L'un des derniers petits textes de mon ami Gérard sur son blog, traite avec beaucoup de talents des émotions qu'il a vécu à la réception par la Poste d'un exemplaire du "Rivage des Syrtes". Je lui ai fait cette réponse.
"J'ai lu avec un intérêt gourmand et un sourire évident le réçit de ton odyssée préliminaire vers le Rivage des Syrtes. Le rite consistant à devoir découper avec précaution le tranchant des pages des livres des Editions Costi (ou est-ce uniquement ceux de Julien Gracq ?)offre des parfums de nostalgie bien agréables, mais également de préliminaires indéniablement sensuels. Tu as ainsi perçu l'incomparable odeur mêlée du papier et de l'encre, le toucher particulier des feuilles, l'infîme débordement de la couverture sur la feuille ; autant de détails qui résonnent en défintive comme un espace essentiel. On se plait alors à penser que tous les livres devraient nécessiter cette complicité préalable de l'invité que nous sommes, nous-autres lecteurs, au seuil d'une des maisons de l'écrivain : se saisir d'un coupe-papier et avec patience et précaution (respect serait peut-être mieux encore ?) engager la conquête pacifique de l'objet vivant, ouvrir avec la lame la boîte de Pandore, laisser échapper un premier parfum comme on le fait d'un grand cru, avec lenteur, le corps déjà absent du monde concret, l'esprit déjà présent dans le monde réel du roman."
Je poursuis avec deux choses que j'ai relevé ce matin dans ma lecture du "Monde". En 1er lieu, un article de la romancière Danièle Sallenave (dont j'avoue ignorer la production) traitant de son expérience durant une année scolaire dans un collège de Toulon, sur la question du rapport des élèves à la lecture. Je cite quelques unes de ses réflexions : (parlant du travail des professeurs) "Leur métier est aujourd'hui le dernier des métiers parce que les enseignants ne sont pas soutenus. On leur en veut d'être porteur d'une idée qui dérange : que gagner beaucoup d'argent, dominer l'autre, lui marcher sur le ventre pour "arriver", s'abrutir de foot-ball et de jeux télévisés, cela ne peut pas être un but dans la vie, et lui donner un sens." Evoquant les écoles privées, dans lesquelles vont les enfants des "villas", et les écoles publiques réservées aux enfants des "barres", elle dit : "Dans le collège privé, il y a une apparence d'ordre, d'autorité, de travail. Mais c'est une apparence. car les deux écoles vivent au sein d'une société qui ne croient plus à la force de l'art." Elle ajoute : "Ce qu'on appelle "culture" aujourd'hui ? Le patrimoine, son exploitation commerciale et touristique. Ce n'est pas de cela que chacun a besoin. Mais d'une rencontre singulière et profonde avec des oeuvres qui vont changer sa vie... Chacun, quel qu'il soit, quelle que soit sa place dans la société."
Et puis dans "Le Monde 2", je découvre que Paul Andreu, le "grand" architecte des aéroports (en particulier Roissy), de l'Opéra de Pékin, Polytechnicien et Ingénieur des Ponts, est en fait un enfant de Tsiganes, échangé accidentellement à la maternité ! Et qu'il vient de le révéler dans un livre "La Maison", qui vient de paraître. Magnifique ! Deux anecdotes au sujet de Paul Andreu : à l'occasion d'une rencontre organisée en marge de la biennale d'architecture de Venise sur le thème "Littérature et architecture", où étaient invités à dialoguer des couples d'architectes et d'écrivains, Paul Andreu était associé à Erick Orsenna ; parlant de ce que représentait pour lui l'architecture, il eut cette phrase que je trouve très belle et que j'avais notée : "Ce qui m'intéresse le plus dans l'architecture, c'est la poésie ; la prétention incroyable que nous avons à ajouter au monde". La 2nde anecdote, toujour à la même occasion, alors qu'on lui avait demandé de sélectionner des photos qui seraient projetées et qu'il commenterait, la 1ère photo projetée est un plat de spaguettis ! "Et oui", dit-il, "pourquoi pas un plat de spaguettis, ça vous étonne ?" Et de parler sur "la vie, la réflexion sur les flux, toutes ces choses qui nous passionnent, ne sont-elles pas à l'image de ces spaguettis, dont on ne saisit pas bien la forme, qui se mélangent entre eux, dont les extrémités se perdent, etc..." et d'ajouter enfin : "Ces spaguettis me sont sympathiques car, alors qu'aujourd'hui tout le monde s'évertue à rendre ferme des choses molles, les spaguettis eux, vivent l'inverse !"
Ici on tente de s'exercer à écrire sur l'architecture et les livres (pour l'essentiel). Ça nous arrive aussi de parler d'art et on a quelques humeurs. On poste quelques photos ; celles qu'on aime et des paréidolies. Et c'est évidemment un blog qui rend hommage à l'immense poète et chanteur Léonard Cohen.
samedi 31 janvier 2009
dimanche 25 janvier 2009
Holocaust-Mahnmal de l'architecte Peter Eisenman
Berlin. Oct 2008. 2711 stèles se dressent, ombres et matières, sur ce champ de la mort, chacune à des hauteurs différentes (car les hommes n'ont pas la même taille), toutes identiques en apparence (car il ne s'agissait plus d'hommes), et toutes différentes quand on cherche bien (car il n'est pas facile de faire disparaître un homme) ; elles sont muettes bien sûr mais on peut leur parler, en silence, juste avec notre Mémoire. Est-ce de l'architecture ou bien est-ce (seulement ?) une expression artistique ? Non, c'est sans ambigüité une oeuvre architecturale car elle abrite un peuple.
Hello Papa Tango Charlie
Après réflexion, je préfère mettre ce "PS" avant le texte, car ce serait dommage que les lecteurs vélléitaires (il en existe !), frileux à l'idée de se lancer dans la lecture du texte qui suit la vidéo, ne profite pas de ce petit commentaire préalable à ce régal de clip.
PS donc : les hommes de goût reconnaîtront dans les danseuses toute la sensualité de Jane Birkin, de Dany, et de Nathalie Delon, dont j'étais éperdument amoureux bien entendu. Sensualité qui comble les quelques approximations (euphémisme) de leur synchronisation rythmique ! J'envie le déhanchement du regretté Mort Schuman, son basculement anthologique de buste vers l'arrière et ses petits sautillements qui font oublier le léger excès pondéral du chanteur anglo-saxon et néanmoins moustachu ! A admirer sans modération !
Je profite (encore !) de Contrastes et Lumière pour aligner quelques phrases et par là, quelques souvenirs. Ce fameux (mythique) café de la Place Saint-Augustin, plaque tournante des fantasmes du jeune héros du court métrage de Rohmer dont Gérard nous gratifie, est comme glissé au forceps sous la masse solennelle du bâtiment un peu pompier qui abrite le Cercle national des armées. La relation que j'ai avec ce lieu - je laisse le bar à Gérard et à Rohmer, et je m'empare de l'immeuble - date de plus de 30 ans ; ça devait être en 1973, sans doute en décembre. Comme chaque année, le 2ème ou 3ème samedi de décembre, la grande salle d'apparat du 1er étage est réservée pour le bal du Prytanée Militaire de La Flèche. Je suis en 1ère (classe dénommée "Rhéto", de "rhéorique" bien entendu, et bien qu'il n'y ait plus, à cette époque déjà, de filière littéraire au Prytanée, les classes de 1ère continuent à être appelées "Rhéto"), j'appartiens à la musique (la "Wouah" - chaque chose au Prytanée avait en quelque sorte un double, un avatar de schizophrénie qui permettait proablement à l'institution et ses institués de survivre malgré l'incongruité du système), j'y sévi en qualité de tambour, c'est à dire que lors des défilés, je marche au 1er rang à quelques mètres derrière le chef de clique - un adjudant bouffi dans son uniforme raccourci - qui bat la mesure, fait virevolter son bâton (il doit bien y avoir un nom pour cet instrument, je vais chercher) et le lance épisodiquement en l'air pour faire l'intéressant ; pour être précis, je suis positionné au 1er rang le plus à droite (c'est la seule fois de mon existence, je le jure !); le tambour major étant positionné le plus à gauche (l'armée m'étonnera toujours !). Le tambour major est aujourd'hui médecin psychiâtre à Paris : il ne s'en est toujours pas remis ! Ma digression musicale vous semble légèrement digressive ? Vous avez tort. En fait, avant de briller sous les ors de la salle d'apparat du 1er étage de l'institution augustine, nous devions réanimer la flamme du soldat inconnu sous l'arc de triomphe. Et oui, cher(e)s ami(e)s lecteur(e)s, songez, quand vous tournerez dans le flot des voitures autour de l'Etoile comme des balles dans un barillet de revolver (merci Julien Gracq), que j'eus mon heure de gloire et que je tentas, sans succès, de faire frissonner la dépouille du sacrifié inconnu aux accents lugubres de la sonnerie aux morts. Il parait que les associations de tout poil se pressent pour figurer sur la liste des élus qui paradent chaque jour sur le nombril de Paris, et qu'il n'existe pas une seule soirée de repos dans l'année pour ce pauvre soldat ! Donc, en récompense à notre exhibition élyséenne, nous avions le droit de participer au bal du Prytanée, et ce en toute dérogation puisque ce bal était théoriquement réservé aux seuls élèves des classes préparatoires aux grandes écoles de l'armée (St Cyr, Navale, l'Air et bien sûr l'X), et bien entendu aux anciens, les moins glorieux, puisque toujours en vie. Ce bal, les plus vieux de "la Wouah" nous y préparaient mentalement des mois à l'avance, nous faisant rêver à cette terre promise parisenne où la "chasse" était (officiellement) ouverte aux jeunes demoiselles de la Légion d'Honneur de classe terminale, triées sur le volet de leur bulletin de notes (plutôt que sur leur plastique), invitées par l'institution de La Flèche (72), à cette époque exclusivement masculine. Il s'agissait probablement d'une ultime tentative pour unir des jeunes filles de bonne famille à de futurs officiers propres sur eux et dans leur tête, avant que la vie civile ne prenne les jouvencelles dans les filets d'une perversion inéluctable. Donc nos ainés musiciens nous chauffaient, nous pressant de recommandations destinées à anihiler en nous toute forme de timidité, surenchérissant dans l'anecdote croustillante, nous menaçant des pires mesures de rétorsion si, d'aventures, nous devions rentrer "broucouille" de cette virée à la capitale.
Je ne me répendrai pas dans une description nostalgique des séquences grottesques auxquelles j'ai pu assister ; je ne résiste cependant pas à l'évocation de la giffle retentissante que notre copain "le Chinois" se prit à l'issue d'une tentative de rapprochement très rapproché d'une certaine demoiselle au nom brodé de particules, sous le regard goguenard de la troupe d'idiots que nous formions en tapisserie, et qui, dans un sursaut improbable d'humanité, recueillie dans ses rangs le pitoyable "Chinois", assommé de ridicule, et le consolat en forçant l'épaisseur du duvet disgracieux qui régnait au-dessus des lèvres de la jeune vestale, la rendant indigne d'une quelconque attention sentimentale, fusse-t-elle de l'incorrigible "Chinois". J'ai du sans doute tomber amoureux d'une de ces jeunes filles, en silence, incapable de me détacher de ma bande d'abrutis de peur d'essuyer des sarcasmes comparables à ceux infligés à notre audacieux camarade. Je livre seulement à vos orbites cruelles (encore !) le souvenir d'avoir envié pendant des heures le batteur de l'orchestre qui interpréta plusieurs fois le tube de l'année, "Hello Papa Tango Charlie", dont la virtuosité du tempo, le rythme syncopé de son charleston, autant que ses cheveux longs maintenus par un bandeau rouge aux accents apaches, raisonnaient en moi comme un parfum de liberté, une vision anticipée d'un Zabrisky Point comme une terre promise.
PS donc : les hommes de goût reconnaîtront dans les danseuses toute la sensualité de Jane Birkin, de Dany, et de Nathalie Delon, dont j'étais éperdument amoureux bien entendu. Sensualité qui comble les quelques approximations (euphémisme) de leur synchronisation rythmique ! J'envie le déhanchement du regretté Mort Schuman, son basculement anthologique de buste vers l'arrière et ses petits sautillements qui font oublier le léger excès pondéral du chanteur anglo-saxon et néanmoins moustachu ! A admirer sans modération !
Je profite (encore !) de Contrastes et Lumière pour aligner quelques phrases et par là, quelques souvenirs. Ce fameux (mythique) café de la Place Saint-Augustin, plaque tournante des fantasmes du jeune héros du court métrage de Rohmer dont Gérard nous gratifie, est comme glissé au forceps sous la masse solennelle du bâtiment un peu pompier qui abrite le Cercle national des armées. La relation que j'ai avec ce lieu - je laisse le bar à Gérard et à Rohmer, et je m'empare de l'immeuble - date de plus de 30 ans ; ça devait être en 1973, sans doute en décembre. Comme chaque année, le 2ème ou 3ème samedi de décembre, la grande salle d'apparat du 1er étage est réservée pour le bal du Prytanée Militaire de La Flèche. Je suis en 1ère (classe dénommée "Rhéto", de "rhéorique" bien entendu, et bien qu'il n'y ait plus, à cette époque déjà, de filière littéraire au Prytanée, les classes de 1ère continuent à être appelées "Rhéto"), j'appartiens à la musique (la "Wouah" - chaque chose au Prytanée avait en quelque sorte un double, un avatar de schizophrénie qui permettait proablement à l'institution et ses institués de survivre malgré l'incongruité du système), j'y sévi en qualité de tambour, c'est à dire que lors des défilés, je marche au 1er rang à quelques mètres derrière le chef de clique - un adjudant bouffi dans son uniforme raccourci - qui bat la mesure, fait virevolter son bâton (il doit bien y avoir un nom pour cet instrument, je vais chercher) et le lance épisodiquement en l'air pour faire l'intéressant ; pour être précis, je suis positionné au 1er rang le plus à droite (c'est la seule fois de mon existence, je le jure !); le tambour major étant positionné le plus à gauche (l'armée m'étonnera toujours !). Le tambour major est aujourd'hui médecin psychiâtre à Paris : il ne s'en est toujours pas remis ! Ma digression musicale vous semble légèrement digressive ? Vous avez tort. En fait, avant de briller sous les ors de la salle d'apparat du 1er étage de l'institution augustine, nous devions réanimer la flamme du soldat inconnu sous l'arc de triomphe. Et oui, cher(e)s ami(e)s lecteur(e)s, songez, quand vous tournerez dans le flot des voitures autour de l'Etoile comme des balles dans un barillet de revolver (merci Julien Gracq), que j'eus mon heure de gloire et que je tentas, sans succès, de faire frissonner la dépouille du sacrifié inconnu aux accents lugubres de la sonnerie aux morts. Il parait que les associations de tout poil se pressent pour figurer sur la liste des élus qui paradent chaque jour sur le nombril de Paris, et qu'il n'existe pas une seule soirée de repos dans l'année pour ce pauvre soldat ! Donc, en récompense à notre exhibition élyséenne, nous avions le droit de participer au bal du Prytanée, et ce en toute dérogation puisque ce bal était théoriquement réservé aux seuls élèves des classes préparatoires aux grandes écoles de l'armée (St Cyr, Navale, l'Air et bien sûr l'X), et bien entendu aux anciens, les moins glorieux, puisque toujours en vie. Ce bal, les plus vieux de "la Wouah" nous y préparaient mentalement des mois à l'avance, nous faisant rêver à cette terre promise parisenne où la "chasse" était (officiellement) ouverte aux jeunes demoiselles de la Légion d'Honneur de classe terminale, triées sur le volet de leur bulletin de notes (plutôt que sur leur plastique), invitées par l'institution de La Flèche (72), à cette époque exclusivement masculine. Il s'agissait probablement d'une ultime tentative pour unir des jeunes filles de bonne famille à de futurs officiers propres sur eux et dans leur tête, avant que la vie civile ne prenne les jouvencelles dans les filets d'une perversion inéluctable. Donc nos ainés musiciens nous chauffaient, nous pressant de recommandations destinées à anihiler en nous toute forme de timidité, surenchérissant dans l'anecdote croustillante, nous menaçant des pires mesures de rétorsion si, d'aventures, nous devions rentrer "broucouille" de cette virée à la capitale.
Je ne me répendrai pas dans une description nostalgique des séquences grottesques auxquelles j'ai pu assister ; je ne résiste cependant pas à l'évocation de la giffle retentissante que notre copain "le Chinois" se prit à l'issue d'une tentative de rapprochement très rapproché d'une certaine demoiselle au nom brodé de particules, sous le regard goguenard de la troupe d'idiots que nous formions en tapisserie, et qui, dans un sursaut improbable d'humanité, recueillie dans ses rangs le pitoyable "Chinois", assommé de ridicule, et le consolat en forçant l'épaisseur du duvet disgracieux qui régnait au-dessus des lèvres de la jeune vestale, la rendant indigne d'une quelconque attention sentimentale, fusse-t-elle de l'incorrigible "Chinois". J'ai du sans doute tomber amoureux d'une de ces jeunes filles, en silence, incapable de me détacher de ma bande d'abrutis de peur d'essuyer des sarcasmes comparables à ceux infligés à notre audacieux camarade. Je livre seulement à vos orbites cruelles (encore !) le souvenir d'avoir envié pendant des heures le batteur de l'orchestre qui interpréta plusieurs fois le tube de l'année, "Hello Papa Tango Charlie", dont la virtuosité du tempo, le rythme syncopé de son charleston, autant que ses cheveux longs maintenus par un bandeau rouge aux accents apaches, raisonnaient en moi comme un parfum de liberté, une vision anticipée d'un Zabrisky Point comme une terre promise.
jeudi 22 janvier 2009
I left a woman waiting
Très librement inspirée de la chanson de LC, j'ai exhumé du ventre de la RAM de mon ordinateur ce poème que je livre à vos orbites cruelles.
I left a woman waiting
J’ai aimé une femme qui attendait.
Elle attendait sans espérance
Et ses mots parlaient au futur ou à l’imparfait
Du livre des apparences.
Nous avons traversé l’horizon
Et tenté de poser nos armes sur une île
Au bord du rivage des illusions
Mais sous le sable nos doigts ont encore écorché l’argile.
J’ai appelé le poète et il est venu
Mais ses yeux étaient déjà morts
Et dans sa nuit, seule mon enfance est apparue
Il était trop tard pour aller sur l’autre bord.
Au crépuscule un oiseau s’est posé sur son épaule
J’ai vu frissonner ses paupières
Mais ce n’était que le souffle de mes paroles
Qui sur ses cils se perdait en prière.
Alors j’ai quitté cette femme qui attendait
Et je suis allé à sa recherche sans crainte
Le long des rues, au bord des quais
Sur les pavés usés des amours défuntes.
J’ai retrouvé le miroir qu’elle avait brisé
Mes mains à nouveau ont serré ses mains
Mais depuis longtemps la foule nous avait encerclés
Et subitement son ombre a effacé le chemin.
J’ai aimé une femme qui attendait.
Elle attendait sans espérance
Et ses mots parlaient au futur ou à l’imparfait
Du livre des apparences.
mardi 20 janvier 2009
Nord Vietnam
Cette photo est un appat. Elle a été déposée "comme si de rien n'était", au détour d'un blog, avec l'attention perverse d'un Tzaroff, comme une mine antipersonnelle conçue pour être déclenchée par un lecteur naufragé à l'occasion de son passage à proximité. Voici déjà quelques jours que je l'ai identifiée. Comme un fauve attiré par l'odeur d'une proie trop visible, je rode autour avec une certaine méfiance. Je la renifle avec précaution. Je la taquine du regard. Pour l'instant ma prudence m'a épargné l'irréparable. Mais je sais que l'issue est inéluctable, fatale même : le prédateur succombera à la tentation de se saisir de cet appat facile, refermant sur lui le piège diabolique. Mais dans cette parade sauvage, il ne sera pas dit que l'animal ne tente pas, ultimement, une élégance, une sorte de baroud d'honneur, une dernière révérence, dont l'exercice emportera tout ensemble, et sa victoire dérisoire et sa faiblesse assouvie.
A la faveur de la nuit, le fauve s'est emparé de la proie et, autant de l'approche émanait une certaine noblesse, autant la conquête prend des allures de retraite, comme si, le but atteint, la nature authentique de la bête reprenait le dessus, effaçant le masque factice des illusions originelles. Mais observons l'animal se débattre de sa proie :
"Ce paysage, saisi en plongée dans la torpeur tremblante d’une après-midi voilée de soleil, bien qu'apprêté par le galbe fier des champs de riz, maquillé d'ocres sombres et d'angéliques fanées, ne parvient pas à dissimuler la sauvagerie rampante que l’histoire des folies de l’homme a inscrite sur son relief damné : derrière chacun de ses monticules herbeux, chacune de ses fleurs définitivement fauchées, aux extrémités désertées des arbustes timides, se terrent les cicatrices béantes d'un destin pétrifié, nourri des brûlures du napalm, engorgé de bombes au phosphore, jamais rassasié de membres amputés, hier, aujourd’hui, demain et encore plus tard, ici, là, toujours, toujours, et toujours.
Dans l’air épuisé de chaleur, l’écho sinistre des pales des hélicoptères bombardiers raisonne encore, pitoyables et impitoyables, entre les pentes sèches des vallées dréssées comme une camisole.
Dans une cache sous la terre, sous un buisson de tiges séchées, dans l’ombre d’un jour travesti en nuit, le souvenir absent d’une famille torturée.
Et puis la Conscience, l’indicible et tortionnaire Conscience du bien qui suinte de ces anfractuosités maudites comme les résidus bitumineux d’une terre définitivement polluée.
Nord Vietnam, autre terre de toutes les souffrances, terre qui peuple le cortège des terres abandonnées des dieux, terre de misère et de beauté, terre des longs cils noirs posés sur le regard des femmes désirées, terre des silhouettes pressées sautillant au rythme comique du balancier, terre des buffles luisant d’eau et de lumière, terre d’une aube peuplée de cris, terre du soleil qui s’immole sur les rochers d’Along, terre de la longue pirogue qui fuit sur l’onde muette, terre de l’oubli et du pardon."
Le fauve disparait dans les buissons. Le chasseur s'est assoupi. Nul ne vit la conquête. Le monde entier peut contempler le larçin.
Cadel Ubbale
dimanche 18 janvier 2009
Ibos et Vitart
Un texte à paraître dans '"l'Ingénieur Constructeur" sur la médiathèque André Malraux à Strasbourg des architectes : Myrto VITART et Jean-Marc IBOS
Dans une précédente chronique consacrée à Strasbourg, j’avais écrit : « la médiathèque d’Ibos & Vitart actuellement en fin de chantier, devrait marquer la production architecturale 2008.
Outre le dessin des façades qui, dans la production de l’agence, est toujours d’une très grande précision et d’une simplicité apparente qui rime avec élégance, le travail des bétons à l’intérieur du bâtiment - poteaux-champignons et empreintes des planchettes de bois sur la matière - est d’une beauté irréfutable."
Une année plus tard (septembre 2008), le bâtiment achevé tient toutes ses promesses, et l’ancien entrepôt Seegmuller peut être fier de sa reconversion en un lieu de culture pour tous, riche de 250.000 livres et de 160.000 références directement accessibles, mais riche également sur le plan architectural, tant dans l’intelligence de la relation à la mémoire du lieu que dans l’écriture contemporaine des nouveaux espaces.
Un peu d’histoire.
Comme le rappelle un texte inscrit sur la façade de l'entrée principale, c'est en 1902 que la société Seegmuller s'est implantée sur le Bassin d'Austerlitz, ancien Port de la Porte des Bouchers. En 1932, les architectes Umbdensbock et Weber réalisent un ensemble de bâtiments industriels sur ce qui est dénommé le "môle Seegmuller". L'activité de la société, qui dispose d'une flotte de chalands rhénans et de péniches de canal, cessera en 2000.
Une halle « lavée de son pittoresque »
C'est le bâtiment situé à l'extrémité du môle doté d'un silo à grains en guise de proue et d'un corps principal à usage d'entreposage des céréales, qui a été investi par les architectes Ibos & Vitart, dont le travail ingénieux de restructuration et d'extension a permis, tout en offrant le double de surface*, de préserver l’esprit de cette architecture « vertueuse » dont on perçoit, par le dessin d’une modénature précise et plein de retenue, ou l’utilisation de matériaux ordinaires - briques et bétons massifs - l'affirmation d'une vocation inudstrieuse.
Sur la très haute façade d’entrée, l'intervention des architectes s'est voulue minimale : quelques retouches de détail sur des ouvertures en partie basse et le choix d'une mise en couleur argentée de la totalité de la surface, comme une toile donnée au graphiste Ruedi Baur pour y imprimer les premiers textes d’un dialogue original entre littérature et architecture.
Pour reprendre l’expression des architectes, la halle de jadis a été « lavée de son pittoresque » (le remplissage en brique des longs pans), afin de ne conserver que l’essentiel et apporter un maximum de lumière jusqu’au cœur du bâtiment dont la profondeur est supérieure à 20 mètres.
La partie centrale (les entrepôts) a été rehaussée de 3 niveaux et allongée dans sa longueur ; cette extension restant dans l’alignement d’origine des façades, les planchers existants donnant le « tempo » des planchers nouveaux.
Tout le projet s’organise selon un process simple : le public entre par une extrémité et les livres par une autre ; entre les deux volumes d’extrémité, se situent les plateaux libres de lecture, lieux de rencontre entre le lecteur et le livre.
Un ruban rouge : fil d’Ariane ou dispositif freudien ?
Passé le sas d’entrée, le visiteur est immédiatement saisi par la beauté de l’espace dans lequel il se trouve : au-dessus de lui et sur une trentaine de mètres de hauteur, le volume évidé, pur, de l’ancien silo à grains, chaque étage étant souligné par une simple façade de verre toute hauteur laissant pénétrer la lumière et deviner l’activité des plateaux ; devant lui la perspective parfaitement réglée, sérielle, du grand espace public (accueil, cafeteria, consultation) zébré d’un ruban rouge qui contamine avec impertinence toutes les surfaces placées sur son parcours aléatoire.
Ce ruban, dont le cheminement a été créé au sein de l’agence elle-même, contribue à donner une unité à la médiathèque, à tisser le lien entre les espaces restructurés et la partie neuve, mais aussi à rompre avec fantaisie la raideur toute fonctionnelle d’un espace originel tramé, mathématique, sévère.
Dans les étages, plusieurs lieux sont remarquables.
Tout d’abord les salles de lecture de la partie ancienne : l’alignement des piliers massifs en béton coiffés de chapiteaux trapézoïdaux, avec leur peau grossière marquée des veines des planchettes bois du coffrage, confère à ces espaces une beauté archaïque ; la hauteur libre relativement faible, le dépouillement des surfaces (il n’y a pas de faux-plafonds et les sols sont en béton avec juste une résine), le réglage précis (quasi maniaque) des réseaux, la perception silencieuse de l’eau qui borde le bâtiment, tout concoure à apporter une impression de calme propice à la lecture.
Sur deux niveaux, on trouve dans la partie neuve d’autres salles de lecture, lumineuses, parcourues des reflets de couleur du ruban rouge, et des paillettes dorées du sol de la salle du patrimoine installée dans un écrin de verre, comme un élément précieux au centre du dispositif.
Le soin apporté aux détails est omniprésent : les réservations dans les poutres béton semblent tracées au laser, les modules rectangulaires des châssis de façade ont été calepinés afin de ne jamais laisser voir les rattrapages de trame obligés d’une intervention dans l’existant, le dessin des raidisseurs de la double peau en inox poli miroir tient de l’orfèvrerie, jusqu’aux courbures des fils d’alimentation des plafonniers, dont la petite histoire retiendra que l’indication donnée aux ouvriers fut de copier sur la silhouette particulièrement galbée d’un mannequin célèbre…Les ouvrants pompiers ont été étudiés afin de se confondre parfaitement dans la trame de façade.
Au centre du bâtiment, à la jonction entre la partie restructurée et la partie neuve, les architectes ont installé les distributions verticales dans une mise en scène orchestrée par un « Chambord » métallique qui permet à cette trémie d’être très lumineuse.
Dans la médiathèque d’Ibos & Vitart, la technique et l’architecture ne se combattent pas ; elles s'épousent même, un peu comme pour le rouge et le noir de la chanson de Jacques Brel.
Un mot sur la signalétique et l’œuvre graphique de Ruedi Baur. Difficile de ne pas la remarquer tant elle est présente, contribuant à rappeler la mémoire d’un lieu assez fortement tagué avant sa rénovation, mais aussi respectant le mot d’ordre des architectes : «l’idée de la signalétique, c’est qu’elle ne constitue pas un élément intermédiaire ; tout doit appartenir à l’architecture ». Ruedi Baur a répondu avec zèle à cette contrainte, multipliant au sol, sur les murs ou sur les poteaux, des morceaux de textes dont sont extraits et mis en évidence les mots nécessaires à la signalétique, tandis que le reste de la phrase est en second plan, les lettres partiellement effacées.
Parmi ces textes, une citation inscrite sur un antique cadran solaire que je vous livre en guise de méditation : Tenere non potes, potes non perdere diem**. »
* 18.000 m2 SHON pour un coût travaux de 64 millions d’Euros HT
** « Tu ne peux retenir ce jour, mais tu peux ne pas le perdre. »
Uncle Bernie

