il s'agit de la même chambre du même palais dans laquelle nous avons passé plusieurs jours, la première fois que je suis venu à Venise !...
Bragadin était un Prince vénitien qui fut capturé par les turcs (sans doute au 16ème siècle), écorché vif entièrement et promené ainsi sur un âne ; je crois même qu'il fut en final empalé ! Sa peau a été soigneusment recueillie et repose dans une urne imposante située sur le mur à droite de l'entrée dans l'église San Giovanni et Paolo, là où sont enterrés tous les doges de Venise.

vendredi 13 mars 2009

Vidéo de M. Roland Castro

Un extrait de la vidéo de l'oral de M. Roland Castro devant le jury dans le cadre des projets du "Grand Paris" est visible sur le net. Vous en pensez quoi ? Comme moi ?

Le temps des cerises

Le dernier ouvrage de M. Juppé a un titre étonnant : "Je ne mangerai plus de cerises en hiver". Pourquoi : il en mangeait avant ? Quelle idée ?

dimanche 8 mars 2009

Le colvert mâle ou le miracle de la nature



Voilà un beau sujet ! Il a fallu encore une fois que j'attende plus d'un demi siècle pour m'apercevoir de la beauté stupéfiante (les jeunes diraient "allucinante")d'un canard Colvert mâle. Des grincheuses vont m'en vouloir de ne considérer que la parure du sexe dominant surtout aux lendemains de célébration de la Femme. Il n'est pas impossible que je reconcilie prochainement tout le monde en écrivant également sur le Colvert femelle ; pas d'impatience, Mesdames, je vous en supplie !

En attendant, avez-vous jamais observé avec attention un colvert mâle, vivant, au coucher du soleil, alors qu'il s'apprête à prendre un peu de repos en équilibre sur un bloc de pierre qui affleure la surface de l'eau juste au bord d'une berge de la Seine ? Son bec est enfoui sous la partie supérieure de son aile gauche ; sa tête, équipée d'un oeil droit aux aguets, émerge du manteau plumeux. L'ensemble de son corps est immobile ; parfois une vaguelette un peu plus forte que les autres l'oblige à légèrement osciller, imperceptiblement, sur ses deux pattes colorées d'un orange vif de clémentine. Le canard dégage assez naturellement une posture aristocratique avec sa tête encapuchonnée d'un vert profond irrisé de bleu-lilas qui cède à la tentation, par instant, du bleu métallique fulgurant ; son collier blanc, comme un col de vicaire, qui délimite radicalement la base du cou de son jabot rond et soyeux semblable à une fourrure de vison, et la palette délicate des gris perles du reste de son plumage qui laisse échapper des nuances de bruns fumés. Pour parachever la description de l'analidé, il faut souligner les détails miraculeux du rectangle violet pointant sous les sous-caudales noires, et des deux houpettes - noires également - qui, telles des virgules précises perchées sur le bas des reins, procèdent à l'évidence de la haute couture.

samedi 7 mars 2009

Pastéis de Nata


Le boulanger près de chez moi fait un Pastéis de Nata délicieux. Ce petit flanc que l'on déguste au Portugal et qui a fait, avec sa très belle tour au bord du Tage, la réputation de Belem près de Lisbonne où il est servi chaud et saupoudré de cannelle, est l'un de mes plaisirs du week-end.
Il faut que sa pâte soit croustillante, sa crême pas trop vanillée - mais suffisamment - et son "dessus" parfaitement marbré de tâches de "cramé" d'une cuisson très probablement parachevée sous la salamandre (à préciser).

Mardi 20 septembre 2005

Retrouvé dans mes carnets.
Mardi 20 septembre 2005, jour de la mort de Simon Wiesenthal, architecte autrichien qui perdit un très grand nombre de membres de sa famille dans la Shoah (89) et passa le reste de sa vie, après la fin de la guerre, à pourchasser les anciens nazis pour les faire juger (Eichmann et + de 1000 autres).
Extrait du Monde daté du 21 : "La petite troupe part vers l'Ouest. Quelques déportés sont tués en cours de route. Un sous-officier lui demande un jour ce qu'il dirait des camps de concentration s'il arrivait jamais jusqu'à New-York. Il répond qu'il raconterait sûrement la vérité. "On ne te croira pas", a rigolé l'allemand. "On dira que tu es fou."

vendredi 6 mars 2009

jeudi 5 mars 2009

L'architecture : ça sert à quoi ?