Madoff, Bernard Madoff, « Bernie » voire « uncle Bernie » pour les plus familiers : le papi auteur de la plus grande escroquerie bancaire (révélée) à ce jour ; l’envie me démange d’écrire quelques mots sur l’individu.
Un « dossier spécial Madoff » dans Le Monde de ce week-end me titille « trop ». D’abord, lire ce dossier est un régal autant qu’une satisfaction personnelle. Je m’explique sur ce dernier point avant de développer le premier : je constate qu’un type comme moi, qui ne peut se prévaloir d’une quelconque compétence en matière de finance (tous mes amis peuvent vous le confirmer), dispose d’autant de bon sens que l’analyste américain des marchés qui dit : « Il est impossible de maintenir le même rendement (11% moyen NDR) pendant des années alors que les marchés évoluent quotidiennement. » Mes archives bloggestes peuvent attester de mon expertise.
2) Un régal
Je ne vais pas me réjouir du malheur des autres ; dans cette funeste affaire, certains laisseront peut-être leur vie en gage - ou leur vie tout court, ce qui est la même chose – (plusieurs se sont déjà suicidés), et un bon nombre de « pigeons » se dégarniront de leur plumage.
Bon, mais tout de même : dès 1999, un dénommé Harry Markopolos alertait les autorités de surveillance des marchés (la fameuse « SEC ») sur le fait qu’il avait tout compris de l’arnaque Madoff ; en 2005, il publie un document de 19 pages dont le titre est « Le plus grand fond spéculatif du monde est une fraude », dans lequel il suppose 2 scénarios dont, celui qu’il considère le plus probable, à savoir qu’il s’agit de la plus grande chaine de Ponzi du monde. Rien n’y fait : la SEC reste sèche ! Vous rigolez de ce jeu de mots, mais vous avez tort : dans tout ce bazar, les mots sont importants, et un peu plus d’attention à cet élément subjectif aurait peut être permis de démasquer l’escroquerie avant qu’elle n’atteigne les proportions dantesques que l’on connaît. Mais s’agit-il d’une escroquerie ou d’une bonne blague ?
En effet, arrêtons-nous un instant sur le nom de famille de uncle Bernie : « Madoff », ce qui signifie « hors de la folie » ; n’importe quel gusse qui va pour placer quelques centaines de millions de dollars - et surtout s’il est anglophone – doit être interpelé par ce patronyme et le fait qu’il peut s’agir d’un nom de scène doit lui venir à l’esprit ; « Madoff » et pourquoi pas « Securities » ? (remarquez, uncle Bernie avait quand même laissé quelques indices puisque son fond se dénommait « BMIS » avec « S » comme « Securities »). Vous confier votre argent à la banque « Sans souci », vous, ou à la banque «Confiance » ? Non, de toute façon, le mot « confiance » est un gros mot aujourd’hui !
Et ce Markopolos, vous croyez pas que ce type, pour qu’il ait un peu plus de crédibilité n’aurait pas pu porter un autre nom ? Ca fait pas sérieux ce métissage entre un aventurier spaghetti et un armateur grec ! Ca sent le Rastapopoulos ; comment voulez-vous que les types de la SEC s’y retrouvent ? OK, ça fleur bon l’exotisme et le vermicelle, Venise et l’empire du milieu, mais on est dans le sérieux avec la SEC et quand vous prétendez vouloir emmerder tout le monde avec un rapport démontrant par A+B qu’un papi, ex maître nageur, est en train de berner tout le monde (tiens : « Bernie », vous croyez que c’est une autre coïncidence ?) - et sans doute vous d’ailleurs, en tant que membre de la SEC qui avait placé votre pognon afin que ça « crache » un 11% dodu et que vous avez prévu d’aller au club Med à Haiwaï cet été avec les intérêts de votre compte Madoff - vous pensez pas que ce serait mieux de vous appeler comme tout le monde : Tapie, par exemple ?
Et « SEC » vous croyez que c’est un nom pour une assemblée de banquiers ? Ca fait pas riche ! Question : « Vous travaillez où ? » Réponse : « Je travaille à Sec. »
Moi je ne peux pas croire que cet « uncle Bernie » soit l’arnaqueur du siècle. On le voit en gros plan en page 15 du monde. Il s’extrait d’une foule d’admirateurs, suivi de près par une jeune et jolie asiatique (son assistante ?) ; il porte une veste de bonne coupe, matelassée, une casquette arborant (probablement) le sigle d’Emmaus (ou d’ « Action contre la faim ») qui lui cache un peu le regard ; quelques mèches argentées mi-longues ourlent délicatement le haut de son oreille et un petit sourire malicieux de papi-gâteau lui modèle de jolies petites faussettes. On sent l'homme de gout : ni Rolex ni Ray-ban ! Il n’y a pas besoin d’avoir fait 5 ans de psycho-morphologie pour savoir que ce type est plutôt de la trempe des héros de l’Amérique. Il a d’ailleurs un petit air « merci les potes, mais je préfère rester discret ; bien sûr je viens de poser un Airbus 320 sur l’Hudson, mais on va pas en faire tout un plat », ou bien « vous avez vu ? ils ont cru que le papi était fini : et bien je leur ai quand même mis 5 sous le par ! ».
Uncle Bernie va tout révéler à la CIA : il avait fait un pari avec des anciens de l’amicale des maîtres-nageurs du Queen’s, comme quoi il passerait à la télé. Et il nous a bien eu ! En fait il ne s’appelle pas Bernard Madoff, mais plus probablement Robert Fockyouser !
Le visage des femmes dans l'art
Quand l'intelligence, le gout et la technique s'associent, l'homme est capable de créer autre chose que des "hedge ou des feeder funds" !
Le rivage des Syrtes
Au loin, le Farghestan, très probablement...
Je viens d'achever le chef d'oeuvre de Julien Gracq. Je croyais l'avoir lu jadis et je suis certain maintenant qu'il n'en fut rien ; peut-être l'ai-je commencé et puis le tiraillement d'une frivolité récurrente l'a écarté de mes priorités du moment. Ce n'est pas grave. Les choses doivent arriver un jour plutôt qu'un autre. C'est un livre d'une densité extraordinaire. L'écriture est d'une richesse rare, exempte de dandysme. J'ai envie de dire qu'il s'agit de poésie. Les thèmes traités sont multiples : la fin d'une civilisation, l'autre-l'étranger, l'amour bien sûr, la relation entre la sagesse et la folie de la jeunesse, l'ordre, l'imaginaire qui permet de vivre, ... Le style me fait penser au travail d'orfèvre que l'on peut contempler sur certaines pièces incroyablement ciselées, représentant des scènes ou des motifs d'une imagination et d'une richesse quasi absolue. Certaines phrases sont d'une longueur immense (il est possible de s'y perdre), rythmées par des ":" ou des ";" qui s'agencent comme des poupées russes ; je n'ai pourtant pas senti "d'effets de style", mais plutôt la nécessité de "témoigner" de l'extrême densité des choses.
Je ne souhaite pas opposer "Le rivage des Syrtes" à d'autres livres - et en particulier des livres contemporains dont la lecture est plus "facile" - car pour moi, c'est une petite querelle qui n'a pas d'intérêt - et peut-être pas de sens - car, s'il est sans doute indispensable de lire des "classiques", comment peut-on imaginer, si l'on veut s'intéresser vraiment à son temps - ce qui constitue pour moi une règle d'humanité - ne pas tenter de lire une fraction du meilleur de la production actuelle ?
"Le rivage des Syrtes" est paru en 1951, a reçu le Goncourt que Gracq a refusé (En connais-tu la raison Gérard ?). C'est un livre à étudier, c'est évident. Mais toute oeuvre forte serait à étudier ; le temps est un incontournable accessoire. Pour avancer dans l'étude, j'ai trouvé un commentaire de Gracq qui, à la lumière de l'actualité, prend un accent particulier.
"Ce que j’ai cherché à faire, entre autres choses, dans Le Rivage cles Syrtes, plutôt qu’à raconter une histoire intemporelle, c’est à libérer par distillation un élément volatil "l’esprit-de-l’Histoire", au sens où on parle d’esprit-devin, et à le raffiner suffisamment pour qu’il pût s’enflammer au contact de l’imagination. Il y a dans l’Histoire un sortilège embusqué, un élément qui, quoique mêlé à une masse considérable d’excipient inerte, a la vertu de griser. Il n’est pas question, bien sûr, de l’isoler de son support. Mais les tableaux et les récits du passé en recèlent une teneur extrêmement inégale, et, tout comme on concentre certains minerais, il n’est pas interdit à la fiction de parvenir à l’augmenter.
Quand l’Histoire bande ses ressorts, comme elle fit, pratiquement sans un moment de répit, de 1929 à 1939, elle dispose sur l’ouïe intérieure de la même agressivité monitrice qu’a sur l’oreille, au bord de la mer, la marée montante dont je distingue si bien la nuit à Sion, du fond de mon lit, et en l’absence de toute notion d’heure, la rumeur spécifique d’alarme, pareille au léger bourdonnement de la fièvre qui s’installe. L’anglais dit qu’elle est alors on the move. C’est cette remise en route de l’Histoire, aussi imperceptible, aussi saisissante dans ses commencements que le premier tressaillement d’une coque qui glisse à la mer, qui m’occupait l’esprit quand j’ai projeté le livre. J’aurais voulu qu’il ait la majesté paresseuse du premier grondement lointain de l’orage, qui n’a aucun besoin de hausser le ton pour s’imposer, préparé qu’ il est par une longue torpeur imperçue."
samedi 17 janvier 2009
Etre ou ne pas être cyndinique ?
Les rubriques nécrologiques sont pleines d'enseignements. Par exemple aujourd'hui j'apprends ce que signifie les Cyndiniques, avec un C majuscule. Il s'agit des sciences du Risque, avec un R majuscule. Je l'apprends car l'inventeur des Cyndiniques nous a quitté le 17 décembre dernier et qu'il n'y a pas moins de deux annonces sur une même page pour nous rappeler ce 1er anniversaire (?) d'une "disparition prématurée (qui) laisse orphelins l'IMdR (l'Institut pour la Maîtrise des Risques) et toute la communauté cyndinique."
Je poursuis ma quête de savoir à travers la lecture de l'éloge funèbre : "...il a magistralement théorisé les éléments qui fondent l'approche systémique de la construction des risques, dont particulièrement le fulgurant et synthétique concept de l'Hyper Espace du Danger." (sic).
J'arrête ma lecture et me demande si nous ne sommes pas entrés dans "l'Hyper Espace du Danger". Dieu ou Saint Pierre : pourriez-vous nous rendre cet illustre savant afin qu'il nous guide dans les travaux pratiques de sa théorie ? On aurait besoin de quelques éclaircissements . C'est trop tard ?
Je poursuis ma quête de savoir à travers la lecture de l'éloge funèbre : "...il a magistralement théorisé les éléments qui fondent l'approche systémique de la construction des risques, dont particulièrement le fulgurant et synthétique concept de l'Hyper Espace du Danger." (sic).
J'arrête ma lecture et me demande si nous ne sommes pas entrés dans "l'Hyper Espace du Danger". Dieu ou Saint Pierre : pourriez-vous nous rendre cet illustre savant afin qu'il nous guide dans les travaux pratiques de sa théorie ? On aurait besoin de quelques éclaircissements . C'est trop tard ?
mercredi 14 janvier 2009
Y a-t-il un Monsieur Bos dans la "salle France" ?
Lu dans Le Monde daté du 15 janvier, article "Le chemin du postcapitalisme", des extraits du discours de M. Bos, ministre travailliste des finances des pays-Bas, à l'occasion du colloque organisé le 8 janvier sous le titre "Nouveau monde, nouveau capitalisme";
" Nous ne devrions pas penser que nous allons sortir du système seulement en ayant plus de régulation du profit et une meilleure supervision. (...) La société capitaliste a besoin d'une discussion sur un nouvel équilibre entre "nous voulons toujours plus" et "nous en avons assez", entre des gains excessifs pour quelques-uns et un énorme déficit pour les masses."
"La crise financière n'est pas le plus grave problème auquel fait face le système capitaliste. la crise climatique va progressivement devenir plus importante, et la crise alimentaire persiste, alors que nous n'avons toujours pas réussi à la régler. Ces deus crises sont bien plus fondamentales que la durabilité du capitalisme. Elles nous posent un défi moral immense, mais peuvent être intelligemment liées à la solution de la crise financière."
Je pense pour ma part que l'occidental le plus égoïste, c'est à dire celui qui fait passer son intérêt personnel avant tout, devrait aujourd'hui, s'il avait un minimum de bon sens, militer dans une organisation humanitaire.
" Nous ne devrions pas penser que nous allons sortir du système seulement en ayant plus de régulation du profit et une meilleure supervision. (...) La société capitaliste a besoin d'une discussion sur un nouvel équilibre entre "nous voulons toujours plus" et "nous en avons assez", entre des gains excessifs pour quelques-uns et un énorme déficit pour les masses."
"La crise financière n'est pas le plus grave problème auquel fait face le système capitaliste. la crise climatique va progressivement devenir plus importante, et la crise alimentaire persiste, alors que nous n'avons toujours pas réussi à la régler. Ces deus crises sont bien plus fondamentales que la durabilité du capitalisme. Elles nous posent un défi moral immense, mais peuvent être intelligemment liées à la solution de la crise financière."
Je pense pour ma part que l'occidental le plus égoïste, c'est à dire celui qui fait passer son intérêt personnel avant tout, devrait aujourd'hui, s'il avait un minimum de bon sens, militer dans une organisation humanitaire.
Giancarlo di Carlo, toujours
"La mission essentielle de l'architecture est d'organiser et de former l'espace pour l'usage, de le confier à l'expérience tant individuelle que collective, de l'exposer aux outrages du temps. De telle sorte qu'il se patine, se stratifie, continue d'acquérir de nouvelles significations, jusqu'au point où il se met à dessiner et à se redessiner lui-même, comme de son propre chef, pour supporter et transmettre la plus éloquente des traces des évènements humains." Giancarlo di Carlo (Spazio e Societa oct-déc 2000)
Giancarlo di Carlo est mort en 2007. J'aime beaucoup cette approche de la mission (GdC ne dit pas "définition") de l'architecture : le temps est toujours le complice de l'architecture ; en bien ou en mal ; une architecture ne peut pas se construire dans l'urgence ; elle ne peut pas s'élaborer selon une séquence logique ; le doute est obligatoire autant que la contamination, que l'erreur ; l'architecture doit se frotter à l'échec ; elle ne peut s'abstraire de la leçon du temps.
Dans ce texte, l'architecture ne relève pas d'un ordre figé et muet, elle n'est pas une "chose", elle acquiert une "humanité" : elle vit (elle dessine) et elle se reproduit (transmettre)d'une manière autonome (de son propre chef). Quelle leçon !
mardi 13 janvier 2009
Monsieur S.
Monsieur S. ne veut plus des juges d'instruction. Je suis d'accord avec lui : ces types sont payés à chercher des poux dans la tête des honnêtes gens (les banquiers par exemple) au lieu de s'occuper des voleurs de poules.
Monsieur S. ne voit pas à quoi sert l'Assemblée Nationale ni le Sénat puisqu'il est bien plus simple d'appliquer des lois et (de tenter de) les faire voter après. Je suis d'accord avec lui d'autant qu'on peut se demander parfois, en regardant les retransmissions des débats, s'il existe enore des élus du peuple.
Monsieur S. ne voit pas bien pourquoi il y aurait une opposition en France puisque ce pays dispose d'un président visionnaire et qui a toujours raison. Je suis d'accord avec lui et en plus l'opposition est divisée en 2 clans qui s'opposent farouchement : le clan de ceux qui font tout pour qu'elle disparaisse et le clan de ceux qui vont rejoindre la majorité.
Monsieur S. ne voit pas pourquoi les finances publiques devraient subvenir à l'éducation des jeunes ; et pourquoi pas leur payer leurs consoles de jeu ? Je suis d'accord avec lui, les établissements d'enseignement publics sont des lieux de perdition où on peut rencontrer des individus issus de milieux très différents du nôtre, ce qui est beaucoup moins vrai quand les écoles sont payantes, encore moins vrai quand elles sont religieuses et encore, encore moins vrai quand les élèves ont un uniforme.
Monsieur S. doit se demander pourquoi il y a des pauvres et des chômeurs ; Je suis d'accord avec lui : s'il n'y avait plus ni pauvres ni chômeurs, nous serions tous beaucoup plus riches !
Monsieur S. doit se demander si la poésie, c'est bien sérieux et si ce n'est pas vraiment une perte de temps. Je suis d'accord avec lui, la poésie ne sert à rien et ne sert rien ; c'est tout son charme !
Monsieur S. ne voit pas à quoi sert l'Assemblée Nationale ni le Sénat puisqu'il est bien plus simple d'appliquer des lois et (de tenter de) les faire voter après. Je suis d'accord avec lui d'autant qu'on peut se demander parfois, en regardant les retransmissions des débats, s'il existe enore des élus du peuple.
Monsieur S. ne voit pas bien pourquoi il y aurait une opposition en France puisque ce pays dispose d'un président visionnaire et qui a toujours raison. Je suis d'accord avec lui et en plus l'opposition est divisée en 2 clans qui s'opposent farouchement : le clan de ceux qui font tout pour qu'elle disparaisse et le clan de ceux qui vont rejoindre la majorité.
Monsieur S. ne voit pas pourquoi les finances publiques devraient subvenir à l'éducation des jeunes ; et pourquoi pas leur payer leurs consoles de jeu ? Je suis d'accord avec lui, les établissements d'enseignement publics sont des lieux de perdition où on peut rencontrer des individus issus de milieux très différents du nôtre, ce qui est beaucoup moins vrai quand les écoles sont payantes, encore moins vrai quand elles sont religieuses et encore, encore moins vrai quand les élèves ont un uniforme.
Monsieur S. doit se demander pourquoi il y a des pauvres et des chômeurs ; Je suis d'accord avec lui : s'il n'y avait plus ni pauvres ni chômeurs, nous serions tous beaucoup plus riches !
Monsieur S. doit se demander si la poésie, c'est bien sérieux et si ce n'est pas vraiment une perte de temps. Je suis d'accord avec lui, la poésie ne sert à rien et ne sert rien ; c'est tout son charme !
Dois-je l'écrire ?
2009 nous aura déjà appris au moins une chose : anus peut s'écrire aussi avec 2 "n" ; comme dans "Annus Horribilis" qui tend à devenir le qualificatif le plus usuel pour qualifier cette fin de 1ère décennie du 21ème siècle ; une chose est certaine : nous l'avons tous bien dans le c...!
Déchiffrer les nuages
C’est elle, ma grand-mère, qui m’a appris à déchiffrer les nuages. Souvent le dimanche, quand le temps s ‘y prête, c’est à dire quand le ciel est balayé par le vent d’ouest et que défilent au-dessus de la mer des hordes de nuages blancs turgescents, nous restons de longs moments l’un contre l’autre, installés sur la bande étroite de sable fin à nous montrer avec le doigt, ou simplement du regard, les silhouettes souvent grotesques des chimères grimaçantes que nos imaginations complices démasquent au gré des apparitions nuageuses. J’ai alors entre cinq et huit ans.
Aujourd’hui encore il m’arrive régulièrement de me perdre dans la contemplation solitaire de ciels comparables. Il m’arrive même d’exercer cette pratique sur des supports plus domestiques : le relief imparfait d’une dalle prise au hasard dans l’opus incertum d’un lobby d’hôtel, l’imprimé débridé du linoléum dans l’antichambre d’un notaire, ou les arabesques des veines d’un bois prétentieux sur la table lustrée d’une salle de conseil d’administration. Réapparait alors, sans effort, une profusion de créatures le plus souvent monstrueuses, que mon regard d’amateur se plait à reconnaître. Car je n’invente rien ; tout existe, juste derrière ce qui est.
Cette disposition à la contemplation que je me suis efforcé d’entretenir pendant de longues années – j’ai bientôt soixante ans – m’assiste fort agréablement aux moments où, saisi par l’ennui lors d’une fastidieuse réunion familiale ou par le dérisoire d’une des nombreuses manifestations professionnelles auxquelles ma fonction m’impose de participer, j’éprouve avec impatience le besoin urgent de l’absence.
Ces dimanches-là, nous restons ainsi de longs moments l’un contre l’autre. Ma grand-mère est assise sur une sorte de petit transat en toile, bleu rayé blanc. Elle porte un chapeau de paille jaune aux bords larges et essoufflés, garni d’un ruban bicolore. Je suis à genou sur le sable ; très souvent en maillot de corps et maillot de bain. Nous regardons le ciel au-dessus des cimes joufflues des pins parasol qui couvrent la montée à l’ouest, vers le fort. Nous guettons, complices, l’apparition du prochain cumulus ; une possible trogne avinée de soudard que nous reconnaitrons tous les deux, exultant à la même seconde. Ma grand-mère ne cesse de tricoter, avec des gestes précis, syncopés. Ce sera encore un pull jacquard aux couleurs primaires et criardes qu’elle m’imposera de porter le jour de la rentrée des classes.
A quelques mètres de nous, c’est déjà la grève que la marée découvre comme un territoire désolé, avec ses affleurements de rochers roses chargés de lourdes brassées de goémon luisant. La pierre est clouté de colonies de bigorneaux noirs et gris. Dispersés sur les flaques de sable résiduelles il y a ces cailloux assassins aux angles vifs.
Lorsqu’un grain survient, caché jusqu’au dernier moment par la colline boisée qui surplombe le port, nous courrons maladroitement dans le sable nous réfugier sous un grand rocher plat que la nature a providentiellement placé là pour nous abriter. Quelques secondes avant que l’orage n’éclate, le ciel a déjà déversé dans la mer toute l’humeur sombre de ses nuages coléreux. La surface de l’eau prend alors en un instant une teinte ultra-marine. Soudain les premières gouttes, lourdes, silencieuses, qui viennent grêler le sable devant l’abri. Et puis, tout s’accélère. Des trombes d’eau rebondissent sur la pierre formant tout autour de nous une drôle de cascade bruyante. L’air devient plus frais. J’éprouve un plaisir immense à être spectateur de ce déchaînement brutal du ciel. Il est évident que nous sommes coupables de ce déluge ; que certaines des créatures atmosphériques se vengent d’avoir été démasquées. Nous avons trahis. Vraisemblablement.
La plupart du temps – toujours ? - nous sommes seuls sur cette minuscule plage juste séparée de la cale n°1 par une avancée de rochers tâchés de lichens semblable à de la poudre de safran. La « vraie » plage c’est Le Guerzido, je le sais, mais nous n’y allons jamais ; probablement que sur l’île on ne mélange pas les domestiques avec les propriétaires et les estivants. Mais peut-être aussi que ma grand-mère ne souhaite pas y faire certaines rencontres ; sur l’île, il y a des rencontres qu’elle ne peut plus faire.
Cadel Ubbale
dimanche 11 janvier 2009
Quoi de neuf ? l'art !
J'avais envie d'inviter sur mon blog quelques oeuvres qui "me parlent" particulièrement. Ce n'est pas vraiment d'avant-garde, mais ...mais pourquoi l'abstraction ? N'est-ce pas le domaine de la liberté ? Peut-être plus d'ailleurs pour l'amateur que pour l'artiste lui-même. C'est le domaine de l'interrogation : positive quand l'oeuvre créé du lien, une émotion entre elle et son observervateur. Rothko, Soulages, Serra, Chillida ne me laissent rarement indifférent. J'aurais envie de m'oublier devant l'une de leurs oeuvres. Elles caressent le transcendental.

Mark Rothko

Chillida

Soulages

Rauschenberg

Pollock

Serra

Mark Rothko

Chillida

Soulages

Rauschenberg

Pollock

Serra
Et pourquoi pas le mien ? (de crâne)

François Fillon a tranché : le crâne du philosophe René Descartes restera au Musée de l'Homme, avec ses potes (un australopithèque et le moulage du crâne d'un footballeur ; quel télescopage !),et n'ira donc pas au Prytanée Militaire de La Flèche qui en revendiquait l'exposition au prétexte que l'illustre philosophe avait été pensionnaire pendant 8 ans entre ses murs, à l'époque jésuites, bien avant que le goupillon ne le cédât au sabre.
Qu'à cela ne tienne : je suis prêt à proposer mon organe, et sacrifier mon intégrité post-mortem en substituant mon pariétal et ses voisins anatomiques au vénérable ossuaire cartésien. Il faut raison garder en la circonstance : il ne s’agit après tout que d’accepter d’exposer une partie de son squelette, vraisemblablement la plus noble, sur les bords du Loir, au pays des rillettes et du Vert Galant ! Bien entendu, et sans fausse modestie abusive, je dois convenir que je suis à l’heure actuelle un peu moins illustre que mon honorable ancien (bien que la messe ne soit pas totalement dite, et que je dispose, je l'espère, d'un peu de répit pour atteindre une quelconque - et néanmoins improbable - postérité !). Avec l'auteur du Discours de la Méthode, la seule chose avérée que nous ayons en commun, c’est d’avoir usé nos fonds de culottes respectives pendant de trop longues années, en un même lieu : sensiblement sous …degré de longitude Ouest et … degré de latitude Nord (je ne connais pas par cœur les coordonnées topo de cette sous-préfécture du 72). Une autre chose est certaine, c’est que je suis autrement plus sympathique qu’un René la Science qui, parce qu’il avait des insomnies liées à un transit intestinal défectueux –les historiens sont unanimes -, est parvenu à faire chier des générations de potaches avec ses grandes théories fumeuses, et qui plus est, à dresser des dynasties de premiers de la classe prétentieux qui vous rabattent les oreilles avec la question de la Méthode, la logique binaire ou le raisonnement analytique et ne sont même pas capable d’anticiper l’évidence, faute d’avoir inscrit dans leur programme génétique les mots rêve, poésie et humanité, l’évidence que l’Homme, configuré selon les préceptes du triste René, est le plus redoutable engin de destruction massive que l’histoire est jamais engendré.
Tout ça pour dire que mon crâne, même s’il ne jauge qu’un timide 58, pourrait être considéré avec attention par les membres dépités de l’association de soutien au rapatriement de la boîte cartésienne. Je propose donc de lancer sur le web une pétition pour le rapatriement (s’il vous plait après ma mort !) de mon crâne à La Flèche ; le reste de mon corps de rêve devant appartenir à la terre insulaire de Bréhat, comme chacun sait. Parallèlement à cette pétition, j’engage les signataires à souscrire massivement à la Fondation pour l’exposition du réceptacle de ma cervelle. J’envisage en effet, si ces types du Prytanée ont un peu de suite dans les idées, de soumettre ma venue partielle à la condition expresse d’être exposé dans une boîte de verre, sur l’autel baroque de la chapelle royale, en vis-à-vis du cœur d’Henri IV, qui se trouve bien seul depuis près de 4 siècles. Si la générosité devait être au rendez-vous, il serait convenable de réserver un peu de crédit au montage d’un petit son et image truculent, où l’on verrait mis en scène, sous le regard intraitable de mes orbites aveugles, les frasques croustillantes du bon roi Henri.
Je gage que ce spectacle raffiné réjouisse plus d’un touriste égaré qui s’obligeait à visiter les ores d’une église baroque estampillée trois étoiles. Là, je délire…
Nota : je ne connais rien à Descartes, et c’était juste pour causer !... Et voilà, pour se rafraîchir la mémoire (extrait de Wikipédia)et pour reconnaître que je suis très injuste avec mon pote René :