Petit exercice d'interrogation personnelle à la manière d'un cadavre exquis sur cette question que ne manque pas de se poser la plupart des gens qui ne fréquentent ni le Pavillon de l'Arsenal ni les autres cercles réservés aux initiés.
Concernant les autres formes d'art (mais l'architecture est-elle un art ?), il me semble qu'il n'y a aucun doute pour le cinéma (les stars, le rêve, le frisson, ...), pour la peinture et la sculpture(classique) pas trop (où elle est la Joconde ?), la musique c'est OK (elle adoucit forcément les moeurs), la littérature moyen déjà (ça fait passer le temps, parfois : où il est le dernier Marc Lévy ?), la poésie encore plus moyen (où il est La Fontaine ?), le théâtre très, très moyen mais on y est bien allé au moins une fois en CM2 (où il est Molière ?)...mais l'architecture ? Ca sert à quoi ? En vrac :
- à faire travailler des architectes
- à faire des monuments extraordinaires
- à concevoir des espaces
- à faire des plans de maisons
- à participer à la représentation d'une civilisation à un instant donné
- à donner du sens à l'espace qui abrite les activités des hommes
- à embellir les villes, mais aussi parfois à les enlaidir
- à se faire plaisir
- à donner une échelle à la cité
- à ajouter une prétention d'art à la matière construite
- à laisser une trace pour les civilisations futures
- à créer une émotion
- à permettre à des espaces d'être plus fonctionnels
- à véhiculer une image
- à impressionner les foules
- à (se) raconter une histoire
- à élever l'Homme (comme toute forme d'art)
- à modifier la nature, le paysage naturel
- à servir l'Homme
- à se repérer
- à occuper les personnes très excentriques (de MI)
- à continuer l'histoire (JM Duthilleul)
- à nous préserver de la barbarie
- à écrire, avec des espaces, des morceaux de poésie
- à rien, comme la poésie
- à communiquer
- à s'opposer à l'évidence des choses
- à apprendre à regarder
- à rien "quand on se préocupe essentiellement de rentabilité commerciale, (et à tout) pour introduire le contreproids indispensable à la pression puissante des contraintes techniques et économiques" (Françoise Giroud)
- à "être tout à fait inutile, sa seul utilité est qu'elle aide à vivre" (Claude Roy parlant de la littérature)
- à édifier des limites à l'espace puis, à l'intérieur de ces limites, créér des sous-espaces - autant dire des vides - pour y tenter d'apprivoiser la vie
- à répondre hiérarchiquement à un ensemble de besoins humains à l'image de la pyramide de Maslow 1) physiologiques 2) sécurité 3) reconnaissance et appartenance 4) estime et considération 5) accomplissement et besoin de réalisation (Gérard Morin)
- .........................
(à suivre ; ne pas hésiter à proposer des idées, je les intègrerai)