René Descartes, né le 31 mars 1596 à La Haye en Touraine, aujourd'hui dénommée Descartes, et mort à Stockholm dans le glacial palais royal de Suède le 11 février 1650, est un mathématicien, physicien et philosophe français. Plus qu'un penseur scientifique, cet observateur singulier en son temps, contemporain de Poussin, est considéré comme l'un des fondateurs de la philosophie moderne.
Sa méthode, exposée à partir de 1637 dans le Discours de la méthode, et développée par la suite, affirme constamment une rupture par rapport à la scolastique enseignée dans l'université, quitte à stigmatiser la méfiance ou la haine de courants pédagogiques : la réflexion cartésienne est devenue essentiellement rationaliste, alors qu'elle est d'abord une découverte de la liberté, intimement liée à la joie de penser et de modéliser à partir de l'entité simple, de l'élément connu en usant d'un supposé bon sens partagé par tous. La démarche est libérée de la contrainte du livre et de la référence savante. Construite sur le doute et l'observation, la méthode apporte joie et liberté au penseur Descartes. Le "je pense donc je suis" qui en est l'âme est aussi sa définition personnelle de l'âme.
En usant de la raison seule dans l'étude des phénomènes, Descartes fait figure d'apôtre de la modélisation scientifique. L'analyse ou anatomie minutieuse débouche sur une reconstruction, un véritable "comment ça marche", voire une cosmogonie palpitante. En dissociant la matière ou le corps machine de l'âme ou de la vie de l'esprit, le cavalier Descartes fonde une nouvelle métaphysique radicalement différente de l'ancienne qu'il fracasse, la charge ouvre notamment la voie à des penseurs de la morale, à un Malebranche et à pléthore de spécialistes des animaux-machines à l'époque des Lumières, ainsi qu'un surprenant christianisme épiscopal cartésien ou à des religions naturelles que sont le déisme et le théisme. Le méticuleux Spinoza qui a lu Descartes a pris ses distances.
L'évolution philosophique s'inscrit apparemment en prudente réaction au procès de Galilée qu'il soutient dès 1633, mais plus sûrement dans une quête des racines qu'il pense métaphysiques de l'arbre-tronc physique. Descartes a une influence considérable sur la pensée scientifique et religieuse, principalement en France et par conséquent dans l'Europe savante. L'impact cartésien concerne des questions théologiques et des ordonnances de gestion pratiques, de l'âme chrétienne jusqu'à l'arpentage en mille-carré du Nouveau Monde. On ne peut pourtant attribuer à Descartes l'entière paternité de la philosophie moderne, ni même de la variante cartésienne puisque ce sage jugeait nuisible un quelconque usage ou imposition politique de la philosophie.
On licencie dans l'édition américaine
En page 2 du supplément "Le Monde des livres", le réçit de 2 éditrices new-yorkaises qui racontent leur licenciement. J'extraie quelques passages de l'article.
"Les jeunes n'ont aucune mémoire de l'avant Google. Il ne leur vient pas à l'idée d'aller en librairie (NDR : ah, l'odeur des livres !). Ils fonctionnent différemment, n'ont que faire des critiques de livres ou des suppléments littéraires des journaux." (...)L'article indique que "le livre-papier connait sans doute ses dernières heures, et que "l'avenir est au livre électronique", et l'une des licenciées d'ajouter : "Vous partez en voyage avec trente romans et cinq guides dans un ordinateur de poche. Qui s'en priverait ?" (NDR : moi !) et "Ce sera excellent pour l'environnement (NDR : il est vraiment à toutes les sauces celui-la !), mais les bibliothèques disparaîtront" (NDR ; je note le "mais" !).
Je n"arrive pas à m'imaginer interdit de sentir le papier, de tourner les pages, de voir les livres sur mes étagères. N'est-ce pas le syndrôme du Mohican ?
"Les jeunes n'ont aucune mémoire de l'avant Google. Il ne leur vient pas à l'idée d'aller en librairie (NDR : ah, l'odeur des livres !). Ils fonctionnent différemment, n'ont que faire des critiques de livres ou des suppléments littéraires des journaux." (...)L'article indique que "le livre-papier connait sans doute ses dernières heures, et que "l'avenir est au livre électronique", et l'une des licenciées d'ajouter : "Vous partez en voyage avec trente romans et cinq guides dans un ordinateur de poche. Qui s'en priverait ?" (NDR : moi !) et "Ce sera excellent pour l'environnement (NDR : il est vraiment à toutes les sauces celui-la !), mais les bibliothèques disparaîtront" (NDR ; je note le "mais" !).
Je n"arrive pas à m'imaginer interdit de sentir le papier, de tourner les pages, de voir les livres sur mes étagères. N'est-ce pas le syndrôme du Mohican ?
Un écrivain fan de Cohen
Qui connait Olivier Adam, écrivain invité de France Inter ce dimanche matin et qui considère Cohen comme "le Maître" ? Pas moi, pour l'instant, mais ça ne saurait tarder !
vendredi 9 janvier 2009
En hommage à Cécile, ma fille, qui aujourd'hui a doublé le nombre des fanatiques de mon blog !
Juste pour faire plaisir à son papa
Poésie urbaine
jeudi 8 janvier 2009
mercredi 7 janvier 2009
Après la guerre, la beauté
"Je restais tapi, le coeur battant, devant cette étrangère soudain livrée à la grâce trouble de son animalité pure. Les doigts s'attardaient, se ployaient dans les touffes souples, la tête renversée faisait de la gorge une averse pâle, tordait doucement les seins comme autour du manche d'un poignard. Elle ressemblait au tremblement qu'on voit à l'air au-dessus d'une flamme chaude. Pour la première fois, Vanessa s'était faite chair. Elle surgissait du reflux de mes rêveries fiévreuses, ferme et élastique comme une grève, faite pour la plante et la paume, une douce terre ameublie sous le fossé de pluie de sa chevelure."
p140 et 141 "Le rivage des Syrtes de Julien Gracq
p140 et 141 "Le rivage des Syrtes de Julien Gracq
mardi 6 janvier 2009
Mona Ki Ngi Xica, de BONGA
Bonga, découvert à Ouaga grace à Paul qui est aller chanter Mona Ki Ngi Xica ailleurs. Cet espace de blog lui est dédié.
lundi 5 janvier 2009
Encore une victime de la crise financière !
Ceci est une oeuvre du sculpteur farghestanais, Cadel Ubbale, performance hyper statique, strrructurrale et métaphorique de la crise financière dans laquelle les résidus (nous évidemment, symbolisés par gaines/boyaux et sphincters, tubes/organes de reproduction, contreplaqué/peau, fils de fer/cheveux, etc.) achevons, dans une ultime convulsion (désordre de la composition), notre misérable parcours terrestre (la roue de bicyclette) avachis dans le caniveau (que nous n'aurions jamais du quitter) puisqu'on nous avait bien dit et redit que le trottoir lui-même (métaphore de la réussite/angle supérieur droit gravillonné) nous était interdit (panneau) !
Neige sur Paris
Il neige aujourd'hui sur Paris.
Les berges de la Seine forment deux lèvres blanches
Entre lesquelles une eau sombre s'inquiète.
Des mouettes cruelles pourchassent en bandes fiévreuses
Les vapeurs glacées du fleuve.
Des arbres pachydermes aux membres trahis
Dressent leurs silhouettes pétrifiées
Comme pour s'échanger d'inavouables repentirs. .
Le ciel est si bas, si gris, si lourd
Qu'il grelotte la terre.
L'air frissonne de ces milliards de mondes minuscules
Qui s'épuisent sur le macadam.
Les passants ne passent plus ou bien seulement
Chassés, abandonnés de leurs ombres infidèles.
Il neigeait aujourd'hui sur Paris.
Cadel Ubbale
Les berges de la Seine forment deux lèvres blanches
Entre lesquelles une eau sombre s'inquiète.
Des mouettes cruelles pourchassent en bandes fiévreuses
Les vapeurs glacées du fleuve.
Des arbres pachydermes aux membres trahis
Dressent leurs silhouettes pétrifiées
Comme pour s'échanger d'inavouables repentirs. .
Le ciel est si bas, si gris, si lourd
Qu'il grelotte la terre.
L'air frissonne de ces milliards de mondes minuscules
Qui s'épuisent sur le macadam.
Les passants ne passent plus ou bien seulement
Chassés, abandonnés de leurs ombres infidèles.
Il neigeait aujourd'hui sur Paris.
Cadel Ubbale
dimanche 4 janvier 2009
Sermon de saint François d'Assise aux oiseaux et aux fusées
Et si saint François d'Assise, le Francesco Bernardone, fils du riche marchand Pietro Bernardone, le "Poverello" qui a 25 ans quitta sa vie de débauche pour se mettre au service des plus humbles et des plus mésireux, miséreux lui-même, revenait aujourd'hui dans sa ville pour tenter de parler aux hommes, révolté qu'il est d'avoir appris depuis le paradis où il repose que la municipalité d'Assise a décrété au mois d'avril 2008 l'interdiction de la mendicité aux abords de l'église ? Serait-il plus entendu qu'il y a huit siècles ? Non, hélas, il n'y aurait vraisemblablement que les oiseaux pour l'écouter. Et qui sont ces drôles d'oiseaux qui sillonnent le ciel ? Des fusées ? La fusée Production à qui "François parle de tous les faux besoins qui, quotidiennement rabaissent l'homme" ; la fusée Cupidité "qui organise un univers dans lequel la jouissance d'un milliard d'hommes sera payée par l'indigence de huit milliards d'autres" ; la fusée Désespoir lancée dans sa course vers "le Grand Nulle Part. Lancée par des hommes et des femmes qui ont trop calculé et trop accumulé, (...) qui n'ont fait que celà".
Cette petite (91 pages) fable très simple ponctuée d'accents de révolte a le mérite, en ces premiers jours d'Annus Horribilis", de nous interroger sur le "toujours plus". Bien sûr si on devait suivre le sermon d'aujourd'hui à la lettre, nous reviendrions plusieurs siècles en arrière, et les thèmes des héraults de la décroissance sont (presque) derrière chaque phrase. Bien sûr, ça manque parfois d'analyse plus en profondeur (mais le lecteur n'est-il pas là pour bosser également ?)
Mais certains passages sont très beaux et donnent à réfléchir :
"Avant de savoir, de posséder, de se souvenir, il faut regarder (...) apprendre à habiter le monde pour qu'il cesse de nous apparaître étranger" (débat sur l'école dite "libre" par ex).
"(...)la rationalisation de la production, l'amélioration de la marge opérationnelle ne combleront jamais l'insignifiance et le vide d'une vie dédiée à l'adoration des taux de croissance" (si tous les traders du monde voulaient bien lever leurs mains de leur claviers).
"Ce qui a terrifié François de retour parmi nous, ce n'est pas la vanité de l'argent, du pouvoir et des plaisirs qui nous occupent - elle n'est pas nouvelle -, mais la mort de la Beauté." (quand l'art s'humilie à exposer des animaux tronconnés dans le formol).
Cette petite (91 pages) fable très simple ponctuée d'accents de révolte a le mérite, en ces premiers jours d'Annus Horribilis", de nous interroger sur le "toujours plus". Bien sûr si on devait suivre le sermon d'aujourd'hui à la lettre, nous reviendrions plusieurs siècles en arrière, et les thèmes des héraults de la décroissance sont (presque) derrière chaque phrase. Bien sûr, ça manque parfois d'analyse plus en profondeur (mais le lecteur n'est-il pas là pour bosser également ?)
Mais certains passages sont très beaux et donnent à réfléchir :
"Avant de savoir, de posséder, de se souvenir, il faut regarder (...) apprendre à habiter le monde pour qu'il cesse de nous apparaître étranger" (débat sur l'école dite "libre" par ex).
"(...)la rationalisation de la production, l'amélioration de la marge opérationnelle ne combleront jamais l'insignifiance et le vide d'une vie dédiée à l'adoration des taux de croissance" (si tous les traders du monde voulaient bien lever leurs mains de leur claviers).
"Ce qui a terrifié François de retour parmi nous, ce n'est pas la vanité de l'argent, du pouvoir et des plaisirs qui nous occupent - elle n'est pas nouvelle -, mais la mort de la Beauté." (quand l'art s'humilie à exposer des animaux tronconnés dans le formol).
mardi 30 décembre 2008
L'inconnu du 1er janvier de la Porte de Champerret
Jeudi 1er janvier 2009, vers 15H30. Je suis en voiture et sur le chemin pour aller chercher mon fils ainé, F., à la gare Montparnasse. Depuis B., lieu de mon domicile, et compte tenu du jour et de l’heure, le trajet le plus pratique consiste à prendre la périphérique extérieur à la porte de Champerret, de sortir Porte de Brançion puis de longer les voies SNCF par les rues Castagnary et Falguière ; c’est tout droit jusqu’à la gare. Le tout est jouable en une demi-heure maximum.
Le feu passe au vert Porte de Champerret, et alors que je vais prendre la bretelle d’accès au périf, je remarque un homme qui fait du stop juste à l’entrée de cette bretelle. La quarantaine, plutôt bien habillé, un costume gris foncé, une serviette à la main. J’ai un moment d’hésitation et puis je me dis qu’on est le 1er janvier et que je pourrai bien faire quelque chose de sympa ; un truc qui ressemble à une bonne action. Je freine un peu au dernier moment et me gare plutôt sur la gauche le long des plots en plastiques ; ce qui irrite semble-t-il la grosse Mercedes qui me suit et me klaxonne copieusement. Normal, je n’ai pas mis mon clignotant, et le bon sens eut voulu que je me gare plutôt à droite. L’homme ouvre la porte avant et s’engouffre dans la voiture. Je lui dit bonjour et je lui demande où il va. « Porte d’Italie », me répond-il, assez direct et d’une voix essoufflée. « OK, c'est mon chemin, mais je vous laisserai Porte de Brançion car je vais à Montparnasse ; qu’est-ce qui vous arrive ? ». « Problème de voiture. » Toujours assez direct et ponctué d’un gros soupir. L’homme regarde devant lui. Le périphérique est dégagé. Tout en roulant, je l’observe du coin de l’œil. Il est un peu ramassé, vouté. Il est grimaçant. Sa serviette est entre ses jambes. Il sent un peu fort la transpiration, la poussière, le gaz d’échappement.
- « Je m’excuse », dit-il subitement comme s'il avait interprété mes pensées, « je sens un peu fort , mais je suis dans une vraie galère depuis ce matin. »
- « Qu’est-ce qui vous arrive ? »
L’homme se retourne vers moi, je remarque un défaut dans son œil gauche qui est mi-clos. Il se lance dans un discours saccadé, un peu agressif.
- « Je me suis fait tout voler ce matin à Compiègne. J’étais à la terrasse d’un café et j’avais laissé sur la table mon portefeuille et les clés de ma voiture. Trois types sont passés en courant et ils m’ont tout piquer. Ils avaient du repérer ma voiture. Vous savez, Monsieur, il vaut mieux ne pas perdre tous ses papiers et les clés de sa voiture un 1er janvier en France. Et puis l'assurance ne veut rien savoir car il n'y a pas eu d'effraction. Je suis dans la merde."
- "Vous auriez du casser votre serrure", lui dis-je
Il me regarde d'un drôle d'air. J'ai sans doute du dire une connerie. Il poursuit.
- "Je suis allé voir les flics et tout ce qu’ils m’ont dit c’est que c’était pas étonnant, qu’avec une voiture comme ça, on attisait les convoitises… Je leur ai répliqué qu'étant donné que je refile 68% de mes revenus au fisc, alors avec les 32% restant, j’ai quand même le droit de m’acheter la voiture que je veux ; on est en démocratie ! ».
- « Et vous avez quoi comme voiture ? »
- « Un Q7 »
Je ne sais pas ce que c’est qu’un « Q7 », et ça doit se voir, puisque l’homme me précise immédiatement :
- « Vous savez, le 4X4 Audi, la grosse. Je n'ai de compte à rendre à personne. Je travail suffisamment, alors si j’ai envie de m’acheter une voiture, je me l’achète, non ? ».
J’ai envie de lui dire que je trouve complètement débile d’avoir une bagnole aussi grosse, mais je m’abstiens ; je n’ai pas non plus envie de partir avec ce type sur un débat au sujet des 4X4, l’avenir de la planète, les riches, les pauvres, les fonctionnaires qui foutent rien et ceux du privé qui travaillent.
- « Et qu’est-ce que vous faites à Compiègne ? »
- « Je n’habite pas à Compiègne, je vous ai dit que j’étais de Dijon »
Je n'ai pas le souvenir qu'il m'ait parlé de Dijon.
- « Ah bon ? Oui, et alors, à Dijon ? »
- « Je suis dans les ressources humaines, j’ai monté mon cabinet en libéral il y a 9 ans ; je suis consultant pour des sociétés qui licencient du personnel. Avant, j’étais DRH dans une entreprise dont le siège social était à Dijon ; celle qui ferme ses portes là, en ce moment, vous avez du en entendre parler sans doute. »
- « Oui, je vois ». Je me rappelle vaguement d’une information de ce genre, mais impossible de me souvenir du nom de l’entreprise.
Fichtre, me dis-je, un type qui roule en 4X4 et dont le job est d’aider les boîtes à se débarrasser de leurs employés ; la timbale !
- « Et puis je suis hyperdiabétique. Vous ne savez pas ce que sais que de vivre avec une sonde en permanence branchée à une réserve d’insuline. Si je ne mange pas, je vais crever. »
- « Mais non, ne dites pas ça »
- « Si, je vais crever, je le sais. Sauter deux repas, c’est pas possible. Je vais faire un malaise. Je ne vois déjà plus les couleurs. »
En disant ça l’homme me regarde avec insistance. Il parle d’un ton un peu agressif comme quelqu’un en bout de course. Il est essoufflé. Il se plie un peu vers l’avant en se tenant le ventre.
- «Il faut que vous alliez à l’hôpital, aux urgences »
- « Mais à l’hôpital, ils s’en foutent. » Me répond-il sur un ton agacé. "J’y suis allé ce matin, mais ils m’ont dit que j’avais tout : la réserve d’insuline, la sonde, …que mon cas relevait plus de l’hôtellerie-restaurant que de l’hôpital. On voit que vous ne savez pas ce que c’est de nos jours de tout avoir perdu un premier janvier en France. »
Evidemment, je suis un peu désemparé. C'est vrai, il m'arrive de perdre (régulièrement) ma carte de crédit, mes papiers, mes clés de voiture, mais j'avoue ne pas avoir l'expérience de la simultanéité des emmerdes. Quoi lui dire ? De toute façon, je n’ai pas le temps de réfléchir car il enchaine avec un débit de plus en plus saccadé.
- « Je vais Porte d’Italie car mon amie a un appartement là-bas, mais elle n’est pas là en ce moment ; elle est à l’étranger, elle ne revient que demain et je n’ai pas les clés. Voilà tout ce qu’il me reste. » Il me met sous les yeux une vieille carte d’identité crasseuse sur les bords. « Vous croyez qu’on peut faire quelque chose avec ça ? Tout est fermé aujourd’hui. Je sais que je vais mourir, mais c’est pas grave, tant pis, il faut bien crever un jour. »
- « Mais ne dites pas ça … »
- « Vous êtes commercial ? »
- « ??? »
- « Oui, je dis ça car j’ai vu votre vignette d’assurance, là en bas de votre pare-brise, c’est Gras-Savoye ; c’est une voiture de fonction ? »
- « Oui, en quelque sorte… » Je suis quand même très surpris que l’homme désespéré d’il y a quelques secondes puisse disposer encore de la curiosité déductive de faire le lien entre le nom d’un assureur et mes fonctions professionnelles.
- « Quand j’étais DRH, nos commerciaux étaient tous assurés chez Gras-Savoye. »
- « Ah bon ». Je dois vraiment avoir l’air d’un con.
Nous sommes maintenant au niveau d’Issy les Moulineaux. On peut voir une forêt de grues à tours métalliques et des panneaux publicitaires qui vantent les mérites d’un futur programme de bureaux qui sera plus « HQE » encore que jamais. La planète peut être tranquille et dormir sur ses deux pôles : les promoteurs prennent soin d’elle !
- « Je travaille un peu dans ce secteur », lui dis-je en essayant d’avoir un minimum de contenance et en montrant de la main les chantiers de béton. « Mais je ne peux pas dire que je sois uniquement commercial ; je réponds à des offres… »
- « Ah oui, je vois, la construction, vous répondez à des appels d’offres publics », répond-il avec beaucoup d’assurance, comme s’il semblait connaître parfaitement mon secteur d’activité.