mercredi 4 mars 2009

La simultanéité de tout et de son contraire ou le bonheur de douter

"Pourquoi faut-il toujours penser une chose et non son contraire en même temps sous peine d'être pris pour un fou ?
Parce que l'expression de la pensée s'inscrit dans un temps linéaire et que l'on ne peut pas dire au même instant une chose et son contraire. Le peintre peut en revanche exprimer deux visions, ou plus encore, qui se superposent et qui rendent compte d'une réalité multiple. Mais ce qui est possible avec l'image ne l'est pas avec les mots : la parole, l'écriture s'inscrivent inexorablement dans le temps. C'est le temps linéaire qui génére la contradiction rationnellement interdite. Si l'expression des contraires étaient simultanée, il n'y aurait pas de problème.
Finalement, De Chirico n'est-il pas en permanente rupture avec lui-même ? N'est-ce pas là que réside l'originalité profonde du visionnaire ?"
Ces interrogations émanant de mon ami Gérard m'interrogent ...
J'aime bien cette idée de la simultanéité de la chose et de son contraire. J'appelle cela tout simplement le "doute" ; attitude que je considère comme nécessaire sinon obligatoire dans le développement d'une idée ou d'une analyse. Et pourtant, comme disait Wolinsky : "Ceux doutent de tout se feront toujours opprimés par ceux qui ne doutent de rien." Jean-Marie Duthilleul, polytechnicien et architecte, disait dans une réçente conférence qu'il espérait que les ingénieurs puissent douter car, ainsi, le dialogue entre architecte et ingénieur pourrait enfin être fructueux. Car le doute (celui qu'on s'impose à soi-même et pas le doute systématique de la pensée d'autrui)ne correspond-il pas à une certaine attitude d'écoute critique qui peut nous empêcher l'autisme d'une analyse unidirectionnelle ?
L'analyse transactionnelle, dans l'exercice qui consiste à s'extraire de son propre personnage pour créer virtuellement un second moi qui observe le premier, cultive positivement le doute. Sauf à être un indécrottable prétentieux, comment peut-on ne pas émettre quelques doutes quand on peut se regarder soi-même ? Je crois que le doute devrait être (plus ?) enseigné dans les écoles, notamment auprès des futurs "managers" qui auront à traiter un jour plus souvent de la "matière humaine" que des intégrales triples. Le contraire du doute, c'est la certitude. Il est très probable qu'il y a vraisemblablement plus d'échecs à mettre au compte des certitudes qu'à celui des doutes. Comme toujours, on a vraisemblablement tort de dresser le doute contre la certitude. Il y a je pense un mouvement alternatif à entretenir entre ces notions, dans le cadre d'une analyse ; il me parait déterminant pour avancer d'une manière clairvoyante.

"Qu'en est-il des architectes ?" demande Gérard. Et bien je pense qu'ils sont comme les autres. De mon point de vue le doute devrait être une de leur vertu cardinale. Mais ils ont également besoin de certitudes afin de porter leur projet. Je me méfie toujours d'un architecte qui a trouvé trop vite son parti : sa réflexion va manquer d'oxygène ; celle du débat qu'il n'aura pas eu sur la pertinence de son parti et les alternatives possibles. Et pourtant, ce serait une erreur de penser que l'idée consisterait à se contenter de "propositions" portées par quelques principes structurants, mais organisées afin d'accepter d'évoluer en fonction des "doutes" issues de la confrontation avec les autres intervenants à l'acte de construire. Il faut, en architecture, avoir à un certain moment une attitude "radicale". Et puis tenir, tenir, tenir parce que l'on sait qu'on a épuisé le doute. Le doute ne doit pas être une fin en soi (surtout pas). C'est un outil de travail ; il ne se confond pas avec l'oeuvre finale.
On n'ira sans doute pas jusqu'au paroxysme poétique de Philippe ROTH, dans "La pastorale américaine" qui érige le doute en condition de vie : "Le fait est que comprendre les autres n'est pas la règle, dans la vie. L'histoire de la vie, c'est se tromper sur leur compte, encore et encore. Encore et toujours, avec acharnement et, après y avoir bien réfléchi, se tromper encore. C'est même comme ça que l'on sait qu'on est bien vivant : on se trompe."
Mais quand même : je doute, donc je suis.

mardi 3 mars 2009

Cria cuervos



C'est invraisemblable mais je découvre, 32 ans plus tard, le vrai visage de "Jeannette" ; j'étais certain qu'elle était belle, mais je hais son manager qui lui imposat de se produire affublée d'une paire de bottines blanches...à moins que ce ne fut des soquettes un peu hautes (il est vrai que la qualité de l'enregistrement laisse à désirer !...).
Conseil : Il existe une reprise croquignolesque et exotique de cette chanson que l'on peut découvrir sur YouTube avec une interprète asiatique, un bellâtre probablement indonésien qui ondule langoureusement du bassin autour de la chanteuse imperturbable, des danseurs noirs torses nus pratiquant au second plan des katas pittoyables, et des "claudettes" en pagnes négociés chez Emmaus, le tout gesticulant dans une chorégraphie de fête patronnale !...
Allez, les paroles (que je découvre également 33 ans + tard !) :

Aujourd'hui par ma fenêtre le soleil brille
Et le cœur
Est triste en contemplant la ville
Pourquoi tu t'en vas ?