Ce type est assez troublant. Je manque d’à-propos lucides qui devraient me conduire à lui dire qu’il a certainement des amis, qu’on peut les appeler si il veut. C’est vrai, avec une situation comme il a, un 4X4 monstrueux, une profession libérale qui doit lui permettre, malgré ses revenus déclarés imposés à 68%, de mettre un peu de black à gauche chroniquement, il doit bien avoir quelques amis que l’on pourrait joindre, il joue sans doute au golf, peut être qu’il est au Rotary… En même temps je me demande comment je vais me sortir de cette rencontre, si j’ai bien fait de faire monter ce type dans ma voiture, s’il ne va pas me sortir un cutter de sa serviette que je vois toujours coincée entre ses jambes. Je pense au psychopathe d’Aix en Provence qui s’est enfui il y a deux jours de son asile (le gars avait quand même été interné pour avoir exécuté à coups de hache le concubin de sa grand-mère !), cet « individu très dangereux » (comme il est dénommé par toutes les radios qui se délectent de cette opportunité de livrer aux ondes un peu de croustillant sanguinolent durant la trêve des confiseurs), il pourrait bien avoir traversé la France et se retrouver aujourd’hui sur le bord du périphérique à faire du stop, se faire embarquer par un couillon comme moi, taraudé par sa conscience judéo-chrétienne, et s’appliquer à faire que ledit couillon achève sa brève existence médiatique dans les colonnes « faits divers » atrocement mutilé à coups de cutter ! Mais mon passager ne me laisse pas le temps d'imaginer le pire. Il reprend.
- « Je souffre. Vous ne savez pas ce que c’est que d’être hyperdiabétique le 1er janvier en France et de savoir qu’on va crever comme un chien car on n’a plus ses papiers ; je sens que je vais crever ; je vais mourir de suffocations, j’ai des maux de têtes, j’ai la gorge gonflée, … »
Effectivement, me dis-je, il a raison : je ne sais pas vraiment ce que c’est, et en plus j’avoue égoïstement que ça correspond à une expérience qui ne me tente que très moyennement ; j’ai toujours manqué de curiosité et, c'est vrai, la misère sur un plan personnel est une situation que je préfère examiner d’un point de vue extérieur.
J’aperçois avec un certain soulagement le panneau indicateur signalant la sortie prochaine Porte de Brançion ; avec un certain soulagement et aussi une légère angoisse. Que va-t-il me demander en final ? Va-t-il « cracher le morceau » que je ne peux pas le larguer comme ça, que si je fais ça je le condamne à une mort certaine, que je dois bien avoir un lit pour l’accueillir, etc. S’il me dit ça, qu’est-ce que je vais lui répondre ? Je pense au couple d’auto-stoppeurs allemands que j’avais accueillis pour une nuit à la maison, il y a quelques années. C’était en juillet. Me ventant de cet exploit, ma famille avait été unanime pour me dire que j’étais « innocent », que j’étais même un peu « malade », qu’il y avait ma fille dans la maison (elle m’a avoué plus tard s’être enfermée à clef dans sa chambre !) et qu’elle aurait pu être violée par le type. Mes arguments comme quoi je les avais pris à Poitiers et que nous avions parlé ensemble plus de trois heures avant d’arriver sur Paris, qu’ils m’avaient dit revenir d’une marche de plusieurs semaines sur les Chemins de Compostelle, que nous avions pu échanger sur leurs convictions, leurs situations actuelles (lui était menuisier et elle étudiante en histoire des religions), la ville où ils habitaient, les villes dont ils étaient originaires, etc., et qu’ainsi il était légitime de penser que je pouvais m’être forgé une opinion objective sur ce couple de jeunes « terroristes », n’avait convaincu personne. Je restais un indécrottable naïf dont n’importe qui pouvait abuser. Et même après avoir découvert qu’ils avaient dormi dans un lit, près d’une table de nuit sur laquelle il y avait une enveloppe non cachetée pleine de billets (pour plus de 1000 euros !) destinée à être remise à un de mes neveux qui devait partir à l’autre bout du monde quelques jours après, et qu’ils avaient certainement du se rendre compte de ma négligence puisqu’ils avaient laissé sur l’enveloppe un petit mot très touchant de remerciement ; aucune réhabilitation n'avait été prononcée : le naïf s’était vu doublé d’un inconscient !
Bon, dans le cas présent, j’avais passé moins de vingt minutes en compagnie de l’ex DRH et j’avoue que mon enthousiasme vis-à-vis de ce type s’établissait assez largement en-dessous de la moyenne, même s’il m’inspirait un réel sentiment de pitié. Il était de hors question de le ramener à la maison et de l’héberger : scandale au foyer !
Voilà la Porte de Brançion et sa bretelle de sortie. Ca fait quelques secondes que dans la voiture règne un silence chargé d’un cocktail un peu lourd de sentiments diffus : reproche, culpabilité, gêne, pitié, interrogation, …
- « Je ne sais pas ce que je vais faire maintenant. », tranche mon passager, « il va faire – 4 cette nuit, pour moi, c’est la fin. » Il hoche la tête et pousse des soupirs immenses.
- « Mais non, vous allez rencontrer une autre personne qui va vous aider », lui dis-je, sur un ton moyennement convaincu.
- « Je vais être à cours d’insuline, et à l’hôpital il faut être sur le point de crever pour qu’ils vous aident », me rétorque-t-il comme s’il m’accusait d’être complice de la déficience des services publics.
Ca y est, j’ai décidé : je vais lui donner un peu d’argent. Je sais que j’ai un ou deux billets dans la poche de mon jean. Je m’arrête. Je sors un billet de vingt euros et un de dix. Je lui tends les dix euros.
- « Non, je ne peux pas, je n’accepte que ce que je peux pas rendre », me dit-il, tout en prenant le billet. Je lui réponds :
- « Allez, prenez, je ne peux pas faire grand chose de plus, je regrette, »
- « Vous savez que je vais mourir, nous ne nous reverrons pas, Monsieur », et il sort de la voiture ; juste avant de refermer la porte, il lâche assez solennel, comme le ferait un supplicié face à l’échafaud, avec cette conscience de la postérité dont seules les figures historiques savent témoigner dans les instants les plus cruciaux : « adieu »
Le feu est au rouge et il est à côté de la voiture, secoué de spasmes, plié en deux en toussant comme un tuberculeux au stade terminal. Je l’observe encore quelques secondes dans mon rétroviseur alors que je suis reparti. Il n’a vraiment pas l’air en grande forme.
Suis-je un barbare ? Qui est cet homme ? Un affabulateur ? Un mythomane ? Un pauvre type réellement hyperdiabétique et dans une galère noire ? Un remarquable comédien qui en était peut-être à son 3 ou 4ème tour de périphérique et était parvenu à pigeonner une bonne dizaine de gusses comme moi ?
Et par dessus le marché, j’ai oublié de lui souhaiter une bonne année !
Le feu passe au vert Porte de Champerret, et alors que je vais prendre la bretelle d’accès au périf, je remarque un homme qui fait du stop juste à l’entrée de cette bretelle. La quarantaine, plutôt bien habillé, un costume gris foncé, une serviette à la main. J’ai un moment d’hésitation et puis je me dis qu’on est le 1er janvier et que je pourrai bien faire quelque chose de sympa ; un truc qui ressemble à une bonne action. Je freine un peu au dernier moment et me gare plutôt sur la gauche le long des plots en plastiques ; ce qui irrite semble-t-il la grosse Mercedes qui me suit et me klaxonne copieusement. Normal, je n’ai pas mis mon clignotant, et le bon sens eut voulu que je me gare plutôt à droite. L’homme ouvre la porte avant et s’engouffre dans la voiture. Je lui dit bonjour et je lui demande où il va. « Porte d’Italie », me répond-il, assez direct et d’une voix essoufflée. « OK, c'est mon chemin, mais je vous laisserai Porte de Brançion car je vais à Montparnasse ; qu’est-ce qui vous arrive ? ». « Problème de voiture. » Toujours assez direct et ponctué d’un gros soupir. L’homme regarde devant lui. Le périphérique est dégagé. Tout en roulant, je l’observe du coin de l’œil. Il est un peu ramassé, vouté. Il est grimaçant. Sa serviette est entre ses jambes. Il sent un peu fort la transpiration, la poussière, le gaz d’échappement.
- « Je m’excuse », dit-il subitement comme s'il avait interprété mes pensées, « je sens un peu fort , mais je suis dans une vraie galère depuis ce matin. »
- « Qu’est-ce qui vous arrive ? »
L’homme se retourne vers moi, je remarque un défaut dans son œil gauche qui est mi-clos. Il se lance dans un discours saccadé, un peu agressif.
- « Je me suis fait tout voler ce matin à Compiègne. J’étais à la terrasse d’un café et j’avais laissé sur la table mon portefeuille et les clés de ma voiture. Trois types sont passés en courant et ils m’ont tout piquer. Ils avaient du repérer ma voiture. Vous savez, Monsieur, il vaut mieux ne pas perdre tous ses papiers et les clés de sa voiture un 1er janvier en France. Et puis l'assurance ne veut rien savoir car il n'y a pas eu d'effraction. Je suis dans la merde."
- "Vous auriez du casser votre serrure", lui dis-je
Il me regarde d'un drôle d'air. J'ai sans doute du dire une connerie. Il poursuit.
- "Je suis allé voir les flics et tout ce qu’ils m’ont dit c’est que c’était pas étonnant, qu’avec une voiture comme ça, on attisait les convoitises… Je leur ai répliqué qu'étant donné que je refile 68% de mes revenus au fisc, alors avec les 32% restant, j’ai quand même le droit de m’acheter la voiture que je veux ; on est en démocratie ! ».
- « Et vous avez quoi comme voiture ? »
- « Un Q7 »
Je ne sais pas ce que c’est qu’un « Q7 », et ça doit se voir, puisque l’homme me précise immédiatement :
- « Vous savez, le 4X4 Audi, la grosse. Je n'ai de compte à rendre à personne. Je travail suffisamment, alors si j’ai envie de m’acheter une voiture, je me l’achète, non ? ».
J’ai envie de lui dire que je trouve complètement débile d’avoir une bagnole aussi grosse, mais je m’abstiens ; je n’ai pas non plus envie de partir avec ce type sur un débat au sujet des 4X4, l’avenir de la planète, les riches, les pauvres, les fonctionnaires qui foutent rien et ceux du privé qui travaillent.
- « Et qu’est-ce que vous faites à Compiègne ? »
- « Je n’habite pas à Compiègne, je vous ai dit que j’étais de Dijon »
Je n'ai pas le souvenir qu'il m'ait parlé de Dijon.
- « Ah bon ? Oui, et alors, à Dijon ? »
- « Je suis dans les ressources humaines, j’ai monté mon cabinet en libéral il y a 9 ans ; je suis consultant pour des sociétés qui licencient du personnel. Avant, j’étais DRH dans une entreprise dont le siège social était à Dijon ; celle qui ferme ses portes là, en ce moment, vous avez du en entendre parler sans doute. »
- « Oui, je vois ». Je me rappelle vaguement d’une information de ce genre, mais impossible de me souvenir du nom de l’entreprise.
Fichtre, me dis-je, un type qui roule en 4X4 et dont le job est d’aider les boîtes à se débarrasser de leurs employés ; la timbale !
- « Et puis je suis hyperdiabétique. Vous ne savez pas ce que sais que de vivre avec une sonde en permanence branchée à une réserve d’insuline. Si je ne mange pas, je vais crever. »
- « Mais non, ne dites pas ça »
- « Si, je vais crever, je le sais. Sauter deux repas, c’est pas possible. Je vais faire un malaise. Je ne vois déjà plus les couleurs. »
En disant ça l’homme me regarde avec insistance. Il parle d’un ton un peu agressif comme quelqu’un en bout de course. Il est essoufflé. Il se plie un peu vers l’avant en se tenant le ventre.
- «Il faut que vous alliez à l’hôpital, aux urgences »
- « Mais à l’hôpital, ils s’en foutent. » Me répond-il sur un ton agacé. "J’y suis allé ce matin, mais ils m’ont dit que j’avais tout : la réserve d’insuline, la sonde, …que mon cas relevait plus de l’hôtellerie-restaurant que de l’hôpital. On voit que vous ne savez pas ce que c’est de nos jours de tout avoir perdu un premier janvier en France. »
Evidemment, je suis un peu désemparé. C'est vrai, il m'arrive de perdre (régulièrement) ma carte de crédit, mes papiers, mes clés de voiture, mais j'avoue ne pas avoir l'expérience de la simultanéité des emmerdes. Quoi lui dire ? De toute façon, je n’ai pas le temps de réfléchir car il enchaine avec un débit de plus en plus saccadé.
- « Je vais Porte d’Italie car mon amie a un appartement là-bas, mais elle n’est pas là en ce moment ; elle est à l’étranger, elle ne revient que demain et je n’ai pas les clés. Voilà tout ce qu’il me reste. » Il me met sous les yeux une vieille carte d’identité crasseuse sur les bords. « Vous croyez qu’on peut faire quelque chose avec ça ? Tout est fermé aujourd’hui. Je sais que je vais mourir, mais c’est pas grave, tant pis, il faut bien crever un jour. »
- « Mais ne dites pas ça … »
- « Vous êtes commercial ? »
- « ??? »
- « Oui, je dis ça car j’ai vu votre vignette d’assurance, là en bas de votre pare-brise, c’est Gras-Savoye ; c’est une voiture de fonction ? »
- « Oui, en quelque sorte… » Je suis quand même très surpris que l’homme désespéré d’il y a quelques secondes puisse disposer encore de la curiosité déductive de faire le lien entre le nom d’un assureur et mes fonctions professionnelles.
- « Quand j’étais DRH, nos commerciaux étaient tous assurés chez Gras-Savoye. »
- « Ah bon ». Je dois vraiment avoir l’air d’un con.
Nous sommes maintenant au niveau d’Issy les Moulineaux. On peut voir une forêt de grues à tours métalliques et des panneaux publicitaires qui vantent les mérites d’un futur programme de bureaux qui sera plus « HQE » encore que jamais. La planète peut être tranquille et dormir sur ses deux pôles : les promoteurs prennent soin d’elle !
- « Je travaille un peu dans ce secteur », lui dis-je en essayant d’avoir un minimum de contenance et en montrant de la main les chantiers de béton. « Mais je ne peux pas dire que je sois uniquement commercial ; je réponds à des offres… »
- « Ah oui, je vois, la construction, vous répondez à des appels d’offres publics », répond-il avec beaucoup d’assurance, comme s’il semblait connaître parfaitement mon secteur d’activité.
Ce type est assez troublant. Je manque d’à-propos lucides qui devraient me conduire à lui dire qu’il a certainement des amis, qu’on peut les appeler si il veut. C’est vrai, avec une situation comme il a, un 4X4 monstrueux, une profession libérale qui doit lui permettre, malgré ses revenus déclarés imposés à 68%, de mettre un peu de black à gauche chroniquement, il doit bien avoir quelques amis que l’on pourrait joindre, il joue sans doute au golf, peut être qu’il est au Rotary… En même temps je me demande comment je vais me sortir de cette rencontre, si j’ai bien fait de faire monter ce type dans ma voiture, s’il ne va pas me sortir un cutter de sa serviette que je vois toujours coincée entre ses jambes. Je pense au psychopathe d’Aix en Provence qui s’est enfui il y a deux jours de son asile (le gars avait quand même été interné pour avoir exécuté à coups de hache le concubin de sa grand-mère !), cet « individu très dangereux » (comme il est dénommé par toutes les radios qui se délectent de cette opportunité de livrer aux ondes un peu de croustillant sanguinolent durant la trêve des confiseurs), il pourrait bien avoir traversé la France et se retrouver aujourd’hui sur le bord du périphérique à faire du stop, se faire embarquer par un couillon comme moi, taraudé par sa conscience judéo-chrétienne, et s’appliquer à faire que ledit couillon achève sa brève existence médiatique dans les colonnes « faits divers » atrocement mutilé à coups de cutter ! Mais mon passager ne me laisse pas le temps d'imaginer le pire. Il reprend.
- « Je souffre. Vous ne savez pas ce que c’est que d’être hyperdiabétique le 1er janvier en France et de savoir qu’on va crever comme un chien car on n’a plus ses papiers ; je sens que je vais crever ; je vais mourir de suffocations, j’ai des maux de têtes, j’ai la gorge gonflée, … »
Effectivement, me dis-je, il a raison : je ne sais pas vraiment ce que c’est, et en plus j’avoue égoïstement que ça correspond à une expérience qui ne me tente que très moyennement ; j’ai toujours manqué de curiosité et, c'est vrai, la misère sur un plan personnel est une situation que je préfère examiner d’un point de vue extérieur.
J’aperçois avec un certain soulagement le panneau indicateur signalant la sortie prochaine Porte de Brançion ; avec un certain soulagement et aussi une légère angoisse. Que va-t-il me demander en final ? Va-t-il « cracher le morceau » que je ne peux pas le larguer comme ça, que si je fais ça je le condamne à une mort certaine, que je dois bien avoir un lit pour l’accueillir, etc. S’il me dit ça, qu’est-ce que je vais lui répondre ? Je pense au couple d’auto-stoppeurs allemands que j’avais accueillis pour une nuit à la maison, il y a quelques années. C’était en juillet. Me ventant de cet exploit, ma famille avait été unanime pour me dire que j’étais « innocent », que j’étais même un peu « malade », qu’il y avait ma fille dans la maison (elle m’a avoué plus tard s’être enfermée à clef dans sa chambre !) et qu’elle aurait pu être violée par le type. Mes arguments comme quoi je les avais pris à Poitiers et que nous avions parlé ensemble plus de trois heures avant d’arriver sur Paris, qu’ils m’avaient dit revenir d’une marche de plusieurs semaines sur les Chemins de Compostelle, que nous avions pu échanger sur leurs convictions, leurs situations actuelles (lui était menuisier et elle étudiante en histoire des religions), la ville où ils habitaient, les villes dont ils étaient originaires, etc., et qu’ainsi il était légitime de penser que je pouvais m’être forgé une opinion objective sur ce couple de jeunes « terroristes », n’avait convaincu personne. Je restais un indécrottable naïf dont n’importe qui pouvait abuser. Et même après avoir découvert qu’ils avaient dormi dans un lit, près d’une table de nuit sur laquelle il y avait une enveloppe non cachetée pleine de billets (pour plus de 1000 euros !) destinée à être remise à un de mes neveux qui devait partir à l’autre bout du monde quelques jours après, et qu’ils avaient certainement du se rendre compte de ma négligence puisqu’ils avaient laissé sur l’enveloppe un petit mot très touchant de remerciement ; aucune réhabilitation n'avait été prononcée : le naïf s’était vu doublé d’un inconscient !
Bon, dans le cas présent, j’avais passé moins de vingt minutes en compagnie de l’ex DRH et j’avoue que mon enthousiasme vis-à-vis de ce type s’établissait assez largement en-dessous de la moyenne, même s’il m’inspirait un réel sentiment de pitié. Il était de hors question de le ramener à la maison et de l’héberger : scandale au foyer !
Voilà la Porte de Brançion et sa bretelle de sortie. Ca fait quelques secondes que dans la voiture règne un silence chargé d’un cocktail un peu lourd de sentiments diffus : reproche, culpabilité, gêne, pitié, interrogation, …
- « Je ne sais pas ce que je vais faire maintenant. », tranche mon passager, « il va faire – 4 cette nuit, pour moi, c’est la fin. » Il hoche la tête et pousse des soupirs immenses.
- « Mais non, vous allez rencontrer une autre personne qui va vous aider », lui dis-je, sur un ton moyennement convaincu.
- « Je vais être à cours d’insuline, et à l’hôpital il faut être sur le point de crever pour qu’ils vous aident », me rétorque-t-il comme s’il m’accusait d’être complice de la déficience des services publics.
Ca y est, j’ai décidé : je vais lui donner un peu d’argent. Je sais que j’ai un ou deux billets dans la poche de mon jean. Je m’arrête. Je sors un billet de vingt euros et un de dix. Je lui tends les dix euros.
- « Non, je ne peux pas, je n’accepte que ce que je peux pas rendre », me dit-il, tout en prenant le billet. Je lui réponds :
- « Allez, prenez, je ne peux pas faire grand chose de plus, je regrette, »
- « Vous savez que je vais mourir, nous ne nous reverrons pas, Monsieur », et il sort de la voiture ; juste avant de refermer la porte, il lâche assez solennel, comme le ferait un supplicié face à l’échafaud, avec cette conscience de la postérité dont seules les figures historiques savent témoigner dans les instants les plus cruciaux : « adieu »
Le feu est au rouge et il est à côté de la voiture, secoué de spasmes, plié en deux en toussant comme un tuberculeux au stade terminal. Je l’observe encore quelques secondes dans mon rétroviseur alors que je suis reparti. Il n’a vraiment pas l’air en grande forme.
Suis-je un barbare ? Qui est cet homme ? Un affabulateur ? Un mythomane ? Un pauvre type réellement hyperdiabétique et dans une galère noire ? Un remarquable comédien qui en était peut-être à son 3 ou 4ème tour de périphérique et était parvenu à pigeonner une bonne dizaine de gusses comme moi ?
Et par dessus le marché, j’ai oublié de lui souhaiter une bonne année !
d'Alfred de Musset tiré du "Le fils de Titien, amour à la vénitienne"
"En quelque circonstance qu'on se trouve, il est impossible de voir une femme parfaitement belle sans étonnement et sans respect (...) il est curieux que ce qui est véritablement beau est l'ouvrage du temps et du recueillement, et qu'il n'y a pas de vrai génie sans patience."
J'ai oublié d'indiquer que ces quelques mots sont dédiés à mon épouse, bien entendu...
J'ai oublié d'indiquer que ces quelques mots sont dédiés à mon épouse, bien entendu...
lundi 29 décembre 2008
Les gratte-ciels de Shangaï sont des copies !
Selon une étude publiée en mars par le Shanghai Daily, la structure des gratte-ciels de Shangaï ne résisterait pas à d'éventuels tremblements de terre : la moitié de l'acier acheté par les constructeurs de la ville ne remplit pas les critères essentiels de qualité et de résistance définis par les autorités chinoises. Certains échantillons prélevés pèsent même moins lourd que le fer, alors que le fer est le principal composant de l'acier.
mardi 23 décembre 2008
"Les phrases du jour" Archives
Défaite de la pensée
Le sentiment que le concept de vérité objective est en passe de disparaître du monde ... m'effraie bien plus que les bombes."
Georges ORWELL
Georges ORWELL
Super fête à Thouars !
Léonard Cohen
Post Vérité
Fake
Pour moi la poésie est une réalité. La poésie n'est pas une chose différente. La poésie est le plus vrai reportage d'une situation intérieure ou extérieure.
"Ce qui peut arriver de mieux à un écrivain est d'avoir eu une enfance malheureuse."
se tiendre (autrement) :-)
"Obligé par le malheur des temps de faire à la fois une oeuvre et une besogne."
A des retraités mécontents, Macron a répondu en citant une conversation survenue quelques minutes plus tôt avec le petit-fils de Charles de Gaulle : "Il m'a dit, on pouvait parler très librement mais la seule chosequ'on n'avait pas le droit de faire, c'est se plaindre. C'est une bonne pratique qu'avait le Général !", a affirmé le président de la République avant d'ajouter : "Le pays se tiendrait autrement si on était comme ça".
Dérèglement climatique
Migrants
Frappes (aériennes)
Inclusif (une société inclusive)
Jean-Luc Marion in Philosophie Magazine avril 2017
Black Friday : une contamination consumériste de plus !
Populisme : qualifie un comportement qui flatte les instincts triviaux de tout un chacun en lui évitant l'effort de s'interroger, précisément, sur ses instincts triviaux.JN Spuarte
"Nos imaginaires sont colonisés par l'ivresse du surmenage."Gaël Giraud
Confiance : qui ne s'acquiert ni par l'argent, ni par le pouvoir, mais par une indicible relation que seul le temps et les faits parviennent à révéler.JN Spuarte
Grève : mot désuet désignant l'agitation d'une minorité engagée pour la défense de droits qu'une majorité muette s'empressera d'adopter
"Au bout du compte, je crois, nous sommes tous libres de nos choix."Jonathan Coe. "Numéro 11"
"On peut dire que l'histoire de la culture moderne n'a pas été autre chose que l'opposition continuelle entre l'exigence d'un ordre et le besoin de distinguer dans le monde une forme changeante, ouverte à l'aventure, imprégnée de possibilités.Umberto Eco. 1962. (Art. paru dans Le Monde supplément livres 13/05/16)
Bienveillance ou bienveillant
Ce sont des mots qu'on ne cesse de voir dans la presse depuis quelque temps. Tout est bienveillant : la pédagogie, le management, le Pape François, le travail, Nuit debout, et même Macron (of course) !
"Tant qu'on me laissera écrire, je montrerai qu'il fut une époque où l'on croyait en la victoire de la morale sur les instincts, en la force de l'esprit et en sa capacité de maîtriser les pulsions meurtières de la horde."Sandor Maraï "Les Confessions d'un bourgeois"
... la seule chose, le seul carburant inépuisable de l'humanité, il n'y en a pas deux, c'est l'intelligence, et l'intelligence collective, l'inventivité collective."Pierre-Michel MENGER
Il faut choisir : ne rien faire ou être libre.
Il faut penser la catastrophe comme ayant déjà eu lieu pour avoir une chance de l'éviter.Jean-Pierre Dupuy (sur les pas du philosophe Hans Jonas)
Ceux qui ne sont guidés que par le désir de pouvoir ne sont pas en général des gens très intéressants. Ils ne sont traversés par aucun doute.Patrick Deville. Entretiens, paru dans la revue Transfuge. septembre 2014
Je pense que la période 1989/2020 représentera un tournant historique au cours duquel, s'il n'y a pas de résistance, on détruira deux à trois siècles de progrès social, intellectuel et culturel (...). L'obscurantisme est revenu mais cette fois, nous avons affaire à des gens qui se recommandent de la raison. Là devant, on ne peut pas se taire.
""La culture d'un homme se mesure à sa capacité à apprécier les choses. Nous sommes ce que nous apprécions, rien de plus."
Pour me montrer intelligent
"Paréidolie"Du grec ancien "para" (à côté de), et "eidôlon" (apparence, forme), consiste à associer un stimulus visuel informe à un élément identifiable, souvent une forme humaine ou animale.
Or, comme chacun sait, toute adaptation est un déchirement."
"Une carte du monde qui n’inclurait pas l’Utopie, n’est pas digne d’un regard, car elle écarte le seul pays auquel l’Humanité sans cesse aborde."
Extrait texte exposition sur le cinéma et les écrans au Musée San Telmo de San Sebastian"
"La nuit, je pense à ces choses. Je suis satisfait de ce que je sais, mais à présent je pense beaucoup à tout ce que j'aurais pu savoir, qui aurait été bien plus que tout ce que je peux apprendre maintenant, qui a disparu à jamais maintenant."
Daniel Mendelsohn "Les disparus"
"Tweet"Gazouillis en anglais.
Peut effectivement servir à véhiculer des noms d'oiseaux, pourvu qu'ils ne dépassent pas 140 caractères.
Personnellement je ne parviens pas à comprendre l'intérêt du "tweet" sauf à parvenir à commettre inévitablement un jour une bourde à l'occasion d'un envoi mal maîtrisé.
Peut-on tourner 7 fois son tweet dans la bouche avant de tweeter ?
C'est à l'évidence ce qu'aurait du faire Mme Tweetweiller...
"Palais de l'Elysée"Architecte : Armand-Claude Mollet en 1720
Premier propriétaire : Louis Henri de la Tour d'Auvergne, comte d'Evreux
Offert à la Marquise de Pompadour par le roi Louis XV en 1753.
Palais princier de Joachim Murat, beau-frère de Napoléon 1er, en 1805
Résidence impériale des deux napoléons
Souvenons-nous que dans la mythologie grecque, les champs Elysées désignaient une région paradisiaque des Enfers, réservée aux hommes vertueux et aux héros !...
" Il y a d'abord Totoche, le dieu de la bêtise, avec son derrière rouge de singe, sa tête d'intellectuel primaire, son amour éperdu des abstractions ; en 1940, il était le chouchou et le doctrinaire des allemands ; aujourd'hui, il se réfugie de plus en plus dans la science pure, et on peut le voir souvent penché sur l'épaule de nos savants ; à chaque explosion nucléaire son ombre se dresse un peu plus haut sur la terre ; sa ruse préférée consiste à donner à la bêtise une forme géniale et à recruter parmi nous nos grands hommes pour assurer notre propre destruction. "
Romain Gary "La promesse de l'aube"
" Le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs d'oeuvre "
Anatole France
" On ne s'exprime pas sans raison. Mais l'expression est une raison en soi. "
Ai Weiwei
" Les vieux messieurs arrachés pour un moment à leurs tables de bridge et à leur rocking-chair applaudissaient de leurs mains parcheminées, leurs faibles voix couvertes par les vivats aigus des cocottes décolletées penchées à leurs côtés, offrant comme dans des corbeilles leurs seins éblouissants, leurs lèvres ouvertes sur les humides grottes roses de leurs bouches aux dents éblouissantes, et jetant des fleurs. "
Claude Simon "L'Acacia"
PioupiouDésigne un jeune fantassin. Le mot est dû à Antoine-François Varner dans une comédie publiée en 1838 et intitulée Le Pioupiou. Ce mot a ensuite connu un grand succès dans le sillage de la chanson de Montéhus, Gloire au 17e, composée en souvenir de la mutinerie des soldats du 17e régiment d'infanterie de Narbonne qui avaient refusé de tirer sur les manifestants lors de la révolte des vignerons du Languedoc en 1907. Après 1914, le mot « pioupiou » a subi de nombreuses concurrences, notamment celles de « bidasse » et de « troufion » qui l'ont supplanté dans le langage courant.
Le "pioupiou" peut également désigner le quidam, le type ordinaire, le "pékin" moyen ; vous et moi, donc.
On nous prend pour des "pioupious" pourrait être le cœur de la conscience politique des élections présidentielles...
Sérendipidité Wikipédia nous dit qu'il s'agit d'un fait consistant à réaliser une découverte inattendue grâce au hasard et à l'intelligence, au cours d'une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte.
Contre-exemple : Claude Guéant qui découvre que les "civilisations ne seraient pas toutes égales" ne fait pas de sérendipidité, mais commet une allégation qui n'est due ni au hasard ni à l'intelligence
" La création, c'est entre la mémoire et l'oubli. "
D"après Borges (relayé par Piano)
DégraderParmi les 29 synonymes que le Dictionnaire de la langue française accessible sur le net proposent, j'ai choisi :
Abâtardir, Avilir, Déchoir, Déshonorer, Destituer, Rabaisser et Ruiner.
Bien sûr la dégradation du "triple A" ! Mais les autres ? Vous y pensez ? Celle du capitaine Dreyfus ? La dégradation des sols ? Celle de notre flore intestinale due au pesticide DDT ? Celle des monuments de la région des Doukkala au Maroc ? Et la dégradation du jaune de chrome des tableaux de Van Gogh ?
" J'écris pour la même raison que je respire, parce que si je ne le faisais pas, je mourrais "
Isaac Asimov
"Un beau soleil doré chauffait doucement les pierres jaunes du cloître. Une femme puisait de l'eau au puits. Dans une heure, une minute, une seconde, maintenant peut-être, tout pouvait crouler. Et pourtant le miracle se poursuivait. Le monde durait, pudique, ironique et discret (comme certaines formes douces et retenues de l'amitié des femmes). Un équilibre se poursuivait, coloré pourtant par toute l'appréhension de sa propre fin. "
Albert CAMUS "Amour de vivre"
"As I grew older, I understood that instructions came with this voice. And the instructions were these... Never to lament casually. And if one is to expresse the great inevitable defeat that awaits us all, it must be done within the strict confines of dignity and beauty. "
Léonard Cohen
"Ce sont de vieux hommes émaciés, tannés, sans dents, souvent sans yeux. (...) On ne sait pas ce qu'a été leur vie, on sait qu'ils finiront à la fosse commune. Ils n'ont plus d'âge, plus de biens à supposer qu'ils en aient jamais eu, c'est à peine s'il leur reste encore un nom. Ils ont largué toutes les amarres. ce sont des loques. ce sont des rois."
Emmanuel Carrère "Limonov" (dernières phrases du livre)
Impétrant
Qui sollicite un titre, une charge, un privilège. Qui obtient de l'autorité compétente ce qu'il a sollicité.
Valise
Diplomatique, sous les yeux, en croco, à roulettes, porteur de, ...
Le concours des décorations florales a cette année pour thème "rigueur et folie".
La folie s'opposant à la rigueur, nous avons travaillé dans l'optique d'être aussi fous que rigoureux !
Une discussion s'est donc installée entre les fleurs et les jardiniers.
Square des Batignolles, aout 2011
Anosognosie
Zut : je ne me souviens plus du tout de sa signification !
"Doxa : ensemble - plus ou moins homogène - d'opinions, de préjugés populaires ou singuliers, de présuppositions généralement admises, sur lesquelles se fonde toute forme de communication, sauf, par principe, celles qui tentent de s'en éloigner telles que les communications scientifiques ; et en particulier le langage mathématiques."
Application : la communication politique se réduit la plupart du temps à une doxa !
"Je pense qu'il n'y a pas de joie plus grande que de faire quelque chose qui est à la fois beau et réellement utile."
Anna Heringer, architecte
"D'une certaine manière j'ai été le poète de ma vie."
Roberto Burle Marx
Architecte paysagiste brésilien mort en 1994
"Porter attention aux détails constitue la plus belle parure du langage. Faire preuve de finesse, toujours. Ne jamais se prendre au sérieux. Réserver un espace à l'ironie, qui distingue entre un homme qui pense et un homme qui se contente d'aligner des mots."
Aharon Appelfeld
(Le garçon qui voulait dormir)
"C'était à Magara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar."
Flaubert (Salammbô)
"E.coli entero-hémorragique" : serial tueuse qui se déguise en concombre espagnol pour créer la panique en Europe en ce début juin.
"La science ne fait qu'établir ce qui est, pas ce qui devrait être. En dehors de son domaine, elle aura toujours besoin d'avis de valeur, et divers.
Albert Einstein (en introduction de "Cradle to cradle")
"Sofitel" : chaîne d’hôtellerie de luxe proche du Capitole ! (par allusion à la Roche Tarpéienne)
"Think tank" : ça y est ! J'ai participé à mon premier "Think tank" ; laboratoire d'idées en français. Ca aurait pu être un "brain box" ou une "think factory", non : un "think tank" garantie pur jus ! Vous voulez savoir ce que c'est un "Think tank" ? Simple :
Invitez 50 pékins sur une péniche, un après-midi ensoleillé, sous un prétexte ridicule (par exemple : en quoi le développement durable va-t-il transformer le comportement des agents immobiliers ?) ; vous précisez que ça ne durera pas cinq plombes et qu'il y aura un cocktail à la fin. Voilà, vous avez un "think tank".
"Fleur" : joli moi de mai où les jardins se déchainent, qui se conjugue avec liberté, exubérance, jeunesse, renouveau, amour, beauté, espoir, paix... partout ?
"On coudoie avec surprise cette foule bigarrée qui semble dater de deux siècles (...) comme si le passé splendide des temps écoulés s'était refermé pour un instant. Suis-je bien le fils d'un pays grave, d'un siècle en habit noir et qui semble porter le deuil de ceux qui l'on précédé."
Gérard de Nerval. Voyage en Orient (1851)
"du coup" : observez-bien, c'est la nouvelle expression à la mode ; vous me direz, il y a aussi "énorme" et "c'est du dur" ; et ce n'est pas réservé aux jeunes : hier matin à la radio, des journalistes éminents, qui se répondent avec des "du coup" en veux-tu en voilà !
Du coup, du coup, ça me coupe ce que je voulais dire (du coup !).
(...) en architecture, le critique est un spécimen rare. C'st notre "expert" qui fait état des nouvelles réalisations, et, vu que "notre expert" est presque toujours un architecte, ses intérêts personnels l'empêche de développer une critique objective à l'égard de ses collègues."
Robert Byron"(certains jours) on souhaiterait être dispensé de chronique. Avoir le droit, face à l'actualité, d'utiliser un joker. Car à quoi bon ajouter sa pierre et redire l'horreur, la peine, le doute. Commenter le mystère et broder sur la mort, dans notre monde devenu un vaste café du commerce."
Bruno Frappat, journaliste, chroniqueur au journal "La Croix"
Millisievert : 1 seul correspond à la limite annuelle maximale autorisée d'irradiation.
170 millisieverts, c'est la dose reçue par 3 employés de le centrale de Fukushima. 2 sont hospitalisés.
"Tsunami"
Mot d'origine japonaise. Signifie littéralement "vague portuaire" ; pourrait se traduire également par "vague mortuaire". Plus personne n'ignore aujourd'hui ce qu'est un tsunami depuis que les écrans du monde entier ont déversé en continu ces images d'apocalypse où l'on peut voir des maisons, des cargos ou des avions emportés par les torrents boueux chargés de millions de débris. Le tsunami est un phénomène naturel. La catastrophe, amplifiée par les moyens de communication et par le drame nucléaire, nous saisit d'une vertigineuse angoisse : le syndrome de la planète des singes. On se souvient de la scène finale quand Charlton Heston découvre sur une plage les vestige de la statue de la Liberté et qu'il demande à Dieu de maudire les responsables de la destruction du monde jusqu'à la fin des siècles !
"Un monde plus sûr ne peut être qu'un monde qui respecte davantage la nature, et encourage la sobriété plutôt que la satisfaction d'exigences matérielles démesurées."
"Il faut cesser de croire que l'on peut dompter la nature par la technique."
Wolfgang Kromp, physicien autrichien
"Si (...) quelqu'un veut se lancer dans la lecture en étant totalement dépourvu et de passion et de patience - la passion de l'artiste et la patience de l'homme de science -, ce quelqu'un pourra difficilement apprécier la grande littérature."
Vladimir Nabokov
"Dégage"
"Dégage" renvoie à "de l'argent donné en échange de quelque chose, qu'on peut dépenser à sa guise. Si on le dé-gage, il devient libre." nous dit Alain Rey.
Une nouvelle fois le peuple tunisien nous donne une leçon d'intelligence. Leur ex-président recevait (s'octroyait), semble-t-il, des sommes d'argent significatives que, visiblement, il dépensait à sa guise (en oubliant au passage son peuple).
En lui disant "dégage" la rue tunisienne lui a juste dit qu'il était libre ... de ne plus être son dictateur. CQFD
"Homme, quand comprendras-tu que ne pas aboutir fait ta grandeur ?"
Goethe
"Non, vraiment, il n'est pas besoin de magie ni de féerie, il n'est pas besoin d'une âme ni d'un mort pour que je sois à la fois opaque et transparent, visible et invisible, vie et chose : pour que je sois utopie, il suffit que je sois un corps."
"Le corps utopique" Foucault (Michel)
Procrastinateur.
On ne parle plus que de ça ! Nous sommes tous des p..., à des degrés divers.
Que celui qui n'a jamais procrastiné nous jette la première pierre !
"Le soleil brillait, vif et plein. Comme je m'en retournais, je remarquai soudain mon ombre devant moi, comme j'avais vu l'ombre de l'autre guerre derrière la guerre actuelle. Elle ne m'a plus quitté depuis lors, cette ombre de guerre (...). Mais toute ombre, en dernier lieu, est pourtant aussi fille de lumière et seul celui qui a connu la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence a vraiment vécu."
Dernières lignes de "Le monde d'hier" de Stefan Zweig
Indignation
L'indignation est une posture stérile si elle ne vient pas après l'analyse, et si elle ne se poursuit pas dans l'engagement
" Des roues hydrauliques à la machine à feu, des turbines aux centrales thermiques et à l'industrie du pétrole, le grand révolutionnaire de la société moderne, c'est lui, l'ingénieur, admirable et inquiétant. A travers lui, c'est plus fondamentalement la notion de progrès que le philosophe interroge, le fait que nos sociétés aient tourné la science non plus vers une compréhension de l'homme comme une partie d'un tout, la biosphère, mais vers la satisfaction de leur volonté de puissance."
Extrait article du Monde Mag daté du 1/01/11 à propos du livre "Voyage dans l'anthropocène" de Claude Lorius et Laurent Carpentier