Comme chaque nuit je me suis réveillée
En pensant à toi
Et sur ma montre j'ai vu passer toutes les heures
Pourquoi tu t'en vas ? [parce que tu t'en vas plutôt, non?]

Toutes les promesses de mon amour partiront avec toi
Tu m'oublieras
Tu m'oublieras

Près de la gare je pleurerai comme une gamine
Pourquoi tu t'en vas ?
Pourquoi tu t'en vas ?

Dans la pénombre d'un lampion
S'endormiront
Toutes les choses qui restaient à dire
Elles s'endormiront

Près des aiguilles d'une montre
Attendront
Toutes les heures qui restaient à vivre
Elles attendront

Toutes les promesses de mon amour partiront avec toi
Tu m'oublieras
Tu m'oublieras

Près de la gare je pleurerai comme un gamin
Pourquoi tu t'en vas ?
Pourquoi tu t'en vas ?
Pourquoi tu t'en vas ?

Toutes les promesses…

Bar Bozo, les Deux Magots des rives du Niger



Le "Bar Bozo" est à Mopti ce que "Les Deux Magots" sont à Saint-Germain des Prés. Avec, en bonus, une vue imprenable sur l'entrée du port et le fleuve Niger, le ballet fabuleux des longues pinasses bariolées, chargées de fagots de bois émaciés, de ballots de poissons desséchés par la poussière cruelle du désert. 
Toute une population de jeunes hommes et de jeunes femmes font d'insouciantes ablutions à quelques dizaines de mètres dans l'eau sauvage du fleuve.
La terrasse semble faite pour accueillir les fantômes de Loti ou de Rimbaud ; celui de Baudelaire peut-être, relisant ces quelques mots : "il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché sur le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir."
Etre au Bar Bozo c'est un peu figurer dans un péplum ; il n'est pas improbable que Charlton Heston surgisse d'un instant à l'autre ...
On s'y régale, à l'ombre précieuse des canisses, d'une carpe frite dans une huile exotique accompagnée d'une bière locale dont la fraîcheur parachève la félicité de l'instant.
Note du 25/03/17 : tout ce texte dont une première version date de mars 2009, devrait être probablement conjugué à présent ... au passé...

lundi 2 mars 2009

La Princesse de Clèves


"L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur la Princesse de Clèves. je ne sais pas si celà vous est arrivé souvent de demnader à la guichetière ce qu'elle pensait de la Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle."
M. Nicolas SARKOZY, Président de la République.
Vexé de n'être pas même au niveau du sadique ou de l'imbécile fustigé par la raillerie présidentielle (ils se marrent bien à l'Elysée !), et bénéficiant d'un fils qui a du subir au lycée la perversité d'un professeur sans doute aussi minable que l'anonyme examinateur, je me décidais à relever le défi et à partager le triste sort d'une guichetière (qu'est ce qu'on se marre !).
170 pages plus loin, et alors que s'achève le roman le plus célèbre de Madame de La Fayette (née Marie-Madeleine Pioche de la Vergne) par cette phrase :"et sa vie, qui fut assez courte, laissa des exemples de vertus inimitables", je n'ai pas honte d'avouer que j'ai trouvé beaucoup de plaisir à lire cette inutile ouvrage qui traite de l'amour, de la fidèlité et de la vertu, mais aussi de l'hypocrisie, de la jalousie et de la fatuité.
Ce roman a acquis une nouvelle célébrité grace à la délicate intervention de Monsieur S. J'ai même appris qu'une parodie avait circulé qui commençait ainsi : "La magnificence et l’économie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Nicolas premier. Ce prince était galant, mobile et amoureux ; quoique sa passion pour la vitesse eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n'en était pas moins violente, et il n'en donnait pas des témoignages moins éclatants. […]"