"C'est à son contact que j'ai appris que le véritable bonheur n'est point dans la jouissance, dans l'intensité des désirs, mais au contraire dans cette sereine absence de tout désir, qui voit dans le fait même de la liberté la plus haute des réalisations."
Stephan Zweig "Souvenirs et rencontres"
Rencontre avec Emile Verhaeren
Miracle
Il est très probable que nous nous rapprochions d'une époque où la croyance au miracle représentera la dernière des rationalités possibles.
"Celui qui vient au monde sans vouloir le déranger ne mérite ni égards ni patience "
René Char ? (J'ai attrapé au vol cette citation en écoutant la radio ; une très belle émission sur le livre de Stephane Hessel "Indignez vous !". Je ne suis pas certain de l'exactitude du " sans vouloir le déranger", mais le reste est bon)
"Dans mes écrits je me pose la question suivante : qu'est-ce que le réel ? Parce que sans cesse nous sommes bombardés par des pseudo réalités, produits par des gens très sophistiqués, utilisant des mécaniques électroniques très sophistiqués. Je ne doute pas de leurs motifs. Je me méfie de leur pouvoir. Ils en ont énormément. Et c'est un pouvoir étonnant : celui de créer des univers entiers, des univers de l'esprit. Je devrais le savoir. Je fais pareil. "
Philip K. Dick ("Comment construire un monde qui ne tombe pas en morceaux après deux jours")
"Le grand mal, le seul à vrai dire, ce sont les conventions et les fictions sociales, qui se plaquent sur les réalités naturelles - oui, toutes les fictions, depuis la famille jusqu'à l'argent, depuis la religion jusqu'à l'Etat. (...) L'argent ne vaut pas mieux que l'Etat, et la famille que les religions. "
Fernado Pessoa ("Le banquier anarchiste")
Mystificateur
Personne qui aime à s'amuser des gens en les trompant, les abusant, les dupant, les leurrant, en abusant de leur crédibilité.
Il y a chez le mystificateur une certaine jouissance à tromper. Le mystificateur est forcément un cynique.
"Le mystification propre à l'esprit qui se dit révolutionnaire reprend et aggrave aujourd'hui la mystification bourgeoise." Camus. "L'Homme révolté"
Le nombre des mystificateurs célèbres est (très) élevé. Dans quel secteur d'activités prospèrent-ils le plus : en politique ? dans la finance ? dans le show-biz ? en religion ?
"..., architecture, musique silencieuse."
Goethe
"Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles." Paul Valery 1919
"L'architecture est toujours la volonté de l'époque traduite dans l'espace et rien d'autre." Mies Van der Rohe
Et puis une autre parce que c'est pas tous les jours qu'on ressuscite : "Changer le rapport de l'homme à la nature n'est qu'un début ; il est temps de métamorphoser la civilisation pour poétiser la vie." Edgar Morin
C'est pas beau ça ? (allez voir mes voeux)
"Produire des choses ordinaires extraordinaires"
Nicolas Michelin (architecte)
"Il est étrange de ne plus habiter la terre
De ne plus suivre les usages à peine appris
De donner ni aux roses, ni aux choses
Dont chacune était une promesse
La signification de l'avenir humaine..."
Rilke, cité par Aymeric Zubléna (architecte) à l'occasion de son discours d'investiture à l'Académie des Arts et des Lettres
"Inventer la félicité dans la solidarité plutôt que dans l'accumulation frénétique suppose une sérieuse décolonisation de nos imaginaires." (nom de l'auteur oublié)
"Ma tombe au cimetière marin de Bréhat. Mon grand-père y est installé depuis près d'un demi-siècle, baigné épisodiquement par les équinoxes indociles, enviés par les propriétaires importés qui ne rêvent que de caveaux insulaires. Voilà encore une oeuvre architecturale, c'est vrai un peu en déshérance, mais je compte bien y remédier prochainement..."
"Saint Guilhem le désert. Oct 2008. C'est un très beau village à quelques encâblures Nord de Montpellier. Il faut éviter les hordes estivales et déambuler au gré des ruelles ou de places agrémentées de platanes et de fontaines. J'ai pris cette photo aux derniers rayons d'un soleil automnal de fin d'après-midi ; les fantômes avaient dressé leur table sur les murs, les ombres flottaient."
"Venise. Oct 2008. Ceci est le reflet d'une impasse sur un bout de canal silencieux dans un coin du Trastevere où je m'étais assez volontairement égaré un dimanche matin. J'ai toujours été intrigué par les reflets ; ils ont une autre poésie que le réel et, dans le cas particulier des canaux de Venise, j'ai l'impression qu'ils m'indiquent qu'il y a une autre vie derrière."
"L'Arcouest face à Bréhat. Aout 2008. Il s'agit d'un lieu extrêmement important dans ma vie. Sur la photo, ce bout d'embarcadère disparait dans l'eau comme par épuisement. C'est une voie qui devrait nous conduire jusque dans l'île dont on aperçoit les émergences sur une ligne d'horizon proche, et en fait, elle capitule. Il y a un mystère dans ce renoncement de l'oeuvre humaine sur les éléments, et une question qui s'impose : fallait-il vraiment y aller ?"
"La légende associée à cette oeuvre peinte sur les restes du mur de berlin est : "How's God ? She is black". Beautiful non ?"
"C'est un défaut humain que de penser que le groupe auquel on appartient est le meilleur de tous, et que les autres ne valent rien." Yéhudi Ménuhin.
"Mais pour arriver à un début de retour éthique, il y a un ménage doctrinaire à faire et il faudra chasser les vautours au flytox chargé d'absynthe." Rudy Ricciotti dans une tribune sur le thème "Peut-on positiver la crise financière et la récession qui en découle ?.
"Pourquoi prendrai-je soin de la postérité ? Est-ce que la postérité s'est préoccupée de moi ?" Groucho Marx.
"On commence enfin à avoir des ingénieurs qui doutent, donc qui écoutent les questions que leur pose l'époque." Jean-Marie Duthilleul, ingénieur-architecte, dans le cadre d'une conférence sur le thème "Continuer l'histoire" donnée lors des "Entretiens de Chaillot". Il disait juste avant cette phrase : "Le projet n'est pas une formalité dans une procédure, c'est une invention collective. Les interventions des architectes et des ingénieurs doivent être intégrées - et non juxtaposées - dans une même démarche de conception, dans une même vision."
"Une odeur à la fois fauve et miellée, comme une senteur d'oasis diluée dans l'air calciné du désert." Julien Gracq Le rivage des Syrtes p 214. Je cherchais depuis très longtemps (1980 ?) comment qualifier cette odeur trouble, sucrée et légèrement écoeurante qui caractérise certaines heures en Afrique. J'ai trouvé !
"Laissez nous prendre en responsabilité nos vies ! On sait mieux que vous : on est dedans !" Cri de révolte adressé aux architectes-urbanistes par un artiste, le chanteur Jacques Higelin, interviewé sur la question de l'architecture et de la ville (Paris) ; à voir sur le site du Pavillon de l'Arsenal.
"Le pire pour elle était passé : c'était ce licol de bête à l'encan, cette croupe jaillie des linges, rebondie de santé et à l'épanouissement obscène, qui bafouait maintenant le visage comme un rire gras." p 156 "Le rivage des Syrtes". Dans cette scène, on assiste à la flagellation fesse nue d'une "diseuse de mauvaises aventures" que l'espion fourbe Belsenza a fait capturer et veut punir de ses prédications funestes. La fille est jeune, belle et ses traits son nobles. Les policiers autour d'elle sont grossiers et barbares.
"Jamais je ne vais savoir être vieux." Bernanos
"Parce qu'il s'est laissé entraîner par sa propre violence, l'homme d'Occident doit réinventer tout ce qui faisait la beauté et l'harmonie des civilisations qu'il a détruites." JMG Le Clézio
"Ce que je suis, ce que je fais, ce que je ne suis pas capable de faire, c'est comme une terrasse, une terrasse qui donne sur autre chose, c'est cette chose qui est belle." Phrase du poète portugais Fernando Pessoa qu'Alvaro Siza cite dans le livre d'entretiens qui vient de paraître "Une question de mesure", à propos de l'idée d'architecture "conjoncturelle".
"Ils ont échoué parce qu'ils n'ont pas commencé par le rêve". W. Shakespeare
"Sous sa peau diaphane, ses veines comme des vers essouflés s'entrelacent avec les os saillants de sa carcasse". Atiq Rahimi "Syngué Sabour Pierre de patience".
Mes ennemis sont les gens qui choisissent de rester ignorants car ils sont poltrons et ils aiment courir en bandes." Diamonda Galas. Chanteuse américaine d'origine grecque
Une fleur de magnolia dans une attitude de très grande humilité qui semble proposer au passant de gouter à quelques unes de ses étamines. "Mieux vaut être une brebis galeuse dans un troupeau bêlant qu'un mouton bêlant dans un troupeau galeux".
"... l'existence n'a guère d'intérêt que dans les journées où la poussière des réalités est mêlée de sable magique, où quelques vulgaire incident devient un ressort romanesque."
Marcel Proust (A l'ombre des jeunes filles en fleurs)
Longtemps je me suis couché de bonne heure."
Voltigeurs (ils sont réapparus !)
"La fierté c'est le petit-déjeuner des imbéciles.
Des jours sans fin. Roman de Sebastian Barry
"La liberté n'a qu'une langue et tous les hommes en connaissent l'alphabet."
Auteur Inconnu (entendu à la radio par hasard)
"L'idée d'un avenir entièrement basé sur les ingénieurs, je la considère comme barbare."
Samuel Courtauld
Aujourd'hui, rien n'est caché ou presque : nul n'ignore ce qui se passe ; le pire, c'est que cela ne change rien.
Longtemps je me suis couché de bonne heure."
Voltigeurs (ils sont réapparus !)
"La fierté c'est le petit-déjeuner des imbéciles.
"La liberté n'a qu'une langue et tous les hommes en connaissent l'alphabet."
"L'idée d'un avenir entièrement basé sur les ingénieurs, je la considère comme barbare."
Aujourd'hui, rien n'est caché ou presque : nul n'ignore ce qui se passe ; le pire, c'est que cela ne change rien.
Eric Fassin "Un état d'insécurité"
"La religion, les professeurs, les femmes, la drogue, la route, la célébrité, l'argent...rien ne m'offre autant de satisfaction ni ne procure autant de soulagement à mes souffrances que le fait de noircir des pages, d'écrire."
Post Vérité
Fake
Pour moi la poésie est une réalité. La poésie n'est pas une chose différente. La poésie est le plus vrai reportage d'une situation intérieure ou extérieure.
Je crois que le travail d'un artiste est de faire ouvrir les cœurs pour tous les gens d'un pays, pour tous les gens du monde.
Question d'un journaliste : Quelles sont les forces qui vous font marcher ? ... (silence).
Réponse : l'idée d'un absolu.
Léonard Cohen
"Ce qui peut arriver de mieux à un écrivain est d'avoir eu une enfance malheureuse."
Ernest Hemingway
se tiendre (autrement) :-)
"Obligé par le malheur des temps de faire à la fois une oeuvre et une besogne."
Victor Hugo
A des retraités mécontents, Macron a répondu en citant une conversation survenue quelques minutes plus tôt avec le petit-fils de Charles de Gaulle : "Il m'a dit, on pouvait parler très librement mais la seule chosequ'on n'avait pas le droit de faire, c'est se plaindre. C'est une bonne pratique qu'avait le Général !", a affirmé le président de la République avant d'ajouter : "Le pays se tiendrait autrement si on était comme ça".
Typhoon
Le secret des grandes fortunes sans cause apparente est un crime oublié, parce qu'il a été proprement fait."
Balzac. "Le Père Goriot"
Dérèglement climatique
Le choc des temporalités constitue pour les activités de création en général, et pour l'architecture en particulier, une menace.
JN Spuarte. Philosophe, poète.
Migrants
Frappes (aériennes)
"Regarder c'est inventer."
Dali
Inclusif (une société inclusive)
"Le monde n'obéit pas à la rationalité supposée des Lumières (...) il est en réalité régi par l'incertitude."
Black Friday : une contamination consumériste de plus !
Populisme : qualifie un comportement qui flatte les instincts triviaux de tout un chacun en lui évitant l'effort de s'interroger, précisément, sur ses instincts triviaux.JN Spuarte
"Nos imaginaires sont colonisés par l'ivresse du surmenage."Gaël Giraud
Confiance : qui ne s'acquiert ni par l'argent, ni par le pouvoir, mais par une indicible relation que seul le temps et les faits parviennent à révéler.JN Spuarte
Grève : mot désuet désignant l'agitation d'une minorité engagée pour la défense de droits qu'une majorité muette s'empressera d'adopter
"Au bout du compte, je crois, nous sommes tous libres de nos choix."Jonathan Coe. "Numéro 11"
"On peut dire que l'histoire de la culture moderne n'a pas été autre chose que l'opposition continuelle entre l'exigence d'un ordre et le besoin de distinguer dans le monde une forme changeante, ouverte à l'aventure, imprégnée de possibilités.Umberto Eco. 1962. (Art. paru dans Le Monde supplément livres 13/05/16)
Bienveillance ou bienveillant
Ce sont des mots qu'on ne cesse de voir dans la presse depuis quelque temps. Tout est bienveillant : la pédagogie, le management, le Pape François, le travail, Nuit debout, et même Macron (of course) !
"Tant qu'on me laissera écrire, je montrerai qu'il fut une époque où l'on croyait en la victoire de la morale sur les instincts, en la force de l'esprit et en sa capacité de maîtriser les pulsions meurtières de la horde."Sandor Maraï "Les Confessions d'un bourgeois"
... la seule chose, le seul carburant inépuisable de l'humanité, il n'y en a pas deux, c'est l'intelligence, et l'intelligence collective, l'inventivité collective."Pierre-Michel MENGER
Il faut choisir : ne rien faire ou être libre.
Il faut penser la catastrophe comme ayant déjà eu lieu pour avoir une chance de l'éviter.Jean-Pierre Dupuy (sur les pas du philosophe Hans Jonas)
Ceux qui ne sont guidés que par le désir de pouvoir ne sont pas en général des gens très intéressants. Ils ne sont traversés par aucun doute.Patrick Deville. Entretiens, paru dans la revue Transfuge. septembre 2014
Je pense que la période 1989/2020 représentera un tournant historique au cours duquel, s'il n'y a pas de résistance, on détruira deux à trois siècles de progrès social, intellectuel et culturel (...). L'obscurantisme est revenu mais cette fois, nous avons affaire à des gens qui se recommandent de la raison. Là devant, on ne peut pas se taire.
Pierre Bourdieu
Fin de siècle le 31 janvier 1999""La culture d'un homme se mesure à sa capacité à apprécier les choses. Nous sommes ce que nous apprécions, rien de plus."
F.L. Wright
Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré
dans l'Histoire. (...) Dans cet imaginaire où tout recommence toujours,
il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de
progrès." (Car) Le stéréotype se construit à présent dans le discours
politique et, ce roman ("Il faut beaucoup aimer les hommes" de Marie
Darrieussecq, Prix Médicis) le prouve, la littérature demeure notre
meilleure arme pour le dynamiter.
Eric Chevillard. Le Monde des Livres. 12.11.2013
Ce n'est pas le succès qui vous procurera le bonheur, mais l'écriture.
(...) La beauté vous fait mal, c'est une souffrance éternelle, une plaie
qui ne guérit pas, une lame de feu. (...) Que la beauté soit votre
seule fin.(...) Laissez là la gloire et la fortune, embraquez-vous
demain sur un bateau et reprenez lamer."
Brissenden parlant à Martin Eden dans "Martin Eden" de Jack London.Lorsque tout est préparé
Brissenden parlant à Martin Eden dans "Martin Eden" de Jack London.Lorsque tout est préparé
Pour me montrer intelligent
Le sot que je porte caché
Prend la parole de ma bouche.
Pablo Neruda (1904-1973)
"Dans le cul la balayette"
Expression désuète (années 50-60 ?) synonyme de "Tu te fais baiser"
Expression désuète (années 50-60 ?) synonyme de "Tu te fais baiser"
"Il faut mourir aimable (si on peut)."
Joseph Joubert
« Utilise-moi pendant le temps qui te convient et convient à ton action et à ton casting ».
CL !!!!!!!
FachismeAu sens large, le
terme s'est étendu à tout mouvement politique ou organisation s'appuyant
sur un pouvoir fort au service d'une classe humaine dominante, la
persécution d'une classe ennemie chargée de tous les maux, l'exaltation
du sentiment nationaliste, le rejet des institutions démocratiques et
libérales, la répression de l'opposition et un contrôle politique
extensif de la société civile. (Wikipédia)
"Il
faut du style et de l'élégance dans l'action, et aussi de l'humour.
C'est fondamental. Comment croyez-vous que vieux, pas tres drole, gros
et boutonneux, j'aie pu epouser une femme belle comme la mienne ?"
Ph Starck
"Paréidolie"Du grec ancien "para" (à côté de), et "eidôlon" (apparence, forme), consiste à associer un stimulus visuel informe à un élément identifiable, souvent une forme humaine ou animale.
Ex : Pergame est atteint de paréidolie aiguë depuis sa plus tendre enfance, et il vous le prouvera bientôt !
Claude Parent
Oscar Wilde
"Aposiopèse"
Du grec aposiopesis ("silence brusque", du verbe "se taire", il s'agit d'une figure de style qui consiste à suspendre le sens d'une phrase en laissant au lecteur le soin de la compléter.
Carlos Fuentes use à l'envi de l'aposiopèse.
"Breloque"Accessoire
généralement métallique derrière lequel court une foultitude d'appelés
et qui se donne à très peu d'élus (comme d'habitude !).
Les écrans transforment progressivement le
spectateur en consommateur désinvolte et avide de célébrités. On est
passé de la fascination à la curiosité. Et même avec les nouvelles
technologies digitales, à la construction de l'individu ordinaire comme
star : voici le règne de l'égo-star, promue par YouTube et les réseaux
sociaux."Extrait texte exposition sur le cinéma et les écrans au Musée San Telmo de San Sebastian"
"La nuit, je pense à ces choses. Je suis satisfait de ce que je sais, mais à présent je pense beaucoup à tout ce que j'aurais pu savoir, qui aurait été bien plus que tout ce que je peux apprendre maintenant, qui a disparu à jamais maintenant."
Daniel Mendelsohn "Les disparus"
"Tweet"Gazouillis en anglais.
Peut effectivement servir à véhiculer des noms d'oiseaux, pourvu qu'ils ne dépassent pas 140 caractères.
Personnellement je ne parviens pas à comprendre l'intérêt du "tweet" sauf à parvenir à commettre inévitablement un jour une bourde à l'occasion d'un envoi mal maîtrisé.
Peut-on tourner 7 fois son tweet dans la bouche avant de tweeter ?
C'est à l'évidence ce qu'aurait du faire Mme Tweetweiller...
"Palais de l'Elysée"Architecte : Armand-Claude Mollet en 1720
Premier propriétaire : Louis Henri de la Tour d'Auvergne, comte d'Evreux
Offert à la Marquise de Pompadour par le roi Louis XV en 1753.
Palais princier de Joachim Murat, beau-frère de Napoléon 1er, en 1805
Résidence impériale des deux napoléons
Souvenons-nous que dans la mythologie grecque, les champs Elysées désignaient une région paradisiaque des Enfers, réservée aux hommes vertueux et aux héros !...
" Il y a d'abord Totoche, le dieu de la bêtise, avec son derrière rouge de singe, sa tête d'intellectuel primaire, son amour éperdu des abstractions ; en 1940, il était le chouchou et le doctrinaire des allemands ; aujourd'hui, il se réfugie de plus en plus dans la science pure, et on peut le voir souvent penché sur l'épaule de nos savants ; à chaque explosion nucléaire son ombre se dresse un peu plus haut sur la terre ; sa ruse préférée consiste à donner à la bêtise une forme géniale et à recruter parmi nous nos grands hommes pour assurer notre propre destruction. "
Romain Gary "La promesse de l'aube"
" Le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs d'oeuvre "
Anatole France
" On ne s'exprime pas sans raison. Mais l'expression est une raison en soi. "
Ai Weiwei
" Les vieux messieurs arrachés pour un moment à leurs tables de bridge et à leur rocking-chair applaudissaient de leurs mains parcheminées, leurs faibles voix couvertes par les vivats aigus des cocottes décolletées penchées à leurs côtés, offrant comme dans des corbeilles leurs seins éblouissants, leurs lèvres ouvertes sur les humides grottes roses de leurs bouches aux dents éblouissantes, et jetant des fleurs. "