Péniche. La Seine

Soudain une péniche immense trahit le silence du soir, le ventre noir et paresseux appuyé lourdement sur une eau grise comme une ombre d'hiver, creuse un sillon épais dans la surface molle du fleuve, s'enfuyant dans une déroute mécanique, aveugle, vers l'espoir d'une mer promise, tirant à la peine derrière elle les frissons bavards d'une confusion aquatique qui vient expirer en clapotis improvisés sur les berges anguleuses de milliers de pierres moussues, coiffées de pousses hirsutes qui s'impatientent du Printemps.
Cadel Ubbale

samedi 28 février 2009

Liberté grande

"Par les jours de soleil trop cru, on étalait sur des espars une tapisserie de brumes, à l'aplomb architectural des moulures pendait à sécher la belle lessive des trois-mâts longs courriers, un luxe de batistes lourdes comme des brocarts, de velums fantomatiques et, gonflé, pansu, énorme comme l'armoire vernie de la coque d'où jaillisent les suaires géants du beau temps, le palais voguait sur un entre-deux de planètes, un éther fécondé de béantes mamelles blanches, de cumulus de toiles, d'un maëlstrom claquant de blancheurs, l'impudeur géante d'un lacher de voiles de mariée."
Extraits d'"Affinités éléctives" du recueil de petits textes "Liberté grande" de Julien Gracq. Un régal.

jeudi 26 février 2009

Jaîskibel vs la Rhune

Toujours livré à vos orbites cruelles !

Par delà l'orangé brûlant des tuiles mécaniques
A l’horizon du golfe d’encre violette
L’Espagne parade comme une Amérique
Livrant les bourrelets fatigués de ses montagnes vertes
Aux délices des marines fantasques.
Le Jaïzkibel, lourd de sa carapace couronnée,
Tel un guerrier s’arrachant au ciel des basques,
Ivre d'impatiences sur sa terre contaminée,
Défie la Rhune, indolent balcon de pierre,
Trop tendre mais de son charme certaine,
Montagne civilisée, rivale séculaire.
La mer en une imaginaire arène
A convié ces deux géants à se repaître
De leurs envies froissées
Sous le regard un peu traitre
D'une Bidassoa de noyés.

Caddel Ubbale

mardi 24 février 2009

Rolex

Je n'ai pas de Rolex. J'ai plus de 50 ans. J'ai donc du rater ma vie. Une chose me console : vraisemblablement pas autant que vous, M. Séguéla !

Quoi de neuf ? Barcelone



Il y a des villes pour lesquelles il me paraitrait légitime d'obliger tout un chacun à s'y rendre au moins une fois dans sa vie, et pas choquant que le déplacement fut remboursé par la Sécurité Sociale ! Venise figurerait au 1er rang de ces villes. Mais Barcelone serait aussi dans mes favorites. Bien sûr, le Barrio Gotico et la Ribeira ont perdu un peu de leurs canailles en faveur des rénovations obligées ; bien sûr il est fait offense au pavillon de Mies van der Rohe, relégué en marge d'un parking de foire d'expositions au pied de Monjuic ; bien sûr encore, les Ramblas grouillent de mimiles hilares se faisant phtographier entre les ailes d'un démon grottesque ou au bras faussement velu de l'homme des cavernes ; la marina est une marina, banale par défaut, mais ... mais, mais, il y a dans cette ville des beautés à tous les coins de rue, un cocktail architectural extraordinaire où les volutes gaudiennes composent avec le quadrillage mathématique de l'Eixample, des marchés à se damner et à se ruiner le porte-monnaie avec une insouciance coupable vis-à-vis des dérives financières qui agitent la planète (loin ?),


un musée Picasso qui vous révèle instantanément le génie de l'ogre de la peinture ;



une tour phallocratique qui s'exhibe sans pudeur, la nuit tombée, dans des fards de drag-queens et qui fait le trottoir au rond-point des Gloriès ; un centre de congrès échappé de la planète bleue, griffé sur tranche et aux entournures, en lévitation mystique au-dessus d'un macadam narcissique qui ne cesse de se mirer dans l'acier grêlé de la sous-face de l'OSNI (Objet Statique Non Identifié).

mardi 17 février 2009

Le procès verbal


1er roman de JMG Le Clézio, alors agé de 28 ans, couronné par le Prix Renaudot, Le Procès verbal raconte l'errance folle, inutile et chaotique d'un jeune homme, Adam Pollo, (le double de Le Clézio ?) dans une cité balnéaire. Le style, le texte font continuellement écho à cette folie ; je veux dire par là, qu'il ne s'agit pas d'une histoire simplement racontée à laquelle le lecteur assiste en spectateur ; l'écriture est souvent incohérente, la mise en page perturbée, certaines descriptions paraissent dérisoires, attachées à un détail qui semble sans aucune signification et sur lequel le texte s'attarde comme une torture. Il y a une résonnance absolue entre le contenu du texte et le chaos mental d'Adam. Il y a des violences (la scène avec le rat) et des états de décadence qui surprennent de la part d'un auteur plus connu pour sa très grande retenue et son calme. Les personnages anonymes qui errent dans les pages sont également vus au travers du regard d'un fou. C'est un livre troublant, parfois menaçant dans le sens où il est déséquilibré (comme le héros). Et puis, il y a cette femme, Michelle, qu'il a aimé violemment (au sens propre) et qui représente son seul lien avec une forme de raison, mais qui finit lamentablement dans les bras d'un américain vulgaire aux cuisses potelées et graisseuses.
J'ai voulu faire l'exercice de lire un livre écrit il y a plus de 35 ans par un auteur "institutionnalisé" aujourd'hui afin de savoir s'il y avait déjà les éléments du talent littéraire. Curieusement, j'ai trouvé dans les 1ères pages quelques effets un peu trop visibles, aux accents gracquiens. Et puis, au fil des pages, tout ceci s'est estompé et j'ai plutôt été subjugué par l'originalité et la profondeur du texte.
La nef des fous de Brueghel

C'est intéressant de relire l'interview de Le Clézio au sujet de son livre (paru dans Le Point) : "C'était une drôle d'époque. J'ai commencé à écrire ce livre alors que la guerre d'Algérie n'était pas finie, et que planait sur les garçons la menace d'être envoyés dans le contingent. Un de mes camarades, un garçon très artiste, très rebelle, nommé Vincent, du fait de ses mauvaises notes est parti à la fin de l'année 1960, et il a été aussitôt tué dans une embuscade. Un autre convoyait des fonds pour le FLN. Un autre était revenu en permission, le cerveau lessivé, ne parlant que de bazookas et de « bidons spéciaux » (comme on nommait pudiquement le napalm). Certains de mes camarades pour échapper au Moloch se tiraient une balle dans le pied, ou s'injectaient de la caféine pour feindre une tachycardie, ou construisaient une folie qui au cours des semaines de traitement à l'hôpital militaire devenait réelle. L'état d'esprit, c'était un mélange d'agressivité et de dérision, duquel le mot « absurde » ne rendait qu'un faible écho. En même temps régnait en France un racisme anti-arabe des plus répugnants, dont je ne peux m'empêcher de ressentir la résurgence aujourd'hui.

Alors j'écrivais « Le procès-verbal » par bribes, dans le fond d'un café, en y mêlant des morceaux de conversation entendus, des images, des découpes de journal. Au jour le jour. Le roman a été fini après les accords d'Evian, quand j'ai compris que la menace s'arrêtait, que nous allions vivre. Il est resté un peu plus d'un an à l'état de manuscrit, puis a été présenté au prix international européen Formentor (la récompense était un séjour tous frais payés dans l'île de Formentera), mais c'est Uwe Johnson qui l'a eu ! L'automne suivant, j'ai été consolé par le prix Renaudot !"

jeudi 12 février 2009

Prix Mies van der Rohe



Plateau bien relevé pour le Prix Mies Van der Rohe cette année ! L'architecture française a déjà gagné puisque "nous" plaçons 2 projets parmi les 5 finalistes !