Claude Simon "L'Acacia"
PioupiouDésigne un jeune fantassin. Le mot est dû à Antoine-François Varner dans une comédie publiée en 1838 et intitulée Le Pioupiou. Ce mot a ensuite connu un grand succès dans le sillage de la chanson de Montéhus, Gloire au 17e, composée en souvenir de la mutinerie des soldats du 17e régiment d'infanterie de Narbonne qui avaient refusé de tirer sur les manifestants lors de la révolte des vignerons du Languedoc en 1907. Après 1914, le mot « pioupiou » a subi de nombreuses concurrences, notamment celles de « bidasse » et de « troufion » qui l'ont supplanté dans le langage courant.
Le "pioupiou" peut également désigner le quidam, le type ordinaire, le "pékin" moyen ; vous et moi, donc.
On nous prend pour des "pioupious" pourrait être le cœur de la conscience politique des élections présidentielles...
Sérendipidité Wikipédia nous dit qu'il s'agit d'un fait consistant à réaliser une découverte inattendue grâce au hasard et à l'intelligence, au cours d'une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte.
Contre-exemple : Claude Guéant qui découvre que les "civilisations ne seraient pas toutes égales" ne fait pas de sérendipidité, mais commet une allégation qui n'est due ni au hasard ni à l'intelligence
" La création, c'est entre la mémoire et l'oubli. "
D"après Borges (relayé par Piano)
DégraderParmi les 29 synonymes que le Dictionnaire de la langue française accessible sur le net proposent, j'ai choisi :
Abâtardir, Avilir, Déchoir, Déshonorer, Destituer, Rabaisser et Ruiner.
Bien sûr la dégradation du "triple A" ! Mais les autres ? Vous y pensez ? Celle du capitaine Dreyfus ? La dégradation des sols ? Celle de notre flore intestinale due au pesticide DDT ? Celle des monuments de la région des Doukkala au Maroc ? Et la dégradation du jaune de chrome des tableaux de Van Gogh ?
" J'écris pour la même raison que je respire, parce que si je ne le faisais pas, je mourrais "
Isaac Asimov
"Un beau soleil doré chauffait doucement les pierres jaunes du cloître. Une femme puisait de l'eau au puits. Dans une heure, une minute, une seconde, maintenant peut-être, tout pouvait crouler. Et pourtant le miracle se poursuivait. Le monde durait, pudique, ironique et discret (comme certaines formes douces et retenues de l'amitié des femmes). Un équilibre se poursuivait, coloré pourtant par toute l'appréhension de sa propre fin. "
Albert CAMUS "Amour de vivre"
"As I grew older, I understood that instructions came with this voice. And the instructions were these... Never to lament casually. And if one is to expresse the great inevitable defeat that awaits us all, it must be done within the strict confines of dignity and beauty. "
Léonard Cohen
"Ce sont de vieux hommes émaciés, tannés, sans dents, souvent sans yeux. (...) On ne sait pas ce qu'a été leur vie, on sait qu'ils finiront à la fosse commune. Ils n'ont plus d'âge, plus de biens à supposer qu'ils en aient jamais eu, c'est à peine s'il leur reste encore un nom. Ils ont largué toutes les amarres. ce sont des loques. ce sont des rois."
Emmanuel Carrère "Limonov" (dernières phrases du livre)
Impétrant
Qui sollicite un titre, une charge, un privilège. Qui obtient de l'autorité compétente ce qu'il a sollicité.
Valise
Diplomatique, sous les yeux, en croco, à roulettes, porteur de, ...
Le concours des décorations florales a cette année pour thème "rigueur et folie".
La folie s'opposant à la rigueur, nous avons travaillé dans l'optique d'être aussi fous que rigoureux !
Une discussion s'est donc installée entre les fleurs et les jardiniers.
Square des Batignolles, aout 2011
Anosognosie
Zut : je ne me souviens plus du tout de sa signification !
"Doxa : ensemble - plus ou moins homogène - d'opinions, de préjugés populaires ou singuliers, de présuppositions généralement admises, sur lesquelles se fonde toute forme de communication, sauf, par principe, celles qui tentent de s'en éloigner telles que les communications scientifiques ; et en particulier le langage mathématiques."
Application : la communication politique se réduit la plupart du temps à une doxa !
"Je pense qu'il n'y a pas de joie plus grande que de faire quelque chose qui est à la fois beau et réellement utile."
Anna Heringer, architecte
"D'une certaine manière j'ai été le poète de ma vie."
Roberto Burle Marx
Architecte paysagiste brésilien mort en 1994
"Porter attention aux détails constitue la plus belle parure du langage. Faire preuve de finesse, toujours. Ne jamais se prendre au sérieux. Réserver un espace à l'ironie, qui distingue entre un homme qui pense et un homme qui se contente d'aligner des mots."
Aharon Appelfeld
(Le garçon qui voulait dormir)
"C'était à Magara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar."
Flaubert (Salammbô)
"E.coli entero-hémorragique" : serial tueuse qui se déguise en concombre espagnol pour créer la panique en Europe en ce début juin.
"La science ne fait qu'établir ce qui est, pas ce qui devrait être. En dehors de son domaine, elle aura toujours besoin d'avis de valeur, et divers.
Albert Einstein (en introduction de "Cradle to cradle")
"Sofitel" : chaîne d’hôtellerie de luxe proche du Capitole ! (par allusion à la Roche Tarpéienne)
"Think tank" : ça y est ! J'ai participé à mon premier "Think tank" ; laboratoire d'idées en français. Ca aurait pu être un "brain box" ou une "think factory", non : un "think tank" garantie pur jus ! Vous voulez savoir ce que c'est un "Think tank" ? Simple :
Invitez 50 pékins sur une péniche, un après-midi ensoleillé, sous un prétexte ridicule (par exemple : en quoi le développement durable va-t-il transformer le comportement des agents immobiliers ?) ; vous précisez que ça ne durera pas cinq plombes et qu'il y aura un cocktail à la fin. Voilà, vous avez un "think tank".
"Fleur" : joli moi de mai où les jardins se déchainent, qui se conjugue avec liberté, exubérance, jeunesse, renouveau, amour, beauté, espoir, paix... partout ?
"On coudoie avec surprise cette foule bigarrée qui semble dater de deux siècles (...) comme si le passé splendide des temps écoulés s'était refermé pour un instant. Suis-je bien le fils d'un pays grave, d'un siècle en habit noir et qui semble porter le deuil de ceux qui l'on précédé."
Gérard de Nerval. Voyage en Orient (1851)
"du coup" : observez-bien, c'est la nouvelle expression à la mode ; vous me direz, il y a aussi "énorme" et "c'est du dur" ; et ce n'est pas réservé aux jeunes : hier matin à la radio, des journalistes éminents, qui se répondent avec des "du coup" en veux-tu en voilà !
Du coup, du coup, ça me coupe ce que je voulais dire (du coup !).
(...) en architecture, le critique est un spécimen rare. C'st notre "expert" qui fait état des nouvelles réalisations, et, vu que "notre expert" est presque toujours un architecte, ses intérêts personnels l'empêche de développer une critique objective à l'égard de ses collègues."
Robert Byron"(certains jours) on souhaiterait être dispensé de chronique. Avoir le droit, face à l'actualité, d'utiliser un joker. Car à quoi bon ajouter sa pierre et redire l'horreur, la peine, le doute. Commenter le mystère et broder sur la mort, dans notre monde devenu un vaste café du commerce."
Bruno Frappat, journaliste, chroniqueur au journal "La Croix"
Millisievert : 1 seul correspond à la limite annuelle maximale autorisée d'irradiation.
170 millisieverts, c'est la dose reçue par 3 employés de le centrale de Fukushima. 2 sont hospitalisés.
"Tsunami"
Mot d'origine japonaise. Signifie littéralement "vague portuaire" ; pourrait se traduire également par "vague mortuaire". Plus personne n'ignore aujourd'hui ce qu'est un tsunami depuis que les écrans du monde entier ont déversé en continu ces images d'apocalypse où l'on peut voir des maisons, des cargos ou des avions emportés par les torrents boueux chargés de millions de débris. Le tsunami est un phénomène naturel. La catastrophe, amplifiée par les moyens de communication et par le drame nucléaire, nous saisit d'une vertigineuse angoisse : le syndrome de la planète des singes. On se souvient de la scène finale quand Charlton Heston découvre sur une plage les vestige de la statue de la Liberté et qu'il demande à Dieu de maudire les responsables de la destruction du monde jusqu'à la fin des siècles !
"Un monde plus sûr ne peut être qu'un monde qui respecte davantage la nature, et encourage la sobriété plutôt que la satisfaction d'exigences matérielles démesurées."
"Il faut cesser de croire que l'on peut dompter la nature par la technique."
Wolfgang Kromp, physicien autrichien
"Si (...) quelqu'un veut se lancer dans la lecture en étant totalement dépourvu et de passion et de patience - la passion de l'artiste et la patience de l'homme de science -, ce quelqu'un pourra difficilement apprécier la grande littérature."
Vladimir Nabokov
"Dégage"
"Dégage" renvoie à "de l'argent donné en échange de quelque chose, qu'on peut dépenser à sa guise. Si on le dé-gage, il devient libre." nous dit Alain Rey.
Une nouvelle fois le peuple tunisien nous donne une leçon d'intelligence. Leur ex-président recevait (s'octroyait), semble-t-il, des sommes d'argent significatives que, visiblement, il dépensait à sa guise (en oubliant au passage son peuple).
En lui disant "dégage" la rue tunisienne lui a juste dit qu'il était libre ... de ne plus être son dictateur. CQFD
"Homme, quand comprendras-tu que ne pas aboutir fait ta grandeur ?"
Goethe
"Non, vraiment, il n'est pas besoin de magie ni de féerie, il n'est pas besoin d'une âme ni d'un mort pour que je sois à la fois opaque et transparent, visible et invisible, vie et chose : pour que je sois utopie, il suffit que je sois un corps."
"Le corps utopique" Foucault (Michel)
Procrastinateur.
On ne parle plus que de ça ! Nous sommes tous des p..., à des degrés divers.
Que celui qui n'a jamais procrastiné nous jette la première pierre !
"Le soleil brillait, vif et plein. Comme je m'en retournais, je remarquai soudain mon ombre devant moi, comme j'avais vu l'ombre de l'autre guerre derrière la guerre actuelle. Elle ne m'a plus quitté depuis lors, cette ombre de guerre (...). Mais toute ombre, en dernier lieu, est pourtant aussi fille de lumière et seul celui qui a connu la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence a vraiment vécu."
Dernières lignes de "Le monde d'hier" de Stefan Zweig
Indignation
L'indignation est une posture stérile si elle ne vient pas après l'analyse, et si elle ne se poursuit pas dans l'engagement
" Des roues hydrauliques à la machine à feu, des turbines aux centrales thermiques et à l'industrie du pétrole, le grand révolutionnaire de la société moderne, c'est lui, l'ingénieur, admirable et inquiétant. A travers lui, c'est plus fondamentalement la notion de progrès que le philosophe interroge, le fait que nos sociétés aient tourné la science non plus vers une compréhension de l'homme comme une partie d'un tout, la biosphère, mais vers la satisfaction de leur volonté de puissance."
Extrait article du Monde Mag daté du 1/01/11 à propos du livre "Voyage dans l'anthropocène" de Claude Lorius et Laurent Carpentier
"C'est à son contact que j'ai appris que le véritable bonheur n'est point dans la jouissance, dans l'intensité des désirs, mais au contraire dans cette sereine absence de tout désir, qui voit dans le fait même de la liberté la plus haute des réalisations."
Stephan Zweig "Souvenirs et rencontres"
Rencontre avec Emile Verhaeren
Miracle
Il est très probable que nous nous rapprochions d'une époque où la croyance au miracle représentera la dernière des rationalités possibles.
"Celui qui vient au monde sans vouloir le déranger ne mérite ni égards ni patience "
René Char ? (J'ai attrapé au vol cette citation en écoutant la radio ; une très belle émission sur le livre de Stephane Hessel "Indignez vous !". Je ne suis pas certain de l'exactitude du " sans vouloir le déranger", mais le reste est bon)
"Dans mes écrits je me pose la question suivante : qu'est-ce que le réel ? Parce que sans cesse nous sommes bombardés par des pseudo réalités, produits par des gens très sophistiqués, utilisant des mécaniques électroniques très sophistiqués. Je ne doute pas de leurs motifs. Je me méfie de leur pouvoir. Ils en ont énormément. Et c'est un pouvoir étonnant : celui de créer des univers entiers, des univers de l'esprit. Je devrais le savoir. Je fais pareil. "
Philip K. Dick ("Comment construire un monde qui ne tombe pas en morceaux après deux jours")
"Le grand mal, le seul à vrai dire, ce sont les conventions et les fictions sociales, qui se plaquent sur les réalités naturelles - oui, toutes les fictions, depuis la famille jusqu'à l'argent, depuis la religion jusqu'à l'Etat. (...) L'argent ne vaut pas mieux que l'Etat, et la famille que les religions. "
Fernado Pessoa ("Le banquier anarchiste")
Mystificateur
Personne qui aime à s'amuser des gens en les trompant, les abusant, les dupant, les leurrant, en abusant de leur crédibilité.
Il y a chez le mystificateur une certaine jouissance à tromper. Le mystificateur est forcément un cynique.
"Le mystification propre à l'esprit qui se dit révolutionnaire reprend et aggrave aujourd'hui la mystification bourgeoise." Camus. "L'Homme révolté"
Le nombre des mystificateurs célèbres est (très) élevé. Dans quel secteur d'activités prospèrent-ils le plus : en politique ? dans la finance ? dans le show-biz ? en religion ?
"..., architecture, musique silencieuse."
Goethe
"Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles." Paul Valery 1919
"L'architecture est toujours la volonté de l'époque traduite dans l'espace et rien d'autre." Mies Van der Rohe
Et puis une autre parce que c'est pas tous les jours qu'on ressuscite : "Changer le rapport de l'homme à la nature n'est qu'un début ; il est temps de métamorphoser la civilisation pour poétiser la vie." Edgar Morin
C'est pas beau ça ? (allez voir mes voeux)
"Produire des choses ordinaires extraordinaires"
Nicolas Michelin (architecte)
"Il est étrange de ne plus habiter la terre
De ne plus suivre les usages à peine appris
De donner ni aux roses, ni aux choses
Dont chacune était une promesse
La signification de l'avenir humaine..."
Rilke, cité par Aymeric Zubléna (architecte) à l'occasion de son discours d'investiture à l'Académie des Arts et des Lettres
"Inventer la félicité dans la solidarité plutôt que dans l'accumulation frénétique suppose une sérieuse décolonisation de nos imaginaires." (nom de l'auteur oublié)
"Ma tombe au cimetière marin de Bréhat. Mon grand-père y est installé depuis près d'un demi-siècle, baigné épisodiquement par les équinoxes indociles, enviés par les propriétaires importés qui ne rêvent que de caveaux insulaires. Voilà encore une oeuvre architecturale, c'est vrai un peu en déshérance, mais je compte bien y remédier prochainement..."
"Saint Guilhem le désert. Oct 2008. C'est un très beau village à quelques encâblures Nord de Montpellier. Il faut éviter les hordes estivales et déambuler au gré des ruelles ou de places agrémentées de platanes et de fontaines. J'ai pris cette photo aux derniers rayons d'un soleil automnal de fin d'après-midi ; les fantômes avaient dressé leur table sur les murs, les ombres flottaient."
"Venise. Oct 2008. Ceci est le reflet d'une impasse sur un bout de canal silencieux dans un coin du Trastevere où je m'étais assez volontairement égaré un dimanche matin. J'ai toujours été intrigué par les reflets ; ils ont une autre poésie que le réel et, dans le cas particulier des canaux de Venise, j'ai l'impression qu'ils m'indiquent qu'il y a une autre vie derrière."
"L'Arcouest face à Bréhat. Aout 2008. Il s'agit d'un lieu extrêmement important dans ma vie. Sur la photo, ce bout d'embarcadère disparait dans l'eau comme par épuisement. C'est une voie qui devrait nous conduire jusque dans l'île dont on aperçoit les émergences sur une ligne d'horizon proche, et en fait, elle capitule. Il y a un mystère dans ce renoncement de l'oeuvre humaine sur les éléments, et une question qui s'impose : fallait-il vraiment y aller ?"
"La légende associée à cette oeuvre peinte sur les restes du mur de berlin est : "How's God ? She is black". Beautiful non ?"
"C'est un défaut humain que de penser que le groupe auquel on appartient est le meilleur de tous, et que les autres ne valent rien." Yéhudi Ménuhin.
"Mais pour arriver à un début de retour éthique, il y a un ménage doctrinaire à faire et il faudra chasser les vautours au flytox chargé d'absynthe." Rudy Ricciotti dans une tribune sur le thème "Peut-on positiver la crise financière et la récession qui en découle ?.
"Pourquoi prendrai-je soin de la postérité ? Est-ce que la postérité s'est préoccupée de moi ?" Groucho Marx.
"On commence enfin à avoir des ingénieurs qui doutent, donc qui écoutent les questions que leur pose l'époque." Jean-Marie Duthilleul, ingénieur-architecte, dans le cadre d'une conférence sur le thème "Continuer l'histoire" donnée lors des "Entretiens de Chaillot". Il disait juste avant cette phrase : "Le projet n'est pas une formalité dans une procédure, c'est une invention collective. Les interventions des architectes et des ingénieurs doivent être intégrées - et non juxtaposées - dans une même démarche de conception, dans une même vision."
"Une odeur à la fois fauve et miellée, comme une senteur d'oasis diluée dans l'air calciné du désert." Julien Gracq Le rivage des Syrtes p 214. Je cherchais depuis très longtemps (1980 ?) comment qualifier cette odeur trouble, sucrée et légèrement écoeurante qui caractérise certaines heures en Afrique. J'ai trouvé !
"Laissez nous prendre en responsabilité nos vies ! On sait mieux que vous : on est dedans !" Cri de révolte adressé aux architectes-urbanistes par un artiste, le chanteur Jacques Higelin, interviewé sur la question de l'architecture et de la ville (Paris) ; à voir sur le site du Pavillon de l'Arsenal.
"Le pire pour elle était passé : c'était ce licol de bête à l'encan, cette croupe jaillie des linges, rebondie de santé et à l'épanouissement obscène, qui bafouait maintenant le visage comme un rire gras." p 156 "Le rivage des Syrtes". Dans cette scène, on assiste à la flagellation fesse nue d'une "diseuse de mauvaises aventures" que l'espion fourbe Belsenza a fait capturer et veut punir de ses prédications funestes. La fille est jeune, belle et ses traits son nobles. Les policiers autour d'elle sont grossiers et barbares.
"Jamais je ne vais savoir être vieux." Bernanos
"Parce qu'il s'est laissé entraîner par sa propre violence, l'homme d'Occident doit réinventer tout ce qui faisait la beauté et l'harmonie des civilisations qu'il a détruites." JMG Le Clézio
"Ce que je suis, ce que je fais, ce que je ne suis pas capable de faire, c'est comme une terrasse, une terrasse qui donne sur autre chose, c'est cette chose qui est belle." Phrase du poète portugais Fernando Pessoa qu'Alvaro Siza cite dans le livre d'entretiens qui vient de paraître "Une question de mesure", à propos de l'idée d'architecture "conjoncturelle".
"Ils ont échoué parce qu'ils n'ont pas commencé par le rêve". W. Shakespeare
"Sous sa peau diaphane, ses veines comme des vers essouflés s'entrelacent avec les os saillants de sa carcasse". Atiq Rahimi "Syngué Sabour Pierre de patience".
Mes ennemis sont les gens qui choisissent de rester ignorants car ils sont poltrons et ils aiment courir en bandes." Diamonda Galas. Chanteuse américaine d'origine grecque
Une fleur de magnolia dans une attitude de très grande humilité qui semble proposer au passant de gouter à quelques unes de ses étamines. "Mieux vaut être une brebis galeuse dans un troupeau bêlant qu'un mouton bêlant dans un troupeau galeux".
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