Le Zénith de Strasbourg de Massimiliano Fuksas


et le Centre Multimodal du Tramway de Nice de mon ami Marc Barani (équerre d'argent 2008). Evidemment mon favori (il paie le champagne à chque fois qu'il gagne !).


Bon, maintenant Marc, il va falloir battre les norvégiens avec leur iceberg échoué sur les berges d'Oslo,




les irlandaises avec leur colossale université Bocconi de Milan


et les espagnols avec leur Bibliothèque à Barcelone (que je verrai fin février) !




Donc sur les 5 projets, j'en aurai vu 3. Je regrette de ne pas avoir programmé un séjour à Oslo. (Si quelqu'un me lit et souhaite me sponsoriser...)

Evidemment, fin février, je proposerai mon palmarès ; subjectif bien entendu puisque je ne pourrai voir ni Milan ni Oslo.

mercredi 11 février 2009

L'acte fondamental d'interrogation


Retrouvé dans mes carnets, cet extrait d'un article de Julia Kristeva dans "Le Monde" d'il y a 2 ans. Parlant des filières d'enseignement en lettres et sciences humaines, l'auteur écrivait :
"Au-delà des quelques "postes dans l'enseignement", les métiers de la communication, de l'édition, des médias, de l'image, des ressources humaines, de la culture, de la solidarité, etc., requièrent l'apprentissage des modalités de pensée qui diffèrent de la pensée-calcul. Notre vocation, indispensable à la vie de la civilisation, est d'ouvrir les portes à ce que l'esprit humain a de plus précieux, énigmatique et fragile : la pensée innovante, qui trouve sa source dans l'acte de pensée lui-même - acte préproductif, hasardeux, voire improductif par définition, acte fondamental d'interrogation."

Exercice absurde

Si je tente de faire la liste des 10 oeuvres architecturales que j'ai vues (de mes yeux vu) et qui m'ont le plus impressionné (au sens "émotion"), je me dis à ce stade de la phrase : à quoi ça sert, je vais forcément avoir des regrets, commettre au nom de ma mémoire (faillible) des "injustices" ... que diable, un peu d'audace !

Je mets en 1 la Villa Cavroy à Croix de Mallet Stevens que j'ai découvert un matin ensoleillé d'hiver, belle aristocrate éviscérée par la barbarie de l'homme et la négligence du temps.

En 2, le Pavillon de l'Allemagne de Mies Van der Rohe à Barcelone ; la déclinaison parfaite des mots "équilibre" et "juste" dans la grammaire de l'architecture moderne

En 3, le temple d'Angkor Vat à Siem Réap (au Cambodge bien sûr), une fin de journée de juillet 1994; tout en haut de la plus haute tour, au centre de cette merveille de pierre ; nous n'étions que 3 avec quelques apparitions furtives et silencieuses de voiles couleur safran dans le dédale des scupltures.

En 4, la Fondation Querini Stampalia de Venise, une oasis ciselée par Carlo Scarpa.

En 5, la Mosquée de Djenné au Mali, sur une boucle du delta intérieur du Niger ; le plus grand édifice en terre du monde ; l'élégance intuitive ; une preuve du génie de l'homme et (pour taquiner mes amis architectes) conçue sans architecte DPLG !
En 6, le Pavillon MacCormick de Rem Koolhaas sur le campus universitaire de Chicago ; violent et fascinant comme un film de David Lynch ; on s'attend à y croiser le fantôme de Mies.


En 7, l'Alhambra de Grenade en tant qu'exemple merveilleux de correspondance entre architecture et tolérance.

En 8, l'Eglise St François d'Assise d'Oscar Niemeyer dans la banlieue de Belo- Horizonte au Brésil

En 9, le Pavillon Noir de Rudy Ricciotti à Aix en Provence comme un acte de piraterie salvateur.

En 10 (m..., c'est la fin !) les Thermes de Caracalla à Rome comme une réflexion sur la grandeur, la chute et la mémoire.
Bon, je regrette déjà de ne pas avoir mis dans cette liste ..., et ..., et ... encore, etc. Mais ce sera pour une autre liste sans doute !